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Catégorie : Actualités

Bonnes feuilles : Les bracos du dico
Ce dictionnaire insolent de la pêche est le premier du genre. On le doit à Daniel Taboury et Thierry Dubosclard qui connaissent mieux que d’autres toutes les significations du mot pêche. Leurs définitions ne respectent pas grand chose. A lire avant de s’endormir comme le « petit Robert » (quand le pluriel n’est pas de mise.)
Alevin, ceux issus des races dites nobles sont élevés dans des centres de sélection avant d’être introduits par nuées innombrables dans les milieux naturels. Hélas, la faune y régnant et l’insalubrité condamnent ces bébés poissons, tandis que les déversements, fort onéreux, sont de plus en plus discutés. À titre d’exemple, si les milliards de milliards d’alevins de truite fario précipités à la baille avaient connu une croissance normale, il aurait fallu remettre de l’eau dans les ruisseaux et rivières.
Anneau, fixé sur la canne en nombre variable, l’anneau doit faciliter le coulissement du fil. En réalité, quelle que soit sa forme, leur positionnement, le type de matériau choisi pour leur réalisation, ils sont une source permanente d’ennuis. L’anneau scie avec traîtrise le nylon ; le fil boucle autour de lui ; il y congèle quelquefois. L’anneau, symbole de mariage, s’avère instrument de désunion. Il est à même de se désolidariser de son support. Il se laisse écraser sans opposer de résistance. Il se tord tout simplement parfois. Attention : des cannes à pêche sont commercialisées sans anneaux extérieurs ! Perfide artifice : masqués, dissimulés dans le corps des cannes, les anneaux sont responsables de nombre d’états dépressifs.
Arc-en-ciel, variété de truites. Ah ! Si elle pouvait se reproduire dans nos eaux. Introduit à la fin du XIXe s., ce beau sujet d’Amérique du Nord offre une remarquable combativité en bout de ligne. Docile en élevage, sa croissance est remarquable. Hélas, précipitée dans des milieux souvent hostiles, l’arc-en-ciel éprouve de telles difficultés d’adaptation qu’elle se suicide. Soit le jour même de son introduction, quand un pêcheur l’y invite, soit en s’abandonnant au courant qui l’entraîne. Si.
Black-bass, poisson d’origine américaine aux remarquables qualités de gymnaste. Ses sauts, ses chandelles et diverses autres acrobaties ont établi son renom. Capricieux, il n’aime que les eaux tempérées. Les femmes, qui apprécient son aptitude à demeurer au foyer pour élever les enfants, le donnent en exemple. Avec le réchauffement climatique, l’essor du Bass est inéluctable.
Bord, « mieux vaut se retrouver au bord de l’eau qu’au bord de la ruine », affirme avec une infinie sagesse le proverbe qatari. Les avancées du libéralisme économique ont désormais rendu plausible la combinaison de ces deux suppositions.
Casse, toujours du siècle. Toute casse du fil se produisant en l’absence d’un témoin digne de foi prête ensuite à une interprétation fabuleuse. Le récit de ces exploits supposés, de ces combats homériques au cours desquels la bête triomphe, contribue à la légende et montre enfin que nos eaux sont peuplées de monstres en puissance. Nous touchons là aux raisons les plus intimes, les plus lointaines, les plus exquises qui poussent le pêcheur à pêcher.
Club (halieutique), association commercialisant plus ou moins du vent. « Si les impostures réussissent, c’est que le peuple est stupide. » Gabriel Naudé.
Habitat, substantif le plus souvent associé à dégradé. On dégrade beau.
Patience, présentée comme vertu cardinale du pêcheur ; il serait capable de passer des heures à fixer un flotteur immobile autant que lui-même. C’est une idée reçue. Il glande souverainement, voilà tout. Ou bien il cuve. Parfois, il n’attend rien. « Les gardes rouges interdisaient la pêche à la ligne sur les lacs de Pékin, activité qui incline à la méditation, à la contemplation donc antisocialiste. » Denis Tillinaccoup Pisciculteur, métier d’avenir.
Saumonite, infection grave que les barrages ont éradiquée.
Vairon, capture initiale, elle peut permettre de signer un bail avec tous les autres poissons. Indicateur de qualité des eaux, le vairon pique son fard en période d’amours (LOL). En user comme appât – mort ou vif – c’est un peu trahir son enfance.
Waders, le scaphandre ne permet pas d’évoluer aisément et complique l’action de pêche. En conséquence, les waders sont préférables. Ainsi équipé, le pêcheur entrera dans l’eau jusqu’à la taille, voire au-delà, avant qu’une fuite invisible à l’oeil nu ne transforme la combinaison en sas humide. La chaleur du corps n’est pas toujours suffisante pour permettre un bain-marie (MDR).
X, le diamètre de la queue-de-rat et les films mettant en scène des réparateurs d’équipements électroménagers sont ainsi classés.
Le Dictionnaire insolent de la pêche est disponible dans la partie boutique de ce site.

Challenge JMC, la victoire du handicap !
Le dimanche 15 février 2015 s’est déroulé le Challenge JMC organisé
par Tony Thiry, gérant de Sensation Pêche, centre de pêche sportive et de
loisir à Curtioux (01), en partenariat avec JMC – Mouche de Charette. Onze
équipes se sont rencontrées pour disputer ce premier challenge sur huit manches
de 50 minutes. Si un challenge est une compétition comme une autre, celui-ci
n’était pas tout à fait comme les autres. En effet une des équipes était
constituée de Ludovic Delacour (association Handicap Passion Pêche) et de
Grégoire Juglaret (société Mouches de Charette). L’initiative est venue de
Grégoire qui a proposé à Ludovic de participer à cette rencontre malgré son
handicap. Ludovic ne dispose que de 2/10ème à chaque œil sans vision
binoculaire.Mais Ludovic aime les défis ! D’une part parce qu’il connait
très bien Tony qui a eu la démarche de développer les aménagements pour pouvoir accueillir des
personnes à mobilité réduite et qui est depuis 2013 partenaires de
l’association Handicap Passion Pêche et en particulier pour la réalisation de
journée pêche pour un public en situation de handicap. Et d’autre part parce
que Grégoire a eu les mots appropriés pour lui faire comprendre qu’il avait sa
place pour une compétition et que pour lui c’était avant tout une question de
partage et d’un moment convivial au bord de l’eau.Pour Ludovic la compétition aura été double. Il lui fallait tenter
d’être à son meilleur niveau pour essayer de décrocher une place honorable face
à des compétiteurs chevronnés mais aussi des amateurs qui, pour certains,
pratiquant la pêche à la mouche depuis quelques mois seulement. Et surtout il
devait se battre contre lui-même avec des problématiques très handicapantes
lorsqu’on est déficient visuel. Une grande complicité s’est crée entre les deux
hommes, même dans les moments les plus difficiles pour Ludovic, comme ces deux
manches où il fallait pêcher à vue, chose impossible pour lui. Grégoire guidait
Ludovic en lui indiquant les réactions les truites devant sa nymphe ! Un
grand moment de partage et au final une troisième place sur le podium !Le site de l’association :
http://www.handicap-passion-peche.org
(Photo : à gauche Grégoire Juglaret et Ludovic Delacour. Heu-reux ! )

Mexique, Pacific dream
Un voyage de 12 000 kilomètres, un autre océan et un retour vers le futur, dans un Mexique qui a choisi de faire interdire la pêche professionnelle au filet au profit de la pêche sportive. La petite ville de Zihuatanejo vit pour et par la pêche au rythme des migrations des grands poissons.
Une baie paisible, les tangons des bateaux de traîne qui cliquètent au gré du clapot. Sur le quai, un portique où l’on imagine Hemingway, Zane Grey, Stu Apte ou Pierre Clostermann posant fièrement avec leurs prises. Au niveau de l’équateur, l’Océan Pacifique grouille de vie. Ce pays charnière entre deux Amériques et deux océans, se trouve au carrefour de cultures radicalement différentes. Aujourd’hui, en tout cas dans le nord du pays, l’influence américaine est partout. Ils viennent nombreux des états du sud et notamment de Californie toute proche. Un lien démographique lie les deux pays, puisqu’un million de citoyens américains vivent au Mexique et l’immigration mexicaine aux USA reste très importante malgré la tristement célèbre “barrière” qui sépare matériellement les deux pays. A Zihuatanejo, on est autant au Mexique qu’en Californie. Dans les restaurants, des écrans diffusent en permanence les matchs de baseball, de basket ou de football américain. La police est partout, armée jusqu’aux dents. La paisible petite ville côtière ressemble à un volcan qui peut se réveiller à tout moment.
L’histoire de la pêche sportive sur le modèle américain au Mexique a donné lieu à une histoire drôle bien connue dans les deux pays et même bien au delà.
Un Américain rencontre un Mexicain, ils sympathisent et échangent quelques mots sur leurs activités respectives. L’Américain demande alors au Mexicain de quelle façon il occupe ses journées. Le Mexicain lui répond : “je dors tard, pêche un peu, joue avec mes enfants, fait des siestes avec ma femme Maria, me promène dans le village le soir, joue de la guitare avec mes amis. Je mène une vie bien remplie…”. L’Américain se moque et lui dit “ je suis en MBA de Harvard et pourrais vous aider. Vous devez passer plus de temps à la pêche, acheter un plus gros bateau, et ensuite acheter plusieurs bateaux pour avoir une véritable flotte de bateaux de pêche, et faire la même chose tout au long de la côte et même venir aux Etats- Unis et reproduire ce modèle à Los Angeles ou à Key West”. Le Mexicain dit, “oui mais pour combien de temps ?”. “Disons 15 à 20 ans, mais vous aurez gagné des millions ! ”

Jungle Operator de Seven Bass, une embarcation qui sort du lot !
L’univers du float-tube est en pleine mutation. On se cherche entre le kayak, le paddle, le float-tube classique et la micro-barque. Finalement, la solution que propose Seven Bass avec son Jungle Operator est un excellent compromis, puisque l’embarcation s’utilise comme un float-tube en action de pêche (avec des palmes), comme une barque lors des déplacements (avec des rames), s’avère aussi discret qu’un kayak et permet par temps calme de se tenir debout comme sur un paddle ! Le tout est gonflable, donc léger (24 kg !). L’encombrement reste raisonnable : 2,4 x 1,2 m. La structure est composée d’un procédé Dropstitch 15 cm en 2700g/m² en double ou triple couches qui a le don de rigidifier l’ensemble. A moins de 900 euros, le Jungle Operator reste une très bonne affaire. En pêche, il est aussi discret qu’un float-tube mais autorise les déplacement rapides à la rame (ce qui reste le gros point noir des flaot-tube sans rames). De plus une chaise est prévue à l’avant pour l’installation d’un moteur électrique.

Leurres à brochet : toujours plus gros !
Chaque année, la taille des leurres pour la pêche du brochet augmente. Le cru 2015 confirme encore cette tendance avec des monstres censés alimenter les fantasmes les plus inavouables ! Mythe et réalité de ces leurres hors normes…
C’est bien connu, les pêcheurs aux leurres français ont longtemps été de petits joueurs comparés à nos voisins suédois, allemands, danois ou hollandais en matière de taille des leurres utilisés pour la pêche du brochet. Il y a une dizaine d’années, on hésitait à mettre au bout de sa ligne un leurre qui dépassait la taille étalon de 128 mm ! Ce n’est pas nouveau, les gros brochets se nourrissent (parfois) de grosses proies comme des gros gardons de plus de 500 g voire des tanches ou des gros rotengles. Il faut dire que le matériel pour lancer des gros leurres n’était pas courant et qu’un leurre de 100 g impose l’utilisation d’un moulinet de baitcasting prévu pour cela. Aujourd’hui, le retard est comblé et on assiste désormais à l’excès inverse avec une offre en gros leurres et en gros matériel qui donne un peu le tournis ! Au départ, ce sont les pêcheurs des grands lacs alpins (Sylvain Legendre en particulier) qui ont exploré avec des gros leurres les tombants des lacs d’Annecy, du Bourget ou du Léman.
Et les résultats furent au rendez-vous. Cette quête du brochet géant en lac est à l’origine de cette course au gigantisme des leurres (on en trouve de 25 à 30 cm !). Elle semble sans limite ! Les pêcheurs doivent tout de même savoir que la taille ne fait pas tout, que ce type de pêche demande un matériel très spécifique (et coûteux) et que parfois, un gros shad lent dans sa nage n’est pas très adapté aux postes profonds. Le Ripple Shad de Berkley, leurre référence sur les grands lacs est une sorte de “compromis” entre les vibrations émises (d’ampleur plutôt moyenne), leur fréquence (rapide pour des leurres de cette taille) et une vitesse de plongée compatible avec une pêche dans huit à quinze mètres de profondeur. Pour avoir pêché avec Quentin Dumoutier, un des pêcheurs des grands lacs habitués aux un mètre + et même des ++, j’ai été surpris par la taille des leurres qu’il utilise, comprise entre 14 et 20 cm. Les deux Ripple Shad de 16 et 20 cm étant sans doute les deux modèles qui ont pris le plus de gros brochets dans ces lacs. Tout pêcheur doit s’adapter à la taille des proies ciblées par les brochets. Parfois ce sont de très grosses proies, parfois plutôt des petites. Un leurre de 16 ou 20 cm constitue déjà une belle bouchée, tout à fait capable d’intéresser un très gros brochet. D’autres paramètres plaident en faveur des leurres de taille moyenne comme la facilité d’armement, la rapidité de nage et la capacité à plonger. Et le silure brouille aussi les cartes avec d’un côté des fabricants qui tentent du jouer sur les deux tableaux et des pêcheurs qui lancent aux brochets, des leurres destinés aux silures ! A méditer…

Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain
Depuis que ses maîtres Pierre et Thomas Choulet ont quitté les rives du Doubs pour un monde supposé meilleur, le Moulin du Plain est comme orphelin. L’hôtel mythique où se sont écrites quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la pêche à la mouche attend, comme la “Belle au Doubs dormant” que vienne son nouveau prince charmant. Ces contes et légendes, évocation d’un demi siècle de bonheur halieutique, donneront peut-être des idées à un ou plusieurs candidat à la reprise de cette institution franccomtoise. Pour que l’Histoire reprenne son cours.
Ces pêcheurs qui ont bâti la légende de Goumois
« Bonjour, vous êtes le guide de pêche ? – Oui monsieur. Enfin, l’un des guides. Il y en a d’autres dans la région. – Oui je sais, mais vous, vous guidez à Goumois… -… – Voilà, parce que je voudrais absolument prendre une truite à Goumois. – Cela doit être possible… – Attention. Je ne veux en prendre qu’une. – Pourquoi une, et pas dix ? – Non non, je n’en veux qu’une. Parce qu’on m’a dit qu’ici c’était le parcours le plus difficile d’Europe. Et si j’y prends une truite, je pourrai aller en Nouvelle-Zélande sans souci. » Philippe Boisson se gratta la tête : c’était pas gagné. L’homme auquel Pierre Choulet venait de le recommander était un médecin de Mulhouse, pour qui la pêche était d’abord une question de performance. Le genre de client abonné à la bredouille comme d’autres le sont au gaz. Entre le père Choulet et le jeune diplômé de l’école des guides d’Ornans il y avait une manière de contrat tacite : Pierre envoyait des clients à Philippe qui guida au Moulin quatre saisons durant et Philippe s’arrangeait pour leur faire prendre du poisson. « Le problème, se souvient le rédacteur en chef de Pêches Sportives, c’est qu’il m’envoyait souvent des cas désespérés, des clients qui n’avaient pas vu la queue d’une truite depuis leur arrivée à Goumois. » Alors Philippe les emmenait dans les courants sous le barrage du Theusseret, le seul endroit du parcours où il était à peu près sur de son coup, car oublié des pêcheurs à la mouche et peuplé de truites bonnes filles. Pour Pierre l’enjeu était important. Il s’agissait de maintenir le moral de la clientèle au beau fixe dans des périodes où le Doubs rechignait à lâcher ses truites. Plusieurs grands pêcheurs furent chargés à un moment ou un autre de cette mission délicate. Tous ne guidaient pas mais leur seule présence remontait le moral des troupes. Pierre avait imaginé ce recours à l’époque d’Henri Bresson auquel il passait un coup de fil dans son magasin de Vesoul : « Dis donc Henri, ils ne font plus rien du tout. Tu ne voudrais pas venir voir ce qui se passe. » Et Bresson sautait dans sa 2 CV pour venir au secours du soldat Choulet. Et même s’il ne trouvait pas la solution tout de suite – ce qui fut rare – sa réputation suffisait à chasser la déprime : quand on passe la soirée à écouter l’homme qui voit les truites sous les pierres, on se fait plus facilement à l’idée d’être un homme qui ne voit que des pierres là où il y a des truites.
Plus tard, Freddy Muller puis Piam furent également des jokers capables, quand ils étaient là, d’alimenter en zébrées respectables l’évier du Moulin du Plain. Mission que la généralisation des pratiques du no-kill finit par rendre inutile. Smartphones et appareils photos étant devenus d’excellents éviers virtuels. Goumois est une manière de juge de paix où se sont faites et défaites les réputations. Où les exploits des meilleurs spécialistes français de toutes les pêches alimentent une chanson de geste halieutique où prouesses et déconvenues sont la matière des veillées au bar de l’hôtel, un endroit où les truites ratées prenaient un cm par heure passée au-delà du coup du soir et quelques autres le lendemain matin au petit-déjeuner. On l’a vu plus haut ce sont les membres de TOS qui les premiers firent la réputation de l’endroit qui très vite attira tout ce que la France, la Suisse, et la Belgique et une partie de l’Europe comptait de stars de la mouche. Curiosité de l’histoire, l’un des premiers à y avoir pratiqué en nymphe dans les années soixante-dix s’appelait Mouchet. C’est lui qui montra à Freddy Muller, l’un des meilleurs pêcheurs qu’ait connu le Moulin du Plain comment confectionner une nymphe avec un minimum de cerques, un simple enroulement de soie jaune, verte, rouge, ou noire et une cendrée de pêche au coup pincée contre l’oeillet de l’hameçon. Freddy l’Alsacien avait une voix énorme qui traversait le Doubs mais ne dérangeait pas les truites. En sèche il était imbattable. Sa boîte à mouche aussi sommaire que celle d’un Mémé Devaux ne comptait que le strict minimum : des grises à corps jaunes ou rouges (pour les Baetis Rhodani), des sedges gris et marrons de plusieurs tailles, quelques fourmis en saison, des nemours et surtout ses fameux spents d’ecdyonuridae avec lesquels il pêchait les bordures tôt le matin ou juste avant le coup du soir.
Comme tous les grands, Freddy observait longuement la rivière, ses courants, ses cailloux, ses retournes. Il repérait la plupart des truites avant quelles ne gobent et qu’il commence à pêcher. Puis il était très vite en action en faisant preuve d’une rare efficacité. Deux anecdotes plutôt rigolotes disent assez quel genre de pêcheur c’était. La première concerne Henri Bresson avec lequel j’étais en train d’écrire Le sorcier de Vesoul. Un matin de septembre, Henri avait proposé à Freddy un petit mano à mano dont j’étais censé être l’arbitre. Bresson adorait ce genre de confrontation qui lui permettait, en général de bien montrer aux autres pêcheurs qui était le patron. Il avait comme ça collé un 10 à 0 au pauvre Jean-Louis Poirot qui découvrait pour la première fois la haute Moselle. Et bien ce jour-là à Goumois, c’est lui qui prit un 0 à 6 de la part du Freddy. Une autre fois nous étions au bas de la grande ligne droite de tufs en aval de l’île de la Verrerie de la Caborde avec Philippe Boisson et nous nous escrimions sur de beaux ombres qui snobaient nos mouches. Arrive le Freddy qui déjà, à cette époque, préférait le brochet à la truite mais s’était laissé convaincre de décrocher la Daiwa 9 pieds pendue été comme hiver à la rambarde du balcon de son chalet. Il était resté en charentaises pour sauter dans la Fiat Panda rouge qui paraissait mieux connaître le parcours que bien des pêcheurs. Au bout de son bas de ligne il y avait une ecdyo de la saison précédente, une ecdyo sur hameçon de 14 dont il disait luimême que ce n’était vraiment pas une mouche à ombres. Nous entendîmes la Panda piler dans le chemin, puis le géant barbu débarqua avec ses charentaises, sa Daiwa et son ecdyo : « je vais vous faire “cinq secondes sur Tokyo” », en référence aux 30 secondes sur Tokyo de Mervyn LeRoy. Aussitôt dit aussitôt fait : trois secondes pour fouetter et poser, deux secondes de dérive. Pendu. Le Muller éclata de rire, relâcha l’ombre et retourna devant sa télé : « vous déconnez les gars. Ce soir il y a les Tontons flingueurs ». Et puis un jour le Freddy décida de quitter définitivement la compagnie des truites pour celle des brochets de la Goule et de Biaufond. Et il devint un exceptionnel pêcheur au vif dont la petite barque en bois, qu’il avait lui même fabriquée, fut jusqu’à sa mort un élément incontournable du paysage de ces deux lacs. L’Alsacien repose aujourd’hui dans un coin du petit cimetière de Goumois au bord de la route qui va de la rivière aux truites à la retenue aux brochets comme s’il hésitait encore sur le choix de la partie de pêche qui ferait sa soirée.
En fait, toutes les stars de la mouche ou presque sont passées au Moulin du Plain : les Français, Léonce de Boisset, Charles Gaidy, Mémé Devaux, Henri Bresson, mais aussi des Suisses, des Américains (comme Mel Krieger), des Anglais, des Belges et des Allemands. Tout ce que la planète mouche compte de vedettes a, un jour ou l’autre, fait le voyage de Goumois. Certains comme Piam y ont écrit quelques-unes des plus belles pages de leur légende. Pour les uns comme pour les autres Goumois présentait l’avantage d’être un parcours à la fois magique et médiatique, propice à toutes les démonstrations et à quelques déconvenues. Les bredouilles de quelques gloires, que la charité nous commande d’oublier, étant restées célèbres. Piam restera une figure de Goumois. Il y imposa ses techniques de pêche à la nymphe, révolutionnaires pour l’époque. Ce surdoué partageait son temps de loisir, alors qu’il était encore musicien professionnel en tournée sur les routes de Rhône-Alpes et de l’Est entre la Loue de Cademène, chez les Sansonnens, la basse rivière d’Ain et le Moulin du Plain. Piam avait très vite impressionné les clients de l’hôtel en leur montrant comment on peut séduire les plus belles truites en nymphe à vue. Son territoire de prédilection était le petit chemin boisé qui longe les tufs côté France en aval du débouché du canal du Moulin. Pierre lui-même fut très enthousiaste et Piam gagna sur ce terrain autant en réputation que ce que son titre de vice-champion du monde de pêche à la mouche devait lui rapporter.
Une autre figure de Goumois dont on reparlera au chapitre sur la Franco-Suisse a été, est toujours Jean-Michel Radix qui y a mis au point quelques unes des plus célèbres mouches modernes. On lui doit en effet plusieurs petites merveilles comme le subsedge, la nymphe « roulette » et la technique du même nom, dont peu de pêcheurs savent que ce fut son invention, mais aussi la micro-nymphe à tête soudée, ou encore le fameux écouvillon dont on se dit en le voyant que seul un fumeur de pipes a pu imaginer de proposer ça aux poissons, tant ce gammare obèse paraît avoir été inventé pour ramoner les tuyaux de bouffarde. Radix a monté des milliers de mouches, toutes sortes de mouches, dont certaines avec lesquelles il n’a jamais pêché comme des mouches à saumon, des mouches à tarpons, des mouches à marlin, des mouches à bonefishes qu’il montait pour son père halieutique, Victor Borlandelli, photographe et rouletabille grâce à qui Radix est devenu le pêcheur que l’on connaît aujourd’hui. De nombreux autres champions, labellisés comme tels par la compétition ou par euxmêmes, mirent leur talent à l’épreuve du Moulin du Plain. Avec des fortunes diverses. J’ai même vu un membre de l’équipe de France y subir une bredouille retentissante. Mais les autres membres de l’équipe, à l’image de leur capitaine Jacques Boyko, y réussirent plutôt bien. Quelques grands pêcheurs étrangers, souvent anglais ou américains sont venus se frotter aux zébrées du Doubs. Philippe Boisson se souvient de Dick Lenox, ami de Mel Krieger, chroniqueur halieutique dans l’Oregon et pêcheur de steelhead qui avait demandé à Pierre qu’on lui fasse prendre une truite de Goumois le jour de ses 80 ans. « Cela n’a pas été facile. C’était le début de la saison et les eaux étaient très froides. Il a d’abord fallu que je lui explique que le type en face auquel il rendait ce qu’il croyait être un salut, était, le garde-pêche qui ne lui disait pas « hello » mais « pas dans l’eau », sous prétexte qu’il avait les pieds dans une flaque et que marcher dans la rivière est interdit jusqu’au mois de juin. Ensuite nous avons mis un certain temps à trouver la fameuse zébrée anniversaire. Je m’en suis tiré en l’emmenant dans le bas du pré Bourassin, juste avant le radier. Je lui avais bricolé un montage avec une Tabanas en sauteuse témoin et une nymphe en pointe qui a fini par séduire un joli poisson d’un peu moins de 40 cm. »
Et puis il y avait et il y a toujours, les Suisses sociétaires et gestionnaires à parts égales de la société, qui étaient autant chez eux au Moulin que le sont les Français à l’hôtel du Doubs, côté suisse, chez Jean-Claude Cachot et son fils Claude-Alain. Les pêcheurs suisses jurassiens qui, à la différence des Français, ont toujours le droit de vendre le produit de leur pêche, ont souvent privilégié l’efficacité. Il y avait ainsi, dans la génération précédente quelques artistes de la cuiller vaironnée ou de la pêche à la grande canne et à « la petite amorce » (souvent des larves de mouche de mai) qui vendaient leurs prises aux hôtels et restaurants de la région. La joyeuse équipe composée du Frantz Halaüer (alias Papeli), d’Ulysse, d’Hector, d’Achille (il n’y avait pas d’Agamemnon), de Faton et de quelques autres comme Didi Racine, de Tramelan ou Carlo Hyemeli, a prélevé pendant plusieurs années des milliers de truites que le Doubs, à une époque où il était peu pêché, remplaçait facilement. Avec eux la partie de pêche commençait invariablement à l’heure légale, soit au lever du jour et se terminait deux heures après par d’homériques parties de stuck. En général, ils n’avaient pas besoin de ces deux heures pour que leur partie de pêche soit faite : leur parfaite maîtrise de la cuiller vaironnée associée à une connaissance non moins parfaite de la rivière faisait que la messe était dite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le soir ils ne sortaient les cannes à mouche que si cela gobait franchement et n’utilisaient que des sedges ou des culs de canards grossièrement montés dont ils furent parmi les premiers utilisateurs. Les Suisses autant que les Français ont toujours eu la passion de Goumois. Joël Mourin, pêcheur, monteur de mouche et ami de Pierre, avait ainsi tout quitté pour venir s’installer au bord du Doubs. D’autres venaient de Genève (180 km) en taxi jusqu’au Moulin. Certains de ces visiteurs sont restés célèbres comme Georges Joset qui pêchait avec une Hardy Palakona de 10 pieds soie de 7 en bambou refendu, brins virolés, avec un train de trois mouches. À son époque, la pêche était autorisée toute la nuit et Goumois dépendait du canton de Berne puisque celui du Jura n’existait pas. Il y eut encore plein d’autres grands pêcheurs suisses comme Louis Veya, Testarini, Mathys, Houlmann ou André Jeanmaire, l’un des seuls survivants de cette époque. Aujourd’hui la nouvelle génération, représentée par des gens comme Thierry Christen président de la « Gaule » de la Chaux-de-Fonds se passionne plus pour la pêche à la mouche et l’écologie des rivières. Le Doubs est son héritage. Elle sait que c’est un héritage fragile.
A commander dans la partie boutique de ce site.

Rugbymen et pêcheurs
Vous avez sans doute vibré devant votre téléviseur lors de ses échappées belles, le ballon ovale sous le bras pour marquer des essais venus de loin, sous les couleurs de Clermont-Ferrand ou du XV de France. L’ailier Julien Malzieu, 31 ans, vingt sélections dans le XV français, élu joueur de l’année 2005 de rugby à sept (le seul français à ce jour), partage sa vie entre le rugby professionnel et la pêche. Comme lui, plusieurs stars du rugby national et mondial sont d’excellents pêcheurs. Petit début d’inventaire…
Tout a commencé pour Julien Malzieu en vacances en Bretagne alors qu’il était enfant. Chez lui, la pêche n’est pas une histoire de famille, mais une attirance mystérieuse pour l’eau et les poissons. A force de venir observer des papys qui pêchaient la daurade depuis un quai, l’un d’eux s’est occupé de lui. “Si tu veux t’y mettre, il faut que tu te trouves un peu de matériel et des esches”. Ainsi dit, ainsi fait. Le lendemain, retour sur le quai avec un matériel flambant neuf ! “Ils m’ont expliqué comment monter ma ligne et comment la lancer. Les résultats se firent un peu attendre mais j’ai fini par prendre deux daurades ce qui était fabuleux ! De retour en Auvergne, j’ai donc voulu transposer mes acquis dans les eaux du coin, mais ce n’était vraiment pas adapté. Il m’a donc fallu trouver d’autres techniques. Je me suis passé en boucle les vidéos de Jean Desqué, le célèbre pêcheur au coup, et j’ai commencé comme ça en me formant tout seul. Plus tard, j’ai connu d’autres pêcheurs comme Xavier Vella ou Yann Giulio, qui m’ont fait découvrir des techniques très différentes. J’aime toucher un peu à tout en fonction des rencontres et cela va du silure à la carpe en passant par les carnassiers ou la truite ”. Ce grand gaillard de 1,93 m pour 92 kg est entré à l’ASM Clermont Auvergne à 18 ans. Il est passé professionnel à 22 ans. Il compte un titre de champion de France, un grand chelem (tournoi des six nations 2010) et a participé aux coupes du monde 2005 et 2009 de rugby à sept. “La pêche me permet de me ressourcer car mon planning, qui compte 30 à 32 matchs par saison plus les entrainements, me prend beaucoup de temps. J’ai la chance de faire ce beau métier pour quelques années encore et je dois le faire à fond. Après je pourrai vraiment aller à la pêche ! ”. Après une saison 2013 où Julien a enchaîné les blessures, 2014 lui laisse entrevoir des jours meilleurs. On lui souhaite de vite revenir à son meilleur niveau !
Du rugby au tenkara
Maxime Miquel, à qui nous avons consacré le DVD du dernier numéro à propos de la pêche au tenkara fait également partie de ces rugbymen pêcheurs. Maxime a été champion de France junior avec l’US Carmaux. C’est donc pour ça qu’il tient bien dans le courant…
Gareth Edwards, légende du rugby et de la pêche
Je vous parle d’un temps que les gens de mon âge n’ont pas connu, le temps ou le Pays de Galles avait la main mise sur la planète rugby. Dans les années 1960 – 1970 la charnière du XV gallois Gareth Edwards – Barry John enflammait les stades. Edwards était aussi célèbre que le fut de Jonny Wilkinson de nos jours, une véritable légende. Et la seconde passion du demi de mélée l’emmenait aussi souvent que possible au bord de l’eau. Il a d’ailleurs pris un énorme brochet à la mouche, record des îles britanniques !
(Photo : Yann Giulio)

Poissons des villes, poissons des champs
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales…
Le constat est général. Les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. La nouvelle a de quoi surprendre, non ? Une ville est aux antipodes du bon état écologique. Les rives sont en pierres, voire en béton, l’état morphologique des cours d’eau est déplorable, avec de l’incision, de l’érosion et tout ce qu’il faut pour faire (en théorie) une rivière sans poissons. Alors pourquoi les villes plaisent tant aux hôtes à nageoires ? Il convient tout d’abord de différencier les salmonidés des carnassiers. Dans le premier cas, le paradoxe est encore plus marqué. La truite sauvage se plaît en ville (souvent des bourgs en fait). De Saint-Jean-Pied-de- Port à Champagnole, de Lisieux à L’Isle-sur-la-Sorgue en passant par Mende ou Saint-Gaudens, la truite aime les fondations de l’habitat humain. Les raisons de ce paradoxe sont multiples et parfois L’écho du radier Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales… Par Philippe Boisson Poissons des villes, poissons des champs 15 trompeuses. Il existe en ville plusieurs paramètres qui plaisent beaucoup aux truites sauvages au premier rang desquels se trouve l’habitat, qui en ville est omniprésent. On sait que, pour vivre, une truite a besoin d’un habitat, d’une “cache”, d’oxygène, d’eau froide et de nourriture (résumé très schématique). Si la température de l’eau est convenable et l’oxygène dissout suffisant (deux facteurs sur lesquels la ville n’a pas d’impact) le reste se trouve facilement en milieu urbain. L’habitat, qui parfois fait défaut hors des agglomérations est partout, sous les fondations des maisons, sous les quais, les piles de ponts, etc. La nourriture donnée aux canards par les passants crée toujours une réaction en chaine qui attire les vairons et certains insectes. Les truites sauvages modifient souvent leur régime alimentaire lorsqu’elles sont confrontées à un environnement artificiel et peuvent très bien manger du pain ! J’ai même connu des truites de la Loue à Ornans qui s’étaient focalisées sur les pâtes jetées à l’eau régulièrement par le cuistot d’une pizzeria ! Il faut savoir qu’à Ornans, les maisons qui bordent la Loue (sur cinq rangées de maisons et sur les deux rives, ne sont toujours pas reliées à la STEP !). Il était très difficile de leur faire prendre une nymphe car cela ne les intéressait pas du tout ! Dans cette même ville, il était fréquent d’observer les ombres se nourrir de papier toilette blanc, vert ou rose… On pourra toujours dire que ce n’est pas ça qui a décimé les poissons de la Loue, mais ça n’a pas aidé. L’éclairage public joue également un rôle. Il concentre les insectes durant la nuit, qui s’accumulent autour des ampoules, se brûlent les ailes et finissent souvent à l’eau, parfois par grappes de plusieurs centaines d’individus. Dans toutes les rivières incisées, dont l’habitat à disparu, dont le fond n’offre plus aucune variété, les villages et les bourgs sont devenus l’ultime refuge, mais les poissons doivent en quelque sorte choisir entre la peste et le cholera. A ces facteurs artificiels s’ajoute certaines apparences trompeuses. En ville, les truites se sont habituées à la présence humaine et ne s’enfuient plus (sauf devant des gens habillés en kaki !). Le nombre de truites hors de leurs caches est souvent supérieur à celui observé sur une même rivière hors agglomération, mais cela ne veut pas dire que la quantité de truites est supérieure en ville. De même, les pêcheurs réussissent souvent mieux en ville. Plus de poissons actifs, souvent focalisés sur une nourriture bien définie et pas toujours “normale” font qu’on a l’impression que “ça mord” mieux et plus en ville qu’en dehors. Le cas de la Saône En ce qui concerne les carnassiers, la ville (cette fois, de vraies grandes villes) est surtout favorable aux espèces qui peuvent se reproduire sans herbiers et avec des exigences biologiques faibles. C’est le cas des percidés. Le sandre et la perche trouvent en ville des postes de choix, des pierres, des tombants, des structures artificielles qui leur conviennent. Et cela est d’autant plus vrai lorsque que le cours d’eau en question n’est pas spécialement minéral hors agglo. C’est le cas de la Saône où l’on trouve beaucoup plus de diversité morphologique en ville. La Saône présente un lit composé d’alluvions de petites tailles, avec très peu d’éléments minéraux de grande taille. Le fond de la rivière a été très perturbé par l’extraction de granulats directement dans le cours d’eau ou dans des ballastières en communication. Quelques décennies plus tard, les éléments minéraux font tous la même taille (du gravier de un à quatre centimètres de diamètre). L’habitat des poissons se concentre alors sur les bordures, dans la végétation (herbiers, racines, bois morts, différences de niveaux comme le tombant d’une berge), mais VNF traque la moindre branche tombée dans l’eau, sous prétexte qu’elle présente un danger pour la navigation. C’est pourquoi la pêche est si difficile sur la Saône et cela explique le succès de postes comme les piles de ponts où un pauvre tas de cailloux issus d’un ancien mur effondré dans des villes comme Châlon-sur-Saône ou Macon. Mais là aussi, il faut faire la part des choses et comparer ce qui peut l’être. Il est évident qu’un pêcheur réussira plus facilement à prendre un sandre en ville, sur un poste évident et connu de tous, plutôt que sur cinq kilomètres d’un profil qui semble identique.

L’Agence de l’eau veut nous faire tomber dans le panneau !
Contrairement à la publicité mensongère, la communication n’est pas un délit. Et la “com”, c’est l’art de nous faire prendre des lanternes pour des saumons, ou de l’eau claire pour de l’Evian. Ainsi, dès 2015, des panneaux indiquant le bon état des rivières trôneront le long des routes. Selon l’Agence de l’eau Rhône- Méditerranée-Corse (RMC), 50 % des rivières seraient en bon état. Avec un tel résultat, ça va tout de même faire beaucoup de panneaux…
C’est quoi une rivière en bon état ?
L’Agence de l’eau RMC se félicite du recul de la pollution dans les rivières de ce grand bassin qui couvre pas loin d’un quart de la France. Le bon état visé est celui défini par la directive cadre européenne sur l’eau (qui date de 2000) et qui oblige les états membres de l’EU à atteindre un “bon état écologique” pour 2015, sous peine de lourdes sanctions financières. En lisant la charte du label de l’agence, on apprend qu’il aurait été repoussé en 2017. On apprend aussi beaucoup de choses dans le communiqué de presse associé à la création du label : “Tendance : les poissons reviennent dans l’axe rhodanien. 2013, année pluvieuse, a joué en faveur des poissons en diluant les pollutions et en rafraîchissant l’eau. Depuis quelques années, les poissons reviennent dans l’axe rhodanien, à commencer par les poissons migrateurs : en 3 ans, les jeunes anguilles (civelles) ont été multipliées par 6 dans l’étang du Vaccares en Camargue ; une centaine d’aloses ont été vues dans le Gardon (premier affluent aval du Rhône) et ce pour la première fois depuis la pose de 4 passes à poissons en 2012. Plus au nord, à Lyon, 17 espèces de poissons ont à nouveau franchi le Rhône grâce à une rivière artificielle créée en 2013 pour contourner le barrage de Jons. Partout la baisse des pollutions profite aux poissons. ”
Voilà donc à quoi se résume la qualité de l’eau ? A faire la danse de la pluie en espérant qu’elle cache la misère en la diluant ? Il fallait y penser ! Et s’il ne pleut pas en 2015, faudra- t-il enlever les panneaux temporairement ? Ce genre de label fleure bon l’amateurisme le plus total. En Franche-Comté (qui fait partie du bassin RMC), l’histoire nous démontre le contraire. Les années pluvieuses sont pires que les sèches. Le clash du Dessoubre, du Cusancin et du Doubs durant l’hiver 2013/2014 en est l’exempletype (la Loue est tellement mal en point qu’on finit par oublier que le peu de poissons qui reste continue de mourir). Pas d’eutrophisation, des rivières en crue durant des mois, de l’eau froide et au final, une hécatombe sans précédent sur le Dessoubre et le Cusancin, et à nouveau de gros dégâts dans les populations d’ombres sur le Doubs… Bien des scientifiques sérieux pensent que la pluie augmente par ravinement les polluants dans les cours d’eau, surtout sur le long terme. Quant aux poissons à qui l’on donne à nouveau le droit de migrer, il doit s’agir d’une erreur ! Un barrage peut être considéré comme un facteur aggravant la pollution. Mais le fait qu’il ne soit pas équipé de passe à poissons n’est pas une pollution, mais juste un “oubli“. Il est donc bien normal que les espèces migratrices franchissent les obstacles lorsque ceux-ci sont enfin équipés de dispositifs. Dans la moyenne européenne Voilà le fin mot de l’histoire : être dans la moyenne européenne. C’est sur ce principe fort contestable de “moyenne” que l’Education nationale produit par milliers des illettrés bacheliers… Dans son argumentaire, l’Agence de l’eau fournit elle-même les éléments qui mettent en évidence une jolie mascarade : “Bilan, tout juste 50% des rivières enfin en bon état : l’agence de l’eau lance un label « rivière en bon état » 50% des rivières sont en bon ou très bon état. La Corse et les Alpes s’arrogent le plus grand nombre de rivières en bon état de France, tandis que les zones les plus dégradées sont le bassin versant de la Saône, la moyenne et basse vallée du Rhône, le Languedoc et le Roussillon. La France se situe dans la moyenne européenne. En 4 ans, on constate une progression, avec 16% de gain de classe de qualité par les rivières. Ce gain est le fait surtout des rivières les plus abimées qui sortent de leur mauvais état. Au total, c’est l’état moyen, juste en dessous du bon état, qui connait la plus forte progression (+ 6%). ” Pas un mot sur les rivières de Franche-Comté. Comme c’est bizarre… Il va de soi qu’il ne vaut mieux pas que ces panneaux soient installés dans cette région, car leur espérance de vie risque d’être courte… Pour le reste, le label indique donc qu’une rivière qui contient plusieurs centaines de molécules chimiques d’origine humaine (ces données sont consultables… sur le site de l’agence), ce qui est le cas de toutes les rivières, hormis peut-être celles qui coulent en haute montagne, est en bon état. De même qu’une rivière qui a vu ses quantités d’invertébrés divisées par plusieurs milliers et ses poissons de moitié (cas de toutes les rivières de notre beau pays sur plus d’un siècle) est également en bon état. Ces panneaux sont les mêmes que ceux qui signalent des saumons sauvages en Auvergne ou des ours dans les Pyrénées, dans la moyenne nationale des incompétences, du manque de sérieux et de l’irresponsabilité. Ils sont simplement représentatifs du monde plein de contradictions dans lequel nous vivons.

Doubs, polémique autour de la réglementation
“Nous sommes entrés dans la période de mortalité des truites”. Cette
phrase écrite par un ingénieur de l’Onema a mis le feu aux poudres, car elle
est issue d’un rapport destiné à évaluer l’état des populations pisciaires dans
les rivières du département du Doubs, dans le but de mettre en place une
réglementation de la pêche pour 2015. Ainsi, le nouvel arrêté préfectoral
prévoit d’une part de ré-autoriser la pêche sur le Dessoubre (elle était fermée
en 2014) et d’autre part d’autoriser le prélèvement de deux truites par jour et
par pêcheur. Idem sur la Loue en ce qui concerne les truites. La pêche de
l’ombre resterait en no-kill. L’Onema se demande toujours si les mortalités
hivernales de truites sont un phénomène normal. On croît rêver ! Un an
après les hécatombes du Dessoubre et du Cusancin, comment peut-on encore penser
qu’il s’agit d’une situation “normale”. Il y a toujours eu quelques mortalités
à l’occasion de la fraie, mais jamais dans les proportions actuelles et encore
moins avec des ombres et des truites qui meurent en masse quasiment durant
toute l’année sur les quatre rivières (Loue, Dessoubre, Cusancin et Doubs). Ce
rapport est ridicule, bien trop grave pour être simplement risible. Tout le
monde connaît l’état déplorable des fonds colmatés d’algues, tout le monde sait
que le comté n’est plus un fromage artisanal depuis longtemps (58 000 tonnes/an
en 2011 et ça ne cesse d’augmenter), tout le monde sait aussi que les
molécules chimiques issues des activités humaines présentes dans l’eau se
comptent par centaines.De son côté, la Fédération de
pêche du Doubs a besoin de vendre des cartes et comme ça tout le monde est
content. Et quand le pêcheur est content, la préfecture est ravie… Cette
décision (si l’ARP est validé ainsi) fait le jeu de tout ceux qui tentent de
minimiser les choses, ce qui marginalise encore un peu plus les rares
initiatives entreprises par quelques personnes pour que la situation évolue
dans le bon sens.Ph. Boisson
(Photo prise le 10 janvier 2014
sur le haut Dessoubre. Photo Ph.Boisson).