Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • Fraie des ombres sur la Loue

    Fraie des ombres sur la Loue

    Loue, inquiétude et espoir La fraie de l’ombre a démarré sur la moyenne Loue (Lizine) où l’on peut trouver quelques ombres adultes en plein ballet sur les gravières. La taille moyenne de ces poissons adultes n’est pas très élevée et se situe autour d’un petit 35 cm. A l’examen des photos prises le 24 mars environ un poisson sur cinq montre une lésion rosée ou blanchâtre, preuve que ces ombres ne sont toujours pas tirés d’affaire suite aux épisodes de mortalités qui les touchent, (ainsi que les truites) depuis deux ans. Le temps très sec, sans pluie qui perdure sur la région de Franche-Comté depuis plusieurs semaines fait craindre une nouvelle hécatombe. Les premiers beaux jours ont toutefois permis de voir une quantité non négligeable de poissons juvéniles (1 à 2 ans). Sur leurs frêles nageoires repose l’avenir de la Loue.
    Rappelons qu’une manifestation se déroulera le 14 mai à 14h00 sur le pont de Goumois (rivière le Doubs) et qu’une autre aura lieu à Ornans (Loue) début juin. Ces deux événements auront pour but de montrer le mécontentement des amoureux de ces deux rivières face aux mesures insuffisantes de l’administration pour réduire les pollutions sur ces deux bassins versants.

    Philippe Boisson.

    Vous pouvez suivre l’évolution de la situation pour les cours d’eau franc-comtois sur les sites suivants :
    Commission de Protection des eaux, du patrimoine, du sous-sol et des chiroptères www.cpepesc.org 

    Collectif Loue et rivières comtoises www.arrete.net 
    Collectif Saône Doubs Vivants http://sdvsv.free.fr/collectif.htm
  • Journée de l’eau

    Journée de l’eau

    Voilà, aujourd’hui c’est la journée mondiale de l’eau. Si précieuse, si souvent maltraitée. Nous vous offrons 28 minutes de calme et d’eau qui court pour vous permettre de rêver, de vous transporter ailleurs, de vous apaiser, d’imaginer des truites géantes et des ombres bagarreurs. Fermez les yeux, vous êtes au bord de l’eau. 

    Et vous, aujourd’hui, qu’avez-vous fait pour l’eau, pour nos rivières, qu’avez vous fait ? Nous lui devons une si grande part de bonheur.
  • Catastrophe au Japon : quelles conséquences pour les ressources halieutiques ?

    Catastrophe au Japon : quelles conséquences pour les ressources halieutiques ?

    L’océan Pacifique est victime de la catastrophe
    nucléaire qui touche actuellement le Japon. Les vents poussent les éléments
    radioactifs qui s’échappent de plusieurs réacteurs vers l’océan Pacifique,
    contaminant ainsi le milieu marin et, par ricochet, la chaîne alimentaire. Les autorités du pays ont annoncé le 22 mars
    que les contrôles sur les produits de la mer allaient être renforcés après que
    Tepco, la compagnie qui gère la centrale de Fukushima, ait annoncé des taux
    anormalement élevés de substances radioactives dans l’eau de mer à proximité du
    lieu de la catastrophe.

    Des tests en mer devraient être conduits prochainement dans
    huit endroits différents, dans un rayon de 30 km de la centrale, par le
    ministère japonais de la Santé. L’enjeu est important : cette pollution
    augmenterait le risque de pénurie alimentaire dans le pays et de contamination
    des exportations en provenance du Japon. L’industrie de la pêche dans le
    Nord-Ouest du Japon ne s’est toujours pas relevée du terrible tsunami qui a
    touché le pays. Mais lorsque ces pêcheurs reprendront la mer, les autorités
    japonaises affirment que les prises seront testées afin de déterminer leur
    niveau de radioactivité.

  • La justice invalide une interdiction de pêche au thon rouge

    La justice invalide une interdiction de pêche au thon rouge

    La Cour européenne de justice du Luxembourg a partiellement invalidé le 17 mars une fermeture anticipée de la pêche au thon rouge. Bruxelles avait décrété cette fermeture en 2008 à l’intention des thoniers senneurs italiens, maltais, grecs, chypriotes et français. La justice n’a pas remis en cause la décision en tant que telle, mais a considéré qu’il y a eu discrimination en faveur des pêcheurs espagnols qui avaient bénéficié d’un sursis jusqu’au 23 juin. Cette décision a été prise suite à une question posée par la justice maltaise qui devait se prononcer sur une demande d’indemnisation déposée par des fermes d’engraissement locales. A noter que la saison 2011 vient tout juste de débuter.

  • L’exemple de l’Ardèche

    L’exemple de l’Ardèche

    L’exemple de l’Ardèche Et si c’était en Ardèche que cela se passe ? En Ardèche où l’eau coule encore souvent comme autrefois, l’Ardèche aux 10 000 sources, aux 3 500 kilomètres de rivières, aux 400 hectares de lacs, l’Ardèche que fréquentent les deux plus grands fleuves de France, la Loire qui y prend naissance et le Rhône de l’importance, l’Ardèche où il reste des truites sauvages, petites mais sauvages, où les pêcheurs se disputent parfois mais font alliance pour empêcher leur fédération d’adhérer au timbre halieutique, l’Ardèche où quelques passionnés inventent sans vrais moyens la gestion des rivières de demain, l’Ardèche singulière et qui entend le rester.
    Par Vincent Lalu

     Il faudrait mille Patrick Pachot pour sauver la pêche de loisir dans ce pays. Patrick Pachot, dès qu’il s’agit de pêche, tourne en surmultiplié. Ce quadragénaire hyperactif, qui gère les ressources logistiques de France Télécom dans la région, est le président de la Gaule Annonéenne, l’une de ces associations que l’on voudrait mettre au pas. Mille cent membres, autant de cartes jeunes, découvertes ou journalières, trois rivières, la Cance, l’Ay, la Deume, pas toujours en forme, quelques ruisseaux de piémont, deux lacs et des lots sur le Rhône.

    Ardèche2

    Le parcours no kill d’Annonay sur la Deume


    La Gaule Annonéenne est la première AAPPMA du département, c’est sans doute celle qui bouge le plus et qui fait le mieux avec ce que la nature, l’urbanisation et le progrès lui ont légué.
    “Ici, commente son président, on défend toutes les pêches, la carpe autant que la truite, et tous les pêcheurs, qu’ils pratiquent à la mouche ou à la bouillette, qu’ils soient retraités, adultes ou adolescents (les enfants et les femmes ont même un week-end qui leur est réservé sur le lac du Vert, l’un des deux plans d’eau que gère l’association).

    Ardèche3

    La Glueyre dans la région des Boutières, une des nombreuses rivières ardéchoises classées en première catégorie.


    ” Pour inciter les gens à retourner au bord de l’eau, Pachot n’a pas lésiné sur les moyens, il a créé la fête de la pêche, creusé un bassin au beau milieu de la foire d’Annonay, aleviné les bassins de la ville, fait travailler une association d’insertion de Tournon pour réparer et entretenir les berges des rivières, développé une école de pêche où les jeunes apprennent d’abord les bases de la pêche au coup, et un centre de stages en float-tube sur le Rhône (en partenariat avec l’AAPPMA de Tournon).
    “Notre ambition, c’est de créer du rêve chez les adolescents. Si on réussit cela, après ce sera gagné, ils seront moucheurs ou carpistes, mais pêcheurs avant tout. »

    Patrick PachotPatrick Pachot, le dynamique président de l’AAPPMA d’Annonay 

    La vocation de ce missionnaire laïc vient d’une frustration d’adolescence : d’avoir vu la Galaure, sa rivière d’enfance, devenir un cloaque, l’a convaincu de la nécessité d’agir sur le terrain, en commençant par se battre pour la défense des milieux. 

    Dernier épisode : un bras de fer contre la commune de Davézieux, qui a construit un lotissement sur une zone humide sans autorisation. “Ils s’en sont tirés avec une amende.” Qui défendra les territoires quand les AAPPMA auront été mises au pas ? “Et qui fera signer les baux de pêche, ajoute Monsieur le Président, sur la basse Cance, il y en a 37 sur 1 100 mètres. Pour certains, ça se termine à 10h du soir avec une bouteille de whisky sur un capot de voiture… On a même fait découvrir à des gens qu’ils étaient propriétaires de quelques mètres de rives.” Une AAPPMA comme la Gaule Annonéenne est une véritable petite entreprise. Il faut trouver de l’argent, des subventions auprès des élus, quand les cotisations ne suffisent pas, gérer la garderie, l’école de pêche, les trois parcours no kill, dont un “toutes pêches” sur la basse Cance, aménager des frayères artificielles à carnassiers sur le lac du Ternay, gérer les conflits, sans jamais céder à la démagogie : “Il faut accepter une baisse des ventes de cartes de pêche pour que les pêcheurs deviennent des adultes responsables.

    Je suis pour que les pêcheurs aient une formation comme les chasseurs.” Pour autant, Patrick Pachot n’est pas un rebelle. Il a même trouvé que nous y étions allés un peu fort contre la Fédération nationale.

    En Ardèche, tous les pêcheurs 
    trouvent leur compte, avec 
    des parcours dégradés alimentés 
    en truites d’élevage, mais 
    aussi des parcours en gestion 
    patrimoniale, comme ici la 
    Loire à Sainte-Eulalie sur un parcours no kill.Adèche4

    Mais, sur le fond, il est d’accord. Comme sont d’accord ceux qui viennent de gagner la bataille de la taille de capture. Ce sont les gens du plateau qui ont déclaré la guerre, ils voulaient que la taille de capture soit ramenée de 23 à 20 cm. Cette taille de 23 n’avait pourtant pas été décidée par hasard :
    les techniciens de la fédé ont travaillé dix ans sur la gestion patrimoniale des truites de l’Ardèche. Les scientifiques de l’université de Montpellier les ont aidés à déterminer à partir de quelle taille les truites pouvaient être prélevées sans risque pour la reproduction naturelle de la souche. En 2000, une grosse étude a confirmé ces choix et le PDPG (plan départemental de protection du milieu aquatique et de gestion piscicole) a été validé en assemblée générale.

    Mais les gens du plateau ont considéré qu’à 23 cm il n’y aurait plus assez de truites à manger. Ils ont tenté d’organiser une contre-étude. Et tout le monde s’en est mêlé, le préfet, les tribunaux, et pourquoi pas le pape ou Sarkozy ?

    Ardèche 5

    La haute Loire ardéchoise dans les gorges et une de ses truites. Un paradis pour les pêcheurs à la mouche dans cette région de moyenne montagne encore préservée. L’activité touristique halieutique contribue à l’économie locale.

     Prendre ou ne pas prendre, tuer ou ne pas tuer, en Ardèche comme dans les autres départements du Midi, on a plus que dans le Nord tendance a faire sienne la règle du “ça passe et ça casse”. 

    La prédation est dans les gènes, on tue, on mange de père en fils, de génération en génération. Sauf que l’équilibre naturel qui a prévalu jusqu’au début du XXesiècle a été rompu deux fois, une première fois par la fée électricité et une deuxième par l’automobile.
    Et la petite rivière magique que protégeait un sentier accessible aux seuls piétons s’est retrouvée à quelques minutes de voiture de n’importe quels commune et axe routier.
    C’est cette réalité-là que prétendent ignorer les actuels responsables nationaux de la pêche de loisir. Ils veulent la rendre plus accessible alors qu’elle l’est déjà trop, moins responsable alors qu’elle ne l’est déjà plus beaucoup.

    Des traces de roue, encore fraîches, venaient mourir l’autre jour sur les bords de la Loire, dans ces gorges sublimes aux alentours de Rieutord, un endroit où le fleuve n’est encore qu’une extraordinaire rivière de moyenne montagne, aux eaux d’une rare pureté, aux éclosions régulières et massives d’éphémères de toutes sortes.
    “Tiens, ils ont encore pêché au filet”, a sobrement commenté Emmanuel Vialle, président de l’EYGA, une autre AAPPMA basée aux Ollièressur- Eyrieux. Il savait qui c’était, nous aussi, le pape aussi. On n’accuse pas sans preuve.

    Ainsi va l’Ardèche. On y trouve tout ce que produit la culture française de la pêche de loisir, de l’ayatollah du no kill aux pires viandards. Une région où il est parfois compliqué d’être président d’AAPPMA. Manu Vialle en sait quelque chose, lui qui a dû parfois faire le coup de point contre un braco qui ne pêchait que les no kill ou contre un micro centralier furieux d’avoir été condamné.
    L’AAPPMA de Manu gère trois rivières : l’Eyrieux sur 10 km, la Glueyre sur 20 km, et l’Ouvèze sur 20 km. Cinquante kilomètres de rivières pour 600 pêcheurs. Sans garderie (faute de moyens et de soutien), le président fait lui-même l’inspection et bien d’autres choses encore.

    Car Manu Vialle, à l’instar de Patrick Pachot, considère qu’il en faut pour tout le monde, des no kill (deux) autant que des parcours à viande (un lâcher par mois d’arcs-en-ciel sur la partie dégradée de l’Eyrieux, ce qui consomme la plus grande partie du budget de l’association, 4 000 euros pour une tonne de poissons).
    Manu Vialle, qui est un professionnel de la pêche (il est membre du staff des mouches de Charrette), imagine mal que l’on puisse se passer du travail de terrain que seules peuvent assumer les AAPPMA. Dans son département, elles sont l’indispensable relais entre les 28 000 pêcheurs, dont 50 % “d’étrangers” et les autorités fédérales ou nationales.
    D’où son opposition au principe du timbre halieutique qui ferait déferler sur l’Ardèche les pêcheurs prédateurs des autres départements du Midi.

    A Sainte-Eulalie, au coeur du plateau ardéchois, se trouve l’excellent hôtel-restaurant que tiennent Marie-Andrée et Serge Mouyon, des amis de Manu. Serge, grand pêcheur lui-même, a accueilli le fameux séminaire du président Roustan à l’origine de toute cette affaire. Son nom :
    l’Hôtel du Nord. Un présage ? mieux que cela : un programme de conquête.

  • La France pointée du doigt pour sa pollution industrielle

    La France pointée du doigt pour sa pollution industrielle

    Le 14 mars dernier, la Commission européenne a décidé de renvoyer la France devant la justice pour n’avoir pas respecté une législation européenne sur la pollution industrielle. La France avait jusqu’au 30 octobre 2007 pour donner de nouvelles autorisations d’exploitation ou de réexaminer les anciennes autorisations données à un certain nombre d’industries à fort potentiel de pollution. L’Etat français n’a toujours pas pris les dispositions nécessaires provoquant ainsi les foudres de la Commission.

    Ainsi ce n’est pas moins de 62 installations industrielles qui fonctionnent sans autorisations conformes à la directive européenne ! Huit pays de l’Union ont également été poursuivis pour des faits identiques ces dernières années : Estonie, Espagne, Slovénie, Suède, Portugal, Pays-Bas, Grèce et Danemark.

  • Alevinage

    Alevinage

    Tout a été dit sur l’alevinage, le pour, le contre, le “oui mais”, le “y’a qu’à”, le “faut qu’on”, etc. La réflexion que nous vous proposons ici risque de froisser quelques susceptibilités, de scandaliser les adeptes d’un no kill exclusif, mais il s’agit surtout de balayer devant notre porte… en toute franchise.
    Par Jean-Marc Theusseret 

     Le flou le plus total plane sur la politique d’alevinage française. Proposé par l’Agence de l’eau, le projet de loi sur l’alevinage a permis de faire le point sur la position des gestionnaires de la pêche en France. Ce projet préconise une interdiction totale de l’alevinage dans les cours d’eau ou secteurs de cours d’eau qui “peuvent prétendre à un bon état naturel” et la possibilité de pouvoir introduire des poissons dans le cas où les milieux sont altérés.
    Demandée depuis plusieurs années par nombre de défenseurs des truites sauvages, cette loi a soulevé un véritable tollé de la part de nombreuses AAPPMA et de la plupart des fédérations départementales.
    Au final rien n’a donc bougé. Certaines fédérations ont joué le jeu de la gestion patrimoniale, en privilégiant la sauvegarde de populations sauvages de truites. La majorité des fédérations disposant de cours d’eau de première catégorie n’a pas suivi cette voie, préférant continuer à introduire des poissons d’élevage en masse, ignorant au passage cette priorité à la gestion patrimoniale dans les eaux où celle-ci est possible. De plus, la reconquête des effectifs de pêcheurs par la Fédération nationale pour la pêche en France semble s’orienter vers une politique d’alevinage massif pour contenter les pêcheurs. On constate alors une grande disparité d’actions d’un département à l’autre, une difficulté à suivre une méthode sur le long terme avec une gestion cohérente par bassin.

    Cette truite prise en début de saison n’est ni grosse, ni longue, ni américaine, mais elle est sauvage, et vit dans nos eaux. Et les gros poissons sauvages se méritent. C’est ça la pêche, non ?

    Des choix plus halieutiques qu’écologiques 

     Si l’on observe l’alevinage de truites en France, en Europe et dans le monde, on prend rapidement conscience que ce sont presque toujours les pêcheurs qui sont à l’origine des introductions. Alors, que veulent les pêcheurs ? C’est bien là la question.
    Même les pêcheurs à la mouche, respectueux d’une nature sauvage, cèdent le plus souvent à la tentation de la “bassine”. C’est le cas dans les pays voisins comme l’Autriche, la Slovénie, la Croatie ou l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, où l’on a commis de véritables crimes écologiques en voulant développer le tourisme pêche. Le no kill étant dans ce cas un faux prétexte de respect et de protection des cours d’eau et des poissons qui les peuplent. Les conséquences de l’introduction de truites arc-en-ciel dans des rivières en bon état écologique produisent un effet dramatique sur les populations de truites fario sauvages. Comme chacun sait, les truites arcs-en-ciel d’origine domestiques sont actives tout l’hiver. Leur prédation sur les fraies de truites fario sauvages touche dans un premier temps les oeufs, puis dans un second temps les alevins.
    Le risque sanitaire est également trop souvent sous-estimé. Idem pour les introductions de truites fario, dont tout le monde connaît aujourd’hui le risque de la pollution génétique.
    Il est étonnant de constater à quel point ce genre de constat est tabou dans le petit monde halieutique français et européen.
    Les pêcheurs français sont de plus en plus nombreux à se rendre dans ces pays où la pêche à la mouche offre une “garantie” de résultat que l’on ne trouve pas en France. On fait donc l’autruche, sans oser regarder les choses en face. Les pêcheurs veulent avant tout s’amuser, si possible dans un cadre sauvage préservé et entre pêcheurs de la même caste. D’aucuns rêvent de parcours similaires dans les eaux françaises, y compris dans des zones où les truites sauvages sont encore très présentes. C’est déjà le cas dans certaines rivières (Isère, Drac, parcours de seconde catégorie). Le risque est si grand qu’on ne peut le passer sous silence.
    La perte de populations sauvages est un phénomène irréversible. Voilà, tout est dit.
    Cette réflexion nous amène à reconsidérer le rôle des pêcheurs au bord des cours d’eau. Car la pêche devient une activité de loisir que l’on voudrait comparable à d’autres, comme le ski, le VTT ou le rafting. On paye et on consomme. C’est dans l’air du temps… Cet antagonisme entre plaisir personnel du pêcheur et respect de l’environnement est une question que chaque pêcheur doit se poser. Nul doute que les lecteurs de Pêches sportives, très sensibilisés à cette réflexion, qui transparaît régulièrement dans les pages de “L’Echo du radier” à travers les articles de Sylvain Richard, Arnaud Caudron ou de Guy Périat, sont conscients du problème.
    Mais, globalement, la majorité des pêcheurs à la mouche français vont d’abord à la pêche pour se défouler, faire des scores, en se donnant bonne conscience en pratiquant le no kill. C’est très bien le no kill, mais une truite d’alevinage reste une truite d’alevinage.
    A-t-elle sa place dans un cours d’eau peuplé également de truites sauvages ? Non. On observe également des comportements contradictoires.
    Par exemple, la plupart des pêcheurs français estiment que la truite arc-en-ciel n’a pas sa place dans nos rivières (c’est en tout cas le sentiment général), alors qu’une bonne partie des mêmes pêcheurs sont ravis de retrouver cette espèce en Autriche et dans les rivières des pays voisins.
    Etrange non ? Mouche

    bassineCritique plus souvent qu’à son tour de la politique d’alevinage demandée par le pêcheur lamda “franchouillard”, le pêcheur à la mouche accepte finalement la même chose en pêchant dans les pays voisins où sont commis des crimes écologiques sur des rivières en excellent état, où l’on “bassine” allègrement des truites d’élevage. Il faut savoir balayer devant sa porte !

    Le rêve américain

     Ce qui est vrai en Europe ne l’est pas forcément ailleurs. Les rivières autrichiennes ou de l’ex-Yougoslavie sont pour les pêcheurs européens des rivières comparables à celles que l’on trouve aux Etats- Unis. Mêmes espèces de truites (hormis la marmorata), techniques de pêche et mouches similaires. Pauvre comparaison ! La situation est en réalité radicalement différente.
    Aux Etats-Unis, les truites arc-en-ciel sont autochtones et les farios ont été introduites à partir de souches européennes provenant de Bavière. La situation est donc inverse et cela s’est produit il y a presque un siècle. Dans le Montana, on observe que l’on trouve rarement beaucoup de farios sur les secteurs riches en arcs-en-ciel, mais les deux espèces arrivent à cohabiter.
    Cela s’observe également en Patagonie, où les deux espèces ont été introduites à partir des populations d’Amérique du Nord.
    Chaque espèce semble trouver sa place. C’est ce modèle qui a été développé en Europe, mais il n’est malheureusement pas reproductible.
    On dispose aujourd’hui d’études génétiques précises, d’évaluation de l’état écologique des cours d’eau, mais pour autant les mentalités en matière d’alevinage en truites n’ont pas évolué, à l’exception des exemples isolés que nous vous présentons régulièrement dans ces colonnes.
    Autoriser les alevinages dans les plans d’eau, les cours fortement perturbés, en prenant toutes les précautions, se conçoit. Pour le reste, la seule chose qu’il nous reste à faire est de préserver ce qui subsiste comme populations sauvages, sans concessions ni tabous, sans rêver à l’oncle Sam, sans céder aux chants des sirènes, bref en regardant la réalité en face.
    L’herbe n’est pas toujours plus verte dans le pré du voisin.Arc

    La truite arc-en-ciel a sa place en eaux closes. La pêche en réservoir permet aux pêcheurs à la mouche de prolonger la saison tard dans l’hiver et c’est tant mieux.

    Des truites triploïdes en Haute-Garonne ?

    Le Collectif Mouche 31, association de défense des milieux aquatiques en Haute-Garonne, nous informe que la Fédération départementale de pêche et de protection des milieux aquatiques du même département avait l’intention de réaliser des alevinages dans les cours d’eau de première catégorie avec des truites arc-en-ciel triploïdes. Le collectif nous faisait part de son inquiétude quant aux conséquences que peuvent avoir ces poissons sur les populations sauvages de truites. En pisciculture, la triploïdie est utilisée chez la truite pour améliorer la qualité gustative des gros sujets en évitant la maturation sexuelle.
    Plus récente chez les poissons que chez les végétaux, cette technique reproduit un phénomène observé dans la nature, en utilisant un processus physique reproduisant soit un choc de température, soit un choc de pressions sur les oeufs, permettant de garder le troisième jeu de chromosomes naturellement présent dans l’oeuf. La triploïdie induit uniquement une stérilité des poissons afin d’éviter la maturation sexuelle. C’est en quelque sorte un procédé qui s’apparente à la castration, comme on l’utilise chez les bovins, les porcs et les volailles, car la maturité sexuelle des truites s’accompagne d’une altération de la qualité de la chair. Pour éviter cela, les pisciculteurs utilisent cette technique. Les truites triploïdes ne peuvent donc se reproduire. Quand on sait que les truites arc-en-ciel d’élevage non triploïdes sont généralement incapables de se reproduire, on ne voit pas l’intérêt d’introduire des truites “castrées”, qui ont la réputation de se nourrir beaucoup plus activement encore que les autres arcs-en-ciel “normales”. L’impact sur les populations sauvages dans les rivières d’un département où la gestion patrimoniale est une évidence n’a visiblement pas été pris en compte.
    Cela tient de l’irresponsabilité la plus profonde.
    Renseignements : [email protected]

  • Le barrage géant des Trois Gorges et ses effets… durables

    Le barrage géant des Trois Gorges et ses effets… durables

    Des scientifiques japonais pensent qu’il est pour partie responsable de la prolifération de centaines de millions de méduses géantes en mer de Chine et sur les côtes du Japon. C’est aussi un drame humain épouvantable, avec une nouvelle vague de 300 000 personnes déplacées, comme l’a rapporté récemment le China Daily. Une étude montre que 9 324 sites sont potentiellement menacés par des risques géologiques, soit 4 000 de plus que ce qui avait été annoncé en 2003.

    Car, pour limiter le risque et réduire la pollution qui entre dans le réservoir, il faut construire des « zones tampons », sans hommes. La Chine ne semble pourtant pas vouloir ralentir l’allure en matière de construction de grands barrages et a annoncé un accord pour construire un nouveau grand barrage au Cambodge.

  • Renouée du Japon, le cancer de nos rivières !

    Renouée du Japon, le cancer de nos rivières !

    En une quinzaine d’années, la renouée du Japon est passée du stade de curieuse plante décorative à celui de plante envahissante inscrite sur la liste des pires ennemies des cours d’eau. Son évolution est désormais galopante dans une bonne partie du pays. Voici comment la reconnaître, connaître son mode de reproduction et limiter son extension.
    Par Luc Schmitt 

     Nous avions publié un article “préventif” en 1998 sur les risques de voir se développer de façon galopante une plante envahissante qui trouve sa place essentiellement sur les rives des cours d’eau. Aujourd’hui, la situation est très grave dans bien des régions. La renouée du Japon (Reynoutria japonica) est présente en Europe comme plante fourragère et d’ornement dès 1823. Son origine se situe en Extrême-Orient où l’on trouve également une autre espèce, Reynoutria sachalinensis,dite renouée de Sachaline, également importée quelques années plus tard sur le sol européen. Depuis, une espèce hybride est également de la partie : Reynoutria. X bohemica. Ces

    trois espèces très semblables sont présentes dans tout le pays avec à degrés variables. Certaines régions ont vu leurs rivières étouffées en quelques années. C’est le cas des Vosges, de la Haute-Savoie et bientôt de la Franche- Comté. La renouée du Japon est la plus répandue, alors que la renouée de Sachaline est nettement moins représentée et les avis sont partagés concernant la distribution de l’espèce hybride. Pourtant, de nombreux spécialistes considèrent la renouée hybride

     comme étant en forte expansion. Ces trois plantes vivent dans le même type d’habitat : au bord des cours d’eau, qu’ils soient de plaine ou de moyenne montagne.

    Sachaline

    En quelques années, la renouée

    du Japon et deux amies ont envahi des centaines de kilomètres de berges, et ça ne fait sans doute que commencer. Ci-dessus, les feuilles allongées de la renouée de Sachaline, qui cause les mêmes problèmes.

    Comment la reconnaître ? 

     La renouée du Japon est une plante vivace reconnaissable autant par ses feuilles, ses tiges que ses fleurs. La tige est rouge sombre, lisse, creuse et droite. Les feuilles pétiolées sont d’un vert tendre en forme de coeur pour un diamètre d’environ 10 cm sur un sujet adulte. Elles sont munies d’une ochréa (gaine membraneuse naissante à la base des feuilles et entourant la tige). Les fleurs sont blanc crème et se situent sur le dessus des plantes. La floraison a lieu dans le courant de l’été jusqu’en septembre. La renouée du Japon est dioïque, c’est-à-dire que les fleurs mâles et femelles sont séparées et sur deux pieds différents. La plante peut atteindre 2 à 3 mètres de hauteur au maximum. Des rhizomes souterrains épais, souvent profondément ancrés dans le sol, assurent la survie des massifs au fil des saisons. Contrairement à la renouée du Japon, la renouée de Sachaline peut atteindre 4 mètres de hauteur, les feuilles pétiolées mesurent jusqu’à 40 cm de long, leur limbe est en forme de coeur à la base. L’hybride est fort probablement né dans les zones nouvellement colonisées par les parents, il prend généralement des caractéristiques partagés.

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    En haut, à droite de l’image, les cannes desséchées d’un petit massif de renouée du Japon.

    Biologie et mode de reproduction 

     En Europe, les plants de renouée du Japon sont toujours femelles. La reproduction est exclusivement végétative. La renouée sachaline est représentée par des pieds femelles et mâles, une reproduction sexuée est possible. Issue d’une hybridation entre la renouée du Japon et la renouée de Sachaline, la renouée hybride peut également se reproduire par voie sexuée. Dans nos contrées, la dissémination par des graines ne joue cependant pas un rôle important. Les jeunes plantes sont très sensibles au gel et ne survivent souvent pas. Par contre, à partir de petits fragments de rhizomes, les trois sont capables de développer des grandes plantes. Un fragment de rhizome suffit à donner un plant. On les trouve sur les bords des cours d’eau, mais aussi le long des chemins, des routes, des voies ferrées, les déblais, etc. C’est souvent l’apport de terre qui est à l’origine du développement d’un nouveau massif. Les renouées sont présentes en Amérique du Nord, en Australie et Nouvelle- Zélande. En Europe, on les trouve de Scandinavie jusqu’au sud de la France, des îles Britanniques jusque dans les Balkans. La renouée de Sachaline manque dans les zones chaudes du Sud. Chez nos voisins suisses, on trouve les trois espèces dans tout le pays, ce qui signifie que les régions et pays frontaliers sont également touchés. 

    Renoué et Sachaline

    une feuille de renouée du Japon à droite, et de renouée de Sachaline à gauche.

    Effets sur les cours d’eau

     La renouée du Japon figure sur la liste des 100 espèces exotiques envahissantes les plus nuisibles (liste établie par l’UICN, Union internationale de conservation de la nature). Les populations très denses sont une menace pour la flore indigène. Les renouées ont une croissance très rapide, elles passent l’hiver sous forme de rhizomes profondément ancrés dans le sol et sont donc difficiles à éliminer. Le feuillage dense apporte de l’ombre et empêche le développement d’espèces indigènes. La croissance rapide de la plante, combinée à une multiplication végétative efficace, aboutit à la formation de grandes populations monospécifiques. En populations denses, ces plantes favorisent également l’érosion sur les berges des cours d’eau. Les tiges aériennes meurent en hiver et laissent du sol nu exposé à l’érosion. Cette érosion profite grandement à la plante car les crues dispersent d’autant mieux les rhizomes.

    Triste spectacle que l’on peut observer sur de nombreuses rivières chaque hiver (le Gier dans la Loire, le Coudoulous dans le Gard, la Furieuse dans le Jura, les Usses en Haute-Savoie, la haute Moselle dans les Vosges, etc.).

    Renoué l'hiver

    L’hiver, les plants sont secs et se font balayer par les crues.
    Le terrain alors instable subit le même sort, emportant avec lui les rhizomes en aval.
    C’est comme cela que la plante progresse. La manipulation de terre est le meilleur moyen de multiplier la renouée du Japon. C’est pour cela qu’on la trouve souvent le long des berges remblayées.

    La prévention plus que la lutte

     Les trois renouées sont très difficiles à éliminer. Une seule plante développe des rhizomes dans un rayon de 7 mètres et jusqu’à une profondeur de 3 mètres. Les moyens de lutte étant très limités, il faut déjà éviter au maximum son expansion. A cet effet, plusieurs recommandations sont à respecter à la lettre :

    – Ne pas disséminer les plantes. Une tige coupée en contact avec le sol développera un nouveau rhizome en quelques jours si les conditions sont favorables.

    – Ne pas disséminer les rhizomes. Un infime morceau de rhizome redonnera une plante, qui elle-même donnera un massif, qui à lui seul peut coloniser une vallée entière ! 

     – Ne pas la transporter. 

    – Ne surtout pas mettre sur le compost du jardin. 

    – Les outils ou récipients qui auraient servi à manipuler de la terre où peuvent se trouver des rhizomes doivent être nettoyés avec attention. 

    La terre que l’on a récupérée doit être jetée (réseau de ramassage des déchets et incinération). L’incinération reste le moyen le plus efficace pour les éliminer. Des bons résultats ont été obtenus par compostage sur des compostières professionnelles (avec une phase d’hygiénisation). Cette technique peut être intéressante pour des terres infestées. La plus grande vigilance est donc demandée lors du transport et du traitement sur place. 

    De leur côté, la SNCF et la DDE semblent baisser les bras tant cette lutte engendre des coûts considérables. Le bord des voies de chemin de fer et les routes sont pourtant les deux terrains préférés de la renouée du Japon pour gagner du terrain. Communiquons Il importe d’effectuer une très large campagne d’information dans les fédérations départementales de pêche, les AAPPMA, les mairies, pour que pêcheurs randonneurs, chasseurs, évitent de manipuler ces plantes (en croyant bien faire). S’il est encore possible de freiner le phénomène, il semble utopique aujourd’hui de vouloir l’enrayer. Il faudra donc vivre avec en attendant une solution miracle qui n’existe pas aujourd’hui.



    L’autre poison des cours d’eau mais surtout des zones humides et des marais, c’est la balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera). Les premières graines ont été expédiées au Jardin botanique de Londres en 1839. Au début des années 1960, des ouvrages font état de sa présence dans la plaine rhénane d’Alsace et à l’ouverture des vallées vosgiennes. Si son expansion reste beaucoup moins spectaculaire et rapide quecelle de la renouée du Japon, la balsamine de l’Himalaya poursuit cependant son extension en Alsace, en Bourgogne, jusqu’au sud de la région parisienne. Elle est signalée dans une moindre mesure dans une bonne vingtaine de départements.
    Son système racinaire est plus développé que celui de la renouée du Japon. Un petit bout de racine donne une nouvelle plante. Autre différence notoire avec la renouée du Japon, notre hôte himalayienne possède un système de propagation de ses graines étonnant. Il suffit qu’un insecte, un oiseau, ou un passant touche la fleur pour que les graines – contenues dans une capsule – s’éjectent à plus de 6 mètres autour de la plante ! Une plante peut produire jusqu’à 700 graines. Pour lutter contre l’expansion de la plus grande des impatiens, la technique de fauchage est efficace, le but étant d’éviter la floraison.
    Balsamine

  • Surpêche : l’Espagne sur le banc des accusés

    La Commission européenne a, dans un règlement du 22 février, imposé des sanctions contre l’Espagne accusé de surpêche du maquereau. Le pays aurait dépassé son quota de pêche pour cette espèce de près de 20 000 tonnes, soit 80 % de plus que son quota autorisé. La Commission a procédé à un contrôle croisé des données fournies par l’Espagne et a décelé de nombreuses incohérences. Pourtant elle a décidé d’adapter ses sanctions afin de ne pas trop pénaliser la filière en proposant un remboursement sur plusieurs années, amoindrissant ainsi les effets de la sanction et probablement son effet dissuasif.

    Voir le règlement de la Commission européenne.