En 2016, le ministère de l’Environnement s’était lancé dans un recensement des plus petits cours d’eau, c’est à dire ceux qui n’apparaissent pas sur une carte IGN au 1/25 000. Il s’agit pour une bonne part de ruisseaux temporaires, où de tout petits ruisseaux situés à proximité immédiate des sources. Le syndicat agricole majoritaire FNSEA en a profité pour prendre la balle au bond et demander à l’État que ces petits cours d’eau disparaissent purement et simplement des cartes.
Autrement dit, cela équivaut à les faire classer en fossés, caniveaux ou drains, de façon à échapper à toutes contraintes liées à l’environnement. Il est en revanche bien vrai qu’une imprécision plane sur la définition d’un cours d’eau ou d’un fossé. Pourtant en 2005, une circulaire a tenté d’éclaircir un peu l’affaire : “Est considéré cours d’eau, la présence et la permanence d’un lit naturel à l’origine, distinguant ainsi un cours d’eau d’un canal ou d’un fossé creusé par la main de l’homme mais incluant dans la définition un cours d’eau naturel à l’origine rendu artificiel par la suite, la permanence d’un débit suffisant une majeure partie de l’année”.
Comme il s’agit souvent de cours d’eau temporaires, ou devenus temporaires suite à d’autres atteintes (drainages des zones humides adjacentes, rectification, etc), chaque cas est particulier et demande une enquête. La présence d’une faune et d’une végétation aquatiques comme caractéristique du milieu aquatique est également prise en compte par une jurisprudence (Cass. Crim. 7 novembre 2006 M. Laurent n°06-85.910). Pour la FNSEA, les cours d’eau ne sont clairement qu’une contrainte, qu’une entrave au développement agricole intensif. Elle se fout de la biodiversité, des sources, des têtes de bassins, des milieux écologiques sensibles.
En clair, le but recherché est de pouvoir pulvériser des produits phytosanitaires partout y compris sur ledit ruisseau, de pouvoir épandre, de pouvoir drainer, de pouvoir rectifier, de pouvoir enterrer à coups de bulldozer. Cela montre à quel point l’environnement n’est plus défendu dans notre pays. Les agents de l’environnement de l’Agence française pour la biodiversité (ex Onema) ou de l’ONCFS n’impressionnent plus les agriculteurs, qui se sentent protégés par la Direction départementale du territoire qui a en charge la police de l’eau et à qui le préfet demande de ne pas trop embêter le monde agricole.
A travers cette cartographie, le syndicat espère que bon nombre de petits ruisseaux seront déclassés en fossés, en exutoires à lisier, en toboggans pour pesticides qui contribueront à polluer les nappes, y compris celles qui amènent de l’eau aux exploitations de ceux qui polluent. Que les membres de ce syndicat meurent de cancers suite à l’utilisation des pesticides, que leurs enfants naissent avec des tumeurs au cerveau, ne suffit malheureusement pas à les faire renoncer à cette folie destructrice.










