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Catégorie : Décalé
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Etats-Unis Pêche à la mouche dans les parcs nationaux d’Amerique d’Est en Ouest
Le tout premier guide de pêche à la mouche dans les parcs nationaux des Etats-Unis est enfin disponible. Eh oui, cela n’avait jamais été fait ! 25 National Parks to Fly Fish a été écrit et édité par Wendy et Terry Gunn et Bennett Mintz, alors que l’introduction revient à Jonathan B Jarvis, le directeur du service des Parcs nationaux des USA. A propos de chaque parc, les chapitres ont été écrits par des guides, des propriétaires de magasins de pêche et des « out fitters » qui travaillent dans ces parcs ou aux alentours. On y trouve toutes les informations sur chaque parc : comment y accéder, quelles espèces peut-on y pêcher, les conseils sur les mouches, le matériel de pêche, les meilleures saisons, les accès aux rivières et aux lacs, ainsi que des photos et des cartes détaillées, les centres d’urgence médicale les plus proches, etc. Parmi les 57 parcs nationaux que comptent les Etats–Unis, 29 proposent des possibilités de pêcher à la mouche en eau douce ou en eau salée. Grace à ce livre, il est possible d’organiser un road trip de pêche à la mouche depuis le Nord Est, puis en direction du Sud en passant par le parc Shenandoah et en poursuivant jusqu’à l’Ouest.
”La pêche à la mouche est depuis longtemps une tradition dans certains parcs nationaux mais il existe aussi des parcs célèbres essentiellement connus pour le rafting, la randonnée, l’escalade, le tourisme en général…. Et dont la plupart des pêcheurs ignore les possibilités de pêche exceptionnelle ”, explique l’éditeur Robert Clouser. Le Conagree National Park dans la Caroline du Sud près de Columbia est une région de marécages avec une grande variété d’espèces de poissons. On y trouve un grand nombre de black-bass. Au printemps des « stripers » (bars rayés) qui peuvent atteindre les 40 livres, remontent la rivière Conagree pour frayer puis migrent vers la rivière Saluda pour y passer l’été. Il en est de même pour le Parc National d’Acadia dans le Maine, qui accueille 2,5 millions de visiteurs chaque année mais qui est oublié des pêcheurs. Pourtant dans ces 22 lacs et plans d’eaux on peut y pêcher des ombles autochtones, des truites de lac, des ouananiches (saumons d’eau douce), des black-bass mais aussi pêcher en eau salée des bluefish, des maquereaux ou des bars rayés. Si les auteurs ont écrit un chapitre sur chaque parc, le Yellowstone National Park du fait de sa taille et du nombre de rivières et lacs à pêcher à l’intérieur et aux alentours a exigé quatre chapitres pour être décrit !
Prix conseillé : 32.95 dollars
Stonefly Press www.stoneflypress.com

APNLE, reprise des cours en septembre
Le Club mouche APNLE (Amicale de Pêche de Neuilly Levallois et Environs) reprendra ses activités à partir de début septembre 2016. Les cours de lancer reprendront le samedi 3 septembre 2016 à 10 heures à l’étang de l’Abbaye près du pont de Suresnes, (ils ont lieu les samedis, dimanches et lundis de 10h00 à 12h00 de septembre à mars). Les cours de montage de mouches reprendront le vendredi 7 octobre à 20 heures à la Maison de la Pêche et de la Nature sur l’île de la Jatte, (les vendredis de 20h00 à 22h00 d’octobre à mars). Pour marquer ce début de saison le Club sera présent les 17 et 18 septembre 2016 entre 10h00 et 18h00 au festival Pêche en Seine qui se tiendra à la Maison de la Pêche de Levallois sur l’île de la Jatte : atelier de montage de mouches, lancer sur cible, présentation du Club Mouche APNLE. Adresse Postale : Maison de la Pêche et de la Nature – 22, allée Claude Monet 92300 Levallois.
Centre d’entraînement du club mouche : Chemin de l’Abbaye, Bois de Boulogne 75016 Paris.
Mail : [email protected] Site : www.clubmoucheapnle.fr
Tél. : 01 42 24 18 95 (aux heures des cours de lancer).

Stage Spey cast avec Jean-Batiste Vidal chez Loisirs et Pêche à Annecy
Le magasin Loisirs et Pêche à Annecy (ex maison Maillet) accueillera le guide de pêche international Jean-Batiste Vidal pour un stage de lancer en Spey cast. Ce stage a pour but de mieux comprendre ce type de lancer pratiqué avec une canne à deux mains, une canne “switch” ou même une canne à une main. Au programme : lancer roulé, roulé sauté, single et double Spey, snap T, circle C ou snake roll). Une bonne préparation avant un voyage de pêche au saumon ou pour apprendre les différents types de lancers roulés qui peuvent être mis à profit lorsqu’on pêche la truite ou la truite de mer. Dates retenues : le samedi 25 et le dimanche 26 Juin sur le Chéran et le Rhône. Parties théoriques en salle et pratiques sur le terrain. Le stage sera l’occasion de tester des cannes et moulinets Sage ainsi que des soies Rio adaptés aux conditions de pêche pendant toute la durée du stage.
Renseignements et inscriptions : Loisirs et Pêche à Annecy. Tél. : 04 50 67 18 64. E-mail : [email protected]

La pêche autrement avec Emotion Pêche
Depuis dix ans, l’association Emotion Pêche développe le tourisme pêche sur les rivières et les lacs de Haute-Loire pour proposer des séjours de pêche adaptés à tous niveaux : – Des stages de pêche pour les jeunes (de 11 à 17 ans) se déroulent sur les vacances scolaires, d’avril, d’été et de toussaint. Ces cessions sont spécialisées sur l’apprentissage de la pêche à la mouche, aux appâts naturels ou des carnassiers. Les quatre participants sont encadrés par deux moniteurs diplômés d’un brevet d’État. – Des hébergements originaux leurs sont proposés (au mois d’août sous tente nomade). Les adultes passionnés de pêche à la mouche peuvent également venir s’initier ou se perfectionner sur les secteurs de pêche sauvages de la haute vallée de la Loire et du haut Allier. – Un programme adapté à leur niveaux leur permettant de progresser en matière de connaissance du matériel, gestuelle de lancer, fabrication de bas de ligne et de mouche, pêche en sèche, nymphe ou noyée. – Pour les aventuriers, l’association a mis en place des séjours trappeur de pêche en canoë sur le haut Allier ou à cheval au fil de la Loire sauvage. Deux jours en immersion total au coeur de la nature préservée avec en prime, un bivouac sous tente au bord de l’eau. – Une nouveauté pour cette année, l’association organise des séjours “gastronomie et pêche“ en partenariat avec La Table des Douceurs de Brigitte Delaporte à Saint-Arcons-de-Barges et l’hôtel la Découverte de Régis et Jacques Marcon à Saint- Bonnet-le-Froid. Au programme pour les pêcheurs et leurs accompagnants : cours de cuisine, espace bien être et pêche à la mouche sur le haut Lignon.
www.emotionpeche.com

Patagonie : Les plus grosses truites du monde
Logé au bout de la Patagonie argentine, perdu dans une immensité désertique où tous les peuples qui ont tenté d’y vivre ont fini par fuir, le lac Strobel renferme des truites arcs-en-ciel parmi les plus grosses au monde. On pourrait croire ces eaux stériles, pourtant elles grouillent de vie. Ces truites monstrueuses prennent la mouche dans tous les sens du terme, car le challenge n’est pas de les faire mordre (encore que…), mais de gérer leur phénoménale puissance !
Cela fait quatre heures que nous roulons plein nord sur la célèbre « ruta 40” qui traverse l’Argentine du nord au sud. Partis d’El Calafate, petite ville en expansion qui a été durant des décennies un minuscule hameau où les estancias de la région apportaient par charrette leurs stocks de laine, elle est devenue le point de départ pour la visite du célèbre glacier Perito Moreno et du massif du Fitzroy mais aussi pour quelques célèbres destinations de pêche. Les sommets enneigés défilent à quelques dizaines de kilomètres et offrent durant une grande partie du voyage un panorama grandiose exempt du moindre nuage. Puis, après avoir bifurqué sur une piste, nous grimpons durant une bonne heure jusqu’à un immense plateau à 700 à 800 m d’altitude, semi-désertique, désolé et balayé par les vents et justement appelé la “meseta del viento”. Au milieu de ces champs de pierres, il n’y a pas âme qui vive, seuls sur quelques mamelons des guanacos envoyés en sentinelle sont prêts à donner l’alerte au troupeau.
Pourtant, depuis longtemps ils n’ont plus à craindre l’homme et plus particulièrement les Amérindiens Tehuelches qui ont déserté ce lieu, qui était leur principal territoire de chasse, depuis 2000 ans, dès le début de la période de sècheresse qui sévit toujours. Depuis, cet endroit inhospitalier est devenu le moins peuplé d’Argentine. Obstacle après obstacle, cahin-caha, le pick-up bringuebalant poursuit durant une heure son chemin à petits pas jusqu’au lodge Laguna Verde, notre destination au milieu de nulle part. Une collation avalée à la va-vite et nous revoilà avec notre guide Christian, toujours au volant en direction du célèbre Lago Strobel que nous apercevons très vite en contrebas de la piste : immense lac gris plomb, sinistre, agité par le vent qui s’est subitement levé. Ceinturé par de noires falaises basaltiques par endroit effondrées en éboulis formant un véritable chaos rocheux lunaire, ce cliché argentique en noir et blanc, oublié du monde et justement surnommé Jurassic lake, n’a vraiment Laguna Verde en contre-bas de magnifiques gobages. Comme si on s’était donné le mot et certainement par pure superstition, personne n’ose parler de cette accalmie qui ne saurait durer… Le petit-déjeuner à peine pris, me voilà dissimulé tant bien que mal derrière un haut rocher qui surplombe les eaux cristallines et d’où j’aperçois à bonne distance une belle truite qui vient vers moi ; je lui offre un met royal, une“prince”, petite nymphe noire aux pattes en fins élastiques noirs qui s’agitent au moindre mouvement ; fine gueule, elle n’en fait qu’une bouchée, mais piquée par je ne sais quelle mouche,

Génération Tourmalet
« Saisissez le leurre, vous serez appâtés ! » (de campagne)
A la lecture du slogan imaginé par les créatifs de la pub « pêche sur le tour de France », je demande un contrôle anti dopage surprise. EPO, moquette, injection, fumette, pot belge ? Mais que fait la police ! On en saura plus le 18 mai, car on nous donne RDV ce jour là pour nous annoncer sans doute la composition des équipes, en nous demandant de nous « préparer à parler du tour de France autrement !!! ». Amis pêcheurs à bientôt donc dans l’Aubisque (de homard). Coût de l’opération : près d’un million d’euros financé avec l’argent des pêcheurs. Ça fait cher le nouveau pêcheur !
La mort du père Hoydrie
Il va nous manquer le Rodger… Avec Roger Hoydrie, mort à 91 ans, disparait une légende de la pêche en eau douce. Evocation.
Rodger ! Si je me souviens bien, c’est sur l’Umpqua, à l’été 1988 que nous avons commencé à l’appeler ainsi, les guides de l’Orégon étant incapables de prononcer Roger sans y rajouter un d entre les deux syllabes… prononciation qui me rappelait quand à l’âge de neuf ou dix ans, nous regardions avec mes frères le jeudi après midi à la télévision, les aventures du célèbre cowboy à chemises pailletées : Roy Rogers. Prononcez là aussi Rodgers… C’est ainsi que Roger, dans l’Orégon est devenu Rodger et l’est resté pour beaucoup d’entre nous… Il fut pourtant beaucoup plus un héros de roman célinien ou de film de Renoir comme dans “la règle du jeu”, qu’un cow-boy d’opérette. Pour revenir à l’Umpqua il aimait partir pour la journée, le long du “trail” (le sentier qui longe la rivière sur la rive gauche et qui relie deux ponts distants de 30 km), là où il n’y a pas d’humains. Car il se méfiait de ce qui est trop humain. Il aimait les “rares” comme il qualifiait ceux qui avaient à ses yeux quelque chose de différent… “Gentil n’a qu’un oeil” avait-il également l’habitude de répéter car il était comme Ferdinand Bardamu revenu de tout. Enfant de l’Assistance Publique, il avait connu et vécu le pire plus que le meilleur auprès des adultes “humains” et c’est auprès des poissons, dans la solitude de la pêche à la ligne puis plus tard, au filet qu’il se ressourçait.
Champion, avant guerre, de l’Amicale des pêcheurs de Puteaux, qui comptait 2400 membres à l’époque, il passait ses nuits à lancer l’épervier sous les lumières des ponts de Paris, qui attiraient les ablettes et goujons, revendus à partir de cinq heures du matin aux mandataires des Halles ou livrés directement aux guinguettes des bords de Marne et à partir de huit heures, il s’entraînait sur les quais de Puteaux et de Suresnes, à faire plus de 200 ablettes à l’heure à la pâte ou plus de 60 gardons au chènevis, en vue des concours. Comme il avait été sélectionné pour la grande finale Violet-Byrrh, qui avait lieu tous les ans en juin sur le quai de la Tournelle, face à Notre Dame, il était suivi par une petite troupe d’admirateurs, qui l’encourageaient à maintenir la cadence. A huit ou neuf ans, placé chez un fermier de pêche au bord de l’Allier, il faisait l’école buissonnière, pour aller à pied au café du village, à plus de quatre kilomètres acheter un hameçon à palette, qu’il montait ensuite sur un crin de cheval arraché à la queue du hongre de la ferme. Et quand on accrochait la ligne dans le fond, on se déshabillait

Le mystère de l’ultraviolet
A force de chercher le leurre, l’appât ou la mouche miracle, on aurait pu penser que c’était peine perdue, que de nos jours, tout a été vu et revu. Et bien non et pour cause, car certaines choses sont invisibles pour nous. Pour nous, mais pas forcément pour les poissons ! C’est le cas des ultraviolets, une couleur ou une lumière – on ne sait pas trop – qui plaît beaucoup à certaines espèces. Le petit monde de la pêche ne va pas tarder à se trouver tout excité par cette trouvaille très récente. Mais avant de voir tout et n’importe quoi mis à la sauce UV, essayons de mieux comprendre l’invisible.
Le spectre lumineux qu’on peut observer lors d’un arc-en-ciel, affiche toujours les couleurs dans le même ordre : rouge, jaune, vert, bleu et enfin le violet. Entre chaque couleur, on devine des teintes intermédiaires comme l’orange entre le rouge et le jaune, le “chartreux” entre le jaune et le vert ou le “turquoise” entre le vert et le bleu, mais en bout de piste, on ne voit pas ce qui succède au violet. On notera que le noir et le blanc n’apparaissent pas dans un arc-en-ciel. Sans jouer au scientifique amateur qui lit à travers le fond de sa barque, j’essaie simplement d’admettre la théorie retenue par l’Education Nationale qui explique aux enfants que le soleil produit une lumière blanche dont les couleurs de l’arc-en-ciel sont lacomposition et qui apparaît sous forme de rayon lumineux à travers un prisme formé par les gouttes de pluie. D’un point de vue scientifique, le blanc n’est donc pas une couleur. Le noir ne l’est pas plus aux yeux de la science, car aucune lumière ne lui parvient. Cet article frise le surnaturel, l’incompréhensible, l’inimaginable et pourtant, notre vision des couleurs n’est jamais que l’interprétation que notre cerveau fait de ce que nos yeux perçoivent et uniquement de cela. En théorie, le noir devrait se situer après le violet dans l’arc-en-ciel. En réalité ce sont les ultraviolets, cette lumière invisible pour nous, de très faible longueur d’onde en marge du spectre qui succède au violet. Environ 5% de la lumière du soleil est composée d’UV dont 99 % de ceux qui atteignent la terre sont des UVA, le reste étant des UVB et quasiment pas d’UVC. Ces ultraviolets différents sont de longueurs d’ondes variables exprimées en nanomètres par les spécialistes.
Les UV, une couleur ou une lumière aux yeux des poissons ?Les ultraviolets sont observables à l’aide d’une lampe fluorescente bleutée comme celles utilisées pour faire sécher les résines dont se servent les monteurs de mouches. Sans cette lampe, il est impossible de les déceler. Si de nos jours, on connait la différence anatomique qui différencie nos yeux de ceux des poissons, bien malin celui qui peut affirmer ce que voit un poisson. Les pêcheurs que nous sommes ne le savent pas non plus, mais à force de leur faire passer sous le nez tout et n’importe quoi pour essayer de les séduire, on finit par comprendre que ces animaux distinguent d’infimes différences de teintes, qui ne sont sans doute que des nuances de gris. Même si les yeux de certains poissons possèdent des cônes, ce qui permet en théorie de distinguer les couleurs, nul

De la combativité des poissons de sport
Bonnes feuilles : « BIG GAME FISHING » . Cela fait bien 50 ans que Pierre Affre et le Big Game Fishing vivent une intense histoire d’amour. Cela tombe bien, “Docteur saumon” célèbre à sa façon ces noces d’or, avec ce très beau livre anniverasire à dévorer sans modération
Quels sont les plus forts ou les plus combatifs poissons des océans ? Lesquels sur le podium seraient aux trois premières places ? Tout d’abord il faut comparer ce qui est comparable. Une carangue ou une liche de vingt kilos, ne combattent pas au bout d’une ligne, dans la même catégorie qu’un thon ou un marlin de deux cents kilos.
Mais essayons à poids égal (pound for pound, livre pour livre, disent les Anglo-Saxons) de classer selon leur combativité, les principaux poissons que nous recherchons. Cette combativité ne dépend pas seulement de leur poids ou de leur taille, mais dans une grande mesure de leur vitesse de nage, de leur endurance, de leur aptitude au saut, de leur pugnacité, de l’endroit où nous les combattons, de la température de l’eau et de bien d’autres facteurs encore.
La vitesse de nage : ce sont deux français le Dr Magnan et le célèbre physiologiste Houssay, qui les premiers imaginèrent et réalisèrent un appareil capable de mesurer la vitesse de nage des poissons. Le requin bleu fut ainsi chronométré à 11 m/s (soit près de 40 km/h) et la truite à 4 m/s (15 km/h). En vitesse de pointe, le rouget grondin lui, ne dépasse pas les 2 ou 3 km/h (0,5 m/s). Ces expériences réalisées juste avant la première guerre mondiale, furent présentées au Congrès des Sociétés Savantes en 1914. Depuis, des études cinétiques modernes ont confirmé ces résultats et permis de mesurer pour certains poissons des vitesses de pointe absolument phénoménales. L’espadon voilier et les marlins sont capables d’accélérations les faisant passer de zéro à 80 km/h en quelques secondes. Une fois lancés, les thons peuvent également atteindre ces vitesses et lors de longues migrations, maintenir des vitesses de croisière de 50 km/h.

Lee Wulff, probablement
le plus grand pêcheur
à la mouche de tous
les temps, avec un tarpon
de près de 100 livres, pris
sur les flats d’Islamorada,
avec une canne en fibre
de verre et un moulinet
sans frein.Il est également important de se rappeler qu’à température de milieu égale, les grandes espèces nageront plus vite que les petites et qu’au sein d’une même espèce, les grands sujets plus vite que les petits. La règle est également vraie pour les sous-marins ou les navires : plus ils seront longs, à puissance proportionnelle égale, plus ils iront vite. Il n’est donc pas étonnant que les poissons les plus rapides des océans en soient également les plus longs, marlins, espadons, requins, thonidés. En fait, il faut ici considérer deux grands cas de figure : les champions de vitesse pure comme le wahoo ou le kingfish, espèces très effilées, sortes de croisement de thon et de barracuda et les champions de vitesse et d’endurance comme les grands thons ou l’espadon xiphias. En vitesse pure, le wahoo est imbattable, son nom vient d’ailleurs du fait qu’une fois ferré : wahoooo!!! Ce poisson a été chronométré en vitesse de fuite, à plus de 90 km/h, vitesse qu’il peut atteindre départ arrêté en moins de six secondes, mais qu’il ne peut maintenir très longtemps. Tout en longueur, parfaitement profilé, le wahoo ne possède pas cependant un rapport poids-longueur suffisant lui assurant également l’endurance. Plus intéressant nous apparaît le cas des grands marlins, de l’espadon xiphias, des grands thons ou du requin mako, tous poissons qui peuvent atteindre en pointe une vitesse de plus de 70 km/h, mais surtout qui peuvent maintenir pendant de longues minutes une vitesse de 50 à 60 km/h. Ce sont eux, les plus grands combattants des océans.
Mais parmi les espèces marines, il ne faudrait pas passer sous silence le bonefish, le permit ou les carangues sous prétexte qu’ils n’atteignent pas de très grandes tailles. En vitesse de fuite, le bonefish peut atteindre les 60 km/h, mais ne peut maintenir cette vélocité très longtemps. Il lui manque en effet la masse musculaire. Ce n’est pas le cas du permit (grande trachinote) capable d’enchaîner pendant une demi-heure, des « rushs » de plusieurs centaines de mètres à près de 50 km/h de moyenne. Pour une espèce dont le poids moyen peut être évalué à 20 livres, c’est tout bonnement phénoménal, et livre pour livre, comme disent les pêcheurs américains, Je ne pense pas que ce poisson ait d’autre prétendant sérieux au titre de champion des poissons de sport alliant la vitesse, l’endurance et l’intelligence du combat. S’il y a, ne serait-ce qu’une éponge, ou un morceau de corail sur un flat de centaines d’hectares de sable blanc, vous pouvez être sûr que le permit que vous avez ferré ira y entourer la ligne.
À titre de comparaison, les espèces d’eau douce tempérées font plutôt pâle figure et les trois seules qui pourraient encore s’aligner dans des sélections mais n’arriveraient pas de toute façon au stade des éliminatoires, sont en fait des poissons amphihalins, qui effectuent leur phase de grossissement dans le milieu marin. Il s’agit bien évidemment du saumon atlantique, de la steelhead et de la truite de mer. En vitesse de fuite maximale, ces trois espèces peuvent atteindre 28 ou 30 km/h, mais au bout d’une ligne, remorquant une soie et du backing, même en descendant un fort courant, il est fort peu probable qu’elles atteignent plus de 20 km/h… Alors la prochaine fois que vous entendrez raconter par un pêcheur qu’il s’est fait vider son moulinet par un saumon qui lui a pris toute la soie et 150 mètres de backing en moins de dix secondes, ce qui ferait du 72 km/h, vous lui demanderez s’il a jamais accroché son bas de ligne au pare-chocs arrière d’une automobile filant à seulement 36 km/h. S’il tente l’expérience, il y a fort à parier qu’il regardera un peu mieux l’aiguille des secondes la prochaine fois, qu’un saumon voudra lui dérouler son backing.
L’endurance : Dans certaines espèces, l’endurance est un facteur plus important de combativité que la vitesse de nage, notera qu’elle est également proportionnelle à la taille du poisson mais inversement proportionnelle à la température de l’eau. Ce dernier point s’explique par le fait qu’à une température plus élevée correspond une vitesse de fuite (ou simplement de nage) plus importante et partant une déplétion plus rapide des réserves en glycogène des muscles. D’où une endurance plus faible. En règle générale tant qu’un poisson ne dépasse pas sa vitesse de croisière, il ne puise pas dans les réserves de glycogène stockées dans ses muscles et peut donc surtout pour les grands voyageurs comme le thon ou le saumon nager pendant des heures, voire des jours ou des semaines sans se reposer, en oxygénant simplement ses muscles et en brûlant ses réserves de graisse.

Le thon rouge est un des grands poissons
de sport les plus puissants et endurant…Ce n’est que lorsqu’il atteint et doit maintenir (lors du combat avec un pêcheur) une vitesse de fuite qui est en général de deux à trois fois supérieure à sa vitesse maximale de croisière, qu’un poisson puise dans ses réserves de glycogène et par là s’épuise. Quand il a trop puisé dans ses réserves de glycogène, l’espadon choisit pour continuer le combat avec un pêcheur, une couche d’eau plus ou moins profonde et donc plus ou moins fraîche, où la température luipermettra d’économiser son glycogène. Comme, fait rare chez les poissons, il ne possède pas de vessie natatoire, il lui sera facile de se maintenir à cette profondeur adéquate, sans avoir à ajuster la pression des gaz dansla vessie. Zane Grey, qui a combattu de nombreux espadons, affirme qu’au moins deux fois, passées dix heures de lutte, et alors qu’il lui était impossible de remonter, ne serait-ce que de quelques tours de bobine, ces deux espadons qu’il avait ferré en surface, il sentit plusieurs fois, transmis par la ligne, oh combien tendue, les très nets coups d’épée donnés d’estoc, suivis des mouvements de mâchoires de ces poissons, qui pour conserver leurs forces, frappaient dans des bancs denses de calmars ou d’autres proies, rencontrés en cours de bagarre. Alors que lui-même était à bout de forces, les deux fois, il préféra abandonner le combat et tira son chapeau à ces grands gladiateurs des océans,qui continuaient de se nourrirau bout de sa ligne.
Pour avoir combattu sur tippet de 15 livres (le 20 livres n’était pas autorisé pour la mouche en 1978, et le passage aux kilogrammes non encore effectué par l’Igfa, qui donnerait des tippets de 16 livres par la suite…), durant trois heures et quarante minutes, à Homossassa, un grand tarpon estimé à nettement plus de 200 livres, et alors qu’à partir d’une heure de bagarre, j’ai réussi trois fois à rentrer le bas-de-ligne dans les anneaux du scion, et donc que la queue de ce poisson battait tout contre la proue de notre « Side Winder 17 », chaque fois qu’il réussissait à prendre en surface, une grande goulée d’air atmosphérique, il me reprenait trente à cinquante mètres de ligne, qu’il me fallait ensuite plus d’une demi heure pour rembobiner sur mon Sea Master direct drive. Contrairement à l’espadon, le tarpon possède une grande vessie natatoire dont la paroi dorsale est tapissée de tissus spongieux très irrigués par des vaisseaux sanguins et qui fait office de véritable poumon.
Les tarpons, quand ils combattent au bout d’une ligne et ont besoin de réoxygéner leurs muscles, ou simplement quand ils croisent dans l’eau de lagunes tropicales pauvres en oxygène dissous, viennent ainsi « rouler » en surface à intervalles réguliers, pour absorber grâce à ce poumon, directement de l’air atmosphérique. Pour le pêcheur, quand le poisson n’est pas trop gros, il faut en plongeant le scion dans l’eau et en effectuant une tirée sur le côté et vers le bas, l’empêcher de sortir la tête hors de la surface et donc de prendre sa goulée d’air. Ce que je ne pouvais faire avec cet énorme poisson. Bien sûr les trois fois où j’ai rentré mon bas de ligne, et qu’il nageait tranquillement devant notre proue, mon ami Bruce aurait pu le gaffer, avec pour seul résultat, nous le savions, d’être éjecté par-dessus bord, pour de toutes façons perdre ce poisson, qui aurait fini, dévoré par les requins. Notre seule chance de gagner la bagarre et de faire homologuer cette capture, était d’arriver à lui tourner la tête et de le gaffer dans sa vaste gueule, tout en maintenant la pointe de la gaffe contre la fibre de verre de la coque… Au bout donc de trois heures quarante et alors que la moitié de la petite flottille d’Homossassa, tenue au courant de la taille de ce poisson par CB radio, nous accompagnait, lors de ma troisième tentative pour lui tourner la gueule, le tippet de 15 livres finit par casser…
Pour comparer sérieusement la combativité de différentes espèces, il aurait fallu parler de bien d’autres choses. De l’âge des poissons, car ce ne sont pas les plus gros, souvent les plus âgés, qui se défendent forcément le mieux. De leur état physiologique, une grosse femelle marlin noire au ventre alourdi par des millions d’oeufs, ne se défendra pas autant qu’un petit mâle nerveux de la même espèce. Les thons géants, momentanément résidents du Golfe du Saint Laurent, qui se gavent de harengs, au point de s’engraisser de 30 à 40 kg par semaine, ne se défendront pas autant, qui plus est en eau froide, que les mêmes poissons quand ils étaient deux fois moins gros, lors de leur migration au large de Bimini. Les tarpons les plus pugnaces et surtout les plus acrobatiques, sont les sujets de 40 à 60 kg et non pas les grosses femelles pouvant peser le double de ce poids.
Le matériel que vous emploierez interviendra également dans l’appréciation de la combativité. Un espadon voilier ne pourra donner toute la mesure de sa vitesse et de ses acrobaties aériennes, sur une ligne de 50 ou de 80 livres. Opposons-lui une ligne de 12 ou 20 livres, et vous aurez la sensation de combattre un marlin de 300 livres sur ligne de 50. L’endroit où l’hameçon sera piqué aura une énorme influence sur la qualité du combat. Piqué dans le gosier, dans l’estomac ou dans la langue, il paralysera bien souvent votre adversaire. De ce point de vue, les hameçons cercles qui sont toujours piqués sur le bord des maxillaires, permettent non seulement de relâcher sans les blesser, tarpons ou poissons à rostre, mais surtout donnent à ces espèces l’occasion d’exprimer toute leur combativité au bout d’une ligne.
Enfin,la zone de pêche influera énormément sur la bagarre. La profondeur, la température de l’eau et son taux d’oxygène dissous, seront en faveur du pêcheur ou du poisson. Nous verrons qu’une même espèce : Thunnusthynnus, le thon rouge, ne se défendra pas du tout de la même façon, selon que vous l’aurez ferré au large de la Nouvelle Écosse ou dans le golfe du Lion.
Cliquez sur la couverture pour accéder à la fiche produit du livre « Big Game Fishing »

Bonnes feuilles : Confidences d’une Truite près d’un pont
C’est un grand livre que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui. Un conte philosophique, oeuvre de notre ami Jean-Christian Michel, philosophe, apiculteur, pêcheur et chroniqueur (vous mettez ça dans l’ordre que vous voulez) qui, une fois n’est pas coutume va vous obliger à réfléchir sur votre condition d’homo sapiens aquaticus. Son propos : faire parler une très vieille truite du Verdon qui a tout compris de la vie, de la sienne, de la vôtre et des flots qui bercent nos destins d’homme et de poissons. Un détail, la truite de Jean-Christian Michel est immortelle – comme celles de l’Olympe.
Un pêcheur de Vinon
Lui, c’est François. Il habite rue de l’église. En cette saison, il prend pieds sur la gravière à vingt heures dix. Il habite en face, alors il vient tous les soirs avec son labrador, sa musette et son lancer deux brins. Depuis vingt ans il lance un Rapala CD5 sans se lasser. François est un fidèle. Il aime les vibrations spécifiques à ce modèle. Il lance, il mouline, il mouline, hop, le machin sort de l’eau et il relance. C’est ainsi que se passent ses soirées. Quand le poignet fatigue, que le cerveau patine, il pose canne et musette et grille une Gauloise. Assis sur les galets, il caresse son chien puis il continue à pêcher. Dans les catalogues que connaissent bien les pêcheurs, son leurre fétiche est connu sous le nom de Rainbow trout. Si le chien et le leurre portent le même nom, c’est parce qu’il les aime vraiment. Il aurait pu appeler son labrador Arthur mais il a choisi Rainbow parce que pour un pêcheur au lancer c’est quand même plus parlant. Quand le quadrupède disparaît trop longtemps, François s’inquiète et appelle : « Rainbow ! Rainbow ! » et le chien qui était monté faire un tour sur le parking réapparaît au-dessus de la digue. Il le regarde en inclinant sa tête de bonne bête avant de se remettre à vadrouiller. François est alors en pêche pour une dizaine de lancers… Car une fois l’inventaire des crottes du jour terminé, Rainbow redescend sur la grève et entre dans l’eau. C’est la même histoire depuis sept ans. François lui dit alors : « Raimbow ! Non ! Pas dans l’eau ! » Mais les labradors, ça aime l’eau et il saute dans le bouillon. La pêche est terminée. Il est vingt heures vingt… mais François continue à pêcher et le chien qui le regarde vient se coucher sur les galets. Comme les autres pêcheurs du soir, François dit qu’il est là pour prendre le bon air. Ce n’est pas un frénétique de la canne à pêche, mais pourtant, une fois, il a bien failli me coincer. J’étais dans l’eau blanche, sous l’arche du milieu, à l’endroit où les courants se rejoignent. Je regardais l’eau retournée par la chute. Les volutes de bulles se déliaient autour de moi avec des gestes de danseuse. C’était juste en dessous de la cascade, je ne voyais que du blanc. Posées entre deux blocs, près de moi, il y avait plusieurs perchettes qui se comptaient les rayures avec l’air propre aux membres de cette espèce de toujours faire la gueule à quelqu’un (ces animaux pourraient se faire embaucher à la Poste).
A l’aube, sur la gravière, j’avais fait bombance pour au moins trois jours : une ventrée de gammares tous frais, cueillis du matin et croqués tartare avant que pointe le soleil. Des gammares, il y en a partout. Ces petits crustacés sont mon pain quotidien. Un peu comme si dans les rues de vos villes des pièces de monnaie courraient sur les murs à la place des fourmis et qu’il n’y avait qu’à tendre la main pour les ramasser. Je n’aime pas les perches à cause de leur sans-gêne (je ne parle pas du goût car malgré la cuirasse et les épines ce sont des créatures délicieuses). Elles ont le don de se coller à vous comme les moustiques et vous regardent de travers pendant des heures avec leurs petits yeux méchants. Depuis un moment, elles se faisaient la guerre autour de moi. Elles me prenaient pour une rampe de skate. Moi, je ne demandais rien à personne, je lisais paisiblement mon bouquin – Anthropologie du point de vue pragmatique j’en étais vers la fin – quand une effrontée s’est approchée pour me picorer un gammare contre le bec… Puis une autre s’est mise à lorgner sous ma pectorale : là, c’en était trop ! Je n’ai même pas pris la peine d‘incliner mon gros oeil pour leur signifier de dégager. C’était décidé : « la prochaine qui me touche, je la bouffe ! » Je ne sais pas comment François a fait son coup. Certainement à force de lancer, relancer et lancer encore… Bref, au moment où sa merdouille en plastique a touché l’eau, elle a dû être happée par un siphon et descendre à la verticale, sous l’eau blanche là où aucun leurre qui ne soit lesté d’une enclume ne peut couler. À moins que son poisson en plastique ne se soit accroché dans la mousse de la cascade et que le courant ait noyé le nylon avant que le triple ne se libère seul, emmenant le leurre contre mon nez… Bref, c’est une chose que je ne m’explique toujours pas – chance de cocu –, toujours est-il qu’au moment où j’ai senti une de ces saletés de perchettes picorer un gammare contre mon opercule de bécard, du même geste, j’ai envoyé valdinguer l’anthropologie et je me suis retournée façon Mohamed Ali et sans regarder j’ai balancé un uppercut bec fermé dans le machin pour lui apprendre à vivre et là… Horreur ! Piquée ! J’étais piquée ! Agrafée au-dessus du bec ! J’ai compris aussitôt le concours de circonstances (je ne me serais jamais laissée tromper par un machin aussi grossier) ! Je me suis roulée dans les galets comme un diable, secouant la tête et niant les évidences à la façon d’un homme politique obligé de s’expliquer. Par chance, le machin en plastique a giclé… Ouf ! François n’a rien compris. Son scion a tressauté deux fois comme quand la bavette du leurre ricoche sur les galets, mais, je peux vous dire que j’ai eu chaud. J’en fus quitte pour un pèlerinage à l’aplomb de la colline où les truites viennent pondre. La chapelle nichée dans les chênes verts qui dominent timidement la vallée est appelée Notre-Dame-des-oeufs – toutes les truites connaissent l’endroit, c’est à la fois notre Nativité et notre chemin de Compostelle. Nous y partons en procession une fois l’an. Sur la gravière où nous frayons, une fois que les copines et les copains eurent quitté les lieux, j’ai poussé du bout du museau un beau galet et j’y ai déposé dévotement un bouquet de porte-bois pour remercier… Un exvoto truite, quoi.
Liturgie de la vie
Plouf… Discrète comme un duvet tombé sur le courant, la mouche artificielle a percé la surface. Elle descend lentement, lentement dans le profond où je me tiens. Si la perfection liquide qui me sert de maison change les cailloux en diamants et les brindilles en colliers, elle m’annonce également le passage du leurre de multiples façons. Pourtant, Orion a tendu son piège loin, très loin de mes yeux. Il l’a fait si secrètement que je me demande parfois comment il fait pour savoir où se trouve sa nymphe tant la dérive est interminable… Mais moi, rien qu’à l’oreille, je connais le temps qu’elle va mettre pour apparaître devant mes yeux – peut-être fait-il de même ? – je sais alors qu’il ne faudra pas bouger d’un pouce. Quel drôle de jeu ! Je ne mordrai pas. Je connais le piège. Cent fois, il me l’a fait et il espère toujours… Là… Nous y sommes, je la vois ! Aujourd’hui, il me fait le coup de la pheasant tail : quelle idée originale ! Pour son anniversaire, je lui accorde parfois une attention, mais j’ai passé l’âge de ramasser tous ces pièges à truitelles ! Mais Orion n’apprend rien. À l’espoir démesuré succède une déception immense. Il a la bêtise des amoureux. Mille fois il se coincera les doigts dans la porte et mille fois il les remettra. Son imprévoyance est génétique. Vous dire les rhumes et les migraines que ce pauvre homme a endurés pour se retrouver face à moi dépasse l’entendement. Force de caractère ? Bêtise ? Impossible à démêler : couper l’écheveau serait le plus sage ! Mais laissons-lui encore un peu de temps. Il espérait m’attraper depuis si longtemps qu’il identifiait ma rivière à sa maison. Pauvre fou ! Pour peu, mes nageoires auraient gouverné ses soucis et ma peau servit de toile à sa tente ! Ne pouvait-il pas plutôt reconnaître qu’il avait envie de vivre comme une truite et se perdre dans les courants sans avoir de comptes à rendre ? Mais forcément, comme il n’a pas de nageoires… Le pauvre garçon ne pouvait certainement pas faire autrement que de se tourner vers moi… Mais je ne me sens pas coupable. Puisque c’était si important pour lui, il a bien fallu que j’apparaisse. Ce ne fut ni dans un buisson ni sur le chemin de Damas, mais dans un radier bien clair à la fin du printemps. Pourtant mon épiphanie n’a rien calmé : Orion est devenu insupportable.
Désagréable aux autres et à lui-même, mon ombre dansait en permanence dans les recoins de son regard. Il ne pensait qu’à moi, maigrissait, devenait insistant et sournois. Il fallait que cela cesse. Un matin, sa nymphe comme un papillon de cendres est descendue vers mes lèvres mais je jure que je n’ai pas mordu. Comment cette invisible saleté a pu glisser son dard entre mes dents ? Diable de pêcheur ! Ne pouvais-tu pas plutôt jouer au foot ? La balle damne l’homme, le fait indiscutable, mais franchement, un demeuré de plus ou de moins dans la gibecière de Satan, où serait la différence ? Bref, je me suis encore retrouvée attelée à un fil. Han, han, han… Et cette ficelle comme un carcan qu’il faut maintenant que je tire, non de non, han, han, han ! Orion est aux anges. Il croit frôler les bras de la déesse, il donne du fil. Son souffle retient l’air, l’émotion est palpable, le tempo pathétique. Tendue de son coeur à mon coeur, la ligne vole et fend l’eau et l’air : abîme et ciel liés par le bras d’un homme. Orion trébuche, se vautre, se relève. Quelle bagarre ! L’homme s’accroche à la canne comme s’il ne savait pas qu’il possédera toujours un coup de retard… Ses pas d’ivrogne heurtent les galets comme autant d’entraves à son rêve. Le dénouement est proche. Il n’est plus l’heure de tisser des liens. Il faut liquider. Nous sommes accrochés, mortellement accrochés et ce sabbat à contre-pied emporte vase, algues et roseaux. Quel cirque ! Le géant trébuche, s’enfonce au milieu des iris, se traîne à genoux : un vrai chemin de croix ! La canne brandie incruste un point d’interrogation immense dans le ciel – prière jetée ou anathème ? – elle nous fait loucher tous les deux mais bientôt j’entrevois l’issue ! Encore une passe ou deux… Mes armes sont affûtées ! Je sais qu’il doute et qu’il fait semblant de ne pas douter. Il se vautre encore et encore se relève. Pendable ! Le gilet plein d’eau, des têtards dans les oreilles : misère du pêcheur sans Dieu ! Il me suit en se traînant sur le flanc. Seul le scion courbé ose encore assumer l’illusion. Cette fois, il est touché ! La botte pédale dans la vase. Orion entrevoit la fin mais ne lâche pas. Le fil le retient à la vie tant que la canne est courbée.
Hourra ! La branche est en vue ! Un coup de rein, deux coups de queue… Non ! Trop court ! Cette maudite ficelle synthétique brise mon élan. Nan, nan, nan : je secoue la tête comme un garnement et file plein aval reprendre mon souffle. J’en profite : avant la mise à mort, je veux encore longer la berge et dévisager une dernière fois celui qui me défie. Le temps d’une lente passe, je plonge mon oeil immense dans ses yeux… Pas de chance : Orion porte des lunettes jaunes. Mon dieu qu’il semble idiot ! Mais malgré l’accoutrement ridicule, le visage ne ment pas : les joues tendues et la bouche entrouverte posent lentement dans sa chair le masque des défunts. Salut, juste pêcheur ! Ne perds pas espoir, tu n’y es pour rien ! Han, han, han : deux coups de reins, trois coups de queue, cette fois, je parviens à passer sous la branche ! Le fil s’éraille et la soie se coince : han, han, han, la canne se redresse. Niqué !
La turbine « Francis »
Le directeur de l’usine se nommait Otto Walt et logeait dans la cité radieuse qui touche l’usine. Des cousines l’avaient vu au Verdon, vers Castellane, deux années avant sa prise de fonction. À l’époque, il se promenait en maillot de bain et je crois qu’il était surtout là pour camper avec ses copains dans les « schön Gorges-du-Verdon ». Le lieu avait dû lui plaire (il n’était pas encore l’autoroute à touristes que l’on connaît). L’homme était revenu quelque temps après et cette fois il n’était plus reparti. Lui aussi jouait de la canne à pêche. Oh, pas souvent, mais à la belle saison, il n’était pas le dernier. Il était blond, j’aime beaucoup les blonds car je les repère en premier. En fin d’après-midi leurs cheveux ont quelque chose de magique. Ils dégagent une chaleur comparable aux ailes des éphémères. Au début, Walt était en mission. Il venait tous les ans bidouiller je ne sais quoi sur les turbines, une histoire de soudure pour recharger les pâles, il paraît. Quand je dis turbine, comprenez turbine « Francis ». Ce n’est pas une plaisanterie. Difficile de trouver nom plus stupide pour une moulinette à poissons. Pour une truite, la turbine Francis est le diable des eaux. Ca passe ou ça hache. C’est à cause d’elle que nous avons perdu l’amont. Et pour une truite, vous le savez, l’amont, c’est la vie, la terre des noces, celle des naissances et des morts, celle où même stériles et maigres nous faisons le voyage pour crever. Maintenant, lorsque nous pointons le nez vers l’amont, nous trouvons Francis pour nous dire non. Il faut voir ce que nous voyons. C’est à peine croyable. L’eau devient tueuse et sa violence se fait surnaturelle. Passera, passera pas ? On s’approche, on hésite, le nez presque collé aux pâles on attend. Les muscles s’affolent dans ce courant insensé. Le corps happé comprend le péril, mais les truites sont nées pour remonter. Nous ne pouvons pas avoir peur de l’amont. A-t-on déjà vu une mère tuer l’enfant qu’elle entraîne dans son giron ? Seuils, goulets, cascades, nous pouvons tout passer. Au pire, un grand revers de flanc nous jette à bas ou nous assomme contre un rocher mais il est écrit que nous devons nous y lancer à corps perdu. Alors nous nous lançons. Le coup de rein est apocalyptique. Francis la terreur tourne, grésille et crache. Son mugissement est une roulette russe à poissons. Un barillet à huit coups avec huit balles dedans. Mais il faut jouer. Il fait : « wouiit crêêve wouiit, wouiit crêêve wouiit, wouiit crêêve wouiit… », cela monte comme du dedans. Le béton ensorcelé est hypnotique. Il veut faire entrer notre tête dans sa pierre. Et toujours ce chant : « wouiit ». Les sirènes chantaient de même pour faire perdre tête à Ulysse mais nous, les truites, la turbine nous la fait perdre pour de bon : on y entre truite et on en ressort sushi. Contre elle, il n’existe que les statistiques. Alors nous prenons notre élan et nous nous jetons en serrant les nageoires. Et puis après nous voyons s’il y a encore quelque chose à voir. Les poissons de plus de trente centimètres finissent tous en confettis. Pourtant, un jour, un brochet d’un mètre est parvenu à passer entre les pâles… Personne ne sait comment il a fait son coup. Depuis, on le surnomme Jésus. Il coule des jours heureux en aval à manger nos morceaux.
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