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Catégorie : Décalé
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La vie privée des truites
Oui, les truites ont des sentiments, oui, elles peuvent ressentir de l’amour entre elles et, qui sait, trouver dans la compagnie de l’une et de l’autre un réconfort presque humain. En voici la preuve…
Par Jean-Christian Michel
Les truites font l’amour. Cette vérité s’est imposée à moi une fin d’après-midi d’hiver. Je ne parle pas de poissons creusant leur nid de gravier juste avant de perpétuer l’espèce, mais d’un comportement plus troublant. Qu’on veuille bien m’excuser si cette affirmation revient immanquablement à plaquer une interprétation humaine sur un comportement animal… L’animal n’est pas toujours du côté que l’on croit A plusieurs reprises, il y eut comme un bruit dans mon dos. Je l’entendais presque sans en être conscient. Mêlé au friselis de l’air, ce n’était presque rien, juste un bruit d’eau remuée, sans éclaboussure.
Je tournai la tête et les reflets tourmentés se remettaient juste en ordre à l’endroit où l’eau venait de bouger. Et puis au même endroit et presque aussitôt, un nouveau remous est apparu.
La surface prise de vertige et ridée par le vent s’entrouvrit pour me laisser percevoir une forme brune, celle d’une truite affairée à un drôle de manège. Elle tournait sur elle-même comme un chien se mordant la queue ou comme un bidon emporté par les eaux. Quand la brise a baissé, j’ai vu plus clair. Ce n’était pas une mais deux truites qui faisaient la ronde ! Le bécard avait empoigné la femelle entre l’adipeuse et la caudale et il la promenait doucement en la tenant avec sa gueule.
L’autre se laissait faire. Lorsqu’elle se recourbait vers lui, ils s’enroulaient et tournaient, tournaient comme si les formes de leurs corps voulaient se fondre. Quand sa partenaire se redressait, le bécard l’emportait lentement vers la surface, comme pour la pousser hors de l’eau, certainement afin qu’elle s’incline de nouveau vers lui et que leur ronde reprenne.
Ces deux êtres flottaient dans un rêve de truite. La gueule n’était plus une gueule mais une main, et le léger mordillement une caresse.
Tout se faisait avec une infinie précaution, presque avec douceur. J’ai alors compris qu’une gueule de truite, ce n’est pas seulement fait pour manger mais également pour toucher… Peut-être le début de la sensibilité au sens émotif du terme ! Les truites tournaient et moi je restais sur la berge. Et je ne savais pas si j’étais en proie à une hallucination ou si les farios avaient pour but de m’initier aux mystères de la Nature. Elles m’ont communiqué leur vertige. Par chance, il n’y avait pas de petits lapins roses pour mettre un point final aux doutes sur ma lucidité…
Mais il ne me semblait pas incongru qu’elles se mettent à parler, comme si par le seul fait de les voir nous étions désormais unis dans un verbe commun.
Et avec une douceur extrême le bécard a ouvert sa gueule blanche. Pas pour me dire ce qu’il fallait en penser, mais pour rendre la liberté à celle qui se garda bien de fuir, pour la bonne raison qu’elle n’était pas une proie mais une partenaire et que leur ronde n’était pas une lutte mais une danse.
La femelle ondulait maintenant devant lui en s’inclinant pour le regarder et pour l’inciter à pousser un peu plus loin leur jeu… L’instinct de reproduction avait entrouvert un espace de liberté où les truites se mélangeaient comme deux amants. Elles ne semblaient absolument pas commandées par le besoin mécanique de creuser un nid ou d’expulser des ovules. Elles s’enroulaient dans leurs caresses avec toute l’épaisseur de l’eau pour drap nuptial, se prenant, se relâchant, et s’entraînant un peu plus loin du bout du museau. Voir deux truites de cette taille était déjà inattendu. Mais le surnaturel de l’affaire résidait dans la lenteur de leurs mouvements.Ce n’est pas à ce rythme que vivent les truites que je connais. Peu à peu je commençais à me dire que leur comportement ne devait rien à “l’instinct” et que, dans cette parenthèse, j’avais devant moi deux êtres qui découvraient la liberté d’un tempo et d’un jeu les rapprochant de nous et les éloignant de l’animalité. Un malaise m’envahit. Je ne savais plus si je regardais deux poissons ou deux êtres presque humains. Mon oeil hésitait entre fascination, curiosité et voyeurisme. J’eus un doute… Craignant de franchir la ligne mal définie du porno halieutique, je laissai mes truites à leurs caresses et à la pudeur du soir.
En période d’ouverture, la féerie aurait vite été pliée : avec une aglia, une godille ou une nymphe, il y aurait bien eu un éveillé pour lancer dans le tas et grappiner l’une ou l’autre… Mais là, dans les coulisses de l’hiver, la ronde des truites pouvait durer mille ans. Et c’est peut-être ce qui s’est passé… L’ombre de la rivière s’est refermée sur leur secret.
L’héritage d’Henri Bresson
« Le sorcier de Vesoul » mort le 27 août dernier à l’age de 86 ans, ne s’est pas contenté d’inventer la french tricolore, l’une des plus célèbres mouches au monde, il a popularisé avant l’heure des matériels et une conception qui étaient très proches de celles des champions actuels. Seule différence, lui ne pêchait qu’en sèche.
par Vincent Lalu
La disparition d’Henri Bresson est une nouvelle occasion (elles ne sont pas si nombreuses) de se demander ce qui construit la légende des pêcheurs de légende. Des centaines, voire des milliers de pêcheurs à la mouche ont dans leur boîte quelques-unes des mouches, la french tricolore, la peute, la sauvage, qui ont servi de ciment à l’édification de cette légende. Et puis il y a les récits, les témoignages, la rumeur.
Cela a commencé dans les années soixante par un article du Reader Digest sobrement intitulé:
« l’homme qui voit les truites sous les pierres ». Puis il y a eu les exploits, les démonstrations : Bresson était d’abord un showman qui aimait le contact du public. Il avait compris, parmi les premiers que la pêche à la mouche peut être un spectacle et rien ne l’excitait plus que d’attaquer une truite difficile en plein soleil devant une demi-douzaine de spectateurs qui deviendraient ensuite les témoins, les apôtres de sa parole halieutique.
L’impact du livre que nous avons écrit ensemble* (plus de 20 000 exemplaires à ce jour en deux éditions ) a également contribué à faire d’Henri Bresson une icône de la pêche à la mouche.
Pourtant ce n’est pas cela qui fera de lui une figure incontournable de l’histoire des rivières francomtoises, une référence aussi importante que celle des grands anciens, anglais ou français de Halford à de Boisset, qui tous ont marqué leur époque. Ce qu’il faut retenir d’Henri Bresson c’est qu’il fut le précurseur des pêcheurs modernes et notamment de ceux dont il se croyait – à tort – le rival. Cette proximité s’est manifestée dans trois domaines : l’équipement, la lecture de la rivière et l’approche du poisson, autant dire dans les trois domaines où se fait encore plus aujourd’hui qu’hier la différence entre bons pêcheurs et pêcheurs moyens.L’équipement d’abord
Bresson a été l’un des premiers, peut-être le premier à comprendre qu’il fallait pêcher fin. A une époque où les moucheurs descendaient rarement en dessous du 16/100, (plus de 20 au coup du soir), lui ne dépassait que très rarement le 12/100, montant un bout de 16/100 uniquement pour attaquer les très gros poissons, sa réputation de brise tout ayant valu à la « tordue » d’être attaquée en 20/100. Très nouveau aussi pour l’époque, la longueur du bas de ligne. Bresson utilisait des pointes très longues (2 m pour un total de 5 à 6 m) alors que la tendance était plutôt au bas de ligne prêt à pêcher de moins de 3 m avec ou sans noeuds. Ce choix lui permettait de présenter ses fameuses mouches d’ensemble de façon parfaitement naturelle. Il avait ainsi très vite compris qu’une présentation rectiligne empêchait l’artificielle d’être pêchante sur plus de quelques dizaines de centimètres.
De toutes les mouches du « sorcier de Vesoul », celle qui incarne le mieux ce souci d’une allure naturelle propre à séduire d’abord les poissons avant de plaire aux pêcheurs est sans discussion possible la french tricolore, palmer génial qui selon la taille, la couleur du corps et la tonalité peut encore aujourd’hui développer un potentiel de séduction qui va de la mouche de mai (hameçon de 12 pour hackles clairs) à la fourmi (hameçon 18-20 pour hackles foncés). Avoir des french dans sa boîte est une sorte d’assurance tout risque qui permet de faire face à beaucoup de situations n’importe où dans le monde. En y ajoutant des jeck sedge de Mémé Devaux, des pheasant tail, deux trois gamares, quelques parachutes tchèques et autant de têtes oranges le pêcheur peut voyager tranquille.La lecture de la rivière
Bresson était plutôt un adepte de la mouche sèche mais sa façon d’aborder les poissons était déjà celle d’un spécialiste de la nymphe à vue. Il s’intéressait bien sûr aux gobages, mais pas seulement. Son exceptionnelle acuité visuelle (15/10 aux deux yeux) lui permettait d’attaquer surtout des truites et des ombres déjà en poste même s’ils n’étaient pas encore gobeurs. Son talent étant de les décider à prendre une mouche en surface quand ils étaient attablés sur des nymphes.
L’approche du poisson enfin
C’est dans ce domaine qu’il fut à mon sens le plus « sorcier ». Henri avait un côté attentif et discret que je n’ai pas rencontré souvent par la suite, sinon du côté des spécialistes de la grosse truite comme Boisson, Morillas ou Treille. Il n’entrait presque jamais dans l’eau et abordait les rives des rivières où il pêchait avec d’infinies précautions.
Son problème n’étant pas de pêcher amont ou aval mais d’avoir vu avant d’être vu. Il était ainsi capable de faire l’arbre mort pendant qu’une mémère venait tourner devant ses pieds puis de poser sa mouche très vite dans son dos avant de ferrer au passage suivant qui était très souvent le bon.
J’ai pensé au moment de sa mort à cet après-midi d’août où il m’avait ainsi fait une démonstration de pêche furtive des truites du Haut- Ognon, des poissons que le seul fait de poser le pied dans l’eau faisait déguerpir et qu’il parvenait lui à amadouer.
Et je me suis demandé si c’était ainsi, sur la pointe des pieds, qu’il était entré au paradis des pêcheurs…* Le Sorcier de Vesoul, ré-édition La Vie du Rail.

Rassemblement franco-suisse du 14 mai à Goumois
Après l’hécatombe piscicole sur la moyenne Loue en 2010 et les atteintes subies par le Doubs franco-suisse et l’Ain, eux aussi victimes de pollutions diverses et variées… Après avoir trop longtemps constaté la dégradation de nos milieux naturels et de nos rivières en particulier… quel que soit le côté de la frontière, il est désormais temps de nous mobiliser car nos rivières peuvent encore être sauvées. Les pollutions et les agressions dont sont victimes nos rivières ne sont pas irrémédiables, bien au contraire. Et la nature a déjà montré qu’elle pouvait reprendre ses droits. Nos actions doivent permettre de retrouver une harmonie entre l’homme et la nature en imposant une nouvelle donne sur les rivières du plateau jurassien. De la sauvegarde des truites sauvages à la préservation de la ressource en eau pour les générations futures, les enjeux de cette mobilisation sont nombreux.
A l’initiative d’associations suisses et françaises (collectif SOS Loue et Rivières comtoises, de Pro Natura, de la CPEPESC et de la société de pêche La Franco- Suisse), un rassemblement est donc organisé ce printemps à Goumois. D’autres associations sont intéressées pour rejoindre cet événement. Ce rassemblement se tiendra le samedi 14 mai 2011 à 14h30. Le rendez-vous est fixé sur le pont de Goumois. Cette journée se veut militante pour obliger nos dirigeants à prendre les décisions qui s’imposent en matière de lutte contre les pollutions. Mais elle sera aussi festive pour que chacun profite de cette belle vallée. Concernant la Loue, une manifestation sera également prévue au printemps dans l’esprit de “l’enterrement à Ornans” qui s’est déroulé l’an passé.
Tous les détails de l’organisation de ces manifestations seront disponibles en ligne dans les semaines à venir sur les sites Internet des associations à l’initiative du rassemblement.
www.arrete.net (collectif SOS Loue)
www.pronatura.ch/ju/
www.goumoispechesloisir.fr
www.cpepesc.org
Eloge du kelt
Le kelt et le Parkinson ont en commun d’aimer suffisamment la vie pour y croire toujours et encore. Itinéraires parallèles de deux héros qui confient leurs destins aux courants des rivières.
Par Vincent Lalu
Deux histoires parallèles, celle d’un homme, celle d’un poisson, deux histoires qui n’en font finalement qu’une tant elles parlent de la même chose qui est le combat pour la vie. J’ai rencontré les deux. Le poisson à la fin du printemps sur la Varzina, l’homme au début de l’automne à Goumois, lors des Farios de Pêches sportives. Le poisson était un kelt de plus d’un mètre en route vers son nouveau destin, l’homme un pêcheur atteint de la maladie de Parkinson qui faisait de son infortune une incitation puissante à profiter de l’existence.
Le kelt (je préfère son nom anglais à l’horrible “ravalé” français) est un saumon, en général une femelle qui a survécu à la terrible épreuve de la fraie et qui, après un hiver passé dans une fosse, se laisse glisser vers la mer au retour des beaux jours. Lorsqu’ils arrivent dans l’Atlantique où commencera leur nouvelle vie, les kelt ne sont pas en grande forme : ils n’ont plus que la peau sur les arêtes et constituent une proie facile pour les phoques et les flétans.
C’est d’ailleurs à cause de cette faiblesse que les pêcheurs leur manquent en général de respect.
Quand ils en parlent, c’est comme s’ils évoquaient une maladie honteuse, un secret inavouable, une grosse tuile : “Ah, l’horreur, il a pris un kelt. Une semaine de pêche pour un kelt.” Je revois l’ami Pepete, son superbe kelt épais comme une corde à sauter négligemment jeté sur l’épaule, marchant vers nous depuis le pool 45 de l’Hafralonsa, en Islande, d’un pas de consul romain en route vers son triomphe.
“Mais c’est un kelt… — Un quoi ? — Un kelt, Pepete, un kelt, tu nous as rapporté un kelt !” On lui disait ça sur le ton d’un type qui engueule son chien tout fier de rentrer à la maison avec un bout de charogne en travers de la gueule. Le kelt est pourtant un authentique héros, la vedette d’un remake du survivant. Un sursaumon comme on dirait d’un surhomme, tout ce dont on rêve qui fait les séries télé, les unes des magazines, alimente la saga du genre humain, l’histoire d’un type qui était en route pour le cimetière et que l’on retrouve dans une rave party l’année qui suit.
Mon premier kelt m’a donc plus ému que déçu. Il venait après deux jours de bredouille sur une rivière, la Varzina, où la bredouille n’existe pas (voir Pêches sportives n° 85). J’avais donc plutôt de la reconnaissance pour le kelt qui m’avait permis de ne pas trop oublier à quoi ressemblait un poisson.D’ailleurs il n’était pas mal, pas trop maigre, bâti comme deux saumons bretons ou quatre de la pisciculture de Chanteuge (Allier). Un kelt assez bien armé pour y retourner, dont je me suis demandé par la suite s’il était parvenu à échapper aux flétans. Au départ, le kelt est un saumon comme les autres, souvent donc une femelle, qui a grandi dans sa rivière puis grossi en mer pour devenir cette fusée d’argent qui remonte le courant de ses origines, le ventre précieusement gonflé des oeufs qui perpétueront l’espèce. Ce retour au bercail est rapide, quelques semaines seulement pour passer de la force de l’âge aux naufrages de la vieillesse. Chaque kilomètre parcouru, chaque pool franchi le rapproche d’un destin cruel : il va connaître presque simultanément les feux de l’amour et les cendres de la mort sans qu’il soit possible de dire à quel moment sa robe nuptiale se pare des couleurs du deuil.
La plupart des saumons vivent simultanément la fureur de la procréation et la tragédie du néant. Il n’y a pas chez eux de petite mort, l’amour et la mort ne font qu’un. Chez les mâles surtout, qui se bousculent plus que les femelles aux portes de l’enfer. Presque tous se décomposent de leur vivant dans une tragédie classique où les unités de temps, de lieu et d’action sont entrées en fusion.
Sauf que le kelt échappe à tout cela. Il est le rescapé. Il quitte la frayère quand elle devient un mouroir et retourne à la vie. Le kelt, c’est un petit bout d’immortalité qui descend la rivière.
Et c’est aussi en retournant vers une rivière (en l’occurrence le Doubs) que Georges-André Matile, né le 6 juin 1944, atteint de la maladie de Parkinson, a entrepris de se sauver.
Douze ans que cet ancien directeur commercial d’une entreprise de vente par correspondance de La Chaux-defonds (Suisse) lutte contre son mal, douze ans qu’il continue de pêcher, avec l’aide d’une bande de plus jeunes de la société de pêche dont il est président (La Gaule neuchâteloise).
“Ils sont là quand il y un noeud à faire, ou quand il faut passer le fil dans les anneaux, ou quand il manque 50 cm pour remonter sur la route.” Bob était un hyperactif, champion de planeur, spécialiste d’acrobatie aérienne, champion de Suisse de modèle réduit, motard confirmé sur sa Suzuki GSXR. Et puis, un jour, sa jambe s’est mise à trembler. Il a dû laisser le volant à sa collègue.
“Le premier jour ça a été compliqué. Elle oubliait systématiquement le clignotant. Et, moi, je n’osais rien dire. Et puis, à la fin de la journée, je n’ai pas pu m’empêcher… — Le clignotant, Ruth, le clignotant ! » — C’est pas le clignotant, Bob, c’est ton pied.” Et puis il a fallu arrêter de travailler, et arrêter beaucoup de choses encore. Tout ce qui faisait le quotidien d’un homme hyperactif. Tout, sauf la pêche. “La pêche, je savais que je m’adapterais.” Et il s’est adapté. Au lieu de pêcher des heures debout à la mouche, il s’est mis au poser.Au lieu de courir des kilomètres, il a appris à mieux choisir ses emplacements. A se placer sur le bon rocher pour gagner le concours de sa société de pêche : une truite de 1,830 kg à la maisonnette (larve de trichoptère) et un ombre de 48 cm à la nymphe.
“La passion, c’est plus fort que tout, que je pêche à la mouche ou au ver, peu importe. Ce qui compte, c’est de pêcher.” On pourrait dire de Bob que c’est une manière de kelt.
Comme un kelt, il fait de la résistance, comme un kelt, il ignore avec superbe les outrages que le destin lui inflige. De sa maladie, il fait une force. Il n’a jamais pêché autant qu’aujourd’hui.
Ses amis l’emmènent avec eux à l’autre bout du monde affronter les marlins de l’île Maurice. Et, le soir, quand ils font la fête à l’hôtel, on lui installe sa chaise sur le ponton et lui continue de pêcher le calamar à la turlutte.
“C’était rigolo de voir ces dames en robe de soirée se prendre des giclées d’encre malgré mes avertissements. J’ai même pêché des carangues en pédalo… Moi, je pêchais pendant que mon pote Thierry Christen pédalait. Du travail d’équipe.” Et qui marche. Ses plus gros poissons, c’est aujourd’hui qu’il les prend : un brochet de 1,20 m et 12,5 kg à Biaufonds, une truite de lac de 7 kg à l’embouchure du Seyon, deux truites de 4,5 kg pièce, une au Rapala, une au vif à Maison-Monsieur dans le Doubs. Et quatre truites encore le 15 janvier dernier, au ver, de 4,5 kg, 4,1 kg, 4 kg, et 3 kg, des truites de lac en transit en deuxième catégorie.
“Il m’arrive parfois de me dire : pourvu qu’il n’y en ait pas un trop gros qui morde…” Il ne fait aucun doute que les poissons ont été plus sympa avec Bob que les hommes le sont habituellement avec les kelts. Il semble qu’ils l’ont reconnu comme un des leurs. Il a la rage de vivre et l’énergie conquérante. Il en a aussi l’extrême faiblesse, les membres affaiblis et l’appréhension du futur. Mais la pêche, l’eau, ses courants, ses surprises, lui donnent cette incroyable force qui lui permet depuis douze ans de vivre avec sa maladie.
“Le dernier cadeau que la rivière m’a fait pesait 5,5 kg. C’était au printemps dernier dans le grand trou de la douane, au pont de Goumois. J’avais pêché un peu au vairon mort sans grande conviction et donc sans résultat.
— Tu dois être fatigué, me dit Jean-Claude Cachot, le patron de l’hôtel du même nom. Je vais te mettre une chaise à la terrasse, tu seras mieux pour pêcher.Aussitôt dit, aussitôt fait, je monte ma Shakespeare Mach 3XT avec du 18/100 sur mon Shimano et un bas de ligne de 14/100 en Teklon testé à 14,1 au micromètre. Le tout esché, cette fois, d’une nymphe à bille dorée suspendue sous un bouchon. Le Doubs était assez fort parce qu’ils turbinaient. Je lance ma ligne au milieu du trou pour une première coulée. Je rajuste mon fond. Et, au deuxième passage, ce fut “quine”, comme on dit au Loto. J’ai tout de suite compris qu’elle était grosse. Mais, au lieu de démarrer, elle se tortillait sur ellemême, se laissant même glisser vers le talus au fond du trou. Là, je me suis dit : profites-en bien, il n’y en a plus pour longtemps. Elle va prendre le courant et tout sera fini. Au lieu de quoi, elle se rapproche du bord et commence à remonter le long du mur au bout duquel j’étais installé. Un peu comme si elle voulait me saluer avant de s’en aller. Effectivement, arrivée à mon niveau, elle oblique à droite et replonge dans le trou. Je la suis, toujours aussi incrédule, mon 14/100 au contact, puis elle revient vers moi et se met à glisser gentiment le long du mur dans le sens du courant, exactement en direction de Canin, le fils Cachot, qui s’est posté avec une grande épuisette immergée. Et là, miracle, un rayon de soleil éclaire la rivière au moment où la truite passe au-dessus de la filoche. Je hurle : Go ! Canin relève l’épuisette. La truite est dedans. 11 livres pour 76 cm.” Dans un fauteuil. Salut l’artiste.

Le calendrier méditerranéen
DÉCEMBRE-JANVIER
Ce sont les meilleurs mois du jig. Le poisson est en transit vers les couches d’eau plus profondes, il fuit l’hiver, qu’il passera sous un manteau d’eau isotherme. Les principaux clients de ces deux mois d’hiver sont les grosses sérioles, les pélamides et les sabres.
AVRIL
La saison recommence avec le jig pour de nouveaux poissons comme les dentis et les pagres.
Mais on cherche aussi les pageots à la palengrotte.MAI
Pagres, dentis au jig, pageots à la palengrotte, premières tanudes (dorades grises au bibi).
JUIN
Sérioles, bars, dentis à la traîne lente au vif avec des sévereaux ou des orphies. Sérioles, dentis, sabres, pagres au jig. Pageots à la palengrotte. Tanudes et oblades au broumé.
JUILLET
Traîne lente au vif pour les sérioles derrière les îles, notamment dans les parages du Levant interdits par la Navale jusqu’au 30 juin. Barracudas à la traîne classique et dentis au jig dans la baie.
AOÛT
Comme en juillet, avec les sérioles qui viennent à leur tour croiser dans la baie, notamment autour de la Fourmigue et devant le cap Bénat.
SEPTEMBRE
Avec l’automne commence la belle saison. A tous poissons énumérés jusque-là s’ajoutent les pélamides en nombre suffisant pour qu’on les recherche à la fois à la traîne, au broumé et au lancer classique sur les chasses. C’est aussi le mois des premiers passages de bancs de daurades coryphènes.
OCTOBRE
Comme en septembre, à ceci près que les sérioles, s’étant gavées tout l’été, sont franchement plus grosses.
NOVEMBRE
Le mois où les vrais pêcheurs sont enfin seuls sur la mer, où une séance de traîne n’est pas gâchée par l’armada des plaisanciers. Un mois de transition où la traîne lente reprend ses droits, tout comme le jig à la recherche de poissons qui amorcent leur descente vers les grands fonds. Pélamides, sabres, sérioles, dentis. Et la pêche peut continuer ainsi jusqu’à Noël et même après. Le temps de présenter nos voeux à ces biens sympathiques poissons de Méditerranée.

Pêcher toute l’année en Méditerranée
Conséquence inattendue du réchauffement climatique, la Méditerranée voit sa population changer. On y observe depuis quelques années toutes sortes de poissons tropicaux que les pêcheurs sont bien contents de trouver à portée de TGV quand il fallait des heures d’avion et toutes sortes de certificats de vaccination pour espérer en capturer.
Par Vincent Lalu
Vincent Palun est un guide de pêche heureux. La climatologie lui permet de concilier deux rêves : pêcher la mer de son enfance et y attraper des poissons tout droit sortis de ses rêves caraïbes. Vincent pêche la baie du Lavandou depuis l’âge de 7 ans. Il en connaît tous les cailloux, les plateaux, les cassants, il sait où passe le poisson et quand il passe. La seule différence est que les poissons de son enfance ont grandi avec lui. Et la baie a accueilli pas mal d’immigrés : des barracudas, des maquereaux espagnols, des daurades coryphènes qui, en rejoignant les effectifs du bétail local (pagres, dentis, loups, sérioles, pélamides, bonitous, daurades royales et grisets, sabres et pageots), ont fait de cette destination de pêche une alternative de plus en plus crédible aux Bijagos et autres Nouadhibou. La zone de pêche entre et autour des îles d’Or et le Lavandou est à peu près aussi accidentée que le sont ces fameuses Préalpes du Sud dont elles sont la prolongation immergée. Ainsi les différences de niveau entre le cap Nègre et la pointe est du Levant dépassent parfois les 400 mètres, avec des dénivelés correspondant exactement à ceux que propose l’arrière-pays de la montagne des Maures.
Bien les explorer n’est pas donné au premier venu, avec ou sans sondeur. Les courants, les mouvements de la mer font que le poisson y a ses habitudes qu’il faut connaître pour éviter de chercher une aiguille dans une botte de foin, ce qui peut au bout d’un moment devenir lassant, surtout si l’on pêche au jig. D’où le recours à un guide de pêche, activité que Vincent Palun a commencé d’exercer il y a quelques mois seulement (après avoir travaillé dans une voilerie et avoir été responsable de magasin chez un détaillant d’articles de pêche). Il opère avec un Cap Camarat de 6,95 m équipé d’un 150 cv Yamaha quatre temps, bateau efficace pour pêcher en traîne lente (à moins de deux noeuds à l’heure), et une centrale de navigation (sondeur, GPS, carte) qui lui permet de retrouver facilement circuits et tenues du poisson. L’autre avantage de cet équipement étant qu’il permet de pêcher presque toute l’année. “Il n’y a en fait que février et mars qui sont des mois off, explique Vincent, j’en profite pour les réparations et l’entretien du bateau. Pour le reste de l’année, chaque mois a sa pêche et c’est bien agréable de varier les techniques, et donc les plaisirs…” Alors, pour les lecteurs de Pêches sportives, voici un petit échéancier des rendez-vous annuels avec les poissons du Lavandou.

Nunavik, Canada
Voilà un endroit éloigné, loin de tout, même, pourrait on ajouter. Au Nord du Quebec, là où l’on pêche des ombres arctiques, des farios et des truites de lac. Là où il n’y à rien. Rien que vous et la nature qui vous entoure. Le rêve. Pour voir le film, c’est ICI


Pool 32
Que se t-il cache donc derrière ce nom barbare ? Au début on est interloqué par ce titre étrange, puis quand on découvre que le Pool 32 est le numéro d’un des plus célèbre pool à saumons de la rivière Mörrumsan en Suède et que ce « webzine » ne parle que de GROS poissons, on comprend mieux. Découvrez les fantastiques photos de ce numéro.


Une compétition de float tube en Bourgogne
Sur plus de 8 hectares, près de vingt pêcheurs s’affronteront
pendant sept heures pour capturer perches, brochets et black bass au cœur de
fonds très irréguliers, d’arbres noyés, d’herbiers, de hauts fonds et de fosses
allant jusqu’à plus de 8
mètres. C’est sur l’étang de Carnarêve, à Beire-le-Châtel
dans le département de la Côte
d’Or, le dimanche 17 avril 2011, que cette première étape de l’AFCPL National
Tour de pêche en float tube aura lieu. « Nous avons choisi l’AFCPL pour la
notoriété de son circuit. Ayant en stage pour cette date un moniteur guide de
pêche d’Ornans, une animation sur les différents leurres et techniques sera
organisée. » Explique Patrick Pignolet, l’organisateur de cet open et le gérant
de Carnarêve. Une belle journée en perspective…Inscription et renseignements :
www.afcpl.eu
Dorado !
Depuis quelques années, les pêcheurs-voyageurs ne parlent plus que de ça ! Du dorado ! Poisson mythique que l’on trouve dans les contreforts des Andes, à la frontière avec la jungle amazonienne. Nord de l’Argentine, Ouest du Brésil… c’est un poisson énorme, presque jaune maïs, vif et carnassier. Il hante les nuits de ceux qui l’ont déjà pêcher une fois, comme le permit, le fait d’en avoir pêcher un, fait de vous une âme en peine, un drogué qui attend sa prochaine dose. Tous ceux qui l’ont pêché en parlent avec une lueur dans les yeux… pour mieux les comprendre, Voilà un petit film. Bon voyage..