Catégorie : Décalé

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  • Montana dream

    Montana dream

    Anonyme. Traduit de l’américain par Jessie Michel

    Chez nous, dans le Montana, on aime les filles et la bagarre. On aime aussi les alcools forts, mais moi ce que je préfère, c’est la pêche à la truite. Tenez, l’autre matin, je sais plus pourquoi, je me suis retrouvé à roupiller à l’arrière de la Ford pick-up de mon pote Jimmy. Je dormais profondément quand mon vieux farceur de compagnon a mis un coup de première et que j’ai roulé au torrent avec mon couchage :
    – « C’est malin, Jim, me v’là trempé…»
    – « Pour sûr cow-boy. Avec ton fourreau, tu m’fais penser à ces traîne-bûches qu’aiment à boulotter les truites ! Pendant qu’t’es dans l’eau, regarde donc voir s’il y’a des exuvies accrochées aux pierres… Cela ressemble un peu aux bas qu’une bonne femme aurait laissés sur une chaise, mais sans la bonne femme dedans, tu comprends ? »
    – « J’en ai déjà vu, Jim, je ne suis pas sot… Oh ! en v’là !… Et des belles ! Le coup du soir a dû être terrible ! »
    – « C’est possible… cela nous laisse une douzaine d’heures pour monter quelques mouches et boire de l’alcool fort avant le prochain coup du soir. »
    – « Ow ! Ow !» Que je lui fais.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! » Qu’il me répond.
    Quand j’ai eu fini de ramper le raidillon avec mon couchage, je me suis senti un peu patraque. Jimmy baillait aux mouches depuis longtemps. Il reposait surla banquette, la nuque renversée et les pieds coincés sous le tableau de bord poussiéreux.
    – « Fichu coyote à foie jaune, veux-tu bien te réveiller ! Où se trouve donc l’étau ? J’en ai b’soin, Jim, ne fais pas semblant de dormir… Ce ne serait pas chic de ta part de me laisser dans l’embarras. Je n’ai que mes mouches à permit et les truites n’en voudront pas. »
    – « Il est dans la boite à gants, » répondit-il sans ouvrir les yeux… « Mais avant, prends nous donc une bouteille d’alcool fort, il est grand temps de déj’ner. » Nous avons partagé en bons camarades jusqu’à ce que l’esprit des indiens Sans-Sous envahisse nos têtes. Leur hululement inventait de curieuses vallées entre nos oreilles frémissantes et des milliers de porte-bois nous regardaient entre les galets avec les yeux fraternels de la nature. Nous étions bien fusionnés. Même l’aube violette me semblait à l’envers. En fait, je n’y voyais plus grand chose.
    – « Peux-tu me rappeler le protocole de montage de cette fameuse mouche que tout les bad boys du Montana affectionnent ? » – « Tu veux parler de la Banion numéro six ? »
    – « J’ai déjà entendu ce nom quelque part…»
    – « C’est Red Brown qui m’en a confié le secret alors qu’il était papoose. Il te faut un numéro six… Puis… rrrrrrrrrrr. » J’ai pris un hameçon dont la taille était comprise entre zéro et vingt et j’ai tenté de le glisser dans le mors de l’étau, mais l’appareil refusait obstinément le fer.
    – « Nom de dieu, Jimmy, il ne serre rien du tout ton fichu machin ! »
    – « Actionne donc le levier… cela permet quelque fois d’écarter le mors… Sur un coup de bol, l’hameçon peut entrer…
    – « Ma foi, tu dis des choses vraies… Je crois que ça a marché ! » La Banion numéro six, c’est une grosse sèche qui ressemble à une blatte croisée avec le tu-tu d’un danseur étoile. Ça flotte du tonnerre dans les rapides et ça se voit bien. Ne me demandez pas pourquoi, mais moi, ce jour-là, j’ai voulu y ajouter une bille en laiton.
    Ce n’était pas facile car l’hameçon était bien en place et que je ne me sentais pas d’actionner le levier à nouveau, de peur de ne pas arriver à le remettre. Alors j’ai pris la plus grosse bille que j’ai trouvée dans mon nécessaire de montage et je l’ai enfilée par l’oeillet en la poussant bien au fond de la courbure. Ensuite, j’ai vidé la moitié de mon tube de Cyanolit dessus et j’ai fait ce que j’ai pu pour ligaturer généreusement l’ensemble. Après, je ne me rappelle pas. Je me suis réveillé quelques heures plus tard avec le portebobine dessiné sur la joue et un toupet de poils de renard collé à l’index. Jimmy dormait sur le capot, les bras en croix. J’ai craint un instant qu’il ne s’enflamme tant il était imbibé.
    – « Réveille-toi vieux frère », lui dis-je, « Tu as accumulé beaucoup trop de Farenheit sur ta peau. L’alcool qui coule dans tes veines peut te transformer en torche et ce serait bien triste. Asseyons-nous à l’ombre d’une bouteille et méditons sur la précarité des choses humaines…» Nous sommes restés ainsi adossés à la bagnole en picolant et sans décocher un mot. Le jour est passé par-dessus nous sans qu’on le voie.
    Enfin, le soleil commença lentement à décliner et les truites de la green big black foot sortirent de leurs cachettes à mesure que l’ombre spirituelle s’appropriait la rivière et les êtres. Jimmy avait piqué quelques artificielles sur son stetson et il s’était frayé un chemin jusqu’au milieu de la rivière en jouant des coudes entre les insectes. Un essaim de mouches Banion numéro six labourait la rivière. Jimmy, larve parmi les nymphes, avait trouvé sa place.
    Je me suis alors rendu compte que j’étais resté dans la voiture et qu’il était temps pour moi de participer à la féerie. Mais quelque chose me retenait. Ah seigneur Dieu ! Je m’étais inconsciemment ligaturé le pousse sur l’étau et avec toute la fichue colle par laquelle j’avais arrosé mon montage, plus moyen de s’en défaire. Il n’était pas concevable de fouetter correctement avec cet étau ligaturé à mon poignet. J’ai bien essayé de lancer en faisant la biellette comme me l’avait appris un grand sachem, mais il n’y avait pas moyen.
    – « Regarde ce qui m’arrive, vieux frère, j’ai b’soin de ton aide ! »
    – « Fichu maladroit, en voilà une de jolie gourmette… Pas le temps de t’aider, ça gobe ! »
    – « Tu n’es pas un bon camarade, Jimmy. Les truites mangent comme des folles et toi tu laisses un ami en plein désarroi ! … Coupe-moi ce fichu doigt ! Nom de Dieu, coupe-moi ce fichu doigt que je vienne avec vous ! »
    – « Dis donc, cow-boy, t’es un dur où une chiffe molle ? Ton père ne t’a donc rien appris ? Débrouille-toi et arrête de faire peur aux insectes ! Le couteau est sous le siège. » Une fois la plaie cautérisée à l’allume- cigare, je n’ai plus pensé qu’à la rivière et à ses veines contre mon corps. Dessaisi de moi-même mieux que par l’alcool, les eaux de la rivière oubliée faisaient de moi une partie vivante de la nature.
    Jimmy se tenait sur l’autre rive de ce nirvana halieutique. Je n’aurais pas dû lui tourner le dos, car il choisit le point paroxystique de la contemplation pour me balancer une bouteille d’alcool beaucoup trop fort. Je la reçus en pleine tête.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! – Désolé, vieux frère, je ne voulais pas te blesser ! »
    – « Tu m’as fait un mal de cheval ! » – « Bois donc une rasade pour te remonter. » Je parvins à neutraliser cet objet contondant sans trop de peine, mais après, sensibles à la beauté du soir, nous n’avons plus beaucoup pêché. J’ai bien senti une belle tirée alors que ma mouche draguait plein aval en traversant un rapide. Après une brève bagarre, Jimmy se posta derrière un rocher avec l’épuisette et il parvint à pocher ma capture, mais nous fûmes déçus tous les deux car il s’avera que ce n’était que ma Banion qui avait bouclé sur le bas de ligne.
    Ensuite, nous nous sommes assis sur un rocher à contempler les reflets de la lune qui dansaient sur les courants et j’ai commencé à murmurer quelques vers (de poète) : « Sur l’onde noire et calme où dorment les étoiles, la belle Ophélia flotte comme… »
    – « Ta gueule.» – « N’aimes-tu donc point les belles lettres, Jimmy ? Un pêcheur ne peut pas être insensible à ce genre de choses…»
    – « Tais-toi, j’ai entendu un bruit… Là, derrière les buissons… C’est p’t-être bien une bande de cougars qui tente de nous prendre à revers. On m’a raconté des histoires terrifiantes à propos de ces bêtes. Le vieux Dicky s’est fait attaquer du côté de Soornet Valley. Depuis le pauvre homme est infirme. »
    – « Je suis armé, Jim, j’ai le vieux colt que m’a offert P’pa pour mes six ans…» Jimmy avait raison. Une silhouette sombre et légère apparut à quelques mètres de nous avant de se dévêtir et de rentrer doucement dans le torrent mutin. Il me sembla que son corps effleurait les reflets de la lune avec la douceur des baisers des truites.
    – « Oh la belle bête, ce n’est assurément pas un cougar… Je la r’connais, c’est Miss Harper ! Vois ces cheveux de lune… Elle fut ma maîtresse lorsque j’avais cinq ans. »
    – « Crois-tu ? J’ai un doute. Elle me semble bien charpentée la Miss…»
    – « Non, c’est-elle. On dit qu’elle aime la nature et qu’elle ne se lave qu’à l’eau des rivières…»
    – « Du moment qu’elle se lave…»
    – « N’ayez pas peur, Miss Harper, nous ne sommes que deux cow-boys qui aiment à musarder la nuit au bord des rivières. Ne prenez pas ombrage de notre présence, nous ne sommes pas de ces mal-pensants qui regardent les dames se dévêtir sous la pleine lune… Si l’obscurité ne vous effraie pas et que vous acceptez d’être notre camarade, nous pouvons partager un verre d’alcool fort… « Va donc chercher un verre pour Miss Harper, une dame qui se respecte ne doit pas boire à la bouteille…» Ensuite Miss Harper prit place à nos côtés et ce fut la plus charmante nuit étoilée qu’on ait connue dans le Montana. Un torrent de vie et de douceur courrait et s’enroulait entre les étoiles comme entre les rochers de la green big black foot. Je crois bien que, cette nuit, la rivière se confondait avec la voie lactée… mais dans ma tête tout resta très confus, rapport à ce maudit alcool fort. Un rêve indien habitait ma cervelle : j’étais un hibou perché sur une branche et bercé de ses propres hululements.
    Au matin, Miss Harper avait disparu avec la légèreté d’un songe. Nous fumes tout raides d’effroi lorsque nous tombâmes sur Jo qui campait un peu plus bas(1).
    La morale de cette histoire, car il en faut toujours une, c’est que quand on est un cow-boy du Montana, on a raison d’aimer les filles et la bagarre et qu’on a encore plus raison d’aimer la pêche à la truite. Mais je vous en conjure, jeunes gens, l’ivresse de la pêche se suffit à elle-même… En tout cas, depuis cette histoire, je peux vous dire que je n’ai jamais plus touché une bouteille d’alcool fort. Ouais.

    (1) : cf Mark Twain : Jo Harper, plus connu sous le nom de Jo l’indien.

  • Un moucheur dans la brume

    Un moucheur dans la brume

    Comment pêcher à la mouche lorsqu’on est malvoyant ? Cela peut paraître en effet impossible de manipuler de fins nylons, d’accrocher sa mouche, de percevoir les gobages et de réussir à tromper la méfiance des truites. Ludovic Delacour est un homme de défi, toujours motivé lorsqu’il s’agit de dépasser ses limites. Portrait d’un pêcheur dont le talent ne se mesure pas qu’à la longueur des truites qu’il prend.

    Par Philippe Boisson

    Ludovic Delacour est atteint d’une maladie congénitale qui a touché sa vue, réduite à 2/10ème sans vision binoculaire. Âgé de 37 ans aujourd’hui, Ludovic a construit sa vie autour de son handicap. Sa vie professionnelle bien sûr, mais aussi familiale et même celle de ses loisirs. Lorsqu’il était enfant, l’Éducation Nationale avait prévu des classes communes pour les malvoyants et les déficients mentaux et il lui fallut attendre d’être en CM1 pour suivre enfin le cycle normal. Bac avec mention en poche, il est aujourd’hui cadre B de l’Etat Major des Armées. Son rêve aurait été de devenir ingénieur motoriste, car il a toujours été passionné de sport automobile, mais sa déficience visuelle lui interdit de conduire ou même d’être co-pilote. Son goût pour la pêche remonte à l’enfance, dans les environs de Grenoble, sur les bords de la Romanche où il pratiquait la pêche au toc avec son père. Ludovic tient la ténacité qui l’anime dans tout ce qu’il fait, de l’attitude de son père qui l’a toujours poussé à s’adapter à son handicap et à trouver des solutions à chacun des problèmes qu’il rencontrait.
    Ludovic m’a donné rendez-vous au bord d’une de ses rivières favorites. Son « Paradis » comme il dit. Les truites montent volontiers en surface au printemps sur ce petit cours d’eau peu large qui favorise la pêche à courte distance, mais qui en revanche demande une bonne perception de l’environnement lors des lancers car les arbres sont partout. Il faut un peu de temps pour comprendre comment la pêche à la mouche peut être pratiquée par un malvoyant. Chaque lancer, chaque geste, demandent en effet beaucoup de concentration, d’effort et d’abnégation. “Dans 90 % des situations, je ne vois pas ma mouche sur l’eau. Je me sers de la soie comme repère et ensuite j’observe une zone assez large sur laquelle j’espère déceler un gobage dans le périmètre présumé où dérive ma mouche” explique Ludovic. Tout est complexe pour lui et surtout la manipulation des fins nylons lorsqu’il faut refaire son bas de ligne. “J’utilise surtout les contrastes pour m’aider à faire les noeuds et une soie claire qui, posée sur l’eau, se détache des autres couleurs. En théorie, ma vue ne compte que 2/10ème, mais depuis ma naissance, mon cerveau cherche en permanence à interpréter les choses sous forme de repère/mémoire,comme par exemple les associations forme/silhouette. C’est surtout durant les toutes premières années de son développement que le cerveau s’adapte petit à petit en compensant”.
    Tout comme les autres sens de perception des choses qui chez lui sont décuplées. “Tu as entendu le gobage en aval de nous ? ” me dit-t-il. “Non, mais je te crois sur parole ! ”. Nous marchons sur un sentier improbable jonché de rochers et de racines lisses. Je glisse à deux reprise, lève les yeux, Ludo à pris trente mètres d’avance sur moi en une ou deux minutes… Au début des années 2000, Ludovic pêchait exclusivement la basse rivière d’Ain dans les environs de Priay. Pour un pêcheur à la mouche sèche, cette rivière est assez aléatoire et présente globalement peu d’opportunités.
    Depuis quelques saisons, les cours d’eau de montagne ont sa faveur car les gobages sont infiniment plus nombreux, même si les truites y sont beaucoup plus petites. “Je me fiche de la taille des truites que je prends. Si l’endroit est sympathique et qu’il y a de l’activité en surface, cela suffit grandement à mon bonheur. J’ai du mal à comprendre les pêcheurs qui font la gueule parce qu’ils n’ont pas vu une truite de 60 cm de la journée. Ils ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont d’être en pleine possession de leurs moyens, au point qu’ils n’apprécient plus le simple fait d’être dans un bel endroit avec des amis.” Au cours de cette journée passée ensemble, Ludovic prendra quatre truites, de tailles modestes, mais très honorables pour cette rivière. Je lui ai donné quelques “combines” qui lui simplifieront les choses, tout comme Marcel Formica (l’acteur du DVD de ce magazine) qui l’a incité à utiliser des mouches parachute au toupet blanc et au hackle roux. Ludovic distingue en effet bien mieux les choses contrastées que celles aux couleurs unies, et avec son aile en queue de veau blanche, cette mouche est par conséquent bien plus visible pour lui.
    La pêche à la mouche a changé sa vie. Après plusieurs dépressions, Ludo a trouvé l’activité qui lui convient. Comme à son habitude il n’a pas choisi quelque chose de facile et, depuis peu, il s’est mis au montage des mouches, aidé par ses amis pêcheurs. Autre défi, son blog, “Un moucheur dans la brume”, vise à donner l’espoir à d’autres personnes qui souffrent d’un handicap, de pouvoir se passionner pour une activité d’ordinaire réservée aux “valides”. Ludovic en profite aussi pour faire partager sa passion pour la pêche à son fils Thomas, âgé de 6 ans et qui a n’en pas douter est à très bonne école de la pêche et de la vie.


    Le blog de Ludovic Delacour :
    www.unmoucheurdanslabrume.com

  • Chère Brigitte Bardot

    Chère Brigitte Bardot

    Depuis quelques années, des petits malins s’amusent à faire de la photo de charme avec carpes et silures. Pour des clients dont on ne sait s’ils regardent la nymphette ou le poisson. Un commerce plutôt lucratif qui nous vaut cette lettre à Brigitte Bardot.

    Par Vincent Lalu

    Chère Brigitte Bardot,

    On m’a dit que vous défendiez les animaux. C’est donc à vous que j’adresse cet appel au secours. Vous dont le corps, à une certaine époque, a considérablement fait progresser la lubricité contemporaine, avant que vous ne décidiez de le soustraire aux regards concupiscents pour le mettre au service de la cause animale, entendez le cri d’une carpe – que l’on dit pourtant muette-.
    Je suis, chère Brigitte – vous permettez que je vous appelle Brigitte ?- (On est pas du même bord politique mais cela n’empêchera pas que vous me compreniez). Je suis donc, chère Brigitte victime de harcèlements répétés et divers d’une nature, jusque-là inconnue de nous les poissons. Je m’explique.
    Depuis quelques temps, d’étranges créatures, pâles copies de la sirène que vous fûtes, ont pris l’habitude de venir se frotter contre nos écailles. Ce qui, je dois vous l’avouer, est parfaitement dégouttant et dégradant. Passe encore que l’on nous traque jour et nuit pour nous obliger à manger toutes sortes de nourritures immondes qu’ils appellent des bouillettes. De soi-disant cocktails de fruits, des grains de maïs trafiqués dont ils nous bombardent au point d’obliger certaines d’entre nous à porter des casques et à ravaler nos chères bulles au risque de nous transformer en baudruches aquatiques. Passe encore que leurs soi-disants appâts portent des noms aussi stupides que Demon Hot, Xtasy, Tuna Max, cela ne me gêne pas si, eux, prennent leur pied. Comme ils le prennent sans doute quand la séance de piercing se termine, après qu’ils nous aient obligées à entrer dans une épuisette en résille, par un tripotage en règle sur leur fameux tapis de réception qui doit leur faire penser aux tables à langer de leur enfance.
    Cela fait longtemps qu’on s’est habituées à tout cela. A les entendre la nuit roter leurs bières et faire glousser leurs compagnes de tentes, à démarrer leur 4×4 le pot d’échappement orienté vers l’étang pour qu’on profite à fond du gazoil, à leurs grosses blagues d’éternels potaches, à leurs coups de blues aussi. Bref, on était un peu devenus de la même famille, carpes et carpistes, comme qui dirait cousins, cousines ? Jusqu’à ce que les autres rappliquent.
    Pour moi cela s’est passé un matin de juillet. J’avais terriblement la dalle, au point d’avaler d’un trait une bouillette bizarre, avec des paillettes et une forte odeur d’herbe. Le piercing n’avait pas encore commencé que je suis partie dans les vapes.
    L’étang est devenu tout rose et l’on m’a faite entrer dans un genre de cage mauve toute en résille où j’ai passé un bon moment, bercée par le ressac tranquille du lac. C’est après que cela s’est gâté. D’une grosse voiture, sont descendues plusieurs filles qui ne portaient à peu prés rien sous leur peignoir. Elles étaient jeunes et de rondeurs suspectes. Ces bimbos ont laissé glisser leurs robes d’éponges et sont entrées dans l’eau en gloussant.
    On m’a alors confiée à l’une d’elles, Janis, qui s’est empressée de se coller contre moi, chevauchant ma dorsale avec des petits rires nerveux, emprisonnant ma tête suffocante entre les deux ballons qui lui servaient de seins.
    Sur le moment la surprise m’a laissée sans réaction. Surtout que l’autre n’arrêtait pas de nous photographier en lui donnant des consignes horribles, dignes d’un réalisateur de film porno.
    Une fois la première surprise passée, j’ai constaté que ce qui me dérangeait le plus était l’odeur de cette femme, une odeur de crèmes sucrées et de parfums trop forts. Cette vulgarité cosmétique s’accompagnait d’une viscosité insupportable. Cette Janis était si gluante que nous dérapions l’une sur l’autre et que très vite mon précieux mucus, onguent magique que je tiens de ma mère, se mit à empester l’ambre solaire à bas prix. Je lui balançais alors un grand coup de queue dans le ventre qui l’envoya, les quatre fers en l’air, planter ses horribles fesses dans la vase.
    Tout le monde se mit à rire, les autres carpes et le silure surtout, et le photographe et les pêcheurs et les assistants, mais pas Janis qui se tordait de douleur en se tenant le ventre. Elle me fit de la peine. Aussi avant de profiter de la confusion générale pour regagner mes nénuphars, je lui adressais un petit arrondi de la gueule qui signifiait -mais le comprit-elle ? Sans rancune. Et à la prochaine.

    Photo : © Olivier Boucher

  • Inde, Gaspésie, Norvège : trois bons plans pour l’été !

    Inde, Gaspésie, Norvège : trois bons plans pour l’été !

    Migration annuelle de l’homo touristicus oblige, vous avez des envies de départ bien légitimes. Et comme vous êtes en plus pêcheur, ce sont les rivières, les lacs et les rivages inconnus qui vous attirent. Voici une petite sélection de ces voyages qui font rêver…


    Québec : pêcher le saumon en canot traditionnel

    Nous avons déjà parlé dans nos colonnes de ce petit bout de paradis québécois, dans ce pays sauvage où l’eau est omniprésente et les poissons légion : la Gaspésie. Fondée en 1952 au coeur de la Gaspésie, au Sud-Est du Québec, par M. Mc Whirter, la Pourvoirie des Lacs Robidoux propose aux pêcheurs à la mouche (exclusivement) de venir séduire les imposants saumons atlantiques qui remontent les rivières Cascapédia, Petite Cascapédia ou Bonaventure.
    Salmo salar n’est pas l’unique habitant du lieu et il est possible également de pêcher dans ces rivières et dans le Lac Ribodoux des saumons noirs (à partir du mois de mai), des ombles de fontaine et des truites de mer. Les gérants de la Pourvoirie des Lacs Robidoux proposent un tout nouveau produit : interprétation du saumon en canot sur la Bonaventure. Vous pourrez pêcher le saumon à bord d’un canot traditionnel en cèdre de 26 pieds de long, découvrir les beautés cachées de cette belle rivière et parfaire vos connaissances sur le fameux salmonidé. Un périscope permettant de suivre au plus près les tribulations du poisson. Egalement au programme, la Baie des Chaleurs et ses secrets bien gardés.
    Les prix comprennent le forfait pêche, le logement dans un chalet complètement équipé sur le bord du lac Robidoux, un guide professionnel pour deux pêcheurs et tous les transports terrestres pour accéder aux différents lieux de pêche.

    Renseignements :
    Représentation en France :
    Christian Roulleau 06 18 37 03 86
    Mail : [email protected]


    Himalaya : les truites les plus hautes du monde

    L’Himachal Pradesh, Etat du Nord de l’Inde, dans les contreforts de l’Himalaya, est un territoire d’eau et de poissons. Notamment depuis que le colon britannique, ne sachant que faire entre deux crises de paludisme, s’est évadé dans le frais climat de la montagne et a introduit dans ces rivières quelques truites où il a pu enfin exercer ses talents de moucheur. Ces truites se sont bien acclimatées et peuplent aujourd’hui bon nombre de cours d’eau de la région. Une nouvelle structure propose de vous emmener à la rencontre de ces poissons et de découvrir une culture montagnarde et authentique : Hi&Fly. Créé ce printemps par des passionnés de pêche à la mouche et de voyages, Hi&Fly ambitionne de faire découvrir au plus grand nombre une région du mondeencore méconnue des pêcheurs français. Le voyage de pêche se découpe en expéditions de 3 ou 4 jours autour de campements sur les rivières ou en résidence dans des villages reculés. La pêche s’effectue par groupe de deux pêcheurs accompagnés d’un guide.
    Pour avoir eu la chance de parcourir les rivières d’Himachal Pradesh, je ne saurais que conseiller un voyage fascinant tout autant pour ses parties de pêche que pour la découverte d’une civilisation plurimillénaire qui donne à l’altérité de subtils accents épicés et l’enveloppe d’un épais mystère.
    Hi&Fly pratique le catch & release exclusivement. De toutes façons, occire de la truite, c’est mauvais pour votre karma ! A noter qu’une offre de lancement a été créée pour les 10 premiers pêcheurs à 1800 euros par personne sur une base de 16 jours de prise en charge depuis Delhi jusqu’aux lieux de pêche.

    Expéditions Hi&Fly automne 2012 :
    10 au 27 sept – 1 au 17 octobre (les dates peuvent être sensiblement modulables en fonction du lieu de votre arrivée)

    Renseignements :

    [email protected]
    flyfishinghimalaya.com


    Norvège : Gatti Fishing Tours, une autre façon de concevoir la pêche du saumon en région arctique

    Rien de plus ennuyeux que de passer une semaine sur un seul et même parcours lorsque les saumons sont soit absents, soit non mordeurs.- Les parcours sont en effet rarement bons au même moment et réagissent différemment aux conditions météo -. C’est pourtant ce qui se passe le plus souvent, car les parcours sont loués à la semaine.
    Pour sortir de ce schéma, Gatti Fishing Tours propose une formule novatrice, basée sur la mobilité. Par quel moyen ? En camping-car, à la manière des “steelheaders” purs et durs de Colombie Britannique.
    L’extrême nord de la Norvège à été retenu pour vivre cette expérience unique, avec la longue et majestueuse Tana, qui compte parmi les trois rivières les plus productives de Norvège avec la Gaula et la Namsen. Ce programme a été établi en collaboration avec l’un des meilleurs connaisseurs des rivières du nord du 70ème parallèle, en Laponie norvégienne (et pêcheur averti). D’autres rivières et affluents peuvent aussi être pêchées selon les conditions rencontrées. La formule, un peu sportive et nécessairement conviviale, s’appuie sur le déplacement et l’hébergement en camping-car, permettant de changer de rivière sans contrainte avec un confort d’utilisation hors norme dans cette contrée désertique qu’est la Laponie Norvégienne. Un voyage très original à partager avec un ami ou entre un père et son fils.

    Prix conseillé : 3300 euros par base de 2 pêcheurs pour 7 nuits et 6 jours de pêche.


    Renseignements :
    Gatti Fishing Tours, 36 rue Victor Basch, 94300 Vincennes
    Tél. : 01 41 74 60 10 ou 01 58 64 09 04.
    www.gattifishingtours.com

  • Cinéma : Ubu part à la pêche au saumon

    Cinéma : Ubu part à la pêche au saumon

    Nous avons pu découvrir en avant-première l’adaptation au
    cinéma du célèbre roman du Britannique Paul Torday Salmon fishing in the
    Yemen
    (Edité en France sous le nom Partie de pêche au Yémen). La version française du film a pour
    titre : Des saumons dans le Yémen.

    L’histoire débute par une proposition sonnant comme une
    blague absurde : un riche cheik yéménite (Amr Waked) propose à un scientifique britannique (Ewan Mc Gregor),
    spécialiste du saumon, d’introduire le fameux salmo salar au cœur de
    la péninsule arabique. Cette demande insensée devient une affaire d’Etat quand
    la directrice des relations publiques (Kristin Scott Thomas) du Premier
    ministre britannique se met en quête d’une bonne nouvelle en provenance du
    Moyen-Orient… Entre attentats, manifestations hostiles à l’occident et prises
    d’otages : difficile de trouver
    une image positive. Alors lorsque cette histoire de saumon survient, la spin
    doctor saute sur l’occasion.

    Entre conte, comédie romantique et satyre politique, le
    film navigue entre les styles mais reste résolument britannique, avec un humour
    tout en finesse et en tact. Alors certes, l’équipe du film aurait pu choisir un
    conseiller pêche plus scrupuleux,on
    n’échappe pas à quelques
    contresens techniques, mais on passe tout de même un bon moment. Le casting est
    une réussite. Avec au passage une mention spéciale à Kristin Scott Thomas pour
    sa prestation décapante d’une spécialiste de la manipulation politique, un
    personnage cynique et violent, au verbe acide et définitif.

    Cette fable pose aussi la question du
    conformisme, de sa remise en question et de l’hybris prométhéen d’un cheik aux
    ambitions nobles mais libérées du principe de réalité. La saumon et sa lutte
    contre le courant « dominant » étant la parfaite illustration de
    ce combat contre la pensée « dominante ». D’ailleurs, lorsque le
    scientifique accepte ce pari fou, le réalisateur choisit de le filmer,
    remontant à contre-courant le flot d’une foule dense et pressée. Tel un saumon
    urbain remontant le courant de la masse, le courant du « bon sens ».

    N’allez pas voir
    ce film pour le réalisme des parties de pêche, ni pour découvrir le Yémen
    ou encore le saumon. Non, Des
    saumons dans le Yémen
    est juste l’occasion de passer un
    moment agréable et songer un peu à Prométhée et son feu. Et de se poser une
    question essentielle : le titan damné pêchait-t-il à la mouche ?

    Des saumons
    dans le Yémen
    de Lasse Hallström. Sortie le 6
    juin.

    Samuel Delziani

    Crédit photo : © 2005 Metropolitan Filmexport

  • Monica, une nouvelle de Vincent Lalu

    Monica, une nouvelle de Vincent Lalu

    Le saumon est une femme. Il en a la grâce, l’endurance et la détermination. D’ailleurs seuls les saumons peuvent égaler une femme dans l’art de faire cavaler les hommes. C’est sans doute pour cette raison que l’on a donné des noms de femme à quelques endroits où les hommes ont beaucoup cavalé après les saumons. Monica est un de ces lieux bénis des dieux, peut-être le plus beau, un courant de près de  400 mètres ( le “Monica run”) qui relie deux pools formidables (le Monica du haut et le Monica du bas) sur la rivière Kola dans la presqu’île russe éponyme, où la densité de salmo salar fait penser certains jours aux heures chaudes du RER A entre Châtelet et Gare-de-Lyon.

    Une bredouille à Monica n’est pas donnée à tout le monde (j’ai failli y parvenir mais un gros grisle en fin de journée ne l’a pas permis). Car à Monica les saumons sont à la fois nombreux et bienveillants. Ils se prennent de passion pour votre mouche quand elle défile dans ce courant sublime, le plus beau du monde d’après cet habitué des plus beaux pools de la planète, un courant qui fait voyager votre Cascade ou votre Green Highlander en première classe, ni trop vite ni trop fort, juste comme il est nécessaire pour que leurs parures les présentent sous leur meilleur jour. Autour, les poissons font des galipettes, des remous, des sauts, quelques touchettes sans conséquence. Et puis très vite, comme dans toutes les maisons de rendez-vous, ça téléphone.

    La vraie Monica existe, je ne l’ai pas rencontrée mais il me paraît urgent de préciser à ce stade du récit que c’est une femme dont la vertu ne se prête guère au genre de métaphore douteuse employée à propos de son pool. Monica n’est peut-être pas la plus belle femme du monde, mais d’avoir donné son nom à l’un des plus beaux pools de la planète lui confère une sorte de magistère d’émotion dans l’inconscient des pêcheurs. Pour donner son nom à un tel endroit, Monica ne pouvait qu’être une femme épatante. On ne devient pas sans raison la marraine d’une avenue si glorieuse que Sunset Boulevard, à côté, a tout d’une rocade à Châteauroux.

    Emmener une femme à la pêche n’est pas une mince affaire : soit cela se passe tout de suite mal et vous avez vraiment intérêt à avoir tenté l’expérience à proximité d’un aéroport, soit il vous semble qu’elle aime ça, surtout pendant les deux premiers mois de votre idylle. Vous vous prenez alors à rêver d’une compagne halieutiquement correcte et vous en oubliez que vous lui avez dit : “Je t’emmène pêcher le saumon en Islande, on pêchera le jour et on s’aimera la nuit”, sans lui préciser qu’à cette saison, en Islande, il n’y a pas de nuit. Ce qui ne vous paraissait pas essentiel puisque, pour le moment, elle a l’air très contente comme cela, tapie derrière vous qui guettez le poisson sans savoir que, pour elle, le poisson c’est vous…

    Et puis il y en a quelques-unes comme Monica, qui aiment vraiment la pêche, auxquelles les hommes donnent à pêcher soit par galanterie, soit par condescendance, les parcours les plus faciles. Ce qui se passa pour Monica.
    La vraie Monica, donc, a débarqué un matin de 1995 en compagnie de l’homme, un Ecossais fortuné, dont cette Américaine partageait la vie et un peu la passion pour les saumons. Le couple était venu à l’invitation de Bill Davis, un Américain de l’Arizona marié avec la fille d’un des nouveaux maîtres de la Russie et qui fut le véritable découvreur des somptueuses rivières de la péninsule, la Yokanga, la Ponoy, l’Umba, la Varzuga ou la Rinda… qu’il perdit les unes après les autres, se retrouvant finalement sur la Kola, grande artère à saumons qui termine son cours tumultueux dans les parages de Mourmansk. La Kola n’avait jusque-là intéressé personne d’autre que les pêcheurs aux filets, fournisseurs des militaires et de la mafia locale et les innombrables braconniers qu’une économie de survivance poussait à cette coupable industrie.

    Bill Davis, le bad boy de l’Arizona, comprit très vite que la Kola, malgré son côté banlieue, était une pépite. Il réussit à obtenir de Boris Richepa, le très puissant patron de la fédération de pêche régionale, la concession des plus beaux pools de cette rivière publique où seuls les saumons étaient restés communistes. Il y improvisa un lodge dans l’ancienne maison de vacances des jeunesses socialistes, et c’est ainsi que quelque temps plus tard on proposa à Monica de pêcher ce grand courant facile auquel elle allait donner son nom après y avoir aligné et relâché dans sa journée 10 saumons exactement, entre 10 et 30 livres. Une légende était née. Il ne restait plus qu’à baptiser les autres pools du parcours, ce qui fut fait sans trop de précipitation (l’un d’eux se nomme toujours “no name” ). Et à faire venir les clients, attirés du monde entier par les sirènes de Monica.

    Il est impossible de dire avec certitude qu’il y a plus de saumons qui s’arrêtent ici que dans les autres pools. Mais ceux que vous y rencontrez vous font l’effet d’avoir fait tout ce chemin pour se retrouver là, un peu comme si, dans leurs années tacons, au moment où ils se préparaient à descendre vers la mer, leur maman leur avait dit : “Tu vois, ici, c’est Monica, un jour, si les gros flétans ne te mangent pas, tu y reviendras.” Pour eux, Monica n’est pas une banale maison de passe, c’est l’antichambre joyeuse de leur destin. Un pool complice autant pour les saumons que pour les hommes, qui y reçoivent ce qu’ils méritent (grosse pêche ou quasi bredouille) sans qu’il soit possible de savoir s’ils relèvent du registre de la malchance, ou de celui de la maladresse, ou encore de celui de la consolation. Ce n’est d’ailleurs pas le problème des saumons. Eux se reposent, prennent leurs aises. Ils savent que la suite ne leur laissera guère le loisir de prendre du bon temps. Alors ils en profitent, jusqu’à ce que le Monica du haut ne les réveille par le tumulte de ses eaux, juste avant l’autoroute impersonnelle qui les emmènera directement au pool du cimetière, avec ses minuscules clôtures de métal aux couleurs pastel et les taches vives que font les fleurs naturelles ou en plastique que les Russes aiment à disposer sur la tombe de leurs parents. Le cimetière donne aux saumons comme aux hommes une idée de ce qui les attend. Entre une friche industrielle, un champ de patates et la voie de chemin de fer Saint-Pétersbourg – Mourmansk, ce cimetière de la Kola éclaire de ses taches vives un décor en noir et blanc huit mois par an. Les cimetières russes sont gais et colorés parce que, l’espérance de vie des mâles de ce pays étant de 54 ans, mieux vaut soigner les abords de son futur déménagement.

    On enterrait ce matin-là un enfant. Sur la petite caisse de bois, on avait disposé ses jouets préférés : un camion, un ballon, une pelle et un petit maillet. En contrebas, sur la rivière, les mouches ont cessé leur défilé. Plusieurs habitués de la Kola ont déjà assisté à ce genre de scène. Ce n’est pas la seule raison qui les fait détester le pool du cimetière. La vraie raison est que, à force de voir passer des pêcheurs et des saumons, les morts de Kola, dès leur jeune âge, sont devenus des experts. Ils savent mieux que personne si le lancer est bon, si la mouche passe bien, si le pêcheur comprend quelque chose au poisson. Ils savent, eux, vraiment si le saumon est une femme. Ou si c’est l’inverse.

    Vincent Lalu

  • La Falcon touch, une nouvelle de Jean-Christian Michel

    La Falcon touch, une nouvelle de Jean-Christian Michel

    D’après une idée originale de Jean-Marc Theusseret

    A toutes ses victimes…
    Certains naissent escroc. C’est une façon d’être. On ne peut pas dire que cela soit maladif, mais ils sont ainsi, partout et tout le temps. La rubrique judiciaire du JT nous présente chaque jour les spécimens les plus inventifs de ce levain trop fermenté de l’espèce humaine… mais d’autres restent en liberté et ils vont à la pêche. Le nôtre ne s’appelait pas Madoff, il ne fabriquait pas non plus des prothèses à doudoune jetables ni ne promettait cinquante pour cent de retour sur investissement à ses meilleurs amis…
    Et pourtant ! Vous ne vous en rappelez peut-être pas, mais c’est à Falcon que nous devons l’invention du « propulseur » XTT8. Un propulseur me direz vous…qu’est-ce à dire ?  C’est la question que s’est justement posée celui qui en a trouvé un exemplaire dans sa boite à lettre avec la lourde tache d’en effectuer la recension pour les colonnes de sa revue…
    En considérant le blister, le journaliste a bien pensé que la chose en question devait avoir un lien avec la pêche à la mouche…Mais la densité était étrange, ainsi que le revêtement…Et que dire de la finition ! Mais bon… comme certaines bêtes de course s’embarrassent peu de l’esthétique, il lui laissa le bénéfice du doute. Il se renseigna :

    – « Allo, Monsieur, Falcon, j’ai entre les mains votre… « propulseur »… Pouvez-vous m’en dire un peu plus ?»
    – « Comment « un peu plus ? » Mais essayez le ! Il s’agit du vecteur halieutique nouvelle génération !»
    – « Dame…»
    – « Un propulseur est une évolution radicale de ce que vous appelez une soie.»
    – « Vous me rassurez, je croyais que…»
    – « En toutes choses il existe un avant et un après. Le propulseur est la soie du lendemain.»
    – « Du lendemain de quoi ?»
    – « Essayez, vous comprendrez…»

    Bigre ! Le journaliste ainsi instruit sangla son gilet, mit sa casquette et se fit un devoir de tester l’avion de chasse. Mais au moment ou il ouvrit le blister comme à celui où l’engin gifla la surface de la rivière pour la première fois, ses mots furent les mêmes :
    – « Mais c’est quoi ce machin ?»
    On ne peut pas dire que cela partait mal -rapport à sa densité de câble à vélo- mais les posés obtenus étaient franchement dégueulasses.  Bref, les performances et la facture d’ensemble relevaient du plus total bricolage.
    Facture qui en appelait une autre, mais salée cette fois et qui, elle, ne laissait plus aucun doute sur les intentions de son inventeur. A cent cinquante euros le vecteur halieutique, on n’entrait pas seulement dans une nouvelle ère, on basculait dans l’incommensurable !
    De son ongle, le journaliste n’eut aucune difficulté à enlever le revêtement de misère qui laissa apparaître un pauvre morceau de dacron fossilisé dans de la cire… Sous le propulseur se trouvait une ficelle… Et sous l’artisan, un ruffian.
    L’âme multi strong fusionnée à transfert de masse n’était en fait qu’une ficelle de palangrier plongée dans la cire micro-cristalline bouillante puis peinte.
    Pour ne pas se cramer les doigts, l’artiste devait jongler comme un pizzaïollo afin de dérouler dare-dare l’écheveau de part et d’autre de l’étendoir familial… Sans quoi, il arrivait que l’âme fusionnée de la XTT8 ait la mémoire un peu rancunière ! Il « fusionnait » ses soies par quatre et coupait alors l’écheveau aux ciseaux, façon spaghettis. Ensuite, Falcon laissait libre cours à son génie pictural. Et vas-y que je te tartine les ficelles au rouleau à peinture : vernis, peinture, vernis ! Vous voulez une WF ? Vlan ! Trois couches de plus sur le nez !  Falcon bidouillait des profils inconnus des catalogues.  Il avait fait du sur mesure son credo.
    A l’aide d’une formule « maison », il intégrait les données halieutiques et anthropométriques du client afin de déterminer avec exactitude la meilleure longueur de fuseau de lancer et le rouleau à peinture faisait le reste. Le prix se déterminait alors comme le fuseau : à la tête du client. A l’heure où toutes les soies étaient fabriquées en Asie, lui produisait français ! Pour finir, il lovait le tout dans un blister maison soudé avec la machine qui lui servait à congeler les cèpes… Gare à toi Thébault ! La XTT8 était disponible en deux teintes : « brown supérior » (qui rappelait un peu la couleur du siccatif qu’il achetait à dix euros les trois litres dans son magasin de bricolage) et « vert Montlhéry », autre curiosité de teinte, une sorte de vert olive un peu trop soutenu, teinte à laquelle le pot de quinze kilos qui servait à caler la porte du garage depuis vingt ans n’était peut-être pas totalement étranger.
    C’est par la Montlhéry que le scandale est arrivé.
    Ce jour là, Falcon tenait salon dans un de ces temples où la crédulité halieutique se réfugie pour passer l’hiver. L’homme était dans son élément. En bon maître de persuasion, Falcon s’était spécialisé dans les groupes, tout particulièrement dans ceux qui se revendiquaient de l’appartenance à un club à écusson et dont les belles têtes de passionnés laissaient entrevoir un endormissement rapide.  L’inventeur les accueillait sans fioriture et avec l’humilité de ceux qui sont habitués à s’user les mains contre l’ingratitude de la matière.  Mais tôt ou tard, un audacieux tirait sur la ficelle… « C’est quoi une XTT8 ? »
    Falcon baissait la tête, s’ébrouait deux ou trois fois puis il démarrait comme un moteur de zodiac secoué de quatorze roulements de « r » à la douzaine. Plus moyen de l’arrêter… Pour cela, il fallait acheter. Balthazar Falcon occupait l’espace comme un gladiateur dans l’arène, seul au milieu de tous les incrédules et toujours prêt à esquiver un mauvais coup.  Mais tout les artisans vous le diront : de nos jours le client est devenu tyrannique. On a beau se mettre en quatre, il n’est jamais content… Alors comment se démarquer quand pour tout appareil de production on ne dispose que d’un étendoir et d’un rouleau à peinture ?

    – Ainsi est née, Mesdames, Messieurs la XTT8 : joignant la précision de Besançon à la régularité des tisserand de Roubaix, notre XTT8 est un concentré de savoir faire et de technologie. Nos artisans l’ont élaborée autour d’une âme fusionnée à chaud qui lui confère grâce  et longévité. Des propriétés incomparables que seuls (il insistait bien sur ce mot) les amoureux du beau geste sauront apprécier…
    Et si un quidam avait le malheur de dire :
    – Moi j’ai une R2T depuis quatre ans et elle vieillit pas mal… Falcon se figeait et lorsqu’il desserrait les dents, il répondait invariablement :
    – Nous ne parrrlons pas de la même chôôse…Vous devez vous convaincre du caractère transcendantal de ma XTT8… Ce propulseur bouleverse les conditions de possibilité de l’expérience halieutique ! Bref, bref, il est la matière de nouvelles sensations… Et donc, le comparer, tant en terme de qualité que de plaisir est dépourvu de sens ! 
    Dans la XTT8, ce qui était important, c’était le 8. C’est lui qui concentrait toute l’ingénierie transcendantale du vecteur halieutique. Comment le déterminait-on ? C’est là qu’intervenait la « Falcon touch ».
    Quand notre homme sentait l’acheteur potentiel sur le point de lâcher prise, il le prenait en aparté et lui demandait à mi-voix :
    – Quel est votre transept ?
    Le gars tournait vers lui les yeux de Monsieur Jourdain.
    – Pardon ?
    – Votre transept…
    – Pff… Je ne sais pas trop… Je dois avoir un transept ordinaire…
    – Bon, abordons le problème sous un autre angle. Quel est le faciès de votre rivière favorite ? Plutôt lotique ou plutôt lentique ? C’est important, car j’utilise la science des rivières. J’agrège à mes vecteurs les dernières découvertes scientifiques. 
    – Ah… ça, c’est un peu pareil… J’ai du mal à vous répondre. Il faudrait que je demande au technicien de ma fédé.
    – C’est ça, demandez-le-lui. Mais en attendant mon expérience me dit que vous devez être à quarante huit pour cent. Lotique ou lentique ? Peu importe puisque pour votre confort j’intègre à la détermination de la longueur du fuseau de lancer un coefficient dilatatoire de 0,25. Il vous faudrait un long belly small mouth… Parfait ! Tenez, par chance il me reste une XTT8 en vert Montlhéry, c’est pareil.
    –  Non. Elle n’est pas belle. Donnez moi plutôt la brown supérior. 
    – C’est à dire que je vais en avoir besoin pour la démonstration.
    – Eh bien vous la ferez avec la verte, votre démonstration, où est le problème ?
    – Aucun, aucun…
    Cependant, Balthazar Falcon sentit le piège à singe se refermer sur ses doigts, mais il ne pouvait pas se résoudre à l’idée de laisser passer une vente… Il avait à peine noué la Montlhéry au backing lorsque le démonstrateur l’appela au micro sur le pas de lancer.
    – L’âme est encore raide, il faut réaliser un échauffement progressif dit-il au testeur étonné… 
    – Ne vous inquiétez pas, je vais prendre soin de votre bébé… 
    Le propulseur glissait foutument mal dans les anneaux. Le testeur se mit à sourire et dit en regardant Falcon :
    – Allez, j’enlève le starter ! 
    La plaisanterie n’eut pas le temps d’être goûtée. D’avant en arrière, de fines particules de vert Montlhéry commencèrent à descendre au sol en papillonnant. Pom, pom, pom, pom, pom, pom, bonne nuit les petits…
    L’assistance retenait son souffle. Par charité chrétienne, le testeur shoota le plus délicatement qu’il put mais la XTT8 se vautra au sol, fourbue, à une petite quinzaine de mètres en détortillant convulsivement ses vilaines spires de petit rouleau de fil de fer…
    Silence de mort. Tout homme normal aurait souhaité être dématérialisé et téléporté dans une poche de son gilet de pêche. Ou mieux, être liquéfié : disparaître sous la moquette en plastique du palais des expositions, se faufiler sous terre et rejoindre la rivière pour réapparaître loin, très loin des mauvais regards et disparaître en courant à l’horizon de verts et oublieux pâturages…
    Mais Balthazar Falcon ne faisait pas parti du commun des mortels. Il se dirigea vers le testeur avec son assurance de bon petit zodiac, lui ôta la canne des mains, avant de rembobiner lui-même la ficelle, ironique, et de lancer à l’assistance cette sentence que je vous invite à méditer :
    - Voilà ce qui arrive lorsque la molécule est froide !

  • L’Odet dans les gorges  du Stangala

    L’Odet dans les gorges du Stangala

    utrefois fleuve réputé pour ses saumons bien au-delà des frontières bretonnes, l’Odet compte encore une petite population de castillons (saumon d’un an de mer) qui remontent en été et à l’automne. Mais c’est surtout pour la truite, dans les gorges du Stangala, que l’Odet attire les pêcheurs à la mouche. L’Odet fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler « les rivières de Quimper » : le Jet , le Steir et l’Odet.C’est le plus imposant des trois et il compte parmi les trois cours d’eau les plus conséquents du Finistère. Les gorges du Stangala proposent un dénivelé d’une centaine de mètres, véritable écrin de verdure qui tranche avec le paysage breton de manière générale, sauf pour ce qui concerne les gorges de l’Ellé, qui de toute évidence, présentent des caractères géologiques tout à fait semblables. Dans les gorges, l’Odet se présente comme un très joli fleuve, de quinze à trente mètres de large, encore bien peuplé en truites sauvages, qui certes ce ne sont pas toujours des monstres comme souvent en Bretagne, mais sont tout à fait aptes par leur qualité à satisfaire la majorité des pêcheurs. La pêche à la mouche s’y pratique en sèche bien sûr, surtout au coup du soir, mais aussi à la mouche noyée et à la nymphe au fil.

    Renseignements :

    Bruno Joncour, guide de pêche dans la région de Quimper.
    http://bjpeche.com/

    Le Club mouche de l’Odet , un club local qui compte plus de 200 membres, passionnés de pêche à la mouche sur l’Odet bien sûr mais aussi ailleurs.

    www.club-mouche-odet.com

  • Forum mondial de l’eau de Marseille : le temps des solutions ?

    Forum mondial de l’eau de Marseille : le temps des solutions ?

    Le 6e Forum mondial de l’eau se tient actuellement à Marseille (12-17 mars). Avec plus de 300 conférences, plus de 800 heures d’échanges et de débats, une vingtaine de réunions politiques de haut niveau, , plus de 1 200 solutions en ligne publiées et un « Village des Solutions », le 6ème Forum Mondial de l’eau se veut l’événement incontournable dans l’agenda politique de préservation de cette ressource plus que jamais en danger.

    A noter qu’un contre forum, le FAME (Forum alternatif mondial de l’eau), regroupe les représentants de la société civile et d’associations écologistes et tente de faire valoir un autre point de vue. Notamment, ils militent pour que l’eau soit déclarée « non privatisable », estimant qu’elle est le bien commun de l’ensemble de l’humanité.


    Renseignements :

    http://www.worldwaterforum6.org/fr/accueil/

    http://www.fame2012.org/fr/

  • Première édition du salon Pêche au Pays basque

    Première édition du salon Pêche au Pays basque

    Le premier salon « Pêches Pays basque » s’installera le dimanche 27 mai 2012 sur la grande Nive sur le parcours no-kill de Saint-Martin-d’Arrossa. Organisé par l’AAPPMA de la Nive et l’Office de tourisme de Saint-Jean-Pied-de-Port dans le cadre d’un programme transfrontalier avec l’Espagne, l’évènement se déroulera simultanément au bord de la rivière (animations pêche, démonstrations de professionnels, parcours de lancer ou encore banc d’essais) et dans un lieu couvert avec de nombreux exposants. Vous pourrez y rencontrer les principaux acteurs pêche du département, ainsi que des professionnels (guides, compétiteurs, détaillants, etc.). L’entrée est gratuite, alors n’hésitez pas à faire un tour dans ce tout nouveau salon si vous êtes dans la région. Bonne chance donc à ce tout nouvel évènement halieutique !

     

    Renseignements :

    www.aappma-delanive.fr