Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • Onema, nomination d’une nouvelle directrice générale

    Onema, nomination d’une nouvelle directrice générale

    Le 23 octobre, Mme Elisabeth Dupont-Kerlan a été nommée Directrice générale de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). Elle succède à Patrick Lavarde au sein de cette instance nationale chargée de la protection des milieux aquatiques. Ancienne élève de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, elle a exercé diverses fonctions dans les champs de l’aménagement, des transports, de l’environnement, de la recherche à l’opérationnel. Elle a occupé en particulier, au Ministère chargé de la recherche, le poste de conseillère technique au cabinet du Ministre sur les questions d’énergie, des transports, de l’environnement, des ressources naturelles et de l’innovation, puis, de 1998 à 1999, Directrice adjointe de la Technologie. En 2000, elle a été nommée Directrice Générale de l’INRETS (établissement public français de recherche dans le domaine des transports et de leur sécurité).
    De 2003 à 2009, elle a successivement occupé les postes de Directrice Départementale de l’équipement de Seine-et-Marne (2003-2005), puis de déléguée aux transports, à l’environnement et à l’énergie à l’association des Régions de France (2005-2009). En parallèle, de 2005 à 2010, elle a été, à l’école des Ponts Paris Tech, Présidente du département Ville, Environnement, Transports. Enfin, en 2010, elle a rejoint le Conseil général de l’environnement et du développement durable au Ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement en tant que coordinatrice du collège recherche et technologie.
    Si l’Onema continue sur sa lancée, son rôle devient de plus en plus restreint, notamment au niveau régional, où cet organisme subit lui aussi la crise. Tous les départs en retraite ne font pas l’objet de remplacements et les missions de terrains se résument dans bien des cas à la mise en place et au suivi de la Directive Cadre Européenne. Une bonne partie de son travail est désormais assurée par les fédérations de pêche (pêches électriques d’inventaire et de sauvetage, police de la pêche, études scientifiques, etc.)

  • Objectifs et actions réalisées du contrat de rivière Chéran

    Objectifs et actions réalisées du contrat de rivière Chéran

    Les objectifs et les actions réalisées du contrat de rivière Chéran ont été ménées par le Syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du Chéran (SMIAC). Il s’agit du premier contrat prenant en compte la totalité du bassin versant. Durée : de 1997 à 2008, réalisé en deux phases avec un bilan à mi-parcours qui a permis de réajuster les objectifs et les budgets. Le budget initial était de 47 millions d’euros, pour 33,1 millions d’euros utilisés.

    Objectifs et actions :

    Volet A (60 %) :
    Réaliser l’assainissement des collectivités locales. Maîtriser les pollutions d’origine agricole (élevages).
    Améliorer la ressource en eau potable Améliorer la qualité des eaux. Réhabiliter les décharges.

    Volet B (30 %) :
    Stabiliser le lit et les berges des rivières, assurer la protection localisée contre les crues. Restaurer et gérer les espaces riverains des cours d’eau. Développer la gestion piscicole et les potentialités halieutiques.
    Aménager des accès aux cours d’eau et des circuits de randonnée. Améliorer la pratique du canoë-kayak.
    Mettre en valeur le patrimoine lié à l’eau. Restaurer et mettre en valeur les cours d’eau, supprimer les points noirs paysagers.

    Volet C (10 %) :
    Entretenir les milieux restaurés. Mettre en place un suivi morphologue et qualitatif du Chéran et de ses affluents. Coordonner et mettre en place un suivi des actions réalisées. Coordonner, entretenir, gérer et communiquer. Informer et sensibiliser les usagers.


    Etude bilan du contrat de rivière Chéran (SMIAC)

    Le Chéran a fait l’objet d’un contrat de rivière signé le 11 octobre 1997 pour une durée initiale de 10 ans. Dès le départ, sa réalisation a été conçue en deux phases successives de cinq ans chacune avec, à mi-parcours, la réalisation d’un premier bilan. Celui-ci a été réalisé en 2002. Il a permis de réajuster les objectifs et définir le contenu de la seconde phase. Le contrat est à présent achevé officiellement depuis fin 2008, même si quelques actions majeures sont encore en phase de réalisation. A noter que le contrat de rivière Chéran a été un des premiers à engager un diagnostic et des actions à l’échelle d’un bassin versant.
    Dans la foulée du contrat, le SMIAC a engagé en 2010 une « étude bilan évaluations et perspectives » réalisée par Claudine Lecuret (consultante milieux aquatiques) et Philippe Barret (DIALTER).
    Cette étude a été divisée en cinq modules faisant chacun l’objet de rapports distincts :
    – Module 1 : état des lieux initial et final, évolution.
    – Module 2 : bilan technique et financier.
    – Module 3 : fonctionnement de la procédure.
    – Module 4 : synthèse et évaluation.
    – Module 5 : perspectives.

    A l’issue du rendu des trois premiers modules en mars 2010 au comité de pilotage et à la population lors de réunions publiques, deux commissions thématiques ont été constituées. Elles comprenaient les représentants des principales organisations concernées par le contrat de rivière et des personnes volontaires, riverains et habitants du territoire.
    – Commission A : qualité des eaux, pollutions, alimentations en eau.
    – Commission B : état physique des cours d’eaux, inondations, boisements de berges, usages récréatifs, gouvernance.

    Cette partie d’autoévaluation très liée à la perception de terrain des acteurs et des habitants (et élus) du territoire a été intégrée au rendu des modules 4 et 5.
    Cette partie de l’étude bilan (module 4 et 5) a donc été construite sur la base de deux approches complémentaires :
    • une évaluation externe réalisée par le prestataire sur les bases de données objectives collectées et exploitées dans les rapports du Bilan (module 1 à 3),
    • une autoévaluation menée avec les acteurs locaux.
    Le rendu final de l’étude réalisée en 2009/2010 a été présentée au comité de pilotage et au comité rivière en septembre 2010.


    Contexte actuel et perspectives

    L’étude bilan a mis en avant la nécessité de poursuivre le travail actuel, maintenir la dynamique et pérenniser dans le temps les actions engagées dans le cadre du contrat de rivière, avec la perspective d’engager le territoire sur un second contrat de rivière.
    La mise en œuvre d’un nouveau contrat se justifie notamment par les enjeux actuels liés entre autres à la qualité biologique du Chéran (qualité « orange » liée au déclin inexpliqué de la truite fario autochtone), la reconquête et la préservation des espaces de liberté du cours d’eau et des milieux annexes (espace de fonctionnalité des milieux), la connaissance de la ressource en eau (et des pressions liées au prélèvement), la gestion morphologique du cours d’eau (transport solide) et la maîtrise des pollutions accidentelles…
    Associés à ces objectifs très réglementaires, les groupes de travail ont souligné quelques points importants à traiter en priorité comme :
    • Etudier et comprendre le déclin de la truite.
    • Réaliser un diagnostic global des affluents.
    • Adopter une démarche intégrée en travaillant sur tous les milieux du bassin versant : zones humides, affluents, milieux superficiels et souterrains…
    • Conserver et protéger les espaces de liberté de la rivière et de ses affluents.
    • Identifier les cours d’eau « naturels », réfléchir autrement, c’est-à-dire non pas aux aménagements à faire, mais à ceux à ne pas faire.
    • Promouvoir la renaturation physique des milieux anthropisés (sur le Dadon, affluent du Chéran).
    • Améliorer encore les pratiques agricoles en associant les agriculteurs à la démarche.

  • Le projet Rivières sauvages

    Le projet Rivières sauvages

    L’émergence du Fonds pour la conservation des rivières sauvages présente la perspective pour le Chéran d’être un des bassins versants pilotes, pour la construction du label et du réseau de rivières sauvages. Ce qui vient conforter les actions initiées et engagées par les pêcheurs au côté du SMIAC sur le bassin versant.
    D’ores et déjà, un comité technique réfléchit sur les actions innovantes à engager avec les décideurs pour redonner au Chéran son fonctionnement naturel et sauvage, avec en point d’orgue, l’effacement du seuil du pont de Banges, dernier obstacle artificiel majeur au transit sédimentaire et à la continuité écologique sur le bassin versant. L’objectif du Fonds pour la conservation des rivières sauvages étant de se dédouaner du minimum réglementaire de bon état écologique affiché par la Directive cadre européenne (DCE) et ses normes insuffisantes, dont on touche les limites aujourd’hui sur d’autres rivières emblématiques, comme le Doubs et la Loue. Le but étant de se rapprocher d’un fonctionnement naturel et biologique optimum, seul garant de la pérennité et de la préservation des milieux encore en état, comme l’est celui du Chéran, avec peut-être, à terme, la concrétisation des efforts engagés par la labellisation du Chéran comme « une » des rivières sauvages de France.

  • L’exemple du Chéran

    L’exemple du Chéran

    Nous connaissons depuis longtemps l’équipe de l’AAPPMA de l’Albanais sur le Chéran, une magnifique rivière planquée dans sa vallée, entre Annecy et Aix-les-Bains. Sans tambour ni trompette, cette association dynamique est à l’origine d’un des plus ambitieux contrats de rivière du pays. Preuve que les pêcheurs peuvent obtenir de l’aide, à condition qu’ils ne manquent ni de courage, ni de projets.

    Par Philippe Boisson

    Le Chéran prend sa source dans le massif des Bauges en Savoie en amont du Châtelard, village martyr qui perdit la quasi-totalité de ses habitants lors d’un glissement de terrain survenu dans la nuit du 1er janvier 1931. De profil torrentueux, ce cours d’eau passe, dans sa partie aval au niveau de Rumilly (Haute-Savoie), d’environ 1 m3/s au plus sévère de l’étiage à près de 300 m3/s à la fonte des neiges pour peu que la pluie s’en mêle. D’un point de vue géologique, le Chéran coule sur un lit de gros galets dans sa partie amont, alors que sa section médiane serpente dans des gorges taillées dans du grès à ciment argileux appelé molasse. “Roche” tendre composée de limons solidifiés, ce grès se laisse facilement façonner par la rivière. Cela donne lieu à quelques bizarreries, comme la voie Bernard, un couloir qui ressemble à une piste de skateboard et dont le fond canalise l’eau dans une faille d’à peine deux mètres de largeur, visible uniquement par niveau très bas. La profondeur de cette faille doit sans doute dépasser les 8 à 10 mètres. Le grès donne une jolie couleur émeraude aux eaux du Chéran qui prend des allures d’oasis en été. A la sortie des gorges au niveau de Rumilly, le Chéran a beaucoup souffert des extractions de graviers et de l’urbanisation qui a donné lieu à un vaste programme de renaturation qui commence à porter ses fruits aujourd’hui. Cela n’aurait pas été possible sans le concours d’un personnel compétent et de moyens financiers et humains importants. Porté par les pêcheurs, ce projet nécessita quelques modifications fondamentales du statut de ce qui n’était pas encore, jusqu’aux années 2000, une AAPPMA.

    Une gestion à l’échelle du bassin versant

    En France, le département de la Haute-Savoie reste un cas particulier, avec un nombre de pêcheurs parmi les plus élevés du pays, partagés en seulement cinq AAPPMA. Un mode de fonctionnement très atypique, d’autant que certaines d’entre elles regroupent des “sociétés de pêche” non agréées. L’AAPPMA de l’Albanais (nom de la région d’Albens) est née en 1999 de la réunion de trois de ces sociétés de pêche faisant alors partie de l’AAPPMA Annecy Rivières. Il s’agissait de celles de Cusy, de La Gaule du Chéran, et de La Protectrice du Fier. Pour obtenir l’agrément, la future AAPPMA de l’Albanais devait, à la demande de la DDAF, faire signer les baux de pêche aux propriétaires riverains. Un travail de fourmi qui demanda à Stéphane Jan et à ses collègues plus de deux mois d’investigation au cadastre, à une époque où les relevés parcellaires n’étaient pas encore informatisés. Il s’en suit un porte-à-porte en règle face à des propriétaires qui, pour la grande majorité, ignoraient tout de l’existence des fameux baux de pêche. Signés pour trente ans, les droits de pêche ainsi obtenus ont permis de partir sur de bonnes bases. Plus en amont, l’AAPPMA du Châtelard, dans le massif des Bauges, existe depuis 1927. Ainsi, le Chéran s’est vu partagé en seulement deux AAPPMA, ce qui laissait augurer une gestion cohérente à l’échelle du bassin versant du cours d’eau. Les débuts furent empiriques reconnaît Pascal Grillet, l’un des membres du bureau de l’AAPPMA de l’Albanais : “On voulait bien faire et les chantiers étaient si nombreux que cela partait un peu dans tous les sens !”. L’une des premières actions entreprises fut la réintroduction de l’ombre, un poisson originaire du Chéran, mais qui avait totalement disparu. Après trois années de réintroduction, qui ne donnèrent guère de résultats encourageants dans les années qui suivirent, une population viable a finalement trouvé sa place. Le prélèvement de l’ombre est toujours interdit sur la rivière afin de le protéger, car il serait facile de le faire disparaître à nouveau. Les ombres du Chéran sont très discrets, vivants surtout dans les forts courants et ne se montrant que rarement. Pour les truites, les choses sont différentes. Comme partout ailleurs, l’alevinage avec des souches atlantiques domestiquées a commencé dès la fin du XIXe siècle. Par chance, la souche sauvage de truite locale a bien résisté à l’introgression de gènes étrangers. Le Chéran doit en partie son bon état actuel à son accessibilité limitée, due à son cours encaissé. Les points d’accès se limitent à trois ou quatre lieux sur toute la longueur des gorges. Pour les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais, la priorité consiste à préserver le milieu naturel dans le but de conserver la souche sauvage. Plus aucun empoissonnement n’a eu lieu depuis près de quinze ans. En étroite relation avec la fédération départementale de pêche de Haute-Savoie, qui dispose d’un personnel spécialisé compétent (sous la houlette d’Arnaud Caudron), les souches de truites du Chéran, du Fier, et de leurs affluents ont été clairement identifiées et tout le monde œuvre pour leur sauvegarde. La vallée du Chéran a été retenue comme rivière pilote par le Fonds pour la conservation des rivières sauvages, au même titre que quelques autres comme la Vis (Hérault) ou la Valserine (Jura/Ain).

    Un contrat de rivière exemplaire

    Un contrat de rivière a été alloué à la vallée du Chéran entre 1997 et 2008. S’il existe de mauvais exemples de contrats similaires un peu partout, qui n’ont pas apporté d’amélioration de la qualité de l’eau ou de l’habitat pisciaire, celui du Chéran est exemplaire. Preuve que si les pêcheurs ne font pas la démarche d’être représentés, il ne faut pas espérer de miracle… Au total, l’investissement pour 2012 de l’AAPPMA de l’Albanais se porte à 170 000 euros (300 000 euros sur trois ans). Car le Chéran fait également partie du programme européen Leader (Liaison entre actions de développement de l’économie rurale) du Parc naturel régional du massif des Bauges. Il s’agit d’un programme européen qui vise à faire des territoires ruraux des pôles équilibrés d’activité et de vie. Le plan de financement des travaux intégré dans le contrat de rivière concernant la diversification des habitats s’est réparti entre la Région à hauteur de 20 %, l’agence de l’Eau 50 %, le conseil général de Savoie 5 %, le conseil général de Haute-Savoie 5 %, le Syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du Chéran (SMIAC) 20 %, et les collectivités piscicoles 22 % pour un total de 216 958 euros. Le contrat de rivière a permis la mise en place d’un programme ambitieux de diversification de l’habitat pisciaire sur la zone aval du Chéran au niveau de Rumilly. Les aménagements demandaient des moyens mécaniques et humains à la hauteur de la puissance d’un cours d’eau dont le débit peut être multiplié par 300 selon les saisons. “Avec un lit déstabilisé par une érosion régressive, due à des extractions de granulats directement dans le cours d’eau il y a plusieurs décennies, le chantier méritait réflexion et méthode pour réaliser des aménagements qui puissent encaisser des crues violentes sans pour autant créer d’autres problèmes autour d’eux. Nous avons opté pour des techniques mixtes végétales et minérales et nous avons eu la chance de travailler en concertation avec des professionnels qui ont fait l’effort de comprendre les problématiques du cours d’eau, ce qui n’est toujours évident avec des gens qui, pour la plupart, travaillaient dans une rivière pour la première fois” explique Pascal Grillet. La Fédération de pêche de Haute-Savoie suit l’évolution des peuplements chaque année pour vérifier si le résultat escompté est bien au rendez-vous. Les aménagements profitent à toutes les espèces, y compris aux plus petites comme le chabot ou la loche franche, car le Chéran a retrouvé une morphologie variée qui profite aux poissons à tous les stades de leur développement. Sur ce secteur au lit il y a peu encore uniforme, très peu diversifié, les populations de truites ont été multipliées par quatre. Ce n’est qu’un début, car ces aménagements profiteront d’autant plus aux générations suivantes. La présence des aménagements a en effet de multiples avantages : ils offrent bien plus qu’un abri aux poissons, les éléments minéraux trouvent leur place tout autour, ainsi qu’en aval sous l’effet du courant. De
    nouvelles zones de frayères sont apparues.

    L’école de pêche du Chéran

    Les deux AAPPMA du Chéran travaillent avec deux guides de pêche chargés de gérer les activités de l’école de pêche. Des stages enfants, ados, vacances, scolaires, personnes à mobilité réduite, pour la pêche de la carpe, la pêche au coup, celle des carnassiers ou la pêche à la mouche sont organisés durant toute la saison. Des ateliers pêche nature ont lieu tous les mercredis. Chaque saison, des centaines d’enfants et d’adolescents découvrent la pêche à Rumilly, sur le plan d’eau attenant au bâtiment de l’AAPPMA ou sur le Chéran, avec une évidente sensibilisation aux milieux naturels.

    La pêche sur le Chéran

    Les truites de la belle rivière d’émeraude ont la réputation d’être capricieuses. Elles sortent néanmoins de façon plus régulière sur la partie aval que dans les gorges. Loin d’être des poissons de foire, ces animaux sauvages réagissent à la température, à la lumière et a tout ce que ces facteurs peuvent générer comme événements dans la rivière (éclosions, périodes propices à l’alimentation, etc). Lors de ma visite sur trois jours cet été, les truites du Chéran ont joué le jeu, avec entre autres, un coup du soir formidable sur une belle retombée de fourmis. Un niveau stable, même bas, semble plus favorable qu’une baisse de niveau suite à une crue. Cette situation, classique sur d’autres rivières, à le don de caler les poissons confortablement sous les pierres durant plusieurs jours. Le Chéran est une rivière sauvage avec des poissons qui le sont tout autant. Ce qui était normal un peu partout il y a quelques décennies devient aujourd’hui une exception, qui ne plaira sans doute pas à tous ceux qui veulent une “prestation” correcte en échange de leur simple présence. Les truites du Chéran se fichent de la société de consommation qui les entoure. Espérons que cette dernière n’aura pas la peau des derniers poissons sauvages de cette belle rivière. En tout cas, les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais veillent au grain avec une détermination et une envie qui force le respect.

  • Antilles françaises : 4 sites ont reçu le label d’Aires spécialement protégées

    Antilles françaises : 4 sites ont reçu le label d’Aires spécialement protégées

    Le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de
    l’Energie a annoncé le 27 octobre quatre sites des Antilles françaises ont reçu
    le label d’Aires spécialement protégées à l’occasion de la réunion de la
    convention internationale de mer régionale de Carthagène, organisée en
    République Dominicaine du 23 au 25 octobre 2012. Il s’agit de la Réserve
    naturelle nationale de Saint-Martin, des Etangs lagunaires de Saint Martin, de
    la Réserve naturelle nationale de « Petite-Terre » en Guadeloupe et du
    Sanctuaire de mammifères marins Agoa. Créé en 2010 sur l’ensemble de la zone
    économique exclusive des Antilles françaises, le sanctuaire Agoa est le second
    sanctuaire de mammifères marins après le sanctuaire Pelagos, créé en
    Méditerranée.

    Crédits photo : Jérôme Couroucé/MDD

  • Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Il y a cinq ans, le gouvernement Sarkozy lançait le Grenelle de l’environnement, présenté alors aux Français comme une révolution verte. Depuis, sur le terrain bien peu de chose ont changé en ce qui concerne en tout cas la protection de l’eau. Pis, les services de l’état chargés d’assurer la police de l’eau n’ont jamais atteint un tel laxisme. L’Onema sera bientôt directement rattaché aux directions départementales des territoires (DDT). Les brigades voient leurs effectifs se réduire au strict minimum (un départ en retraite sur deux remplacé). Et voilà que, sous le gouvernement Hollande apparaît la Conférence environnementale. Cela s’est passé à Paris au palais d’Iena les 14 et 15 septembre. Une sorte de seconde chance au Grenelle, de la part d’un gouvernement qui compte dans ses rangs deux ministres “verts”, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Étrange préoccupation dans un contexte où rappeler vous, les mots environnement ou écologie étaient totalement absents des discours des deux supposés président de la République alors en campagne électorale. Ce qui a mal commencé, c’est le refus de recevoir les pêcheurs et les chasseurs aux tables rondes. Un refus pourtant contraire aux promesses de François Hollande, lors de sa campagne. Pêcheurs et chasseurs représentent près de trois millions de personnes, que les politiques n’oublient jamais de démarcher… La suite nous démontrera que le gouvernement du “changement” ne prend pas pour habitude de tenir ses promesses. Pour preuve, durant la semaine qui a précédé la Conférence, les affirmations d’Arnaud Montebourg dans une interview accordée à Challenges au sujet de l’exploitation des gaz de schistes. Le ministre du redressement productif dément la position de Delphine Batho, en affirmant bien haut qu’un moratoire sur la question n’est pas à l’ordre du jour. Il ajoute au passage que les techniques de fracturation hydraulique (qui utilise énormément d’eau et de produits chimiques) peuvent être maîtrisées, sans bien entendu, expliquer comment. Nouvel avis contraire quelques jours plus tard avec, enfin, une position ferme du gouvernement qui ferme le dossier à double tour… Jusqu’à quand ? Le Grenelle s’était engagé à réduire de moitié l’utilisation de pesticides entre 2008 et 2018. Belle motivation à propos d’un sujet qui touche d’une part directement la santé publique et d’autre part la disparition des abeilles, un sujet très sensible. Pour l’heure, l’utilisation de pesticides depuis 2008 a augmenté de 2,5 %. Lors de la conférence environnementale, la décision d’interdire l’épandage aérien de produit phytosanitaire a été prise, en spécifiant qu’elle resterait autorisée dans les cas où il s’agit de la seule solution possible. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a d’ailleurs, peu après sa nomination, reconnu que l’objectif ne sera pas atteint. Pas plus que le sera celui du “bon état écologique” des cours d’eau et lacs avant 2015 comme l’impose la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE). Impuissant, voilà ce que sont les gouvernements face aux enjeux environnementaux. Impuissants face aux lobbies et incapable de proposer un nouveau modèle. L’agriculture bio, ou moins intensive si vous préférez, nécessiterait une aide du gouvernement. Or actuellement, et depuis longtemps, celle qui pollue le plus et aussi la plus subventionnée.

    Pêcheurs et chasseurs sur la touche

    A la veille de la conférence environnementale, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF), a tenu à exprimer au président de la République sa surprise, sa déception et son souhait d’un… changement ! Contrairement à l’engagement pris pendant la campagne électorale, la FNPF est écartée (tout comme la Fédération nationale des chasseurs) des tables rondes consacrées à la gouvernance et au débat sur la transition énergétique. Selon nos sources, cette décision fait suite à une pression de certains organismes invités sur les organisateurs, afin “d’éviter certaines tensions”. Vive la démocratie ! La FNPF et son réseau associatif affilié (93 fédérations, 4000 associations), se dit fort d’une expertise reconnue, diverse et ancienne. Elle estime que sa légitimité à figurer parmi les acteurs environnementaux à part entière n’est plus à démontrer. Soit, mais si on y regarde de plus près, les fédérations les plus légitimes sont celles qui généralement sont en opposition totale ou partielle avec la politique de la FNPF. L’exemple de la Haute-Savoie (voir notre Echo du radier à propos du Chéran) est très parlant. Certaines fédérations départementales se professionnalisent en recrutant des ingénieurs et des techniciens très compétents. Elles mettent en place une gestion patrimoniale et dans la mesure où cela est possible, prennent en compte l’ensemble des bassins versants dans un souci de cohérence. Ce rôle est d’ailleurs une évolution naturelle des choses, puisque l’Onema, cède toujours plus de missions aux fédérations (pêche d’inventaires, études, etc.). Avoir plus d’un million d’adhérents ne suffit visiblement pas pour parler d’écologie… Consentie comme une mesure de faveur, la FNPF s’est vue accorder une place dans la table ronde consacrée à la biodiversité.

    Philippe Boisson

  • Fish Fight, pétition pour la fin  des rejets de poissons morts en mer

    Fish Fight, pétition pour la fin des rejets de poissons morts en mer

    Près de 50 % des poissons pêchés en mer du Nord sont rejetés par-dessus bords, morts. Et ce par obligation réglementaire européenne. Ce n’est plus un secret pour personne, les océans souffrent actuellement de surpêche. Certains scientifiques pensent même que si rien ne change nous connaîtrons la disparition des espèces commerciales comestibles dès le milieu de ce siècle ! Que des milliers de tonnes de nourriture comestible soient rejetées chaque année à l’eau alors que nos océans sont en pleine crise est révoltant. Il faut se battre pour que ce gâchis prenne fin, pour interdire les rejets en utilisant des méthodes de pêche plus sélectives et plus respectueuses des autres espèces. La réglementation européenne (politique commune de pêche) doit être renégociée prochainement. Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, il faut mobiliser toutes les énergies afin que les intérêts des générations futures soient protégés.

    L’histoire de la campagne Fish Fight

    C’est avant tout celle d’Hugh Fearnley- Whittingstall, journaliste, écrivain et présentateur de la télévision anglaise. Très populaire en Grande-Bretagne, Hugh a obtenu le feu vert de Channel 4 pour diffuser Hugh’s Fish Fight, une émission qui a fait éclater ce scandale. Hugh’s Fish Fight a eu un énorme impact, ce qui a permis de lancer une pétition en ligne appelant à la fin de ces rejets. En quelques jours, des centaines de milliers de personnes ont signé la pétition en ligne et ont participé à l’envoi collectif d’une lettre adressée à la commissaire européenne à la Pêche, Maria Damanaki et aux députés européens. Au cours des mois suivants, la campagne a continué. Les supporters de Fish Fight ont écrit à leurs députés pour les inciter à signer une motion parlementaire pour soutenir la campagne. La motion a été débattue en mai 2011 à la Chambre des communes et a été adoptée. Mais surtout, la campagne a commencé à faire de grosses vagues en Europe. En mars 2011, Maria Damanaki a organisé une « réunion extraordinaire à Bruxelles » et a proposé la mise en place progressive d’une interdiction des rejets. Le Royaume-Uni, le Danemark, la France et l’Allemagne ont rapidement signé une déclaration en ce sens, en s’engageant à une réforme ambitieuse de la Politique commune de la pêche. Ce sont d’excellentes nouvelles, mais rien ne garantit que les choses vont vraiment changer. Aussi, Fish Fight a besoin d’obtenir le soutien d’un maximum de personnes dans toute l’Europe continentale, dans chacun des vingt-sept États membres. Une raison supplémentaire de demander la transformation de cette déclaration en loi européenne est que la France et le Royaume Uni, pourtant prompts à la signer sous la pression publique, sont toujours les plus mauvais élèves européens en matière de rejets…

    Vous pouvez signer la pétition sur le site www.fishfight.fr

  • L’Europe milite pour une croissance et des emplois « bleus »

    L’Europe milite pour une croissance et des emplois « bleus »

    La Commission européenne a proposé fin août
    de créer une carte numérique des fonds marins des eaux européennes d’ici
    à 2020 en rassemblant toutes les données existantes dans une base de
    données unique. L’idée étant de réaliser un état des lieux des ressources et du
    potentiel des océans et des mers qui entourent l’Europe.

    Maria Damanaki, membre de la Commission chargé des affaires
    maritimes et de la pêche, a déclaré: « L’économie européenne peut tirer
    parti d’une approche plus structurée de la connaissance du milieu marin. Cette
    approche peut améliorer la compétitivité des personnes travaillant sur nos mers
    et nos côtes de 300 millions € par an et générer de nouveaux débouchés
    équivalent à 200 millions € par an. Il est plus difficile d’évaluer les
    bénéfices tirés d’une réduction des incertitudes, mais nous estimons qu’une
    réduction de 25 % par an des incertitudes concernant l’élévation future du
    niveau de la mer permettrait aux autorités chargées de la protection des côtes
    européennes d’économiser 100 millions € supplémentaires par an. Une première
    série de projets pilotes a montré que cette approche était réalisable. Nous
    nous appuierons sur les enseignements tirés de ces projets pilotes. »

    Les eaux européennes peuvent selon la Commission « générer des emplois motivants
    et gratifiants qui répondent aux attentes des jeunes, fournir l’énergie propre
    nécessaire afin d’éviter une catastrophe climatique, être la source de protéines
    pour un régime alimentaire sain et permettre d’obtenir des produits
    pharmaceutiques ou des enzymes à partir d’organismes qui vivent dans les
    conditions de température, d’obscurité et de pression les plus extrêmes. De
    plus, l’extraction en haute mer peut répondre à la demande mondiale croissante
    de matières premières. »
    Difficile de
    ne pas être effrayé par une telle initiative lorsqu’on connaît les lobbys en
    place à Bruxelles. Malgré une approche « durable », l’idée de
    réaliser un état des lieux des ressources afin de mieux les exploiter laisse
    songeur. Et il est permis de douter de l’utilisation de ces données, tant la
    possibilité du profit relègue souvent l’impératif écologique au rang du
    discours politique.

  • L’Australie accueillera bientôt la plus grande réserve marine du monde

    L’Australie accueillera bientôt la plus grande réserve marine du monde

    Le 11 juillet, le ministre de l’Environnement australien,
    Tony Burke a annoncé le lancement d’une consultation publique en vue de la
    création d’une réserve sous-marine qui deviendrait la plus grande au monde.

    L’idée est de former un réseau des parcs existants et d’en
    créer un certain nombre de nouveaux. Ce réseau formera le plus grand parc marin
    au monde, soit 3,1 millions de km2. Le nombre de réserves marines en Australie
    passera donc de 27 à 60. Le but est la préservation des nombreuses espèces qui
    peuplent ces eaux (baleines, dauphins, tortues, requins, etc.), ainsi que de
    ses récifs coralliens uniques. Ces écosystèmes sont fragiles et leur
    vulnérabilité a été démontrée par les marées noires et les échouages de bateaux
    survenus ces dernières années.

    Autre danger : le réchauffement climatique entraîne un
    blanchissement des coraux. Espérons que ce réseau exceptionnel de réserves
    marines parviendra à protéger un espace unique et fragile des dangers qui le
    guettent.

    Andoni Landaburu

    Photo : © SP

  • Le cas de la Sarine

    Le cas de la Sarine

    La Sarine, affluent de l’Aar, coule en Suisse dans la région de Fribourg. Historiquement, son régime nivoglaciaire était caractérisé par des débits importants en été, en raison de la fonte des neiges, et un débit faible en hiver lié à l’accumulation des précipitations sous forme de neige en montagne. Ses crues dévastatrices étaient redoutées et son débit d’étiage était soutenu, de l’ordre de 15 à 20 m3/s. La rivière était donc difficilement franchissable, à tel point qu’elle a formé une frontière linguistique bien connue.
    Le peuplement de poissons décrit par les témoignages historiques des pêcheurs était essentiellement salmonicole : saumon, truite et ombre. Toutefois, du printemps au début de l’été, des migrations de reproduction très abondantes de barbeaux et de hotus étaient observées au niveau de Fribourg et sur les principaux affluents.
    De la fin du 19e Siècle jusque dans les années 1970, 6 gros barrages (de 16 à 83 m!) ont été construits pour produire de l’hydroélectricité tout au long de son cours. Son régime hydrologique originel a donc été progressivement modifié : le débit d’étiage a été réduit drastiquement. Pendant de longues années, il était même nul en aval du barrage de Rossens et seuls les affluents assuraient un écoulement minimal en basses eaux… Aujourd’hui, en fonction des secteurs et de la gestion des barrages, un débit minimal variant entre 2.5 et 12 m3/s est observé.
    L’occurrence des crues a été chamboulée. Les crues quinquennales morphogènes ont ainsi été réduites de près de 60% et depuis trente ans aucun de ces épisodes qui façonnent les habitats des cours d’eau n’a pu être observé. Seules deux grosses crues d’occurrence cinquantennale et centennale sont survenues en 2005 et 2007, engendrant au final plus de mal que de bien dans une rivière qui n’avait plus l’habitude de déborder… Les impacts morphologiques de cette artificialisation du régime hydrologique peuvent être mis en évidence à l’aide de photographies aériennes. Le lit d’étiage multiple de la Sarine, originellement en tresse, s’est transformée en chenal unique. L’absence de crue morphogène a profité à la végétation qui a progressivement colonisé et fixé les plages de galets ou de graviers. Additionnée au piégeage du charriage dans les barrages, une nette diminution du transport solide est intervenue et a vraisemblablement provoqué un élargissement du lit mouillé à l’étiage. En d’autres termes, la nature des habitats aquatiques de la Sarine a été totalement transformée. Cet exemple de la Sarine n’est pas unique. De nombreux cours d’eau de notre territoire, ayant subi le même type d’artificialisation de leur régime hydrologique par l’édification de barrages régulateurs de crues. Ce type de rivières ont vu leurs lits et les habitats aquatiques associés largement modifiés par ces aménagements : Aude amont, Durance, Verdon, Dordogne, Truyère, etc.