Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • Bretagne : quand le président d’un syndicat d’agriculteurs dérape…

    Bretagne : quand le président d’un syndicat d’agriculteurs dérape…

    Nous relatons ici l’échange
    musclé entre Thierry Merret, Président de la FDSEA
    (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) du Finistère et Eau & rivières de Bretagne, une association qui lutte pour la qualité des eaux
    bretonnes. Devant
    les membres du Conseil économique, social, environnemental de Bretagne, le syndicaliste a complètement dérapé, notamment en
    accusant l’association de « porter plainte contre les Bretons» (sic). Il vous suffit de lire ce qui suit pour vous faire votre opinion. Nous avons d’ailleurs gardé l’intégralité des propos. De notre côté, nous ne pouvons qu’apporter notre
    soutien à Eau
    & rivières de Bretagne…

    L’intervention de Thierry
    Merret, président
    de la FDSEA du Finistère

    Je m’exprime ici au nom des acteurs de la profession agricole.
    Il fallait bien un rapport transversal pour se rendre compte, effectivement, que tout est algues vertes dans la politique du Conseil régional. Les algues vertes sont un élément structurant de la politique foncière, de la politique économique, de la politique agricole, de la communication du Conseil régional. N’avez-vous pas l’impression d’en faire trop ? Le Conseil régional nous assure qu’il veillera à la gestion économe du foncier agricole, me voilà rassuré ! Rappelons que la Profession agricole s’est engagée depuis de nombreuses années sur ce thème et n’a pas attendu que cela relève de la lutte contre les marées vertes, mais passons, l’intention est louable et cela indique que le Conseil régional n’envisage pas l’avenir sans agriculteurs.
    Par contre, je suis particulièrement inquiet de la tournure que prend l’appui à l’Etablissement Public Foncier de Bretagne pour la création de réserves foncières. La gestion du foncier agricole est déjà très encadrée par différentes commissions (SDDS, CDOA, SAFER…). En voulant orienter la rétrocession des terres agricoles vers la forme d’agriculture voulue par le Conseil régional, on créé des inégalités inacceptables. En octobre 2011, nous rappelions déjà que « tous les modes de production agricoles peuvent répondre aux objectifs de qualité de l’eau et que c’est leur adaptation au contexte local qui est à construire et non pas l’obligation de passer à un type particulier de production. C’est bien par la diversité des modes de production et leur imbrication sur le territoire que des évolutions positives de la qualité de l’eau pourront aussi être obtenues et confortées ». Il s’agit également là d’une question de fond pour l’aménagement du territoire et la survie de filières agro-économiques durables.
    Soyons également très prudents concernant les missions des porteurs de programmes d’actions sur les bassins versants. Même si le Conseil régional se défend de vouloir attribuer de nouvelles compétences à certaines structures, il les dote néanmoins des moyens nécessaires pour que cela se produise. Des instances de décisions, de régulation et d’orientation existent au niveau départemental tant pour le foncier, que pour l’aménagement du territoire ou l’économie. Il est important de respecter les décisions et d’éviter de compliquer, voire court-circuiter les initiatives prises à ces niveaux de décision. L’enfer est pavé de bonnes intentions, prenons garde de ne pas nous orienter dans cette voie avec la stratégie de lutte contre les marées vertes.
    Selon le Conseil régional, les évolutions de pratiques ou de systèmes doivent s’intégrer dans des filières agricoles et agroalimentaires garantissant une juste rémunération des agriculteurs, grâce à une meilleure valeur ajoutée. Le Conseil régional nous renvoie à des dispositifs accompagnant notamment la mise en place de filières de diversification pour répondre prioritairement à des besoins locaux, notamment par le développement des circuits courts.
    Plus loin, on comprend qu’une meilleure prise en compte de l’environnement par l’agriculture lui donnera une image positive et renforcera l’attrait touristique des espaces ruraux et agricoles et pourra être un support de valorisation des produits locaux. L’agriculture bretonne ne peut se cantonner aux marchés de proximité ! Concernant les éléments d’analyse de la politique régionale de lutte contre les marées vertes, le Conseil régional reconnaît lui-même, en introduction, que les indicateurs présentés n’ont pas de vocation à évaluer ni la totalité d’un programme, ni l’ensemble d’une politique régionale. Cela ne l’empêche pas de détailler dans cette partie 3 indicateurs : le niveau de contractualisation individuelle, la surface en prairies/SAU et l’évolution des ventes d’engrais minéraux. Je m’interroge d’abord sur l’opportunité pour le Conseil régional de fixer des indicateurs de suivi alors même que, d’une part, il a été acté que chaque territoire devait fixer, au vu de ses caractéristiques, les indicateurs spécifiques à l’atteinte des résultats demandés et que, d’autre part, les écrits de plusieurs projets territoriaux ne sont toujours pas finalisés.
    Ce faisant, le Conseil régional méprise publiquement le principe de démocratie participative qu’il a porté aux nues dans les bassins versants algues vertes. En effet, que valent les indicateurs choisis par les acteurs de territoire pour suivre leurs projets quand la Région avance son propre modèle d’évaluation ? Nous en sommes d’autant plus étonnés que c’est faire fi de la reconnaissance des évolutions de pratiques déjà réalisées. Par exemple, et tout en reconnaissant que des améliorations doivent être engagées en matière de substitution de l’azote minéral par de l’azote organique, nous ne comprenons pas la référence faite à l’évolution d’engrais minéraux. N’en déplaise au Conseil régional, aucun projet déposé à ce jour ne comporte cet indicateur pour évaluer l’efficacité des actions. En aucun cas l’évolution des ventes d’engrais minéraux ne saurait être corrélée aux actions mises en place dans les bassins versants algues vertes. L’utilisation de cet indicateur est foncièrement malhonnête car il est évident que l’évolution des ventes d’engrais minéraux est bien plus influencée par des dispositifs structurants comme l’évolution des Zones d’Excédents Structurels (ZES), les financements pour la résorption ou le cours des engrais minéraux.
    Enfin, je souhaiterais revenir sur le soutien apporté par le Conseil régional à «Eaux et Rivières de Bretagne», « la Maison de la Consommation et de l’Environnement » et « l’Assemblée Permanente des Présidents de Commission Locale de l’Eau (CLE) de Bretagne». Nous comprenons ce soutien à des organismes dès lors qu’ils agissent de manière favorable à la mise en oeuvre de la politique défendue par le Conseil régional. Toutefois, il y a un manque de cohérence entre les orientations politiques du Conseil régional et la prolongation de la convention pluriannuelle d’objectifs d’Eaux et Rivières de Bretagne.
    Le risque de contentieux communautaire est systématiquement utilisé comme justifiant le plan d’actions algues vertes et les projets territoriaux. Or, faut-il rappeler que la demande d’information de la Commission européenne à la France a été déclenchée suite à une plainte portée par Eaux et Rivières de Bretagne ? Alors que le Conseil régional appelle à la cohésion et au travail collectif de tous les acteurs concernés, nous nous étonnons qu’une association, qui porte plainte contre les bretons et met ainsi en cause les orientations prises dans ce dossier, soit soutenue politiquement et financièrement. Nous demandons dès lors que l’opportunité de prolonger cette convention soit débattue.

    Je vous remercie de votre attention



    La réponse de Jo Hervé, président d’Eau & rivières de Bretagne

    Monsieur le Président, De nombreux membres du CESER nous ont fait part de leur émotion et de leur réprobation à la suite de votre intervention lors de la session des 23 et 24 janvier de cette assemblée consacrée à l’examen du budget du Conseil Régional.
    A cette occasion, avez regretté « qu’une association qui porte plainte contre les Bretons et met en cause des orientations prises dans le dossier des algues vertes soit soutenue politiquement et financièrement”.
    Une telle hauteur de vue ne nous étonne guère de votre part … Nous avons encore en mémoire l’analyse remarquable que vous aviez exprimée en février 2009 à la suite du saccage des locaux brestois de notre association par des agriculteurs : « « A la vue des photos qu’il m’a été donné de voir, je suis quasi sûr que ceux ne sont pas des paysans qui ont fait les dégâts car, en colère comme ils le sont après cette association, rien ne serait resté. Par contre, subversifs comme ils le sont, bon nombre d’entr’eux ayant été formé à l’école de Trotski ou de Bakounine, il ne serait pas étonnant qu’à des fins de publicité, ils aient en fait eux-mêmes tout organisé. » ! Les citoyens rassemblés au sein d’Eau & Rivières s’honorent que ni leur association, ni ses responsables, n’aient fait l’objet en quarante cinq années d’activité, d’aucune condamnation par les tribunaux de la République. S’il en était besoin, ceci démontre que notre action s’inscrit dans un cadre parfaitement légaliste.
    Ne vous en déplaise Monsieur le Président, il est parfaitement légitime que cette activité dont l’opinion publique bretonne et les pouvoirs publics apprécient l’importance, la qualité et la clairvoyance, soit aidée par des financements publics, dans le respect de la liberté d’information, d’action et d’expression, fondements mêmes de notre démocratie.
    D’ailleurs, le montant de l’aide annuelle du Conseil Régional à Eau & Rivières, 110 000 €, est sans commune mesure avec les sommes considérables que les contribuables ont dû supporter pour réparer les dégâts commis lors de manifestations violentes suivies de destructions d’édifices publics ou de biens privés, organisées par votre syndicat (par exemple, 7 millions d’euros pour la seule manifestation de Fougères en 2001 …) Monsieur le Président, votre intervention à la tribune du CESER, est infondée et inopportune.
    Elle fait suite à votre refus obstiné d’accepter le diagnostic des marées vertes, et à vos tentatives d’entrave dans la mise en oeuvre des actions collectives pour y remédier. Elle vous isole, comme en témoignent les nombreuses réactions qui nous sont parvenues dont celles de nombreux responsables agricoles et économiques. Elle crée inutilement un risque de division, alors même que les enjeux de la reconquête de l’eau impliquent une mobilisation de l’ensemble des acteurs autour d’objectifs partagés.
    C’est en tout cas dans cet esprit d’ouverture, et pour obtenir la nécessaire application des engagements européens de la France et des règlementations en vigueur, que notre association poursuivra résolument son action, sans se laisser intimider ou détourner par de faux procès et de vaines querelles.
    J’adresse copie de ce courrier à Monsieur le Président du Conseil Régional, à Monsieur le Président du Conseil Economique, Social, Environnemental, Régional, et aux membres de cette assemblée, ainsi qu’à Monsieur le Préfet de Région. Dans l’esprit de transparence et d’information qui anime notre association, j’en assure également la diffusion sur notre site internet.

    Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments attristés.

    Le Président

  • L’Anguille européenne : une espèce en danger

    L’Anguille européenne : une espèce en danger

    Autrefois très répandue dans les rivières et les plans d’eau, l’anguille est en déclin depuis maintenant plus de deux décennies. Les causes de la régression de cette espèce au cycle de vie extraordinaire sont multiples et difficiles à appréhender dans leur globalité. Pour tenter d’enrayer cette tendance, un plan de gestion de l’anguille, d’initiative européenne, a été lancé il y a quelques années et un cortège de mesures pour sa restauration a été mis en place. Voyons tout cela plus en détail…

    Par Sylvain Richard et Guy Périat

    L’espèce qui colonise nos lagunes, lacs, étangs et cours d’eau métropolitains est l’Anguille européenne, Anguilla anguilla. L’ancêtre préhistorique de l’anguille est apparu il y a une centaine de millions d’années. A l’image du premier salmonidé (cf. Pêches sportives n° 74) et au fur et à mesure de la dérive des continents, ce groupe s’est diversifié pour atteindre aujourd’hui une vingtaine d’espèces, qui peuvent être séparées en deux ensembles : les anguilles de l’Atlantique et celles du Pacifique. Ce dernier groupe est le plus riche. En France d’outre-mer, près de dix espèces différentes peuvent être observées : en Polynésie (A. megastoma, A. obscura), à la Réunion (A. marmorata) ou encore en Nouvelle-Calédonie (A. mossambica, A. australis australis, A. australis australis schmidti, A. reinhardtii).

    Un cycle de vie partiellement inconnu

    Toutes les anguilles sont des poissons migrateurs dits amphihalins, c’est-à-dire qu’ils sont capables de vivre alternativement en eau douce et eau salée, et thalassotoques, qui ont donc une reproduction ayant lieu en mer et une croissance en eau douce, à l’inverse des saumons. Il n’y a qu’à peine un siècle que le lieu de ponte des anguilles de l’Atlantique a été localisé par Schmidt (1922), dans la mer des Sargasses. De plus, aucune anguille sexuellement mature n’a encore été capturée dans le milieu naturel… Beaucoup de mystère entoure ainsi la reproduction de l’anguille ! Toutefois, nous savons que, pour déclencher la maturation sexuelle de l’espèce, de fortes pressions et une température de l’eau de plus de 17 °C sont nécessaires. Or, ces conditions environnementales particulières ne sont réunies que dans la mer des Sargasses, dans l’Atlantique, au large des Caraïbes. Après la reproduction de l’Anguille européenne, les oeufs fécondés donnent naissance à des larves aplaties latéralement, ressemblant à une feuille de saule, qui remontent à la surface et sont appelées leptocéphales. Incapables de nager, elles se laissent alors porter par les courants du Gulf Stream, qui arrosent les côtes européennes : de Gibraltar et la Méditerranée jusqu’aux pays scandinaves, en passant par le littoral français. La durée réelle de cette migration au gré des courants reste un sujet de discorde au sein du monde scientifique et elle est estimée entre un et trois ans.


    Des civelles, des anguilles jaunes et des anguilles argentées

    Arrivées au niveau du talus continental, les leptocéphales se métamorphosent en civelles transparentes. Elles deviennent ainsi cylindriques, ne s’alimentent plus et se dirigent vers les estuaires : la première phase marine de l’espèce s’achève ici ! Portées au départ par les marées, elles entament alors une migration active, qui leur permet de remonter progressivement les cours d’eau en nageant contre les courants. Au bout de quelques semaines, les civelles se pigmentent, se transforment physiologiquementet atteignent le stade non sexué d’anguillettes, qui leur permet de poursuivre leur migration et leur croissance en eau douce. Certaines resteront en zone littorale, tandis que d’autres atteindront la tête des bassins versants. Au bout de quelque temps, l’anguillette va développer ses attributs sexuels et se sédentariser au sein du réseau hydrographique continental : elle devient alors anguille jaune, en référence à la couleur dominante de ses flancs. Cette période de croissance peut durer de huit à douze ans pour les mâles et de douze à dixhuit ans pour les femelles. Durant cette période de vie dulcicole, les anguilles occupent des milieux et des habitats très variés. Des secteurs de plaine calmes aux rivières tumultueuses, c’est une espèce ubiquiste capable de s’adapter à tout un panel de situations.
    A la fin de sa croissance en eaux douces, de nouveaux changements morphologiques, anatomiques et physiologiques interviennent : la peau s’épaissit, le ventre devient argenté alors que le dos et les flancs noircissent, les nageoires pectorales s’allongent, les yeux grossissent et l’appareil digestif se rétracte. L’anguille, appelée alors anguille argentée, est prête pour dévaler le cours d’eau, souvent au gré des crues d’automne, regagner la mer et aller se reproduire sur le lieu qui l’a vu naître : la mer des Sargasses ! Si l’on a pu suivre des anguilles argentées sur le bord du talus continental, il faut reconnaître qu’aucune information sur ce qui se passe après n’est disponible… Certes, des expériences en laboratoire ont permis de déclencher la maturation sexuelle en augmentant la pression hydrostatique, mais cela n’a encore pas pu être vérifié dans le milieu naturel. L’ultime phase du cycle de vie de l’anguille, la reproduction, reste bel et bien une énigme !


    Une régression drastique sans équivoque

    Historiquement, la distribution de l’anguille était très étendue. Les densités les plus fortes étaient logiquement rencontrées dans les secteurs les plus proches de la mer. La colonisation vers les parties les plus amont des bassins était loin d’être anecdotique : en dehors des zones de montagne, naturellement inaccessibles, l’anguille était présente dans l’ensemble de nos lacs et cours d’eau. A tel point que la réglementation de la pêche l’a considérée comme nuisible jusqu’en 1985, et des pêches de destruction étaient carrément organisées afin de tenter d’éradiquer ce funeste ogre de nos rivières !

    Si l’on avait su à l’époque…

    Aujourd’hui, la régression, voire la raréfaction, de tous les stades de développement de l’espèce inquiète, tant du côté de la communauté scientifique que de celui des pêcheurs professionnels. Ainsi, un certain nombre de rapports du Conseil international pour l’exploitation de la mer (CIEM) ou encore de la Commission européenne consultative pour les pêches dans les eaux intérieures (CECPI) mettent en évidence une diminution drastique des captures d’anguilles par les exploitants professionnels. A l’échelle du continent européen, le niveau de recrutement, estimé à travers la biomasse en civelles, est passé à partir des années 2000 en dessous des 5 % du niveau historique. De même, les captures d’anguilles par les professionnels ont diminué de manière continue depuis les années 1960 et sont actuellement en dessous de 25 % de leur niveau historique.
    La situation est donc alarmante !

    Des causes diverses et variées expliquent le déclin de l’espèce

    Chaque stade de développement de l’anguille est particulier. L’espèce est ainsi sensible à toute une série de pressions différentes, dont les effets se cumulent au fur et à mesure de son développement. A terme, la réduction des stocks de géniteurs ne permettra plus d’assurer un niveau de recrutement nécessaire au remplacement des générations. La pérennité de l’espèce peut donc être remise en cause… Etablir la liste exhaustive des problèmes rencontrés par l’anguille étant impossible, concentrons-nous de préférence sur les perturbations les plus évidentes et les plus couramment citées.


    Les obstacles à la migration

    Les obstacles à la migration que sont les barrages, seuils et autres ouvrages transversaux, sont considérés comme un facteur important de la fragilisation de l’espèce. En effet, en bloquant la migration d’amontaison, ils empêchent l’accès aux zones de grossissement et réduisent au final les stocks de géniteurs à l’échelle des bassins versants. Parallèlement, les ouvrages hydroélectriques perturbent également la dévalaison, en causant une mortalité plus ou moins importante lors du passage dans les turbines. Compte tenu de la densité très importante d’ouvrages transversaux sur le territoire national, a minima 50 000 ouvrages principaux recensés récemment par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, leurs effets doivent se mesurer en cumulant les impacts de chacun d’eux à l’échelle d’un axe fluvial. En effet, par exemple, si unitairement une centrale hydroélectrique engendre un taux de mortalité dans les turbines à la dévalaison de l’ordre de 5 à 10 %, la succession de plusieurs centrales entraîne une addition des mortalités, qui au final se révèlent très importantes et réduisent de manière drastique la quantité de géniteurs d’un bassin susceptibles de retourner en mer se reproduire. En plus du problème de l’accès, celui de la destruction même des habitats de l’anguille est également un facteur important de fragilisation de l’espèce. L’assèchement des zones humides, la déconnexion des systèmes latéraux, l’endiguement des cours d’eau participent ainsi à détruire les milieux de vie privilégiés de l’espèce…


    Les maladies et épidémies

    Parmi les nombreux parasites susceptibles de contaminer l’anguille, le plus virulent est sans aucun doute le nématode Anguillicola crassus, originaire du Sud-Est asiatique et de l’Australie. Ce parasite hématophage se rencontre dans la vessie natatoire de l’anguille, son hôte définitif. Ses effets pathogènes peuvent être directs, en provoquant des lésions et une altération progressive de cet organe, ou encore indirects, en diminuant l’endurance et le niveau de résistance de l’individu, qui devient alors plus vulnérable aux autres pressions environnementales. Au final, les anguilles argentées fortement infestées par ce parasite n’ont aucune chance d’atteindre leur lieu de ponte… Le virus dit Evex, apparu pour la première fois en 1977, est également reconnu comme pouvant significativement affecter la migration de l’anguille. Ce virus provoque des hémorragies et des anémies sur tous les stades de l’anguille, diminuant alors les capacités de nage. En France, cette virologie a été observée sur les civelles de l’estuaire de la Loire au début des années 1980, puis récemment sur les civelles de Méditerranée.
    Cependant, il n’a encore jamais été observé sur des anguilles jaunes ou argentées.


    Les polluants toxiques

    Les micropolluants, tels métaux lourds, pesticides, hydrocarbures, etc., rencontrés et accumulés dans l’eau et les sédiments des écosystèmes aquatiques sont un facteur important de régression de l’anguille. En effet, les traits de vie de l’espèce la rendent particulièrement vulnérable à ces pollutions : position élevée dans les chaînes alimentaires, accumulation de beaucoup de graisses, longue durée de vie à reproduction unique. Certaines substances, comme les pesticides neurotoxiques et les substances chimiques, agissent de manière directe sur sa physiologie. Par exemple, le lindane, les dioxines ou certains PCB perturbent le fonctionnement de la glande thyroïdienne, impliquée dans le stockage des lipides. Les PCB perturbent également le système neuronal, pouvant induire des troubles comportementaux. De graves altérations hépatocytaires et branchiales ont été observées expérimentalement après une exposition des anguilles à l’atrazine et au cadmium.
    Enfin, récemment, des chercheurs hollandais ont mis en évidence l’effet direct des composés de type dioxines (PCB…) sur le développement embryonnaire et la survie des embryons d’anguille, et ce pour des teneurs près de trois fois inférieures aux normes de consommation de l’OMS… ! Par ailleurs, on peut observer une corrélation étrange entre les émissions de PCB dans l’environnement et le déclin du stock d’anguille !


    L’exploitation des stocks

    L’anguille est exploitée à tous ses stades biologiques continentaux pour la pêche professionnelle, mais également pour la pêche de loisir. Ces activités de pêcherie, aux rendements estimés à 100 tonnes de civelles et plus de 800 tonnes aux autres stades en France, ont une influence sur la variabilité des stocks d’anguilles et constituent donc également un facteur potentiel supplémentaire de fragilisation de l’espèce. A noter qu’en France la pêche de la civelle ou pibale est interdite en Méditerranée. En ajoutant que le prix de ce mets exquis peut atteindre 500 euros le kilogramme. Attirant toute la convoitise du braconnage !

  • Evènement : les rivières jurassiennes, l’envers du décor !

    Evènement : les rivières jurassiennes, l’envers du décor !

    La vidéo tant attendue “Rivières Jurassiennes, l’envers du décors” est désormais disponible. Merci de relayer l’information pour qu’un maximum de personnes voit ces images, qui montrent le véritable état des cours d’eaux de ce département prisé des touristes et des pêcheurs.

  • Action : une pétition pour la Semène

    Action : une pétition pour la Semène

    Alors que la Semène, un affluent de la Loire, est classée en « bon état écologique», un projet de reconstruction du barrage des Plats, inutilisable depuis 2006, inquiète les associations de défense de l’environnement et de pêcheurs. Le nouveau projet doublerait le niveau des prélèvements d’eau de 45 à 100 litres par seconde !

    Le Collectif Loire amont vivante, regroupant une quinzaine d’associations, a lancé une pétition afin de lutter contre ce projet néfaste pour une rivière encore épargnée. Vous pouvez agir en la signant et en la diffusant au plus grand nombre.

    La pétition :

    http://loireamontvivante.fr/petition-pour-une-semene-vivante-non-au-barrage-des-plats-oui-aux-alternatives/

     

    Photo : © Collectif Loire Amont Vivante

  • Barrage sur la Sélune : lettre ouverte à NKM

    Barrage sur la Sélune : lettre ouverte à NKM

    Nous publions ici la lettre ouverte que les associations de défense de l’environnement, réunies au sein du collectif « Les amis de la Sélune », ont adressé le 27 janvier à Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie.

    Madame la Ministre,

    Nous célèbrerons le 2 février prochain la  » Journée mondiale des Zones Humides ». Comme vous le savez, le collectif « Les Amis de la Sélune », qui compte aujourd’hui plus de 50 organisations membres, attend, avec le soutien de nombreuses grandes organisations de conservation de la nature, que vous saisissiez l’opportunité de cet évènement pour montrer ce que la France peut faire et sait faire pour la conservation de ces milieux naturels : la reconquête écologique de la Sélune, petit fleuve côtier qui se jette dans la Baie du Mont-Saint-Michel, plus importante zone humide salée d’Europe, sera, si vous en décidez ainsi, le premier projet européen de restauration de la continuité écologique d’un cours d’eau sur la totalité de son linéaire.

    Cette décision, votre décision, constitue pour notre pays un enjeu international, cette rivière étant située à côté du deuxième site le plus visité en France, classée au « Patrimoine mondial de l’UNESCO ». Notre pays montre depuis des siècles sur ce territoire son talent, son avant-gardisme et sa créativité, en particulier ces dernières années, dans le cadre du programme « Grands sites », pour redonner au Mont son insularité : la France va-t-elle s’arrêter en si bon chemin ? L’effacement des barrages obsolètes de Vezins et La Roche-qui-Boit aura un impact positif sur l’équilibre dynamique de l’écosystème de la Baie, avec un fleuve qui aura retrouvé ses fonctionnalités hydrologiques et biologiques et qui de ce fait permettra d’apporter à celle-ci des eaux et sédiments de bonne qualité.

    Cet effacement est également nécessaire au retour dans le complexe Sée-Sélune d’une population abondante de saumons atlantiques, population qui présente un intérêt génétique et patrimonial particulièrement important pour cette région de la façade atlantique. De nombreuses autres espèces de poissons migrateurs seront aussi bénéficiaires de ce démantèlement. Ainsi, bien évidemment, que les hommes et les femmes de cette vallée, pour une bonne partie favorable aux effacements, qui pourront en tirer une grande fierté lorsque la promotion de ce territoire restauré éclairera d’un jour nouveau l’intérêt et la beauté de cet arrière-pays, aujourd’hui largement oublié des principaux itinéraires touristiques.

    L’exploitation hydro-électrique de la Sélune, aujourd’hui fonctionnant sous le régime insatisfaisant des délais glissants, n’est pas un enjeu majeur de production d’électricité renouvelable. EDF continue d’exploiter le site, depuis 1991, en infraction avec un arrêté de 1986 l’obligeant à rétablir la libre circulation des poissons migrateurs. Elle poursuit cette exploitation depuis 2007, année de fin de concession des barrages. L’entreprise a dans ce contexte été mise en demeure en 2010 par jugement de la Cour Administrative d’Appel de Nantes de garantir le franchissement des poissons migrateurs d’ici à la fin 2013, un délai intenable et pour des coûts prohibitifs, sans garantie de résultat. EDF ne s’oppose en l’occurrence ni à la fin de la production hydro-électrique des deux barrages, ni à l’annonce de leur effacement faite le 13 novembre 2009 par votre prédécesseur, Madame Chantal Jouanno. Les alternatives de production d’énergie renouvelable existent, notamment suite à l’annonce du futur parc éolien en mer à Courseulles-sur-Mer en Basse-Normandie. D’autres alternatives en matières d’énergies renouvelables existent localement. Elles sont créatrices d’emplois, durables et non délocalisables.

    La reconquête écologique de la vallée de la Sélune génèrera une activité économique, directe et indirecte, liée aux chantiers de démantèlement et de restauration du lit du cours d’eau, activité qui sera largement supérieure à celle de la base de loisirs de la Mazure, au bord de la retenue du barrage de Vezins. Une activité économique à plus long terme dépendra des volontés politiques locales. Il existe de fortes potentialités de conversion vers le tourisme de nature, en particulier le tourisme de pêche au saumon, sur un modèle de gestion innovant à trouver s’inspirant par exemple de ce qui se passe dans les pays anglosaxons, pour valoriser cette pêche exceptionnelle. Les sports de nature, en général, peuvent capter une partie de la clientèle de la Baie et du Mont.

    Nous vous demandons, Madame la Ministre, d’agir maintenant. Nous attendons depuis maintenant deux ans des éléments économiques et de prospective qui ne sont toujours pas disponibles pour trouver les alternatives concernant notamment la vingtaine d’emplois de la base nautique de la Mazure. Nous attirons en particulier votre attention sur le fait que continuer à ne rien faire risque de coûter très cher à la France avec des sanctions financières de la Commission européenne pour non-respect de ses obligations vis-à-vis de la continuité écologique. Ces obligations relèvent d’une part de la Directive Cadre sur l’Eau, et d’autre part du Règlement européen sur l’anguille numéro 1100/2007, la Sélune étant classée en Zone d’Action Prioritaire pour le rétablissement de la transparence migratoire dans le Plan de Gestion Anguille Français adopté par la Commission. Le non-respect des engagements de la France serait en totale contradiction avec les objectifs de la Trame Verte et Bleue dont vous avez installé le Comité national le 18 octobre dernier.

    Il vous appartient donc, Madame la Ministre, d’envoyer un signal conforme aux engagements de la France en Europe et dans le Monde. Nous attendons une décision rapide de votre part qui permettra également de mettre fin à un climat local propice à certaines dérives. Nous vous demandons de veiller à ce qu’Adolphe Colrat, Préfet de la Manche, conformément à sa dernière déclaration publique, soit en mesure de signer l’arrêté de fin de concession des barrages à l’occasion de la Journée mondiale des Zones Humides, le 2 février prochain.

    Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

    Signataires
    Pour le collectif « Les Amis de la Sélune »

    Serge Orru – Directeur Général du WWF-France
    Cécile Ostria – Directrice générale de la Fondation pour la nature et l’homme
    Orri Vigfússon – Président du NASF

    1 AAPPMA de l’Elorn (Finistère) – AAPPMA de Pont-Croix (Finistère) – AAPPMA de Pontrieux-la Roche Derrien (Côtes-d’Armor)- ANPER TOS – Association Bretonne pour la Pêche à la Mouche – Association Internationale de Défense du Saumon Atlantique – Club des Saumoniers – Comité National de la Pêche Professionnelle en Eau Douce – Eau et Rivières de Bretagne – European Rivers Network – Fédération de la Manche pour la Pêche et les 24 AAPPMA suivantes : La Truite Cherbourgeoise ; La Truite la Scye; La Mouche de Saire ; Les Pêcheurs de la Sinope ; Le Gardon Saint-Sauveurais ; Les Pêcheurs de la Douve ; Le Gardon Chef du Pontais ; La Flottante Carentanaise ; Les Pêcheurs de Lessay ; Les Pêcheurs de Périers (St-Sauveur Lendelin) ; La Gaule Marignaise ; La Truite de l’Anneraie ; Les Pêcheurs à la ligne du Pays Saint-Lois ; Les Pêcheurs de Cerisy-la-Forêt ; Les Pêcheurs de Condé-sur-Vire ; La Gaule Torignaise ; Les Amis de la Vire ; Le Bassin de la Sienne ; Amicale des Pêcheurs à la ligne de l’Avranchin ; La Truite de la Sée ; Le Gardon de Pontorson ; La Truite du Beuvron ; La Ducéenne ; La Gaule Mortainaise – Federation of Irish Salmon and Sea Trout Anglers – Fédération Française des Moniteurs Guides de Pêche – Fédération Nationale pour la Pêche en France – Fondation GoodPlanet – Fondation pour la Nature et l’Homme – Humus, fonds pour la biodiversité – L’Hydroscope – Ligue pour la Protection des Oiseaux – Manche Nature – Mayenne Nature Environnement – North Atlantic Salmon Fund – SOS Loire Vivante – Sustainable Eel Group – Union Régionale des Fédérations de Bretagne – Basse-Normandie – Pays de la Loire pour la Pêche et la Protection du milieu aquatique – Vét’Eau Pêche-WWF-France Adresse postale : Collectif des Amis de la Sélune – c/o HUMUS, Fonds pour la biodiversité, 86 Rue de Lille – 75007 Paris

  • Haute-Vienne : baguage de brochets

    Haute-Vienne : baguage de brochets

    La Fédération de pêche de la Haute-Vienne a lancé une opération d’empoissonnement le 25 janvier dernier. Près de 600 kg de poissons ont ainsi rejoints les eaux de la Vienne pour un budget total de 5 000 euros (300 kg de brochets, 130 kg de perches et 160 kg de gardons). La Fédération en a profité pour baguer 80 brochets non maillés (entre 40 et 50 cm) afin de suivre leurs déplacements et leur évolution morphologique. Si d’aventure vous deviez capturer un de ces poissons, noter le lieu de capture ainsi que la taille du poisson, sans oublier de relever le numéro figurant sur la bague, de couleur jaune, implantée sur le flan, à côté de la dorsale. Contacter ensuite l’AAPPMA Les Ponticauds (06 71 72 65 79 ou [email protected]) ou la Fédération de pêche (05 55 06 34 77 ou [email protected]) afin de communiquer ces informations.

    A noter que l’AAPPMA Les Ponticauds offre un bon d’achat de 10 euros chez Pacific Pêche à tous les pêcheurs qui transmettront les précieuses informations.

  • La Guyane face à l’orpaillage clandestin

    La Guyane face à l’orpaillage clandestin

    Du 16 au 19 janvier 2012, des membres du WWF France en Guyane se sont rendus dans différents villages amérindiens du Haut Maroni (Kayodé, Twenké, Taluen, Antecume Pata), territoire du Parc Amazonien de Guyane, afin de constater les conséquences de l’orpaillage clandestin dans la région. Selon leur témoignage, les contacts entre orpailleurs et populations autochtones semblent se raréfiés. Cette situation s’expliquerait par une évolution des réseaux de ravitaillement. La délégation a pu constater de nombreux indices indiquant des pratiques d’orpaillage illégales.

    Depuis plusieurs années, les experts alertent l’opinion sur les ravages de l’orpaillage clandestin dans le département d’outre-mer de la Guyane, dans le nord de l’Amérique du Sud. Les opérations de police, voire de l’armée française, n’ont pas permis d’arrêter ce désastre écologique qui touche une région du monde dont la diversité des plantes par hectare dépasse celle de toute l’Europe continentale et où l’on dénombre pas moins de 480 espèces de poissons.

    Le WWF France a publié un rapport dense, en octobre 2009, où l’organisation donne des faits et des chiffres précis sur la réalité des dégâts. Et le tableau qu’elle dépeint est bien sombre. 10 000 orpailleurs clandestins traqueraient aujourd’hui la précieuse pépite, en Guyane, dans près de 500 chantiers clandestins. La misère qui sévit au Brésil a provoqué une nouvelle ruée vers l’or. On estimait que dans l’année 2002-2003, alors que l’exploitation aurifère légale produisait 3 tonnes d’or, l’illégale en produisait 10. L’emploi massif du mercure par ces chantiers clandestins pour amalgamer les particules d’or détruit les cours d’eau de la région. Selon l’ONF, 1 333 km de cours d’eau étaient touchés en 2006, pollution qui contamine également les populations, essentiellement amérindiennes, qui vivent dans la région. En 1997, des taux d’imprégnation au mercure supérieurs aux normes fixées par l’OMS étaient observés chez plus de 70 % des enfants amérindiens Wayanas du haut Maroni. Des solutions pourtant existent.

    L’appareil répressif de l’Etat a bien sûr son rôle à jouer, notamment en redressant des barrages policiers sur les axes fluviaux les plus employés pour le ravitaillement des chantiers illégaux. Mais la répression ne suffira pas. Selon le WWF France, la mise en place d’une traçabilité dans la filière or permettrait une solution pérenne. Mais cette filière cultive l’opacité et, actuellement, il est impossible de distinguer l’or sale de l’or légal. Pourtant, le temps presse : le cours de l’or explose dans toutes les places financières de la planète.. Au rythme actuel, on estime à quinze à vingt ans encore l’exploitation du filon guyanais.

  • Sarkozy en Ariège : populisme et irresponsabilité

    Sarkozy en Ariège : populisme et irresponsabilité

    Période préélectorale oblige, le discours des politiques s’affranchit de tout sens de la responsabilité et prend facilement des accents populistes. Le président de la République, M. Sarkozy, a délivré hier, mardi 16 janvier, un discours ahurissant à Pamiers, en Ariège, à l’occasion de ses vœux au monde rural. Il a ainsi fustigé les règles environnementales, les jugeant « trop tatillonnes ». Sur le même ton, il a affirmé que la « préservation de l’environnement, ce n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit ! » avec un sens de la formule très « Café du commerce ». Et pourtant si, Monsieur le président, bien souvent la protection de l’environnement, c’est justement empêcher un certain nombre de pollueurs, qu’ils soient agriculteurs, industriels ou citoyen lambda, d’agir. Bref, le Grenelle de l’environnement semble définitivement être enterré par son principal promoteur…

  • Débat : Slovénie, un Paradis perdu ?

    Débat : Slovénie, un Paradis perdu ?

    C’est l’histoire d’un pêcheur qui revient pêcher les rivières slovènes près d’un quart de siècle plus tard. C’est aussi l’histoire d’un exilé halieutique qui fuit les eaux devenues insalubres de son pays et qui, tel un poisson migrateur, vient se ressourcer dans les courants purs de la majestueuse Sava Bohinjka. Mais peut-être aurait-il mieux fait de rester chez lui… Ce qui pourrait être le commencement d’un roman divertissant n’est que la triste réalité. Cet article, rédigé sous la forme d’un billet d’humeur, compte sur vos réactions pour initier un mouvement de contestation de la gestion déplorable des rivières de Slovénie.

    22 ans que je n’étais pas retourné en Slovénie. 22 ans durant lesquels je m’étais juré de ne jamais plus y reposer mes waders. J’avais tout juste 22 ans à l’époque et je n’avais pas compris pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on avait – en beaucoup mieux – à la maison ! Dès lors que chaque jour, la Loue et le Doubs comblaient mes petits espoirs de jeune pêcheur à la mouche. Les temps ont bien changé. Les rivières comtoises sont au plus mal, en sursis même puisque l’hiver qui commence à peine recense déjà quelques poissons malades et que rien ne laisse présager un avenir meilleur pour le moment. L’idée d’un retour à la pêche des eaux slovènes est née d’un renoncement à partir dans le Montana pour des raisons de dates un peu tardives mais aussi la perspective d’un séjour bien trop court pour une destination aussi lointaine. Il y a peu de temps de cela, un ami, bon connaisseur des rivières comtoises, me confiait qu’il était allé plusieurs fois pêcher en Slovénie et qu’il n’avait pas eu l’impression de pêcher dans un “réservoir”. Un autre s’était avéré ravi de prendre 50 truites par jour, dont 80% d’arc-en-ciel portions, sur un petit affluent de la Sava Dolinka.

    Les franc-comtois, dont je suis, se voient aujourd’hui contraints d’aller chercher ailleurs ce qu’ils n’ont plus chez eux. Bien sûr qu’il est encore possible de pêcher à la mouche sur le Doubs et sur certains parcours de la Loue. Bien sûr que les rivières du Jura restent encore relativement riches en truites sauvages. Mais lorsqu’on a connu ces rivières dans de meilleures conditions et que l’on lutte aujourd’hui pour l’amélioration de leur état, difficile de faire comme si de rien n’était. En Europe, les rivières où la pêche à vue est possible ne sont pas légions. Cela exclut les pays situés au nord de la France comme la Suède, la Finlande, l’Écosse ou encore l’Islande, aux eaux très sombres. De ce point de vue, la Slovénie offre des rivières merveilleuses, comme la Sava Bohinjka, une rivière d’émeraude qui finit sa course dans le Danube à Belgrade, après avoir traversé la Croatie.

     

  • Pays de la Loire : la région se porte partie civile dans le dossier Aprochim

    Pays de la Loire : la région se porte partie civile dans le dossier Aprochim

    La commune de Grez-en-Bouère en Mayenne a connu une pollution au PCB entraînant un dépôt de plainte de la part d’associations de riverains. Le coupable ? Une usine de traitement des déchets dangereux gérée par Aprochim, une filiale du groupe Chimirec. Des traces de PCB ont été trouvées dans les exploitations des agriculteurs voisines de l’usine. Plusieurs plaintes ont été déposées auprès du parquet de Laval qui a depuis ouvert une information judiciaire. La région Pays de la Loire a annoncé dans un communiqué du 6 janvier qu’elle se porterait également partie civile afin d’avoir accès à la procédure et d’afficher sa solidarité. « Dans cette affaire, le préjudice le plus dramatique est d’abord matériel et moral, pour les riverains et les agriculteurs du secteur, mais il concerne également notre patrimoine naturel, dans la durée » explique Jean-Pierre Le Scornet, vice-président du Conseil régional, et président de la commission aménagement du territoire et environnement (en photo). Rappelons que les PCB sont interdits en France depuis 1987. Ces contaminants environnementaux sont présents dans de nombreux bassins versants en France et ailleurs.

    Photo : © Région Pays de la Loire