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Catégorie : Environnement
8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

Température d’eau et poissons, un équilibre fragile et complexe
La grande majorité des pêcheurs n’accordent pas assez d’importance à l’impact de la température de l’eau sur l’activité des poissons. Animaux à sang froid, ils subissent directement les différences de température. Cet article permet de bien comprendre quelles sont les conséquences chez les poissons lors des variations de température de l’eau, car c’est souvent un facteur déterminant pour leur alimentation.
Par Arnaud Caudron
Certains êtres vivants comme les mammifères ou les oiseaux ont une température corporelle constante. Ces espèces sont dites homéothermes. Les poissons, par contre, sont incapables de garder leur température interne constante et celle-ci varie en fonction de la température de l’eau. Dans le jargon technique, on les appelle des poïkilothermes. Ensuite, on peut distinguer les espèces eurythermes, susceptibles de supporter de grandes amplitudes de température, qui vivent préférentiellement en zone de plaine (cyprinidés), et les espèces sténothermes qui, elles, au contraire ne tolèrent que des variations faibles autour d’une valeur moyenne et qui généralement préfèrent les eaux froides, par exemple la truite. Ces espèces sont donc doublement dépendantes et sensibles aux valeurs de la température de l’eau. On comprend mieux pourquoi la température de l’eau est un facteurécologique primordial et les raisons pour lesquelles ses variations au cours de l’année jouent un rôle direct sur la vie des poissons. Ainsi, la température de l’eau intervient directement sur certaines fonctions vitales comme le métabolisme, donc la croissance, l’activité hormonale, la reproduction, mais peut aussi intervenir indirectement, par exemple, pour certaines pathologies qui sont favorisées par l’élévation de la température de l’eau.
Température, exigences et qualité du milieu
La température intervient directement dans la qualité chimique des eaux puisqu’elle agit sur les concentrations des différents composés essentiels présents dans l’eau, par exemple l’azote, qui peut prendre différentes formes au cours de son cycle (nitrite, nitrate, ammonium, ammoniac), le calcium et également la concentration en dioxygène et le taux d’oxygène dissous. D’une manière générale, une élévation de température accélère le métabolisme du poisson et donc stimule sa croissance alors qu’une baisse de la température provoque l’effet inverse. Lorsque la température de l’eau augmente, la demande en oxygène aussi augmente car le poisson est plus actif et s’alimente plus pour répondre à la demande métabolique. Cependant, en même temps que le poisson augmente sa consommation d’oxygène, la disponibilité de cet oxygène dans l’eau diminue car l’augmentation de la température limite la solubilité des gaz. De plus, l’élévation de la température provoque un changement des concentrations relatives des composés de l’azote en augmentant le taux d’ammoniac, forme toxique del’azote. Il existe donc un équilibre instable dans l’interaction entre les différents éléments, qui varie continuellement en fonction de la valeur de la température d’eau. D’autres éléments, comme la charge en matières organiques, peuvent influencer cet équilibre précaire. Ainsi, dans des eaux polluées par surcharge organique, par exemple l’aval des rejets de stations d’épuration peu performantes, la prolifération des bactéries aérobies, qui augmente avec la température, entraîne une diminution de la teneur en oxygène.
Des variations de température ont lieu, bien sûr, au cours de l’année, par exemple entre l’été et l’hiver, où l’amplitude tourne en général autour de 15 à 20 °C, mais, chose moins connue, les conditions de température d’un cours d’eau peuvent également varier de 4 à 10 °C au cours d’une même journée. Ces informations peuvent expliquer les différences d’activité des poissons, que l’on observe au cours d’une journée de pêche. Outre l’effet des variations thermiques, certaines valeurs extrêmes de température (élevée ou basse) peuvent rendre les conditions de vie plus difficiles en provoquant un déséquilibre entre les différents éléments, qui fait qu’au moins un de ces éléments atteint unevaleur qui n’est plus compatible avec les exigences écologiques d’une espèce. Alors le poisson rentre en état de stress, arrête de s’alimenter, bloque son métabolisme et, cas extrême, cherche à migrer ou peut mourir si certaines valeurs dépassent ses limites vitales. Par exemple, pour la truite commune, qui est une espèce très étudiée et pour laquelle des données précises existent, on estime son preferendum thermique entre 4 et 19 °C. C’est-àdire que, lorsque la température d’eau est en dessous de 4 °C ou au-dessus de 19 °C, la truite rentre en état de stress et réduit fortement son métabolisme et cesse de s’alimenter. Au-delà de 25 °C, les conditions du milieu deviennent létales ou sublétales pour ce poisson. En plus, en fonction du stade de vie (embryon, larve, juvéniles, adultes) et de l’état physiologique (maturité sexuelle), les exigences écologiques vis-à-vis de la température ne sont pas les mêmes.
Température et reproductionLa quasi-totalité des poissons sont dépendants de la température d’eau pour l’ensemble de leur cycle de reproduction.
Chaque espèce a ses propres preferenda thermiques, en rapport avec la période de l’année durant laquelle se déroule la reproduction. L’étape de maturation sexuelle et de formation des gamètes est souvent déclenchée par un changement brusque de la température (élévation ou baisse) ou l’atteinte d’une valeur seuil à partir de laquelle les géniteurs commencent à maturer. Par exemple, pour la truite, la reproduction est systématiquement précédée par une chute de la température de l’eau. Les comportements migratoires, particulièrement chez les salmonidés, permettant aux géniteurs d’accéder aux zones de frayères, sont également souvent déclenchés par une chute de la température de l’eau.
Enfin, la durée du développement embryo-larvaire, en particulier chez les salmonidés, est déterminée par la température de l’eau. Cette durée est alors exprimée en degrés-jours. Par exemple, pour la truite commune, l’éclosion des oeufs intervient environ 400 degrés-jours après la fécondation. Aussi, pour connaître la durée d’incubation, on additionne chaque jour la valeur moyenne de la température de l’eau jusqu’à atteindre un total de 400 °C. Ainsi, théoriquement, si la température est constante et reste tous les jours à 10 °C, il faudra 40 jours d’incubation pour atteindre le seuil de 400 °C. Dans le cas de la truite, il faut encore presque 400 degrés-jours pour que la larve se développe et émerge des graviers. Dans la nature, la valeur de la température n’est bien sûr pas constante au cours du développement embryonnaire, puisque l’eau se réchauffe progressivement au fur et à mesure que le développement a lieu. Mais, globalement, lorsque les températures d’un cours d’eau sont plus élevées, la durée de vie sous graviers sera plus courte. Les premières études réalisées en milieu naturel montrent que la durée totale de vie sous graviers pour la truite commune peut varier de 115 à 180 jours selon les sites, soit de quatre à six mois. Il semble qu’au-delà de 180 jours le développement ne soit pas viable et que la mortalité des alevins soit totale.Température et pathologie
La température de l’eau est aussi un facteur important pour l’état sanitaire des poissons, en particulier concernant le développement des pathologies. Pour la totalité des poissons, les différents types de pathologies possibles, bactériennes, virales, parasitaires, sont conditionnés ou influencés par les valeurs de températures de l’eau. Les pathologies sont le plus souvent liées à un réchauffement des eaux ou à l’atteinte d’une valeur seuil importante. L’exemple le plus parlant, et qui est d’actualité, est le développement de la tetracapsulose ou maladie rénale proliférative chez les truites et les ombres, appelée plus communément PKD (proliferative kidney disease). La PKD est une maladie infectieuse qui provoque une hypertrophie des reins et, éventuellement, du foie et de la rate, qui peut entraîner dans les populations des taux de mortalité relativement importants, notamment chez les juvéniles. L’agent infectieux est un parasite nommé Tetracapsula bryosalmonae, qui infecte en premier lieu des petits invertébrés de nos cours d’eau, les bryozoaires, mais qui peut également parasiter les salmonidés lorsque les conditions du milieu deviennent favorables.
La température de l’eau joue un rôle primordial dans le cycle de développement de ce parasite, qui se propage dans le milieu naturel lorsque celle-ci atteint 9 °C. L’apparition des conséquences cliniques sur les truites semble nécessiter une température d’au moins 15 °C pendant environ deux semaines. Si, à première vue, ces conditions de température peuvent paraître rares, en réalité les relevés thermiques qui commencent à se mettre en place sur différents réseaux hydrographiques montrent que de nombreux sites sont concernés, et pas seulement dans les rivières de plaine. D’ailleurs, plusieurs sites montrant des truites atteintes de PKD ont été découverts en France, en Suisse et en Grande-Bretagne. On perçoit mieux le rôle déterminant que joue la température de l’eau sur les poissons et l’influence qu’elle peut donc avoir sur la structure d’un peuplement ou d’une population. Ce facteur doit donc être pris en compte de manière prioritaire dans les études piscicoles ou de qualité du milieu et il doit être étudié sur un cycle annuel, car chaque stade de développement a ses propres exigences. Il est vrai que c’est bien souvent l’augmentation de la température qui pose des problèmes, en particulier pour les espèces sténothermes, etce constat n’est pas rassurant maintenant que l’on sait que le réchauffement climatique dont on nous parle tant est inévitable. En effet, on ne cherche plus à éviter ce réchauffement, car il est trop tard, mais on cherche désormais à prévoir ce qu’il provoquera comme bouleversements biologiques, écologiques et humains. Concernant les milieux aquatiques, de premières études par modélisation prévoient à long terme une réduction importante de l’aire de répartition des espèces sténothermes comme la truite et une banalisation des peuplements sur la majorité des milieux, car le réchauffement va profiter aux espèces les moins exigeantes. Et ce qui est vrai pour le poisson l’est également pour les invertébrés et les plantes aquatiques. Par contre, ce que ne prennent pas en compte ces études prospectives est la capacité d’adaptation des espèces face à ce changement. Nous pouvons donc raisonnablement espérer que ce changement sera suffisamment progressif pour permettre aux espèces ayant une plasticité écologique importante de s’acclimater.
L’Aspe ou les frasques d’un cyprin pas comme les autres…
Dix ans après son développement spectaculaire dans le Rhin, puis dans la Moselle, l’aspe continue discrètement son évolution sur le territoire français. Le temps est donc venu de faire le point sur sa situation géographique, sa pêche et ses moeurs. Le plus chasseur de tous les cyprins n’a pas fini de faire rêver les pêcheurs aux leurres, tant son activité en surface est spectaculaire.
Par Jean-Marc Theusseret
Signalé pour la première fois en 1972 dans le département du Bas-Rhin, l’aspe (Aspius aspius, Linné 1758) se conduisit en arlésienne jusqu’au début des années 2000, comme avant lui le sandre et le silure.Voyageurs clandestins, ces trois espèces ont migré discrètement, via les canaux, depuis le bassin du Danube pour rejoindre le Rhin franco-alémanique. A la fin des années 1990, le Conseil supérieur de la pêche (CSP) le recense sur six des sept stations (essentiellement des passes à poissons) des rivières Lauter, Sauer, Hot, Modern Rossmoerder, l’Ill et bien sûr celle du Rhin canalisé (grand canal d’Alsace). Bien qu’il soit difficile d’expliquer pourquoi une espèce nouvelle dans un milieu peut rester en “sommeil” durant plusieurs décennies avant de se développer de façon spectaculaire, il semblerait que les années de fortes chaleurs soient favorables au développement de l’aspe. Selon les pêcheurs alsaciens, l’été caniculaire de 2003 fut le déclencheur de son développement massif dans l’Ill à Strasbourg. Comme tous les cyprinidés, l’aspe se nourrit et se déplace lorsque les eaux se réchauffent. Les trois derniers étés que nous venons de vivre, particulièrement secs et chauds dans l’Est de la France, pourraient donc parfaitement donner lieu à une nouvelle phase d’expansion.
Développement de l’espèce
Depuis qu’il a colonisé le Rhin sur la quasi-totalité de son cours canalisé, mais également son lit originel (vieux Rhin), l’aspe peut compter sur les canaux pour conquérir de nouveaux territoires : celui de la Marne au Rhin où il est de plus en plus signalé par les pêcheurs au coup qui prennent des individus juvéniles et celui du Rhône au Rhin, où il semble en revanche bloqué depuis presque dix ans dans la banlieue est de Mulhouse.

La forêt des rivières : un intérêt caché !
Penchons-nous sur un écosystème bien spécifique des cours d’eau : les formations végétales riveraines, appelées ripisylves. Ces forêts, plus ou moins denses, sont le témoin du fonctionnement naturel des rivières, et leurs rôles, tant pour le milieu que pour les espèces associées, leur confèrent une valeur patrimoniale indiscutable.
Par Guy Périat et Sylvain Richard
Les pêcheurs le savent bien, les secteurs de cours d’eau arborant une végétation immergée ou émergeante apparaissent parmi les plus intéressants et les plus attractifs pour le poisson. Au risque de perdre leurs précieux leurres, bon nombre d’entre eux prospectent de préférence les secteurs les plus encombrés. Ces habitats, souvent constitués d’une part minérale, sont en effet ceux qui procurent l’hétérogénéité la plus intéressante pour la faune pisciaire. Leurs structures, leur organisation spatiale, leur hétérogénéité et leur pérennité sont fondamentales au développement harmonieux des poissons de nos cours d’eau. Ils les utilisent constamment pour accomplir leur cycle de vie tant au quotidien qu’à long terme.
Cependant, quels facteurs régissent la présence de ces supports ligneux ou herbacés, quelles en sont leurs genèses, leur dynamique et leur fonctionnalité au sein des hydrosystèmes ? Ne pourrait-on pas les jardiner pour accroître les potentiels piscicoles de certains secteurs de cours d’eau ou les exploiter afin de faciliter l’action de pêche et l’accès au cours d’eau ? Afin de répondre à ces différentes interrogations, il est fondamental de parler de végétation aquatique d’une manière globale. C’est pourquoi, au lieu de se cantonner à une description des habitats liés à la végétation présente, il est préférable de décortiquer, d’expliquer et de comprendre le fonctionnement de l’ensemble du couvert végétal bordant nos cours d’eau : la ripisylve.
Qu’est ce que la ripisylve ?Le mot ripisylve vient du latin ripa, la rive, et sylva, la forêt. Ce terme correspond à l’ensemble des formations végétales arbustives et arborescente, présentes au bord des cours d’eau ou des plans d’eau et liées à la présence d’une nappephréatique peu profonde. En fonction de la distance par rapport au lit vif de la rivière, deux types de boisements peuvent être distingués :
– Le boisement de berge : il correspond au couvert végétal situé près du lit mineur, régulièrement soumis aux crues et qui participe directement à la qualité physique du cours d’eau. Il se limite dans la plupart du temps à un liseré étroit.
– La forêt de plaine alluviale : elle se rencontre en particulier sur les grands cours d’eau de plaine au sein desquels un large corridor végétal se développe dans le lit majeur. Il se compose de groupements végétaux multiples, dominés par des groupements arborés.
Il est important de préciser que les termes de forêts riveraines ou ripisylves ne s’appliquent que sur les entités végétales directement influencées par les hydrosystèmes ou qui les influencent. Ces biotopes particuliers se situent à la frontière du monde aquatique et du monde terrestre sur les berges et les rives des cours d’eau ou des plans d’eau. En écologie, ces limites d’unité géographique s’appellent écotones et se caractérisent par une faune et une flore très diversifiées arborant non seulement les espèces de chaque milieu adjacent mais également une diversité qui leur est propre. Ainsi, les écotones, et en particulier les zones riveraines des cours d’eau, sont généralement d’une richesse taxonomique rare et présentent des potentiels biologiques exceptionnels.
Des phénomènes antagonistes génèrent un fonctionnement dynamique particulierLes processus de formation et d’évolution d’une forêt riveraine mettent en jeu deux principaux phénomènes qui s’opposent perpétuellement : la colonisation et le rajeunissement. Le phénomène de colonisation est induit par l’expansion naturelle des communautés végétales dans tous les types de milieux, qui cherchent à atteindre leur climax écologique, forêts collinéennes massives et stables. En effet, dans un cours d’eau, dès qu’un banc de graviers est déposé, il est rapidement colonisé par la végétation. Les espèces pionnières herbacées, tels les faux roseaux, les pétasites et autre plantes des strates basses typiques des zones alluviales, se développent ainsi sur les substrats nus déposés par le cours d’eau. Le développement des réseaux racinaires stabilise alors le sol et participe au piégeage des particules en suspension char riées lors des crues. Le milieu devient alors plus favorable au développement d’une strate arbustive ligneuse primaire, constituée de saules profondément ancrés dans le sol alluvial. Ainsi, progressivement, les bancs de graviers et galets se structurent en berges qui deviennent favorables à l’implantation d’essences variées, pour finalement constituer une forêt à bois durs typique de nos régions tempérées.
Le temps de colonisation depuis le dépôt du banc de gravier jusqu’au climax forestier dépend de nombreux facteurs environnementaux. Cependant, il dépasse obligatoirement un, voire plusieurs siècles. Dans le même temps, un phénomène de rajeunissement, issu de l’hydrodynamique fluviale, induit par l’action récurrente des crues morphogènes naturelles, limite la stabilisation des dépôts alluvionnaires déposés en remobilisant ou recouvrant à chaque épisode hydrologique d’importance les substrats en cours de végétalisation. Ainsi, après chaque crue mobilisatrice, le processus de colonisation végétale peut être amené à redémarrer sur les bancs, îles et berges néoformés ou érodés. La destruction des communautés végétales des rives de cours d’eau, tout comme celle de leurs structures morphologiques, bras de lit, méandre ou bras mort, peut donc être brusque et dériver de processus parfaitement naturels. Alors qu’ils apparaissent à première vue comme néfastes au développement de la faune et de la flore en place dans le corridor fluvial, les chamboulement morphologiques brutaux sont à l’origine de la richesse taxonomique de ce compartiment de l’écosystème qui peut procurer à des échelles spatiales proches, les conditions de développement aux organismes typiques de forêts climaciques stables tout comme à celles d’espèces pionnières et colonisatrices de milieux jeunes et instables. Cette dynamique temporelle aléatoire, l’opposition de ces deux courants, est donc à la base du fonctionnement harmonieux de ces milieux particuliers, à haute valeur patrimoniale, à la fois fortement hétérogènes et très sensibles à toute modification de l’hydrodynamique fluviale.
Influence des conditions hydrologiques et hydrogéologiques en coursEn l’absence des activités humaines, tout cours d’eau possède une forêt riveraine dont la nature et l’importance est définie par la puissance de l’hydrodynamique fluviale. En fonction de la puissance des crues, de leur fréquence, différents types de ripisylves, caractérisées par leur stabilité, seront observés. Par exemple, un ruisseau traversant un marais aura une végétation riveraine dense alors qu’un torrent glaciaire à forte pente ne pourra promouvoir le développement d’un couvert végétal conséquent. Parallèlement, les hauteurs des nappes souterraines définiront le type de la végétation riveraine. Si l’affleurement durable de la nappe dans le cas d’un marais n’autorisera le développement que d’une strate herbacée, les rives des cours d’eau de basses vallées, à battement de nappe souterraines plus conséquent, permettront la croissance d’arbres et d’arbustes supportant des inondations temporaires.
Les différents rôles de la ripisylveSi les crues et les niveaux de la nappe souterraine influencent fortement la composition des mosaïques végétales présentes, ces dernières influent également sur la morphologie du lit et le régime hydrologique des cours d’eau. En effet, en stabilisant les berges, la végétation favorise le resserrement du lit d’écoulement et influence donc les forces tractrices en période de hautes eaux. En outre, la résistance des berges, favorisée par le réseau racinaire, laisse souvent se former à leur base des encorbellements ou sous-berges fort prisés par les poissons comme habitat refuge. Parallèlement, le déracinement peut être à l’origine d’une instabilité locale de la berge qui permet au cours d’eau de se recharger en alluvions et de modifier le profil de son lit. Les débris ligneux charriés, appelés embâcles, s’avèrent très attractifs pour les poissons et participent activement à la stabilisation du profil longitudinal des petites rivières. Lors des crues, la présence de végétaux dans le lit majeur augmente sensiblement la rugosité du chenal et favorise l’écrêtement des pics ainsi que la sédimentation des matières en suspension. Enfin, le pouvoir auto-épurateur et tampon des boisements permet de limiter les apports en toxiques et fertilisants dans les cours d’eau et les nappes phréatiques. Mais la végétation de bordure permet également de limiter le réchauffement des eaux en créant des zones d’ombrage et est une source importante de matière organique et de nourritures pour l’ensemble des communautés aquatiques de la rivière.
Evolution historique des ripisylves
L’examen de l’évolution des ripisylves françaises et d’Europe occidentale témoigne des nombreuses perturbations d’origine anthropique. Les corridors végétaux originels des rivières tempérées d’Europe occidentale ont été précocement exploités par les hommes. Dès le néolithique, les premiers impacts significatifs de déforestations, réalisées par les populations sédentarisées sur les reliefs surplombant les plaines d’inondation, se font ressentir par une érosion des sols et la formation de cône de déjection d’alluvions caractéristiques. Cependant, le déboisement de la plaine d’inondation progressa essentiellement à l’époque médiévale. Dès l’an mil, les forêts alluviales n’existaient déjà plus qu’à l’état de lambeaux. Les terrains plats éloignés des rivières, couverts de bois durs, constituant des forêts climaciques à sols très fertiles et faciles d’accès ont été déboisés en priorité afin d’y développer des activités agricoles. Les forêts à bois tendres, plus proches des cours d’eau et soumises plus souvent aux aléas des crues, ont d’abord constitué une réserve de bois de feu ou de matière première pour les activités de vannerie, puis bien souvent ont été transformées en pâturage strictement herbacé.
Si l’on ajoute que les rives des cours d’eau navigables se sont transformées en chemins de halage, dépourvus de végétation arbustive sur plusieurs mètres, les cours d’eau à cordons boisés étaient l’exception du XIXe siècle ! Néanmoins, diverses forêts alluviales se sont maintenues à travers les siècles mais la révolution, puis certains travaux d’endiguement ont eu raison de ces derniers témoins des ripisylves originelles françaises, qui ont presque toutes disparues.
Au XXe siècle avec la déprise agricole, l’arrivée du fuel et l’abandon progressif des activités de halage et de vannerie, une reconquête des ripisylves s’amorça, principalement dans les milieux ruraux. Ainsi, la plupart des corridors boisés présents actuellement aux abords de nos cours d’eau sont issus de cette restauration naturelle intervenue progressivement ces cent dernières années. Ainsi, même si elles sont contrôlées par des phénomènes hydrodynamiques et biologiques naturels complexes, les ripisylves des cours d’eau français et d’Europe occidentale sont essentiellement régies par les activités humaines.Les perturbations actuelles de la ripisylve
L’implantation des barrages hydroélectriques modifie les régimes d’écoulement des cours d’eau et perturbe de fait le fonctionnement des ripisylves. La relative stabilité des débits induite favorise en effet le développement des forêts de bois dur dans le lit mineur des cours d’eau, qui le corsètent et limitent ainsi sa mobilité et l’hétérogénéité des berges. Outre la diminution de la qualité habitationnelle du secteur, ce phénomène favorise l’arrachage des arbres de grande taille lors de crues importantes, que le cours d’eau va charrier non sans provoquer des dégâts pour les installations humaines… Un autre impact récent diminuant le potentiel écologique des ripisylves est leur fragmentation toujours plus grandissante. Si la ripisylve a recolonisé une partie des marges des cours d’eau français dans le courant du XXe siècle, force est de constater que les dernières décennies ont contribué à nouveau à réduire spatialement son extension. En particulier dans les régions à pression démographique importante, la ripisylve subit des pressions d’ordre économique (camping, base de loisir, extraction de granulats), polluante (décharges sauvages, entrepôt de matériaux, etc.) et agricole (les marges externes des ripisylves sont souvent convoitées pour la céréaliculture). Enfin, la chenalisation des rivières contribue à perturber fortement la fonctionnalité et le développement des ripisylves.
En effet, les différentes corrections de cours d’eau réalisées ces dernières décennies, les modifications de régime hydraulique et la déconnexion des nappes d’eau souterraines au système racinaire des ripisylves qui en découlent, leur interdisent de se développer harmonieusement. Un déséquilibre, souvent en faveur des forêts à bois durs, intervient et le corridor réellement en équilibre dynamique de la ripisylve et qui représente sa richesse et spécificité est soit fortement réduit, soit totalement absent. Les cours d’eau se retrouvent figés par leur forêts de bois durs qui les étranglent et les étouffent parfois d’une manière irréversible. Ainsi, les forêts riveraines des cours d’eau sont régies par des phénomènes hydrodynamiques et biologiques complexes, qui leur procurent une spécificité et une richesse exceptionnelles. Elles sont un compartiment de l’écosystème sensible et fragile aux potentiels écologiques immenses qu’il convient de protéger et de sauvegarder. Dans le cadre de la mise en oeuvre de programmes de gestion et de restauration de la ripisylve, il est fondamental de suivre une démarche graduelle et globale, à l’échelle des bassins versant. Dans un premier temps, il convient donc d’établir avec précision ses fonctionnalités, les contraintes qu’elle subit et ses potentiels originels, pour finalement proposer des mesures d’intervention qui ne perturberont pas l’équilibre dynamique en constante évolution qui lui est propre. Les interventions irréfléchies en génie végétal, dans le but d’améliorer localement l’attractivité habitationnelle d’un cours d’eau ou l’entretien abusif de la ripisylve sont donc à bannir aux profits d’actions plus intégratrices, s’inscrivant dans une véritable démarche de développement durable.
Le développement des oeufs dans les frayères : vulnérabilité et adaptations des populations
La reproduction de la truite en rivière est étroitement liée à une multitude de paramètres. Le cycle de développement des oeufs sous les graviers est de nos jours perturbé par des phénomènes naturels ou artificiels qui compromettent parfois totalement ou partiellement la fraie. Ces perturbations sont aujourd’hui bien connues des spécialistes. Nous vous proposons de les découvrir afin de mieux comprendre pourquoi la reproduction de la truite n’obtient plus des “rendements” d’antan dans bon nombre de cours d’eau de notre pays.
Par Arnaud Caudron et Denis Caudron
Comme vous le savez, le cycle de développement de la truite passe, durant plusieurs mois, par une phase de vie sous graviers. En effet, avant de se reproduire la femelle, en se mettant sur son flanc et en ondulant énergiquement son corps, creuse sur un fond principalement de graviers une dépression dans laquelle les oeufs viennent se déposer juste après la fécondation des ovules. Ensuite, toujours grâce au travail de la femelle, les oeufs sont entièrement enfouis dans le substrat à des profondeurs pouvant varier de 5 à plus de 30 cm.
C’est à partir de ce moment que commence la phase de vie sous graviers. Celle-ci correspond en fait à une phase de développement embryonnaire et larvaire permettant aux oeufs de s’embryonner, puis d’éclore pour donner des larves (alevins avec une vésicule vitelline) qui vont se développer, grossir et prendre des forces en puisant dans leur sac vitellin. Lorsque les réserves sont vides, les jeunes alevins vont pouvoir enfin émerger des graviers et apprendre à s’alimenter par la bouche. Cet enfouissement dans le substrat représente d’une part une bonne protection mécanique évitant aux oeufs et larves d’être emportés par le courant et d’autre part une cachette les protégeant contre les prédateurs. Ce développement embryo-larvaire représente l’étape la plus périlleuse de la vie de la truite car les organismes, complètement immobiles dans le substrat, sont à la merci des éléments du milieu qui peuvent leur être défavorables.Attention aux variations de débit
Un des principaux dangers est tout simplement la destruction de la frayère dans laquelle se trouvent les oeufs. En effet, bien que le substrat représente une protection, celle-ci a ses limites en particulier lors de variations brutales de débit qu’elles soient d’origine naturelle ou anthropique. En zone de montagne, des crues importantes et destructrices peuvent intervenir en période hivernale et printanière à la faveur d’un redoux ou d’une forte pluie qui va entraîner une fonte massive de neige. Cependant, il y a rarement une destruction totale des frayères car les populations naturelles adaptées à ces conditions onttrouvé des parades permettant de limiter les pertes, telles la multiplication et la diversification des lieux de pontes : les poissons d’une rivière ne se reproduisent pas tous sur le même secteur. Le comportement de migration préalable à la reproduction permet aux futurs géniteurs de se répartir au sein d’un réseau hydrographique entre les rivières principales et les affluents. Ainsi lorsqu’une crue destructrice intervient sur une rivière, les frayères non touchées présentes sur les autres rivières viendront limiter les pertes. De même, au sein d’un même secteur, les géniteurs utilisent des habitats de fraie très différents.
Si la traditionnelle tête de radier ou fin de plat est très utilisé, on observe également des frayères dans des microhabitats atypiques comme l’arrière de gros blocs, en sousberge, dans des contres courants créés par des abris (blocs ou bois mort) ou au fond de fosse au pied d’une chute d’eau. Cette diversité des sites de pontes permet de limiter les casses liées aux crues grâce à la localisation de certaines frayères au sein d’abris hydrauliques et de sélectionner les poissons les plus aptes à vivre dans ces milieux.
Les variations brusques de débit peuvent intervenir également artificiellement à l’aval des usines hydroélectriques fonctionnant par éclusées. Sur ces secteurs les pertes peuvent être très importantes et les adaptations des poissons plus difficiles en raison d’un remaniement régulier voire constant des fonds. Cette artificialisation des tronçons est aggravée par les faibles débits existant entre les phases de lâchers d’eau et la présence de seuils et barrages qui empêchent aux poissons de trouver d’autres lieux de reproduction et de diversifier leurs habitats de pontes. Sur ces tronçons artificiels, les variations brusques de niveau d’eau provoque souvent un à sec des zones de reproductions. Les oeufs se retrouvent donc en contact avec l’air et ne tardent pas à mourir. Ces nuisances sont très bien connues des gestionnaires qui tentent de restaurer les populations de saumon Atlantique sur la Dordogne mais elles sont également fréquentes sur de nombreux tronçons de rivières à truites à l’aval des aménagements hydroélectriques fonctionnant en éclusées.L’oxygénation : un paramètre primordial
Durant cette phase, un des paramètres les plus importants permettant d’assurer unbon développement des oeufs dans les graviers est la teneur en oxygène. La concentration en oxygène dans l’eau interstitielle circulant entre les graviers est directement en rapport avec la perméabilité du substrat et le diamètre des particules formant ce substrat. Ainsi plus le fond est formé de graviers de gros diamètre, plus il est perméable et plus il permet une meilleure oxygénation des oeufs dans les frayères. A l’inverse, un substrat composé de particules de plus petit diamètre (graviers plus fins) n’assura pas une oxygénation opti et mum des frayères. Le diamètre moyen idéal des graviers pour garantir des conditions favorables en oxygène est compris entre 0,6 et 1,5 cm. Ces tailles de graviers permettent également de faciliter l’émergence des alevins. La teneur en oxygène dans les frayères et donc la survie des oeufs sera donc largement dépendante des processus de sédimentation. Sur les zones riches en matières en suspension et en dépôts de sédiments fins, les survies seront nettement plus faibles en raison du colmatage des interstices existants entre les graviers qui va entraîner une asphyxie des oeufs. En outre, la baisse de la teneur en oxygène dans le milieu interstitiel entraîne des réactions chimiques provoquant une baisse de la teneur en nitrate et l’apparition dans ce milieu de nitrite et d’ammoniac, tous deux pouvant être toxiques et provoquer des retards de croissance ou l’apparition de maladies ou malformations. Là encore les populations naturelles répondent à ce risque en multipliant les micro-habitats de reproduction ainsi il y aura toujours des sites avec des micro-conditions favorables qui assureront une bonne survie des oeufs et des alevins.
Des températures ni trop chaudes, ni trop froides
La température de l’eau est déterminante durant la phase de vie sous graviers. Chose très importante, elle conditionne la durée du développement embryo-larvaire. La totalité de cette phase de développement, de la fécondation à l’émergence, nécessite environ un total de 800° Celsius/jours. C’est-à-dire que si la température de l’eau reste constante à 10°C, les alevins émergeront environ 80 jours après la fécondation, et si la température est de 5°C, la durée totale de vie sous graviers sera de 160 jours. Bien sûr, dans la réalité il est très rare d’avoir des températures d’eau constantes pendant toute cette période de développement qui dure plusieurs mois. Au début, pendant l’hiver, le développement est lent en raison des faibles températures d’eau puis au fur et à mesure que le printemps approche et que les températures se réchauffent le développement devient plus rapide. Le fait qu’un organisme cale sa vitesse de développement embryolarvaire en fonction de la température du milieu dans lequel il vit lui permet d’émerger dans ce milieu quand les conditions sont favorables pour commencer son alimentation par la bouche (présence de ses proies). Ceci est d’autant plus important que les températures varient énormément d’une année sur l’autre.
Pendant cette phase de vie sous graviers, la température de l’eau ne peut-être ni trop basse, ni trop élevée. L’oeuf puis la larve sont sensibles et pour éviter toute mortalité la température de l’eau interstitielle ne doit pas être inférieure à 1°C et supérieure à 12°C. Les populations naturelles de truites présentes depuis plusieurs milliers d’années dans les torrents de montagne ont su s’adapter en décalant leur période de reproduction, qui peut être, selon les conditions rencontrées, plus précoce et commencer début octobre ou plus tardive vers le mois de mars. De même, on observe sur certaines rivières que les poissons localisent préférentiellement leurs frayères sur des zones de résurgences de nappe phréatique qui apportent des eaux ayant une température plus élevée que celle de la rivière. Certains petits affluents alimentés par des sources ou des résurgences présentant des températures quasi constante toute l’année entre 8 et 10°C sont très utilisés par les géniteurs. Grâce à leurs conditions très favorables, ils apportent une contribution non négligeable au recrutement naturel.
L’eutrophisation sous estiméeDes études récentes ont montré l’influence que pouvait avoir certains paramètres physico- chimiques de l’eau des rivières sur la survie des oeufs de truite dans les frayères. Si dans les lacs, les impacts négatifs de l’eutrophisation sur la survie des oeufs des salmonidés (corégone, omble chevalier, cristivomer) sont assez bien connus, il semble qu’ils aient par contre été très largement sous estimés en rivière. Or, même sur des écosystèmes d’eau courante comme les cours d’eau à truite, il est possible de parler d’eutrophisation du milieu.
L’enrichissement des sédiments des rivières en matières organiques crée au sein des frayères un déficit en oxygène. Ce déficit est d’autant plus aggravé que la matière organique produite favorise en plus le colmatage des frayères en facilitant, par le biais de colloïdes, l’agglomération des particules fines dans les interstices. Sur les cours d’eau eutrophes présentant des teneurs moyennes en phosphate de 0,3 mg/l, les taux de survie dans les frayères ne dépassent pas 30%. En condition très eutrophe (1 mg/l de phosphate), la survie au stade embryo-larvaire est quasi nulle. Nous voyons ici l’influence de la qualité chimique des eaux sur la survie des oeufs et donc sur le recrutement naturel d’une population de truites. Les stades juvéniles de la truite lors de leurs phases sédentaires sont très sensibles à la pollution des eaux de surfaces ce qui en font d’excellents indicateurs, qui mériteraient d’être d’avantage utilisés.Une expérience riche en enseignements
Il est tout à fait possible pour les gestionnaires, avec un peu d’organisation et de matériels, d’évaluer assez simplement la survie dans les frayères. L’expérimentation consiste à enfouir dans les graviers, au sein de zones de reproduction, des incubateurs artificiels contenant des oeufs. Les incubateurs cylindriques d’une longueur de 10 cm et d’un diamètre de 5 cm sont fabriqués avec du grillage à moustiquaire et des bouchons pour tube PVC. Chaque incubateur est rempli au trois quart avec des graviers de 0,5 à 3 cm dans lesquels sont délicatement placés 100 oeufs de truite commune. Ensuite, les incubateurs sont placés en milieu naturel sur la zone de frayères à étudier. Il est nécessaire pour chaque zone étudier de placer au moins 20 incubateurs en raison des fortes variations des taux de survie qui existent entre les différents micro-habitat de frai. Chaque incubateur est placé au sein d’une fausse frayère creusée à la main dans les graviers. Une fois enterrés, les oeufs présents dans les incubateurs peuvent être considérés dans les mêmes conditions que ceux déposés naturellement par une femelle. Il peut être utile mais pas obligatoire d’attacher chaque incubateur à une tige métallique enfoncée dans le fond du cours d’eau afin d’éviter de perdre le dispositif en cas de grosse crue. Il ne reste plus grâce à un contrôle régulier de la température de l’eau qu’à revenir au moment de l’émergence des alevins pour récupérer les incubateurs et compter dans chacun d’entre eux le nombre d’alevins restant. Vous aurez ainsi une évaluation du taux de survie moyen sur la zone étudiée. Ce type d’expérience est particulièrement intéressante pour mieux connaître localement la réussite du recrutement naturel en particulier sur des sites perturbés situés à l’aval de rejets d’eaux usées, dans des tronçons en débit réservé ou soumis à éclusés. Les résultats obtenus permettent d’apporter des arguments supplémentaires et irréfutables très utiles à la défense de la qualité de nos rivières.

Greenpeace met la pression sur le groupe Intermarché
L’association écologiste Greenpeace a entamé une campagne contre Intermarché. Le 28 octobre, des militants de l’ONG ont symboliquement barré la route d’un chalutier de Scapêche, la flotte du groupe de distribution. Sur terre, les écologistes ont visité 22 magasins Intermarché aux quatre coins de l’hexagone afin d’alerter les clients sur la surpêche. Le groupe de grande distribution possède la plus grande flotte de chalutage profond de France, cette technique de pêche faisant des ravages dans les écosystèmes. Pour l’association, cette pêche symbolise les errements de la pêche industrielle européenne. Nous ne la contredirons pas…
Renseignements :
http://oceans.greenpeace.fr/peche-profonde-laction-se-poursuit-a-terre

France : le vrai état de nos rivières
L’association de défense de l’environnement WWF a publié en septembre une étude sur l’état réel de nos cours d’eau qui contredit les données officielles. Le but étant d’analyser les données officielles et de mettre en place une ébauche d’information indépendante. L’association a pointé plusieurs manquements de la part des pouvoirs publics. Premièrement, un certain nombre de produits chimiques toxiques ne sont pas recherchés dans les échantillons. Deuxièmement, l’ONG remet en question les protocoles de mesure, notamment des micropolluants. Et troisièmement, elle souligne la manipulation avantageuse des données officielles. Pour Hélène Roche, présidente du Comité Scientifique du WWF France, spécialiste au CNRS de l’évaluation des effets des substances chimiques dans les écosystèmes aquatiques, « on va ainsi pouvoir officiellement déclarer que certaines rivières sont « en bon état chimique » alors qu’elles sont contaminées par des substances dont les protocoles de mesures sont mal codifiés ou par des molécules qui ne sont tout simplement pas prises en compte – les PCB par exemple. Les rivières seraient donc officiellement en bon état alors qu’une contamination importante menace les espèces aquatiques et la biodiversité. Avec une telle sous-évaluation de la situation, on ne s’étonnera pas qu’un certain nombre d’espèces très sensibles aux polluants chimiques, comme les batraciens, figurent parmi les espèces aquatiques les plus menacées ». L’auteure de l’étude, Anne Spiteri, ingénieure du génie rural des eaux et forêts, a, à partir des données brutes fournies, tenter de dresser un état des lieux le plus objectif et le plus complet possible.Un site Internet a été ouvert afin de rendre public ces données brutes relatives à la qualité des eaux.
Rapport téléchargeable sur : http://wwf.fr/media/documents/l-etat-des-eaux-derriere-une-information-officielle-deficiente-des-evaluations-et-des-donnees-inquietantes
« L’état des eaux : derrière une information officielle déficiente, des évaluations et des données inquiétantes » : extraits d’une synthèse commanditée par le WWF France sur l’état réel des eaux et des données sur l’eau.
Site internet : http://eau-evolution.fr/

Epandage : le gouvernement français publie un décret scélérat
Le décret publié mardi 11 octobre qui donne l’autorisation aux agriculteurs d’augmenter de 20% leurs épandages en azote est une véritable provocation pour les associations de défense de l’environnement. Ce texte constitue un coup de pouce supplémentaire du gouvernement français à l’élevage intensif, qui est en grande partie à l’origine de la prolifération d’algues vertes sur le littoral breton mais également sur une grande partie des cours d’eau français.
Comble du cynisme, ce décret est présenté comme une application de la directive européenne sur la protection des eaux contre la pollution par les nitrates de sources agricoles (qui date elle-même de 1991), le décret, signé du premier ministre, des ministres de l’écologie et de l’agriculture, traite de l’épandage des fertilisants azotés responsables des excès de nitrates. Autrement dit, il réglemente les quantités de déjections animales déversées chaque année dans les champs. Il rappelle que la limite maximale s’élève à 170 kg d’azote par hectare de « surface agricole utile », alors que la référence précédente était la «surface potentiellement épandable». Or cette modification, anodine en apparence, a de lourdes conséquences. La différence entre les deux modes de calcul reviendrait à autoriser le versement d’un surcroît d’azote de 20 %. Plusieurs associations nationales envisagent un recours auprès de la commission européenne, qui vient d’adresser à l’État français – le 18 juillet 2011- onze pages de questions sur la situation déplorable des cours d’eau français et du littoral breton.
Nul doute que ce décret va aggraver les choses et que l’on se dirige vers une nouvelle condamnation qui sera payée par le contribuable. Pourquoi se gêner puisque se sont les “pollués” qui payent !Extrait du communiqué de presse du 18 octobre 2011 du Collectif SOS Loue et Rivières Comtoises
Renseignements :
www.arrete.net
La Nouvelle-Zélande face à la pire marée noire de son histoire
Alors que la coupe du monde
de rugby se déroulait sans encombre, une marée noire, qui n’a rien à voir avec
les All Blacks, est venue gâcher la fête. La Nouvelle-Zélande vit actuellement
la pire catastrophe écologique de son histoire avec le naufrage sur ses côtes
d’un porte-conteneurs battant pavillon libérien, le Rena. Le navire s’est échoué vers 2 h 20 du
matin, mercredi 5 octobre, sur le récif de l’Astrolabe, à l’est de l’île du
Nord, dans une zone très touristique et riche d’une biodiversité
exceptionnelle. Parmi les conteneurs que le Rena transportaient, onze
contiennent des matières dangereuses. D’ors et déjà, le bateau déverse
d’importantes quantités de fioul. Long de 23 mètres, il en contient 1 700
tonnes. Un tanker a appareillé pour assurer l’opération de pompage, mais les
mauvaises conditions climatiques rendent l’opération délicate. Le capitaine du
Rena a été arrêté le 12 octobre dernier. Le jour de la catastrophe, il fêtait,
avec l’ensemble de l’équipage, son 44e anniversaire. Une célébration qu’il n’est pas près
d’oublier, alors qu’il encourt jusqu’à 12 mois de prison et 7 500 euros
d’amende.
Tout savoir sur le black-bass !
Une association consacrée à la biologie et à la pêche du black-bass existe depuis une vingtaine d’années. Elle a été créée par Franck Rosmann et quelques passionnés avant l’heure par ce poisson. Leur travail a permis de mieux faire connaître cette espèce, de mieux la protéger et d’informer les pêcheurs aux leurres de la nécessité de pratiquer le no-kill et de ne pas pêcher sur les frayères. Black-Bass France vous permettra de connaître cette espèce encore mal reconnue en France même si, avec le temps, les choses évoluent (lentement mais sûrement…). Une visite sur leur site s’impose par tous les pêcheurs que cette espèce intéresse.

NKM annonce l’arasement du barrage de Poutès
Après une décennie de lutte, les associations écologistes viennent d’obtenir une victoire très importante avec l’arasement programmé du barrage de Poutès. En effet, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Environnement, a annoncé le 6 octobre cette bonne nouvelle à l’occasion du 27ème Congrès de l’Association nationale des élus de la montagne (ANEM). Le barrage de Poutès a été construit sur l’Allier lors de Seconde Guerre mondiale, sans autorisation en ce qui concerne la production d’électricité. Le barrage, dans sa version actuelle, affiche une longueur de 70 m et une hauteur de 17 m. Il crée une retenue de 2,4 Mm3. Sa puissance est de 28,5 MW pour une production de 85 GWh. Il se situe à près de 860 km de l’estuaire de la Loire.
Ce barrage, qui a contribué à provoquer la quasi-disparition du grand saumon de Loire, demeure un des obstacles majeurs au programme de sauvegarde de l’espèce. Depuis plus de vingt ans, il oppose l’Etat aux associations de défense de l’environnement. Bien plus qu’un simple obstacle à la migration des saumons, Poutès est devenu le symbole d’une énergie hydroélectrique dommageable pour l’environnement. Depuis son édification, en 1941, le barrage serait responsable à 90 % de la perte des grands saumons de la Loire et de l’Allier. “A partir de 1950, les captures totales n’étaient plus en moyenne que le cinquième de ce qu’elles étaient avant 1941” (Cohendet, 1993). Depuis, seuls 8 % des 2 200 hectares de frayères fréquentées au début du XIXe siècle sont accessibles. En 1986, un ascenseur couplé à une passe à poissons classique a été mis en service pour permettre la remontée des adultes avant reproduction. Une glissière pour la dévalaison des jeunes saumons (ou smolts) a également été prévue. Ces aménagements restent, à l’heure actuelle, très peu efficaces et les solutions techniques ont trouvé leurs limites.
EDF en acceptant de construire un « nouveau » Poutès qui ne mesurera plus que 4 mètres de hauteur, permettant ainsi aux saumons de franchir l’obstacle, a fait un grand pas vers une hydroélectricité durable. Ce nouveau barrage permettra de conserver entre 85 % et 95 % de la production hydroélectrique du site. Les collectivités locales préservant ainsi une source de revenue essentielle à leur développement.
Dans un communiqué, la Fédération nationale de la pêche en France (FNPF) prend acte de la décision, mais reste vigilante : « Non signataire de la Convention pour une hydroélectricité durable, la FNPF et son réseau associatif affilié entendent conserver leur rôle d’alerte environnementale dans ce dossier emblématique en matière de préservation de la biodiversité. En effet, la FNPF n’a pas manqué de faire part des très nombreuses réserves quant à l’efficacité environnementale de la solution alternative proposée. » Effectivement, il sera important d’étudier l’efficacité de ce nouveau système. Mais cette première remise en question chez EDF constitue une vraie bonne nouvelle. Maintenant, il reste encore beaucoup à accomplir pour sauver le saumon de la Loire. La qualité des eaux reste un problème de fond, ainsi que le franchissement du bouchon vaseux de l’estuaire de la Loire qui aurait doublé de volume depuis 1982. Bref, la route est encore longue, mais c’est tout de même une première victoire qu’il est bon de saluer.
Le barrage de Poutès-Monistrol en quelques dates :
1941 : construction du barrage de Poutès sur l’Allier, sans autorisation.
1956 : exploitation concédée à EDF pour une durée de cinquante ans.
1986 : installation d’un système de franchissement (ascenseur à saumons).
1996 : EDF prévient le ministère de l’Industrie de son intention de poursuivre l’exploitation.
2000 : accord de principe de l’administration sur le renouvellement de la concession.
2011 : NKM annonce l’arasement du barrage.
Pour en savoir plus :
SOS Loire vivante – ERN France
WWF France