Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • Manche : Ségolène Royal cède aux pressions des quelques opposants au démantèlement des barrages de la Sélune

    Manche : Ségolène Royal cède aux pressions des quelques opposants au démantèlement des barrages de la Sélune

    La Sélune, petit fleuve côtier de la Manche qui se jette dans la baie du Mont Saint- Michel a vu s’envoler l’espoir de voir disparaître ses deux barrages, lors d’une rencontre entre les élus locaux et Ségolène Royal le 4 décembre 2014 à la Mazure. Le projet d’arasement des barrages de Vezins et de La-Rochequi- Boit ne date pas d’hier, mais le 16 février 2012, une décision ministérielle validait leur futur démantèlement. Le fleuve est remonté par plusieurs espèces de poissons migrateurs dont le saumon Atlantique. Les barrages sont d’une part un frein à la montaison comme à la dévalaison des migrateurs et d’autre part, ne seraient plus rentables pour EDF, avisé du non renouvellement de la concession. L’affaire était donc entendue et depuis ce jour de février 2012, plusieurs projets sont nés pour redonner vie à cette superbe vallée de la Sélune. Les barrages sont incompatibles avec la Directive cadre sur l’Eau, sont des pièges à sédiments et lors de la dernière vidange, ils ont pollué une partie non négligeable de la baie du Mont- Saint-Michel, perturbant fortement l’activité ostréicole (il a fallu indemniser les exploitants). A l’heure où l’on parle de continuité écologique, de biodiversité, de qualité de l’eau et que l’Etat doit faire bonne figure face aux directives européennes sur l’écologie, la ministre de l’écologie Ségolène Royal est venue sur place donner raison aux quelques opposants, largement minoritaires et dont les revendications semblent bien maigres (elles portent essentiellement sur d’éventuels risques d’inondation de quelques hectares de terre). Le coût des travaux est estimé à 53 millions d’euros, soit quelques kilomètres d’autoroute et encore moins de LGV. Et la ministre de dire devant les caméras de France 3 : “on ne met pas 50 millions uniquement pour faire remonter des poissons”. Voici une phrase qui à elle seule résume bien la méconnaissance totale de ce dossier par la ministre. Les remontées de poissons sont la cerise sur le gâteau d’un environnement qui aurait pu retrouver un bon état écologique, coûter moins cher à l’Etat sur le long terme et relancer une activité touristique digne de ce nom dans la vallée. C’est le type même de projet “gagnantgagnant”. D’autant qu’il existe des précédents comme l’ex-barrage de Kernansquillec sur le Léguer ou de Saint- Etienne-du-Vigan sur l’Allier. A cela, la ministre préfère garder les ouvrages en brandissant la “transition énergétique” et estime qu’il est préférable de réfléchir à la solution de passes à poissons performantes. Selon les meilleurs spécialistes des poissons migrateurs, la Sélune a le potentiel pour devenir la meilleure rivière à saumon française, mais à condition d’effacer les barrages. A la Mazure, l’attitude de la ministre a profondément discrédité la parole de l’Etat, sans aucun respect des personnes qui travaillent depuis des années sur ce projet et notamment depuis 2012. De nouvelles études seront donc lancées à la demande de la ministre (productivité des barrages, coût des passes à poissons, etc.). Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, nous avons appris le décès accidentel de Michel Thoury, survenu le 17 février. Cet homme politique de la Manche (ancien vice-président du Conseil Régional de Basse Normandie) avait compris les enjeux autour du démantèlement des barrages. Nous vous incitons à rejoindre les rangs des défenseurs d’une Sélune libre : www.selunelibre.org

  • Nos rivières mises en grave danger par de nouvelles politiques publiques

    Lettre ouverte à M. Le président de la République

    ­Monsieur le Président de la République, nous sommes extrêmement inquiets. Nos rivières de France sont en grave danger.

    Alors que depuis plusieurs dizaines d’années les efforts conjugués des pouvoirs publics et de l’ensemble des usagers et partenaires, notamment associatifs que nous représentons, ont permis une longue et progressive reconquête de ce patrimoine irremplaçable, deux décisions récentes de votre gouvernement viennent de remettre en cause brutalement et de manière unilatérale, cet acquis environnemental essentiel. Par ces deux décisions, le gouvernement met clairement nos rivières en danger, et tourne le dos délibérément aux engagements qu’il a lui même pris vis à vis de l’Union Européenne dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau de 2000 (DCE). Non seulement l’objectif de 2/3 des cours d’eau en « bon état écologique » en 2015 sur lequel nous nous étions engagés vis à vis de l’Europe ne sera pas atteint, mais, qui plus est, ces deux décisions sont de nature à compromettre l’atteinte de nos objectifs pour la prochaine échéance de 2021. Elles menacent significativement et durablement le maintien des acquis environnementaux si difficilement et chèrement obtenus ces dernières années. Elles sont de nature à réduire encore et à accélérer la chute abyssale de la biodiversité de notre territoire, alors même qu’on prétend la freiner, voire l’arrêter grâce, au projet de loi biodiversité en cours d’examen par le parlement. Ces décisions concernent d’une part la promotion et le développement de l’hydroélectricité, et d’autre part l’agriculture dans ses relations avec l’environnement.

    La promotion et le développement de l’hydroélectricité

    Des annonces récentes de la ministre de l’Ecologie, favorables au développement de l’hydroélectricité, sont de nature à susciter le doute sinon la perplexité :

    – suspension inattendue de l’arasement des ouvrages de la Sélune dans la Manche,

    – annonces favorables aux moulins et autres petits ouvrages hydroélectriques lors des débats relatifs à la loi sur la transition énergétique,

    – pour les nouveaux ouvrages, promotion de cette énergie grâce aux appels d’offres par le soutien des finances publiques.

    Les cours d’eau de notre pays sont très fortement aménagés. Plus de cinq cents grands barrages et plus de 70 000 ouvrages barrent et interrompent le cours naturel des fleuves et des rivières. La distance entre ouvrages est en moyenne de 5 km, les cours d’eau s’apparentent à de vastes « escaliers d’eau ». Le potentiel énergétique de nos cours d’eau est exploité à 95%. Le choix politique porte sur la préservation des 5% restants : le gouvernement veut il sacrifier les dernières portions de cours d’eau encore préservées ?

    Le développement de l’hydroélectricité impacte directement les politiques de préservation et de reconquête de la qualité de l’eau et de la biodiversité. Le principe, affirmé haut et fort par certains, qu’on pourrait simultanément avoir des rivières en bon état biologique et physico chimique et les équiper d’ouvrages hydro-électriques est faux, comme ceci a été démontré à maintes reprises par de nombreuses études scientifiques. Tout ouvrage en rivière, par la présence de la retenue d’eau qu’il génère, où se développe l’eutrophisation, est le siège d’altérations biologiques et physico chimiques qui dégradent la qualité de l’eau et du milieu. Ainsi, tout ouvrage, même équipé du meilleur dispositif de franchissement des migrateurs vers l’amont et l’aval, du meilleur système de gestion du débit solide, altère considérablement le milieu aquatique, et menace directement les chances d’atteindre le bon état. La proportion de ces dispositifs non entretenus et qui se bouchent très rapidement, devenant ainsi immédiatement non fonctionnels, est considérable sur le terrain. Les obligations de suivi et d’entretien sont rarement respectées par des propriétaires résidant souvent loin des ouvrages. La police de l’eau est bien souvent inopérante. Des portions entières de rivières indispensables à la reproduction des espèces, peuvent être ainsi rendues inaccessibles à des périodes pourtant vitales par un seul ouvrage mal entretenu. Les effets cumulatifs des successions d’ouvrages qui s’étagent sur les mêmes cours d’eau et au sein des mêmes bassins versants, multiplient, par un phénomène de potentialisation additive, les altérations profondes et durables des milieux aquatiques, tant sur le plan biologique que physico chimique. Ces réalités techniques font que le développement de l’hydroélectricité, induit notamment par l’appel d’offres gouvernemental, aura des effets délétères sur l’atteinte du « bon état » des cours d’eau sur lequel la France, à l’instar des autres pays européens, s’est engagée au titre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE). Notre engagement d’atteindre les 2/3 de nos masses d’eau superficielles en « bon état écologique » d’ici à 2015 ne sera pas tenu, et de loin. La prochaine échéance est 2021. Nous devons donc tout faire pour progresser significativement dans ce domaine. Or, les causes principales de cet échec sont connues : les pollutions diffuses agricoles contre lesquelles nous agissons bien peu et les modifications morphologiques des cours d’eau, lourd héritage des pratiques passées. Ainsi, les paramètres qui déclassent les cours d’eau sont directement sous la dépendance de la qualité morphologique des rivières et notamment de leur libre écoulement. Empêcher celui ci, ou le ralentir, c’est accroitre les phénomènes d’altération qui empêchent l’atteinte du « bon état écologique ». Construire de nouveaux ouvrages ne peut que renforcer ces phénomènes de dégradation.

    En un mot, ce qui déclasse nos rivières ce sont les altérations que précisément l’appel d’offres a pour effet de renforcer. Par ailleurs, si la grande hydraulique a le mérite de contribuer significativement à la production hydroélectrique, les microcentrales, voire maintenant les pico centrales (quelques dizaines de kWh) produisent des quantités infimes d’électricité, mais des dégâts écologiques significatifs. Elles n’apportent en rien la moindre contribution intéressante au développement d’une production électrique durable. L’hydroélectricité est certes une énergie renouvelable, mais en aucun cas une énergie durable (absence de volet social, conséquences écologiques néfastes). Pire, elles sont établies sur des petits cours d’eau qui sont bien souvent des zones vitales pour la biodiversité, pour les poissons et la vie aquatique en général : ruisseaux pépinières, zones de frayères, petits chevelus de l’amont. Les cycles vitaux des poissons migrateurs sont interrompus alors même que ces espèces sont vulnérables (saumon atlantique), parfois même en danger critique d’extinction (anguille européenne). Il ne s’agit en définitive que d’une destruction intolérable du bien commun que représentent les rivières, leur biodiversité, les services écosystémiques qu’elles offrent, la beauté de leurs paysages, le bien être qu’elles procurent aux populations, au service de l’intérêt de quelques uns. Alors même que, depuis quelques années, des politiques efficaces de mise aux normes d’ouvrages existants et d’effacement de seuils et de barrages inutiles ou obsolètes (soit environ 90% des barrages et seuils existants) commençaient à porter leurs fruits (amélioration de la qualité de l’eau, remise en mouvement du transit sédimentaire, reconquête des rivières pour les poissons migrateurs, amélioration significative des écosystèmes), relancer une politique de développement de l’hydroélectricité et, singulièrement, de la micro hydroélectricité, apparait comme une immense régression conduisant à faire disparaître ce qu’il reste de notre patrimoine de rivières vivantes.

    Aussi :

    Nous demandons l’arrêt immédiat de l’appel d’offres sur le développement de l’hydroélectricité, énergie renouvelable mais non soutenable au sens du « développement durable ». Nous sommes favorables au développement des énergies renouvelables mais pas au prix de l’altération des derniers tronçons de rivières et de la destruction de leurs fonctionnalités écologiques pour un gain énergétique dérisoire. Cette énergie, qui a atteint depuis longtemps sa maturité technique, qui est déjà indirectement, et fortement aidée au travers de tarifs de rachat très profitables financés par la contribution obligatoire de chaque abonné, n’a pas à être développée, mais elle doit être au contraire maitrisée et strictement mise aux normes environnementales afin de respecter les cours d’eau non encore aménagés qui nous fournissent des services inestimables, significativement d’un service collectif d’intérêt général significativement supérieurs à leur intérêt énergétique. Nous demandons qu’aucun nouvel équipement hydroélectrique quelle qu’en soit la taille, ne soit autorisé. Que seule soit admise une optimisation énergétique du parc existant sous réserve de son amélioration écologique la plus aboutie. Nous demandons l’application stricte des dispositions du Code de l’environnement concernant la continuité écologique qui doit être impérativement protégée et renforcée. Notamment, sur les rivières classées en liste 1 au sens de l’article L.214 17 du code de l’environnement, où tout nouvel ouvrage est interdit, les renouvellements de titres (autorisations et concessions) doivent par principe être rejetés. Par exception, on pourra admettre le renouvellement des titres pour des ouvrages particulièrement structurants dont le maintien correspondrait à la fourniture marqué. Sur les rivières en liste 2, les très nombreux ouvrages obsolètes, inutiles ou orphelins, doivent être effacés, les ouvrages présentant un usage avéré devant être soigneusement mis aux normes, et parfaitement entretenus dans les délais prévus par les textes. Lors du renouvellement de ces listes, elles devront naturellement être reconduites voire accrues, et en aucun cas revues à la baisse. Nous demandons que les pouvoirs publics mettent en œuvre l’ensemble des moyens possibles, juridiques, financiers, administratifs et en personnel pour atteindre nos objectifs DCE, notamment dans les administrations concernées, les agences de l’eau et l’ONEMA, et renoncent impérativement à toutes les politiques contraires, de nature à nous empêcher de les atteindre, notamment dans le domaine de la biodiversité aquatique. L’appel d’offres hydroélectricité fait partie de ces politiques contraires à cet objectif fondamental qui nous oblige vis à vis de l’Europe, et c’est pourquoi il faut y renoncer.

    La communication en Conseil des Ministres du 18 février 2015 concernant l’agriculture et notamment ses relations avec l’environnement. Cette communication, constitue un recul extrêmement préoccupant, notamment pour l’eau et les rivières. Les mesures annoncées participent d’une véritable volonté de :

    –  déréglementation par accroissement des seuils pour les ICPE agricoles sou- mises à autorisation,

    –  développement des retenues d’eau artificielles pour l’irrigation,

    –  réduction du périmètre des cours d’eau par une cartographie départementale partisane,

    –  réduction de la pression du contrôle.

    Comme il a été rappelé depuis la création du régime Enregistrement : L’introduction de ce régime pour les élevages industriels, et dernièrement pour les élevages de volailles, concerne directement la qualité de l’eau des fleuves et des rivières. Ce régime détend un peu plus le lien entre agriculture et territoire : l’absence d’étude d’impact ne permet pas d’intégrer l’installation dans son environnement ; et en l’absence d’enquête publique, les riverains subissent l’installation de telles fermes en contradiction avec les principes de l’agro écologie pourtant portés par votre gouvernement. Le développement des retenues d’eau pour l’irrigation crée d’importants dégâts environnementaux sur la qualité de l’eau, de la ressource en général, et notamment des rivières. L’élaboration d’une carte départementale des cours d’eau est problématique, et potentiellement dangereuse. Les cours d’eau sont une réalité factuelle non négociable, mais constatable in situ, et évolutive sur le terrain. Aucune cartographie complète de ceux ci n’existe actuellement, les cartes IGN ne sont qu’un minimum de l’existant. Cette carte risque de n’être ni objective, ni exhaustive, et dès lors qu’il y aura une carte, tout le monde considèrera que tout ruisseau, rivière, canal, non répertorié ne sera pas un cours d’eau, et échappera du coup aux prescriptions de la police de l’eau. C’est évidemment la porte ouverte à la pollution, la rectification, la suppression des bandes enherbées, bref le massacre de ce patrimoine inestimable que sont les petits cours d’eau. Cela signifiera une nouvelle vague de destruction de chevelus, ruisseaux pépinières en tête de bassin, qu’il faut au contraire impérativement protéger.

    Enfin, l’allègement de la pression de contrôle sur le terrain est extrêmement choquant, alors même que les atteintes à l’environnement ne cessent de s’accroître dans le monde rural. Les agents de l’ONEMA, des DDT, des DDPP et de l’ONCFS, sont les « gendarmes » des milieux naturels. Il faut les encourager, et non les décourager à pour- suivre leurs missions indispensables de contrôle et de surveillance, voire de répression quand cela est nécessaire. On ne voit d’ailleurs pas au nom de quoi les infractions aux lois et règlements commis par les agriculteurs seraient moins graves, ou moins « illégales » que celles commises par d’autres citoyens, et c’est envoyer un signal extrêmement négatif (et incitatif aux comportements délictueux) que d’an- noncer un « allègement » des contrôles. Nous regrettons que le gouvernement, par sa communication en Conseil

    des Ministres du 18 février 2015, renforce l’idée selon laquelle il n’existe qu’une seule logique agricole, productiviste, incompatible avec la préservation de l’environnement et des biens communs que sont l’eau, les écosystèmes et la biodiversité. Nous réaffirmons donc notre souhait que le gouvernement renonce aux dispositions prévues au chapitre 31 de la communication en Conseil des Ministres du 18 février 2015. Celles ci sont extrêmement nocives à l’environnement et en particulier à l’eau et aux rivières.

    Nous demandons en conséquence de :

    – maintenir les seuils des ICPE

    et non de les augmenter afin de continuer à maîtriser et réduire les pollutions des rivières,

    – nous tourner vers une agriculture économe en eau, au lieu de développer des réserves d’eau pour l’irrigation qui ne feront qu’accentuer la pression sur la ressource,

    – ne pas établir de cartographie des rivières, pour ne pas encourager l’affaiblissement de la protection de l’eau, des écosystèmes et la prévention des inondations,

    – réserver les financements publics, en particulier les subventions des Agences de l’Eau, aux seuls projets participant directement de la protection de la ressource en eau et des milieux aquatiques,

    – renforcer la police de l’eau et accroître les contrôles pour lutter contre les atteintes environnementales qui se développent.

    La France compte 500 000 km de rivières qui constituent un patrimoine naturel exceptionnel qui rend d’inestimables services environnementaux (et donc sanitaires), sociaux et économiques. C’est un capital vital pour la qualité de vie de nos concitoyens, source d’aménités nombreuses et de ressourcement, et la beauté de ce patrimoine exceptionnel participe grandement à l’attractivité de notre pays, la France. Il ne faut pas le sacrifier pour quelques mégawatts d’énergie électrique en plus, ou pour satisfaire au paradigme dépassé d’une agriculture productiviste. Il y a aussi une économie autour de la conservation de ce patrimoine naturel largement aussi beau et cher au coeur des français que notre patrimoine culturel. Il faut impérativement préserver et améliorer ce patrimoine extraordinaire, fragile et irremplaçable qui est notre bien commun, et renoncer à tout ce qui pourrait l’altérer ou le détruire.

    Veuillez accepter, Monsieur Le Président de la République, l’expression de notre plus haute considération.

    Claude Roustan

    Président de la fédération nationale pour la pêche en France

    Denez L’Hostis

    Président de France Nature Environnement

    Destinataires associés :

    Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Monsieur le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

     

  • EDITO Royal barrage

    EDITO Royal barrage

    Crédit photos : FNPF

    J’ai une révélation à faire à toutes celles et ceux – et ils sont nombreux – qui se demandent de quoi Madame Royal est la ministre.

    Notamment à ceux qui hésitent entre les portefeuilles de l’équipement, de l’énergie ou de l’agriculture. Trois domaines dans lesquels elle vient de prouver une détermination impressionnante à sauver les vieux barrages en péril, à caresser les agriculteurs dans le sens du poil (de cochon) et à permettre à n’importe quel hydraulicien de garage de jouer avec le moindre petit ruisseau pour l’empêcher de devenir une belle et grande rivière.

    Et bien, Madame Royal est ministre de l’environnement. La pire ministre de l’environnement qu’on ait jamais eu dans ce pays, dont la gestion consternante risque d’achever les dernières rivières sauvages que quelques rares textes, pourtant peu audacieux, protégeaient encore de la rapacité des trafiquants de kilowatt/ heures et des irrigateurs stakhanovistes.

    Nous publions ici la lettre ouverte que viennent d’adresser au président de la République, Claude Roustan le président de la Fédération nationale pour la pêche en France et Denez l’Hostis, le président de France Nature Environnement.

    Nous sommes, dans ces colonnes, assez souvent critiques envers le premier nommé, pour ne pas saluer son initiative et dire à nos lecteurs que nous la soutenons sans réserve. Aidons-le à faire barrage à Madame Royal.

    LIRE LA LETTRE OUVERTE rédigée par Claude Roustan le président de la Fédération nationale pour la pêche en France

     

    Vous venez de lire l’édito du magazine Pêches Sportives n°104 du mois de juillet :

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  • 15 milliards : la facture des agences de l’eau

    15 milliards : la facture des agences de l’eau

    Dans son rapport annuel rendu public le mercredi 11 janvier 2014, la Cour des comptes met sous les feux de la rampe le fonctionnement scandaleux des six agences de l’eau des différents bassins hydrographiques du territoire national.

    Ces établissements sont chargés de collecter, puis de redistribuer la redevance sur l’eau. Une bonne part de cette manne (13,6 milliards pour la période 2007-2012) concerne l’assainissement alors qu’une part minime va à la restauration et à l’entretien des cours d’eau et des milieux humides. Au passage, le rapport indique que les agences ont claqué quelques 14,9 milliards, soit un tantinet plus que prévu… « Conflits d’intérêts, manque de représentativité, manque de transparence, absence de contrôle », telles sont quelques unes des formules employées par les magistrats de la Cour des Comptes pour qualifier la politique de l’eau conduite en France par l’établissement public chargé de sa gestion. Dès 2010, la Cour européenne avait déjà pointé le manque d’efficacité de l’Agence de l’Eau, son laxisme dans la lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricoles ainsi que son absence de politique volontariste en faveur de la restauration hydromorphologique des cours d’eau. Le 4 septembre 2014, la Cours de justice européenne a condamné la France pour manquement à la directive de 1991 sur la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole.

    Le principe pollueur/payé

    Les juges notent que ce fameux principe pollueur/ payeur, issu du Grenelle 1 de l’environnement est bafoué chaque année un peu plus car “ceux dont l’activité est à l’origine des pollutions graves ne sont pas sanctionnés en proportion des dégâts qu’ils provoquent”. Ce serait donc plutôt un principe de pollueur/ payé, qui lui est en place depuis trop longtemps. Le rapport met clairement en évidence un immense déséquilibre puisque les ménages acquittent 87 % du montant total de la redevance, contre 7% pour les industries (passée de 15 à 7%…) et seulement 6 % pour le monde agricole. Il ressort de l’expertise des juges de la Cour que les agences subissent les pressions des lobbies agricoles et industriels. Ainsi, notent-ils, le bassin rhodanien, champion de l’irrigation avec celui d’Adour/ Garonne ne paie que 3 % des redevances alors qu’il capte 70 % des eaux de surface ! L’Agence de Seine/Normandie avait quant à elle décidée de faire payer aux ménages 92 % de la redevance. La ministre de l’environnement a dû intervenir pour les inciter à larguer quelques points. Dans ces « parlements de l’eau » que sont censés être les comités de bassin, l’Etat est représenté à hauteur de 20%, les usagers domestiques et professionnels à 40% et les collectivités locales à 40% également. L’Etat étant minoritaire, il en résulte que les programmes d’intervention des Agences peuvent être découplés des objectifs de la politique nationale de l’eau. Le collège des usagers est trusté par les usagers professionnels (agricoles et industriels). Dans les régions où ces activités prédominent, leurs représentants sont toujours majoritaires. Les conditions sont ainsi réunies pour orienter la politique nationale de l’eau à l’avantage des intérêts particuliers des catégories d’usagers citées précédemment. Les magistrats soulignent que le syndicat agricole majoritaire (FNSEA) bénéficie « d’un quasi-monopole de représentation ». Plus on avance dans ce rapport, plus il y a de quoi tomber à la renverse. Surtout quand on apprend que l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ne demande que 0,6% de la redevance aux éleveurs ! Cela n’a pas échappé aux magistrats qui précisent que “cela n’a rapporté que 3millions d’euros alors que le seul nettoyage des plages du littoral est estimé au minimum à 30 millions”. Dans le grand ouest, cette contribution a chuté de 58 % en quelques années et même de 84 % dans le bassin rhodanien! Il n’a pas échappé à la Cour que ce sont les chambres d’agriculture qui siègent aux comités de bassin, et que la FNSEA y est chez elle. Les conflits d’intérêts sont donc légions et seraient à l’origine d’un certain nombre d’infractions.

    Depuis la publication de ce rapport, Ségolène Royal demande plus de transparence et a fait savoir qu’elle demanderait à l’avenir la publication des aides attribuées, ainsi qu’un décret mettant en place, a-t-elle précisé, “de nouvelles règles avant l’été” afin de prévenir les conflits d’intérêt. Autre gros sujet de dysfonctionnement selon les magistrats, le Suivi Régulier de Rejets (ou SRR) que les sites industriels ont obligation de mettre en place depuis 2008. Dans certains bassins, prés de la moitié des sites pollueurs ne font aucun suivi de rejets… et aucune mesure n’est prévue pour les sanctionner ! Les magistrats proposent que ces agissements soient assimilés à un défaut de déclaration et que l’on majore de 40% la redevance de ces sites contrevenants. Malgré ces constats accablants mais totalement en phase avec les réalités de terrain et l’état de délabrement écologique de nos cours d’eaux, il ne faudrait pas passer sous silence quelques actions efficaces accomplies par les Agences de l’eau durant leur 9ème programme (2007- 2012) en termes de soutien à l’équipement des stations d’épuration dont les faibles performances étaient dans le collimateur de la Cour européenne depuis longtemps. La situation s’est significativement améliorée même si beaucoup reste à faire en ce qui concerne l’assainissement des petites communes. Le 10 ème programme (2012 -2018) est tourné vers l’atteinte du bon état des eaux. Bon état chimique et écologique pour les eaux de surface, bon état chimique et quantitatif pour les eaux souterraines. Dans ce dernier programme, les magistrats déplorent que la priorité soit encore et toujours donnée à l’assainissement au détriment d’une « réorientation vers le grand cycle de l’eau » Une fois de plus, les milieux aquatiques et le développement durable restent les parents pauvres de la politique de l’eau française. Dépolluer, c’est bien mais ne pas polluer et ne pas gaspiller ce serait quand même mieux… Enfin vous noterez qu’il faut un rapport de la Cour des comptes, pour que soient montrés du doigt quelquesuns des plus grands crimes écologiques de notre époque. On parle donc de problèmes environnementaux parce qu’il coûte très cher de ne pas les respecter ! Voici donc ce qu’il reste de la défense de la ressource en eau en France. Ce qui veut dire que si des efforts sont faits, se sera bien évidemment par peur du gendarme et non par bonne conscience. Nos amis les “jardiniers de la nature” nous empoisonnent, mais en plus, ils nous ruinent…

    Les perles

    Le rapport prend quelques exemples concrets de subventions effarantes. Ainsi, L’Agence Seine-Normandie a accordé un prêt de 13,5 M d’euros à… Eurodisney afin de réaliser une station d’épuration jugée par cette même Agence comme « nonprioritaire » ! Les Magistrats notent que ce type d’aide a pour effet de « déresponsabiliser ses bénéficiaires », l’Agence se permettant au passage de déroger à ses propres règles de plafond ou d’éligibilité !

    Le cas de l’usine Altéo de Gardanne qui rejette des boues rouges toxiques en méditerranée, au large de Cassis a également retenu l’attention des magistrats… Et pour cause, la redevance pour « toxicité aigüe » de cette usine a baissé de 13 à 2,5 M d’euros pour la seule année 2014 ! La cause ? Des efforts pour respecter l’environnement ? Non, juste la création d’une catégorie spécifique par un amendement parlementaire (« toxicité aigüe rejeté en mer au-delà de 5 km du littoral et à plus de 250 mètres de profondeur ») dont cette usine est désormais la seule à bénéficier en France !

    Les Agences de l’Eau n’échappent pas au chant des sirènes de la communication. Ainsi les Magistrats de la Cours des Comptes épinglent l’organisation « d’événements dispendieux » comme le Sixième forum de l’eau organisé à Marseille. (Avec un budget de 2 M d’euros, on peut effectivement faire un joli forum!). Elle pointe également ce même travers en d’autres lieux et à une autre échelle, comme ce fut le cas avec l’Agence Seine Normandie pour la distribution d’une modeste plaquette d’information : pour la seule joie de la voir distribuée par Véolia, La Saur et Suez Environnement, il en a coûté plus de 160 000 euros à cette agence ! Les Magistrats résument leur jugement par un laconique : « la Cour n’est pas convaincue de la pertinence de ces actions. » On appréciera l’euphémisme…

     

  • Poissons des villes, poissons des champs

    Poissons des villes, poissons des champs

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales…

    Le constat est général. Les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. La nouvelle a de quoi surprendre, non ? Une ville est aux antipodes du bon état écologique. Les rives sont en pierres, voire en béton, l’état morphologique des cours d’eau est déplorable, avec de l’incision, de l’érosion et tout ce qu’il faut pour faire (en théorie) une rivière sans poissons. Alors pourquoi les villes plaisent tant aux hôtes à nageoires ? Il convient tout d’abord de différencier les salmonidés des carnassiers. Dans le premier cas, le paradoxe est encore plus marqué. La truite sauvage se plaît en ville (souvent des bourgs en fait). De Saint-Jean-Pied-de- Port à Champagnole, de Lisieux à L’Isle-sur-la-Sorgue en passant par Mende ou Saint-Gaudens, la truite aime les fondations de l’habitat humain. Les raisons de ce paradoxe sont multiples et parfois L’écho du radier Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales… Par Philippe Boisson Poissons des villes, poissons des champs 15 trompeuses. Il existe en ville plusieurs paramètres qui plaisent beaucoup aux truites sauvages au premier rang desquels se trouve l’habitat, qui en ville est omniprésent. On sait que, pour vivre, une truite a besoin d’un habitat, d’une “cache”, d’oxygène, d’eau froide et de nourriture (résumé très schématique). Si la température de l’eau est convenable et l’oxygène dissout suffisant (deux facteurs sur lesquels la ville n’a pas d’impact) le reste se trouve facilement en milieu urbain. L’habitat, qui parfois fait défaut hors des agglomérations est partout, sous les fondations des maisons, sous les quais, les piles de ponts, etc. La nourriture donnée aux canards par les passants crée toujours une réaction en chaine qui attire les vairons et certains insectes. Les truites sauvages modifient souvent leur régime alimentaire lorsqu’elles sont confrontées à un environnement artificiel et peuvent très bien manger du pain ! J’ai même connu des truites de la Loue à Ornans qui s’étaient focalisées sur les pâtes jetées à l’eau régulièrement par le cuistot d’une pizzeria ! Il faut savoir qu’à Ornans, les maisons qui bordent la Loue (sur cinq rangées de maisons et sur les deux rives, ne sont toujours pas reliées à la STEP !). Il était très difficile de leur faire prendre une nymphe car cela ne les intéressait pas du tout ! Dans cette même ville, il était fréquent d’observer les ombres se nourrir de papier toilette blanc, vert ou rose… On pourra toujours dire que ce n’est pas ça qui a décimé les poissons de la Loue, mais ça n’a pas aidé. L’éclairage public joue également un rôle. Il concentre les insectes durant la nuit, qui s’accumulent autour des ampoules, se brûlent les ailes et finissent souvent à l’eau, parfois par grappes de plusieurs centaines d’individus. Dans toutes les rivières incisées, dont l’habitat à disparu, dont le fond n’offre plus aucune variété, les villages et les bourgs sont devenus l’ultime refuge, mais les poissons doivent en quelque sorte choisir entre la peste et le cholera. A ces facteurs artificiels s’ajoute certaines apparences trompeuses. En ville, les truites se sont habituées à la présence humaine et ne s’enfuient plus (sauf devant des gens habillés en kaki !). Le nombre de truites hors de leurs caches est souvent supérieur à celui observé sur une même rivière hors agglomération, mais cela ne veut pas dire que la quantité de truites est supérieure en ville. De même, les pêcheurs réussissent souvent mieux en ville. Plus de poissons actifs, souvent focalisés sur une nourriture bien définie et pas toujours “normale” font qu’on a l’impression que “ça mord” mieux et plus en ville qu’en dehors. Le cas de la Saône En ce qui concerne les carnassiers, la ville (cette fois, de vraies grandes villes) est surtout favorable aux espèces qui peuvent se reproduire sans herbiers et avec des exigences biologiques faibles. C’est le cas des percidés. Le sandre et la perche trouvent en ville des postes de choix, des pierres, des tombants, des structures artificielles qui leur conviennent. Et cela est d’autant plus vrai lorsque que le cours d’eau en question n’est pas spécialement minéral hors agglo. C’est le cas de la Saône où l’on trouve beaucoup plus de diversité morphologique en ville. La Saône présente un lit composé d’alluvions de petites tailles, avec très peu d’éléments minéraux de grande taille. Le fond de la rivière a été très perturbé par l’extraction de granulats directement dans le cours d’eau ou dans des ballastières en communication. Quelques décennies plus tard, les éléments minéraux font tous la même taille (du gravier de un à quatre centimètres de diamètre). L’habitat des poissons se concentre alors sur les bordures, dans la végétation (herbiers, racines, bois morts, différences de niveaux comme le tombant d’une berge), mais VNF traque la moindre branche tombée dans l’eau, sous prétexte qu’elle présente un danger pour la navigation. C’est pourquoi la pêche est si difficile sur la Saône et cela explique le succès de postes comme les piles de ponts où un pauvre tas de cailloux issus d’un ancien mur effondré dans des villes comme Châlon-sur-Saône ou Macon. Mais là aussi, il faut faire la part des choses et comparer ce qui peut l’être. Il est évident qu’un pêcheur réussira plus facilement à prendre un sandre en ville, sur un poste évident et connu de tous, plutôt que sur cinq kilomètres d’un profil qui semble identique.

     

  • L’Agence de l’eau veut nous faire tomber dans le panneau !

    L’Agence de l’eau veut nous faire tomber dans le panneau !

    Contrairement à la publicité mensongère, la communication n’est pas un délit. Et la “com”, c’est l’art de nous faire prendre des lanternes pour des saumons, ou de l’eau claire pour de l’Evian. Ainsi, dès 2015, des panneaux indiquant le bon état des rivières trôneront le long des routes. Selon l’Agence de l’eau Rhône- Méditerranée-Corse (RMC), 50 % des rivières seraient en bon état. Avec un tel résultat, ça va tout de même faire beaucoup de panneaux…

    C’est quoi une rivière en bon état ?

    L’Agence de l’eau RMC se félicite du recul de la pollution dans les rivières de ce grand bassin qui couvre pas loin d’un quart de la France. Le bon état visé est celui défini par la directive cadre européenne sur l’eau (qui date de 2000) et qui oblige les états membres de l’EU à atteindre un “bon état écologique” pour 2015, sous peine de lourdes sanctions financières. En lisant la charte du label de l’agence, on apprend qu’il aurait été repoussé en 2017. On apprend aussi beaucoup de choses dans le communiqué de presse associé à la création du label : “Tendance : les poissons reviennent dans l’axe rhodanien. 2013, année pluvieuse, a joué en faveur des poissons en diluant les pollutions et en rafraîchissant l’eau. Depuis quelques années, les poissons reviennent dans l’axe rhodanien, à commencer par les poissons migrateurs : en 3 ans, les jeunes anguilles (civelles) ont été multipliées par 6 dans l’étang du Vaccares en Camargue ; une centaine d’aloses ont été vues dans le Gardon (premier affluent aval du Rhône) et ce pour la première fois depuis la pose de 4 passes à poissons en 2012. Plus au nord, à Lyon, 17 espèces de poissons ont à nouveau franchi le Rhône grâce à une rivière artificielle créée en 2013 pour contourner le barrage de Jons. Partout la baisse des pollutions profite aux poissons. ”

    Voilà donc à quoi se résume la qualité de l’eau ? A faire la danse de la pluie en espérant qu’elle cache la misère en la diluant ? Il fallait y penser ! Et s’il ne pleut pas en 2015, faudra- t-il enlever les panneaux temporairement ? Ce genre de label fleure bon l’amateurisme le plus total. En Franche-Comté (qui fait partie du bassin RMC), l’histoire nous démontre le contraire. Les années pluvieuses sont pires que les sèches. Le clash du Dessoubre, du Cusancin et du Doubs durant l’hiver 2013/2014 en est l’exempletype (la Loue est tellement mal en point qu’on finit par oublier que le peu de poissons qui reste continue de mourir). Pas d’eutrophisation, des rivières en crue durant des mois, de l’eau froide et au final, une hécatombe sans précédent sur le Dessoubre et le Cusancin, et à nouveau de gros dégâts dans les populations d’ombres sur le Doubs… Bien des scientifiques sérieux pensent que la pluie augmente par ravinement les polluants dans les cours d’eau, surtout sur le long terme. Quant aux poissons à qui l’on donne à nouveau le droit de migrer, il doit s’agir d’une erreur ! Un barrage peut être considéré comme un facteur aggravant la pollution. Mais le fait qu’il ne soit pas équipé de passe à poissons n’est pas une pollution, mais juste un “oubli“. Il est donc bien normal que les espèces migratrices franchissent les obstacles lorsque ceux-ci sont enfin équipés de dispositifs. Dans la moyenne européenne Voilà le fin mot de l’histoire : être dans la moyenne européenne. C’est sur ce principe fort contestable de “moyenne” que l’Education nationale produit par milliers des illettrés bacheliers… Dans son argumentaire, l’Agence de l’eau fournit elle-même les éléments qui mettent en évidence une jolie mascarade : “Bilan, tout juste 50% des rivières enfin en bon  état : l’agence de l’eau lance un label « rivière en bon état » 50% des rivières sont en bon ou très bon état. La Corse et les Alpes s’arrogent le plus grand nombre de rivières en bon état de France, tandis que les zones les plus dégradées sont le bassin versant de la Saône, la moyenne et basse vallée du Rhône, le Languedoc et le Roussillon. La France se situe dans la moyenne européenne. En 4 ans, on constate une progression, avec 16% de gain de classe de qualité par les rivières. Ce gain est le fait surtout des rivières les plus abimées qui sortent de leur mauvais état. Au total, c’est l’état moyen, juste en dessous du bon état, qui connait la plus forte progression (+ 6%). ” Pas un mot sur les rivières de Franche-Comté. Comme c’est bizarre… Il va de soi qu’il ne vaut mieux pas que ces panneaux soient installés dans cette région, car leur espérance de vie risque d’être courte… Pour le reste, le label indique donc qu’une rivière qui contient plusieurs centaines de molécules chimiques d’origine humaine (ces données sont consultables… sur le site de l’agence), ce qui est le cas de toutes les rivières, hormis peut-être celles qui coulent en haute montagne, est en bon état. De même qu’une rivière qui a vu ses quantités d’invertébrés divisées par plusieurs milliers et ses poissons de moitié (cas de toutes les rivières de notre beau pays sur plus d’un siècle) est également en bon état. Ces panneaux sont les mêmes que ceux qui signalent des saumons sauvages en Auvergne ou des ours dans les Pyrénées, dans la moyenne nationale des incompétences, du manque de sérieux et de l’irresponsabilité. Ils sont simplement représentatifs du monde plein de contradictions dans lequel nous vivons.

  • La moquette anti-cormorans

    La moquette anti-cormorans

    C’est une arme de défense passive que nous proposons ici ; une sorte de tapis fait de treillis en ferraille posé sur des fers à béton qui sert de refuge aux poissons fourrage contre les cormorans.

    En même temps que les feuilles mortes, la CSG et les premières gelées, les hordes de phalacrocoraxvont bientôt rappliquer. Seigneur des airs et des ondes pour les uns, ignoble pique assiette pour les autres, le grand cormoran ne mange que du poisson et en quantités suffisantes pour vider rivières, lacs et étangs. L’explosion des populations de ce pêcheur d’exception (il peut rester plus de deux minutes en apnée par 40 m de fond) date de l’interdiction, sous la pression des écologistes danois du ramassage des oeufs à l’époque de la ponte, tradition ancestrale qui régulait efficacement les effectifs de ce redoutable prédateur maritime et fluvial. Trente années plus tard, le grand cormoran a conquis le statut peu enviable d’ennemi public n°1 des pisciculteurs et des pêcheurs. Les autorités – à la suite d’intenses débats européens et de polémiques parfois violentes entre défenseurs des oiseaux et amis des poissons – ont fini par accorder une trentaine de milliers d’autorisations de tirs par an qui ne parviennent d’ailleurs pas à limiter la croissance démographique de ce “corbeau des mers”.

    Tous les tireurs le savent : le cormoran est malin. Il voit venir les chasseurs et sait anticiper. Ainsi, pas mal de quotas de tirs ne sont pas remplis pour cause d’inefficacité des tireurs. Les méthodes d’effarouchement par rayon laser (sur les nids) ou par ultra sons imitant le langage des orques, un des seuls vrais prédateurs de phalacaocorax, sont chères et compliquées à mettre en oeuvre. Enfin l’immersion de filets pièges est sans doute efficacemais outre qu’elle peut aussi piéger les poissons, elle relève sans contestation possible d’une méthode illicite. Le principe de la moquette anti cormorans est lui, incontestable en ce qu’il repose sur un principe de défense passive. On n’y veut aucun mal aux oiseaux. On se contente de donner un abri aux poissons. Abri à l’intérieur duquel ils pourront trouver refuge et circuler librement hors de portée du grand prédateur.

    De quoi s’agit-il ? Il s’agit de fixer sur des fers à bétons plantés dans le fond de l’étang un treillis métallique de plusieurs dizaines de m2. Le treillisdu modèle de ceux que l’on utilise pour les dalles dans le bâtiment est composé de mailles de 15 cm. Il est posé à une hauteur de 50 à 60 cm et bordé sur ses cotés par de la clôture à chèvres aux mailles …

  • Le sombre avenir du gave de Pau

    Le sombre avenir du gave de Pau

    Plus d’un an après les deux crues dévastatrices qu’a subi le gave de Pau, l’heure est aux pansements. Sur un modèle qui a fait deux morts, qui a coûté une fortune aux contribuables et jeté des centaines de riverains dans le désarroi.

    En octobre 2012 et en juin 2013, le gave de Pau dépassait les quatre mètres à Lourdes, inondant les rues, les maisons, emportant les voitures et faisait deux morts. L’entrée de la Grotte de Massabielle, où la Vierge serait apparue à Bernadette Soubirous, baigne dans 1,5m d’eau noire (soit environ 760 m3/s) et le mobilier de la basilique souterraine Saint- Pie-X (construite en 1958) flotte comme des coquilles de noix au milieu de l’océan. En aval, les eaux gonflent encore, des routes sont emportées, des ponts, c’est le chaos. Depuis 1937, le torrent (gave en béarnais) n’avait jamais plus connu un désastre semblable. Les fortes pluies tombées sur un enneigement également hors du commun en montagne sont à l’origine de cette crue que l’on annonce comme étant historique. Au passage, plusieurs piscicultures ont implosé
    sous l’effet du maëlstrom rendant au fleuve plusieurs centaines de milliers de truites d’élevage. De quoi vendre des permis dans le 65… Pour les mêmes raisons et à la même date, la Garonne a subi elle aussi une crue d’une grande violence, ainsi que ses principaux affluents. Plus d’un an après ce drame, les dégâts sont considérables pour la rivière elle même qui, en plaine, essaie de se frayer un nouveau lit.

    La Direction départementale des territoires (DDT) se charge de refaire les routes, de recréer des berges (en béton) pour tenter à nouveau de dompter la rivière. Car quoi qu’on en dise, le problème est là. Au cours de sa très longue vie, le gave, comme toutes les rivières de montagne a connu d’autres crues  importantes, mais entre temps l’Homme a toujours tenté de domestiquer la vallée, de corseter le fleuve “en mode chasse d’eau”, pour qu’il reste sagement à sa place (dès l’aval de Gavarnie !). C’est le cas dans les villes, le long des routes, dans les gorges et bien évidemment, quand l’eau ne peut plus partir sur les côtés, elle monte. C’est imparable. L’atteinte physique Moins une rivière a la possibilité de s’étendre (dans ce
    qu’on appelle son lit majeur), plus l’énergie est forte sur le fond (le lit mineur). Dans le cas de crues comme celle du gave, le substrat (sable, granulats divers, galets, rochers) qui abrite les insectes, les oeufs des poissons et qui sert d’habitat à une multitude d’espèces, se trouve chamboulé à grande échelle. Certaines zones laissent apparaître la roche mère alors que d’autres voient les sédiments s’accumuler,
    y compris ceux qui avant la crue, n’étaient pas dans le cours d’eau.

    Les atteintes physiques sont extrêmement graves car elles ne permettent plus aux organismes vivants de continuer à vivre faute d’habitat, de lieu de reproduction, voire de nourriture. Pourtant, une rivière de montagne comme le gave a été façonné au fil du temps par d’énormes volumes d’eau rapides et puissants (ce n’est pas une paisible rivière normande). Les crues récentes ont sans doute été diagnostiquées trop rapidement comme étant centennales. Deux en moins d’un an, c’est tout de même pas de chance ! Et cela arrange bien tout le monde pour obtenir des aides de l’Etat et classer l’affaire en catastrophe naturelle. A bien y regarder, cette crue se situerait en réalité entre la trentennale et la cinquantennale. Pour rappel, la définition d’une crue centennale n’est pas le risque qu’elle se produise tous les 100 ans, mais une crue qui a une chance sur cent de se produire tous les ans. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Comme partout, il existe dans la vallée de ce gave des maisons construites à quelques mètres du lit (mineur) et comme partout, un jour, l’eau menace de les emporter et parfois elle le fait. Reconstruite ? Selon quel modèle ? Cette crue, qui aurait très bien pu faire beaucoup plus de victimes, a-t-elle servi de leçon aux élus et aux services de la DDT ? Pas sûr, car les dégâts sont souvent réparés “à l’identique”, faute de moyens financiers. Il n’est en effet pas facile de construire en quelques années ce que l’homme à mis plusieurs millénaires à façonner. Le gave lui, passe là où il peut au milieu de tout ça.

     

    L’avenir de la pêche

    De toute évidence, le gave de Pau mettra des décennies à retrouver un semblant de fonctionnement normal, et d’ici, là, d’autres crues viendront sans doute créer de nouveaux tourments. Mettre la rivière en no-kill est une évidence pour protéger le peu qui aurait pu subsister au désastre. Mais ce n’est pas cela qui redonnera vie au lit du fleuve. Et de plus, cette fausse fatalité arrange bien les amateurs de truites de bassines qui s’empressent de dire “de toute façon, y a plus rien !”. Cet épisode tragique montre à quel point l’urbanisation en zone de montagne ne tient toujours pas compte de l’environnement. Et nos élus ne comprennent toujours pas que la protection de l’environnement n’est pas du gaspillage d’argent public. Dans le cas du gave, cela aurait permis d’économiser des centaines de millions d’euros. Souvenez-vous de Vaison-la- Romaine… C’était le 22 septembre 1992.

  • Haute-Savoie : première fête de la rivière sauvage sur le Chéran

    Haute-Savoie : première fête de la rivière sauvage sur le Chéran

    Le samedi 18 octobre 2014 sera organisée la
    première “fête de la rivière Sauvage” par le syndicat mixte d’aménagement du
    Chéran (SMIAC), en partenariat avec le Parc Naturel régional du massif des Bauges, le Fonds pour la Conservation des Rivières Sauvages, l’école de pêche
    du Chéran, les offices du tourisme de l’albanais, des bauges et le service
    tourisme du pays d’Alby.

    Cette journée festive se déroulera sur différents
    sites au bord de la rivière.

    Toutes les animations proposées seront gratuites.Sur le
    site de la passerelle de Cusy/Gruffy sera organisé un apéritif dinatoire en
    musique.

    Toutes les informations sur http://www.fetedelariviere-cheran.fr/

  • Restaurer les cours d’eau en milieux urbains, espoir ou pis-aller ?

    Restaurer les cours d’eau en milieux urbains, espoir ou pis-aller ?

    La restauration d’une rivière durement chenalisée dans une traversée urbaine est-elle une prouesse de l’ingénierie de la restauration écologique ? Ou est-ce au contraire un leurre utilisé par les bétonneurs modernes pour exploiter toujours plus de zones inondables, tout en accaparant des financements environnementaux publics ? L’expérience acquise sur un projet de restauration d’une traversée urbaine d’un cours d’eau transfrontalier, l’Allaine, apporte des éclaircissements sur ce sujet souvent polémique entre les gestionnaires et les protecteurs de la nature.

    Le contexte de la restauration des écosystèmes aquatiques est aujourd’hui, en France mais également dans d’autres pays européens, assez particulier. Des millions d’euros d’aides publiques sont en effet disponibles pour garantir un quota suffisant de « bon état écologique » qui nous mettra à l’abri des sévères amendes de l’Europe. Mais, finalement, peu de projets voient concrètement le jour… Les mentalités ont bien du mal à évoluer : pourquoi restaurer une rivière que les anciens se sont évertués à corriger en chenal rectiligne pour évacuer les crues ? Pourquoi perdre les surfaces agricoles péniblement gagnées au fil du temps sur la zone inondable ? Et puis, bien sur, la peur des dégâts causés par les débordements des débits exceptionnels fait toujours craindre le pire…

    La situation est telle que la volonté politique de réorganiser l’occupation foncière et les terrains, condition impérative pour une réelle restauration des corridors fluviaux, fait très souvent défaut en milieu rural. De surcroît, c’est en ville que les élus citadins montrent plus régulièrement une sensibilité aux problèmes de qualité écologique des milieux aquatiques, et ce malgré la demande de protection contre les crues, de leurs administrés. En conséquence, les cours d’eau « des champs », possédant les meilleurs potentiels de restauration et les plus prometteurs pour la pêche, sont rarement restaurés, ou alors après d’interminables négociations. A contrario, ce sont des projets sur les cours d’eau « des villes », dans des environnements très contraints et halieutiquement peu intéressants, qui voient le jour en premier. Tout cela est-il bien logique ? C’est en tous les cas une des conséquences pernicieuses de la politique de l’eau nationale, soutenue par les agences de l’eau. Il faut agir où cela se voit le plus. Que les points rouges des cartes de qualité de notre réseau hydrographique disparaissent au plus vite. Tant pis si les gains écologiques pour les cours d’eau de ces opérations restent mineures au regard des millions d’euros investis. Et tant pis si, en marge de cette politique du paraître, nos derniers coins de pêche continuent à être dégradés dans l’indifférence générale…