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Catégorie : Actualités

Un coup du soir à la Concorde
Organisé par l’UPP (Union des Pêcheurs de Paris), ce coup du soir du 27 juin sera une première. Une belle façon de célébrer l’été autour de la pêche et d’un verre (pas d’un ver…). Dès 18h00 au Port de la Concorde. Métro Concorde. Attention ligne 12 en travaux ! RER Invalides (C).

Le scandale du barrage des Plats sur la Semène
Décidément, la protection de l’environnement est une grosse farce dans notre pays. Après l’affaire Sivens, l’annulation de l’arasement de deux barrages sur la Sélune par Ségolène Royal, les élus locaux du département de la Loire ont reconstruit un barrage “en douce” et en oubliant la passe à poissons pourtant obligatoire…
Le dernier rapport Planète Vivante du WWF indique une chute moyenne des espèces animales d’eau douce de 76 % en 40 ans au niveau mondial. Alors que l’Etat français vient de créer une Agence française de la biodiversité, alors que l’on sait que l’érosion des espèces animales et végétales est un enjeu aussi important que celui qui consiste à réduire les émissions de carbone, certains projets nationaux vont à l’encontre des engagements du gouvernement qui visent à préserver la biodiversité, favoriser la continuité écologique, passer à une transition énergétique sans reculer de cinquante ans dans la protection de l’environnement.
C’est pourtant ce qui se passe dans de nombreux cas. A croire que le marketing mensonger à sa place même au ministère de l’Environnement. Après l’annulation de l’arasement de deux barrages sur la Sélune par Ségolène Royal (ça avait été accordé par NKM), après l’affaire Sivens, voici celle du barrage des Plats sur la Semène dans le département de la Loire. La Semène est un affluent direct de la Loire.
Construit en 1958, le barrage des Plats avait pour but de fournir de l’eau potable pour la croissance de Firminy et de son aire métropolitaine. Le barrage avait été fortement surdimensionné, les urbanistes prévoyant à l’époque 100 000 habitants en 2000. Or Firminy compte aujourd’hui seulement 25 000 habitants. De plus, le barrage n’a pas fonctionné durant six années, ce qui a permis de montrer que la question de l’approvisionnement en eau potable pouvait être assurée différemment, à partir d’autres réseaux. Pourtant le syndicat des barrages, regroupant seulement quatre communes du territoire, a décidé sans débat public, sans études sérieuses des alternatives, de dépenser, en cette période de crise, six millions d’euros d’argent public pour le reconstruire. Le Collectif Loire Amont, qui lutte pour une Loire sauvage, en phase avec les recommandations du ministère de l’écologie, dénonce un fonctionnement économique local “à l’ancienne”. “Les élus du Syndicat des Barrages de la Semène, pressés par le député de la circonscription, Dino Cineri – hélas soutenu par l’Etat local – ont ainsi dis- crètement achevé la reconstruction du grand barrage des Plats, sur la Semène”, déplore le collectif. L’ouvrage le plus inutile de France a été érigé sur ce qui devait être au départ un réservoir biologique inscrit dans le SDAGE Loire Bretagne (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux). Désormais, la continuité écologique et la biodiversité s’arrêtent au pied du barrage… D’autant que les élus locaux ont carrément oublié de faire équiper le barrage d’une passe à poissons pourtant obligatoire. Pour le barrage des Plats, cela aurait fait grimper la facture de deux millions d’Euros. En France on est d’accord pour préserver l’environnement, mais il faut que cela soit gratuit. En visite sur la Sélune (Manche), Ségolène Royal disait à propos de l’arasement des barrages de Vézins et de La Roche Qui Boit, “ 50 millions, ça fait cher pour faire remonter des poissons ! ”. Et 2 millions, c’est toujours cher, et moins ce serait encore trop cher… L’exemple des crues récentes du Gave de Pau nous montre qu’au petit jeu des économies de bouts de chandelle, la facture post crues dépasse les 400 millions d’Euros, claqués uniquement pour réparer les dégâts sans faire en sorte que le torrent puisse être en mesure de mieux vivre avec ses crues.
Une table ronde acceptée par le Ministère de l’écologie ?
Après la procédure d’infraction ouverte par l’Union Européenne pour « non respect de la législation européenne » contre la France le 26 novembre dernier à la suite du drame de Sivens, cette nouvelle demande d’explication sur une surprenante pratique publique de gestion de la ressource en eau fait désordre, dans la « République exemplaire » voulue par François Hollande. L’exemplarité, c’est faire vivre cette « écologie citoyenne » qu’il a appelé de ses voeux lors de la dernière conférence environ- nementale, le 27 novembre dernier.
Mais en réalité, la protection de l’environnement en France se limite aux beaux discours et aux actions bénévoles comme Natura 2000, où l’on doit sau- ver le monde avec une pelle et un seau. Ainsi, dans mon village, nous sommes une dizaine de bénévoles à tenter de faire en sorte que la forêt n’engloutisse pas une pelouse sèche de 10 hectares ou vivent encore quelques rares espèces d’orchidées sauvages. On sait que la fragmentation des habitats est la cause première de la perte de la biodiversité. Il en est de même avec les cours d’eau, dont les barrages segmentent en petits tronçons des écosystèmes complexes dont chaque atteinte à systémati- quement des répercutions, plus tard, plus loin.
Vous pouvez signer en ligne la pétition “non au barrage des Plats, oui aux alternatives” www.loireamontvivante.fr

Franky le black-bass
Lancée en 1994 par Franck Rosmann et ses amis, l’association Black-Bass France à toujours compris l’intérêt d’informer les pêcheurs, notamment les jeunes à propos des particularités propres au black-bass, poisson introduit dans nos eaux par les soldats américains après la seconde guerre mondiale. La BD Franky le Black-Bass retrace l’histoire de ce magnifique poisson dans notre pays, son mode vie, soulignant la nécessité de protéger une espèce particulièrement vulnérable pendant la période de la fraye. Une façon ludique de découvrir ce poisson !
Pour plus de renseignements :
www.blackbassfrance.org

Rétablissement de la libre circulation piscicole : intérêt et limites…
L’intérêt croissant pour la continuité écologique des cours d’eau et les problèmes posés par les nombreux seuils et barrages conduisent à la construction de nombreux dispositifs de franchissement piscicole. Cependant, aussi performante quelle puisse être, cette technologie a des limites et ne peut pas réduire tous les impacts des seuils. Dans ce sens, la mise en place de dispositifs de franchissement doit être évaluée en fonction de leur intérêt biologique et des gains attendus et, plus largement, les problématiques de continuité piscicole doivent être replacées au regard des autres altérations présentes.
Cohérence écologique, corridors, continuum, trames, connectivité : ces termes et concepts environnementaux récents reflètent l’enthousiasme actuel des gestionnaires pour la continuité écologique. Apparues progressivement au cours de la dernière décennie, ces notions proviennent de l’intégration de l’écologie du paysage et de la biogéographie dans les stratégies d’évaluation environnementale et d’aménagement du territoire. Parallèlement, le constat des dérèglements climatiques a renforcé l’idée de raisonner en terme de maillages et de fonctionnalité des écosystèmes à très large échelle. En ce qui concerne les milieux aquatiques, ces notions de continuum et la nécessité de considérer l’écosystème et son fonctionnement sur l’ensemble de son bassin versant ne sont pas nouvelles. Mais c’est la directive cadre européenne sur l’eau qui en 2000 définit cette notion de continuité écologique et parle ainsi de libre circulation piscicole et de transport des sédiments. Supprimer les seuils : un voeux pieux ! Aujourd’hui, la réglementation et les politiques de l’eau conduisent les propriétaires ou gestionnaires d’ouvrages à mettre en place des actions permettant de retrouver des conditions de continuité favorables, devant le constat du nombre impressionnant de seuils et de barrages implantés dans le lit des rivières : entre 50’000 et 60’000 au dernier recensement effectué par l’Onema. Dans l’absolu, ce contexte est très intéressant puisque c’est une opportunité très favorable pour restaurer les cours d’eau. En effet, le dérasement d’un ouvrage transversal, c’est-à-dire son démantèlement, permet de supprimer définitivement l’ensemble de ses impacts, notamment ceux relatifs à l’ennoiement des habitats originels et au piégeage des sédiments par la retenue, ainsi que ceux liés au blocage des poissons migrateurs.

Manche : Ségolène Royal cède aux pressions des quelques opposants au démantèlement des barrages de la Sélune
La Sélune, petit fleuve côtier de la Manche qui se jette dans la baie du Mont Saint- Michel a vu s’envoler l’espoir de voir disparaître ses deux barrages, lors d’une rencontre entre les élus locaux et Ségolène Royal le 4 décembre 2014 à la Mazure. Le projet d’arasement des barrages de Vezins et de La-Rochequi- Boit ne date pas d’hier, mais le 16 février 2012, une décision ministérielle validait leur futur démantèlement. Le fleuve est remonté par plusieurs espèces de poissons migrateurs dont le saumon Atlantique. Les barrages sont d’une part un frein à la montaison comme à la dévalaison des migrateurs et d’autre part, ne seraient plus rentables pour EDF, avisé du non renouvellement de la concession. L’affaire était donc entendue et depuis ce jour de février 2012, plusieurs projets sont nés pour redonner vie à cette superbe vallée de la Sélune. Les barrages sont incompatibles avec la Directive cadre sur l’Eau, sont des pièges à sédiments et lors de la dernière vidange, ils ont pollué une partie non négligeable de la baie du Mont- Saint-Michel, perturbant fortement l’activité ostréicole (il a fallu indemniser les exploitants). A l’heure où l’on parle de continuité écologique, de biodiversité, de qualité de l’eau et que l’Etat doit faire bonne figure face aux directives européennes sur l’écologie, la ministre de l’écologie Ségolène Royal est venue sur place donner raison aux quelques opposants, largement minoritaires et dont les revendications semblent bien maigres (elles portent essentiellement sur d’éventuels risques d’inondation de quelques hectares de terre). Le coût des travaux est estimé à 53 millions d’euros, soit quelques kilomètres d’autoroute et encore moins de LGV. Et la ministre de dire devant les caméras de France 3 : “on ne met pas 50 millions uniquement pour faire remonter des poissons”. Voici une phrase qui à elle seule résume bien la méconnaissance totale de ce dossier par la ministre. Les remontées de poissons sont la cerise sur le gâteau d’un environnement qui aurait pu retrouver un bon état écologique, coûter moins cher à l’Etat sur le long terme et relancer une activité touristique digne de ce nom dans la vallée. C’est le type même de projet “gagnantgagnant”. D’autant qu’il existe des précédents comme l’ex-barrage de Kernansquillec sur le Léguer ou de Saint- Etienne-du-Vigan sur l’Allier. A cela, la ministre préfère garder les ouvrages en brandissant la “transition énergétique” et estime qu’il est préférable de réfléchir à la solution de passes à poissons performantes. Selon les meilleurs spécialistes des poissons migrateurs, la Sélune a le potentiel pour devenir la meilleure rivière à saumon française, mais à condition d’effacer les barrages. A la Mazure, l’attitude de la ministre a profondément discrédité la parole de l’Etat, sans aucun respect des personnes qui travaillent depuis des années sur ce projet et notamment depuis 2012. De nouvelles études seront donc lancées à la demande de la ministre (productivité des barrages, coût des passes à poissons, etc.). Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, nous avons appris le décès accidentel de Michel Thoury, survenu le 17 février. Cet homme politique de la Manche (ancien vice-président du Conseil Régional de Basse Normandie) avait compris les enjeux autour du démantèlement des barrages. Nous vous incitons à rejoindre les rangs des défenseurs d’une Sélune libre : www.selunelibre.org
Nos rivières mises en grave danger par de nouvelles politiques publiques
Lettre ouverte à M. Le président de la République
Monsieur le Président de la République, nous sommes extrêmement inquiets. Nos rivières de France sont en grave danger.
Alors que depuis plusieurs dizaines d’années les efforts conjugués des pouvoirs publics et de l’ensemble des usagers et partenaires, notamment associatifs que nous représentons, ont permis une longue et progressive reconquête de ce patrimoine irremplaçable, deux décisions récentes de votre gouvernement viennent de remettre en cause brutalement et de manière unilatérale, cet acquis environnemental essentiel. Par ces deux décisions, le gouvernement met clairement nos rivières en danger, et tourne le dos délibérément aux engagements qu’il a lui même pris vis à vis de l’Union Européenne dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau de 2000 (DCE). Non seulement l’objectif de 2/3 des cours d’eau en « bon état écologique » en 2015 sur lequel nous nous étions engagés vis à vis de l’Europe ne sera pas atteint, mais, qui plus est, ces deux décisions sont de nature à compromettre l’atteinte de nos objectifs pour la prochaine échéance de 2021. Elles menacent significativement et durablement le maintien des acquis environnementaux si difficilement et chèrement obtenus ces dernières années. Elles sont de nature à réduire encore et à accélérer la chute abyssale de la biodiversité de notre territoire, alors même qu’on prétend la freiner, voire l’arrêter grâce, au projet de loi biodiversité en cours d’examen par le parlement. Ces décisions concernent d’une part la promotion et le développement de l’hydroélectricité, et d’autre part l’agriculture dans ses relations avec l’environnement.
La promotion et le développement de l’hydroélectricité
Des annonces récentes de la ministre de l’Ecologie, favorables au développement de l’hydroélectricité, sont de nature à susciter le doute sinon la perplexité :
– suspension inattendue de l’arasement des ouvrages de la Sélune dans la Manche,
– annonces favorables aux moulins et autres petits ouvrages hydroélectriques lors des débats relatifs à la loi sur la transition énergétique,
– pour les nouveaux ouvrages, promotion de cette énergie grâce aux appels d’offres par le soutien des finances publiques.
Les cours d’eau de notre pays sont très fortement aménagés. Plus de cinq cents grands barrages et plus de 70 000 ouvrages barrent et interrompent le cours naturel des fleuves et des rivières. La distance entre ouvrages est en moyenne de 5 km, les cours d’eau s’apparentent à de vastes « escaliers d’eau ». Le potentiel énergétique de nos cours d’eau est exploité à 95%. Le choix politique porte sur la préservation des 5% restants : le gouvernement veut il sacrifier les dernières portions de cours d’eau encore préservées ?
Le développement de l’hydroélectricité impacte directement les politiques de préservation et de reconquête de la qualité de l’eau et de la biodiversité. Le principe, affirmé haut et fort par certains, qu’on pourrait simultanément avoir des rivières en bon état biologique et physico chimique et les équiper d’ouvrages hydro-électriques est faux, comme ceci a été démontré à maintes reprises par de nombreuses études scientifiques. Tout ouvrage en rivière, par la présence de la retenue d’eau qu’il génère, où se développe l’eutrophisation, est le siège d’altérations biologiques et physico chimiques qui dégradent la qualité de l’eau et du milieu. Ainsi, tout ouvrage, même équipé du meilleur dispositif de franchissement des migrateurs vers l’amont et l’aval, du meilleur système de gestion du débit solide, altère considérablement le milieu aquatique, et menace directement les chances d’atteindre le bon état. La proportion de ces dispositifs non entretenus et qui se bouchent très rapidement, devenant ainsi immédiatement non fonctionnels, est considérable sur le terrain. Les obligations de suivi et d’entretien sont rarement respectées par des propriétaires résidant souvent loin des ouvrages. La police de l’eau est bien souvent inopérante. Des portions entières de rivières indispensables à la reproduction des espèces, peuvent être ainsi rendues inaccessibles à des périodes pourtant vitales par un seul ouvrage mal entretenu. Les effets cumulatifs des successions d’ouvrages qui s’étagent sur les mêmes cours d’eau et au sein des mêmes bassins versants, multiplient, par un phénomène de potentialisation additive, les altérations profondes et durables des milieux aquatiques, tant sur le plan biologique que physico chimique. Ces réalités techniques font que le développement de l’hydroélectricité, induit notamment par l’appel d’offres gouvernemental, aura des effets délétères sur l’atteinte du « bon état » des cours d’eau sur lequel la France, à l’instar des autres pays européens, s’est engagée au titre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE). Notre engagement d’atteindre les 2/3 de nos masses d’eau superficielles en « bon état écologique » d’ici à 2015 ne sera pas tenu, et de loin. La prochaine échéance est 2021. Nous devons donc tout faire pour progresser significativement dans ce domaine. Or, les causes principales de cet échec sont connues : les pollutions diffuses agricoles contre lesquelles nous agissons bien peu et les modifications morphologiques des cours d’eau, lourd héritage des pratiques passées. Ainsi, les paramètres qui déclassent les cours d’eau sont directement sous la dépendance de la qualité morphologique des rivières et notamment de leur libre écoulement. Empêcher celui ci, ou le ralentir, c’est accroitre les phénomènes d’altération qui empêchent l’atteinte du « bon état écologique ». Construire de nouveaux ouvrages ne peut que renforcer ces phénomènes de dégradation.
En un mot, ce qui déclasse nos rivières ce sont les altérations que précisément l’appel d’offres a pour effet de renforcer. Par ailleurs, si la grande hydraulique a le mérite de contribuer significativement à la production hydroélectrique, les microcentrales, voire maintenant les pico centrales (quelques dizaines de kWh) produisent des quantités infimes d’électricité, mais des dégâts écologiques significatifs. Elles n’apportent en rien la moindre contribution intéressante au développement d’une production électrique durable. L’hydroélectricité est certes une énergie renouvelable, mais en aucun cas une énergie durable (absence de volet social, conséquences écologiques néfastes). Pire, elles sont établies sur des petits cours d’eau qui sont bien souvent des zones vitales pour la biodiversité, pour les poissons et la vie aquatique en général : ruisseaux pépinières, zones de frayères, petits chevelus de l’amont. Les cycles vitaux des poissons migrateurs sont interrompus alors même que ces espèces sont vulnérables (saumon atlantique), parfois même en danger critique d’extinction (anguille européenne). Il ne s’agit en définitive que d’une destruction intolérable du bien commun que représentent les rivières, leur biodiversité, les services écosystémiques qu’elles offrent, la beauté de leurs paysages, le bien être qu’elles procurent aux populations, au service de l’intérêt de quelques uns. Alors même que, depuis quelques années, des politiques efficaces de mise aux normes d’ouvrages existants et d’effacement de seuils et de barrages inutiles ou obsolètes (soit environ 90% des barrages et seuils existants) commençaient à porter leurs fruits (amélioration de la qualité de l’eau, remise en mouvement du transit sédimentaire, reconquête des rivières pour les poissons migrateurs, amélioration significative des écosystèmes), relancer une politique de développement de l’hydroélectricité et, singulièrement, de la micro hydroélectricité, apparait comme une immense régression conduisant à faire disparaître ce qu’il reste de notre patrimoine de rivières vivantes.
Aussi :
Nous demandons l’arrêt immédiat de l’appel d’offres sur le développement de l’hydroélectricité, énergie renouvelable mais non soutenable au sens du « développement durable ». Nous sommes favorables au développement des énergies renouvelables mais pas au prix de l’altération des derniers tronçons de rivières et de la destruction de leurs fonctionnalités écologiques pour un gain énergétique dérisoire. Cette énergie, qui a atteint depuis longtemps sa maturité technique, qui est déjà indirectement, et fortement aidée au travers de tarifs de rachat très profitables financés par la contribution obligatoire de chaque abonné, n’a pas à être développée, mais elle doit être au contraire maitrisée et strictement mise aux normes environnementales afin de respecter les cours d’eau non encore aménagés qui nous fournissent des services inestimables, significativement d’un service collectif d’intérêt général significativement supérieurs à leur intérêt énergétique. Nous demandons qu’aucun nouvel équipement hydroélectrique quelle qu’en soit la taille, ne soit autorisé. Que seule soit admise une optimisation énergétique du parc existant sous réserve de son amélioration écologique la plus aboutie. Nous demandons l’application stricte des dispositions du Code de l’environnement concernant la continuité écologique qui doit être impérativement protégée et renforcée. Notamment, sur les rivières classées en liste 1 au sens de l’article L.214 17 du code de l’environnement, où tout nouvel ouvrage est interdit, les renouvellements de titres (autorisations et concessions) doivent par principe être rejetés. Par exception, on pourra admettre le renouvellement des titres pour des ouvrages particulièrement structurants dont le maintien correspondrait à la fourniture marqué. Sur les rivières en liste 2, les très nombreux ouvrages obsolètes, inutiles ou orphelins, doivent être effacés, les ouvrages présentant un usage avéré devant être soigneusement mis aux normes, et parfaitement entretenus dans les délais prévus par les textes. Lors du renouvellement de ces listes, elles devront naturellement être reconduites voire accrues, et en aucun cas revues à la baisse. Nous demandons que les pouvoirs publics mettent en œuvre l’ensemble des moyens possibles, juridiques, financiers, administratifs et en personnel pour atteindre nos objectifs DCE, notamment dans les administrations concernées, les agences de l’eau et l’ONEMA, et renoncent impérativement à toutes les politiques contraires, de nature à nous empêcher de les atteindre, notamment dans le domaine de la biodiversité aquatique. L’appel d’offres hydroélectricité fait partie de ces politiques contraires à cet objectif fondamental qui nous oblige vis à vis de l’Europe, et c’est pourquoi il faut y renoncer.
La communication en Conseil des Ministres du 18 février 2015 concernant l’agriculture et notamment ses relations avec l’environnement. Cette communication, constitue un recul extrêmement préoccupant, notamment pour l’eau et les rivières. Les mesures annoncées participent d’une véritable volonté de :
– déréglementation par accroissement des seuils pour les ICPE agricoles sou- mises à autorisation,
– développement des retenues d’eau artificielles pour l’irrigation,
– réduction du périmètre des cours d’eau par une cartographie départementale partisane,
– réduction de la pression du contrôle.
Comme il a été rappelé depuis la création du régime Enregistrement : L’introduction de ce régime pour les élevages industriels, et dernièrement pour les élevages de volailles, concerne directement la qualité de l’eau des fleuves et des rivières. Ce régime détend un peu plus le lien entre agriculture et territoire : l’absence d’étude d’impact ne permet pas d’intégrer l’installation dans son environnement ; et en l’absence d’enquête publique, les riverains subissent l’installation de telles fermes en contradiction avec les principes de l’agro écologie pourtant portés par votre gouvernement. Le développement des retenues d’eau pour l’irrigation crée d’importants dégâts environnementaux sur la qualité de l’eau, de la ressource en général, et notamment des rivières. L’élaboration d’une carte départementale des cours d’eau est problématique, et potentiellement dangereuse. Les cours d’eau sont une réalité factuelle non négociable, mais constatable in situ, et évolutive sur le terrain. Aucune cartographie complète de ceux ci n’existe actuellement, les cartes IGN ne sont qu’un minimum de l’existant. Cette carte risque de n’être ni objective, ni exhaustive, et dès lors qu’il y aura une carte, tout le monde considèrera que tout ruisseau, rivière, canal, non répertorié ne sera pas un cours d’eau, et échappera du coup aux prescriptions de la police de l’eau. C’est évidemment la porte ouverte à la pollution, la rectification, la suppression des bandes enherbées, bref le massacre de ce patrimoine inestimable que sont les petits cours d’eau. Cela signifiera une nouvelle vague de destruction de chevelus, ruisseaux pépinières en tête de bassin, qu’il faut au contraire impérativement protéger.
Enfin, l’allègement de la pression de contrôle sur le terrain est extrêmement choquant, alors même que les atteintes à l’environnement ne cessent de s’accroître dans le monde rural. Les agents de l’ONEMA, des DDT, des DDPP et de l’ONCFS, sont les « gendarmes » des milieux naturels. Il faut les encourager, et non les décourager à pour- suivre leurs missions indispensables de contrôle et de surveillance, voire de répression quand cela est nécessaire. On ne voit d’ailleurs pas au nom de quoi les infractions aux lois et règlements commis par les agriculteurs seraient moins graves, ou moins « illégales » que celles commises par d’autres citoyens, et c’est envoyer un signal extrêmement négatif (et incitatif aux comportements délictueux) que d’an- noncer un « allègement » des contrôles. Nous regrettons que le gouvernement, par sa communication en Conseil
des Ministres du 18 février 2015, renforce l’idée selon laquelle il n’existe qu’une seule logique agricole, productiviste, incompatible avec la préservation de l’environnement et des biens communs que sont l’eau, les écosystèmes et la biodiversité. Nous réaffirmons donc notre souhait que le gouvernement renonce aux dispositions prévues au chapitre 31 de la communication en Conseil des Ministres du 18 février 2015. Celles ci sont extrêmement nocives à l’environnement et en particulier à l’eau et aux rivières.
Nous demandons en conséquence de :
– maintenir les seuils des ICPE
et non de les augmenter afin de continuer à maîtriser et réduire les pollutions des rivières,
– nous tourner vers une agriculture économe en eau, au lieu de développer des réserves d’eau pour l’irrigation qui ne feront qu’accentuer la pression sur la ressource,
– ne pas établir de cartographie des rivières, pour ne pas encourager l’affaiblissement de la protection de l’eau, des écosystèmes et la prévention des inondations,
– réserver les financements publics, en particulier les subventions des Agences de l’Eau, aux seuls projets participant directement de la protection de la ressource en eau et des milieux aquatiques,
– renforcer la police de l’eau et accroître les contrôles pour lutter contre les atteintes environnementales qui se développent.
La France compte 500 000 km de rivières qui constituent un patrimoine naturel exceptionnel qui rend d’inestimables services environnementaux (et donc sanitaires), sociaux et économiques. C’est un capital vital pour la qualité de vie de nos concitoyens, source d’aménités nombreuses et de ressourcement, et la beauté de ce patrimoine exceptionnel participe grandement à l’attractivité de notre pays, la France. Il ne faut pas le sacrifier pour quelques mégawatts d’énergie électrique en plus, ou pour satisfaire au paradigme dépassé d’une agriculture productiviste. Il y a aussi une économie autour de la conservation de ce patrimoine naturel largement aussi beau et cher au coeur des français que notre patrimoine culturel. Il faut impérativement préserver et améliorer ce patrimoine extraordinaire, fragile et irremplaçable qui est notre bien commun, et renoncer à tout ce qui pourrait l’altérer ou le détruire.
Veuillez accepter, Monsieur Le Président de la République, l’expression de notre plus haute considération.
Claude Roustan
Président de la fédération nationale pour la pêche en France
Denez L’Hostis
Président de France Nature Environnement
Destinataires associés :
Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Monsieur le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

EDITO Royal barrage
Crédit photos : FNPF
J’ai une révélation à faire à toutes celles et ceux – et ils sont nombreux – qui se demandent de quoi Madame Royal est la ministre.
Notamment à ceux qui hésitent entre les portefeuilles de l’équipement, de l’énergie ou de l’agriculture. Trois domaines dans lesquels elle vient de prouver une détermination impressionnante à sauver les vieux barrages en péril, à caresser les agriculteurs dans le sens du poil (de cochon) et à permettre à n’importe quel hydraulicien de garage de jouer avec le moindre petit ruisseau pour l’empêcher de devenir une belle et grande rivière.
Et bien, Madame Royal est ministre de l’environnement. La pire ministre de l’environnement qu’on ait jamais eu dans ce pays, dont la gestion consternante risque d’achever les dernières rivières sauvages que quelques rares textes, pourtant peu audacieux, protégeaient encore de la rapacité des trafiquants de kilowatt/ heures et des irrigateurs stakhanovistes.
Nous publions ici la lettre ouverte que viennent d’adresser au président de la République, Claude Roustan le président de la Fédération nationale pour la pêche en France et Denez l’Hostis, le président de France Nature Environnement.
Nous sommes, dans ces colonnes, assez souvent critiques envers le premier nommé, pour ne pas saluer son initiative et dire à nos lecteurs que nous la soutenons sans réserve. Aidons-le à faire barrage à Madame Royal.
LIRE LA LETTRE OUVERTE rédigée par Claude Roustan le président de la Fédération nationale pour la pêche en France
Vous venez de lire l’édito du magazine Pêches Sportives n°104 du mois de juillet :
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Colorado, la ruée vers l’eau
Huit heures : quelques rayons de soleil viennent juste de se frayer un passage entre les arbres jaunissant qui ont pris quartier en amont de “eleven mile canyon” où coule la rivière South Platte. Malgré le froid et l’heure matinale déjà un pêcheur est en train de présenter délicatement sa mouche à quelques truites qui semblent l’ignorer et viennent prendre leur petit déjeuner à portée de canne en faisant de lents ronds dans l’eau. La signature de s beaux poissons.
South Platte river
Nous devons nous rendre à Aspen et pour cela encore une fois nous traversons des paysages à couper le souffle et notamment une immense forêt de trembles au tronc blanc en partie dénudés qui à l’approche de l’automne se vêtissent d’or et de cuivre. Les flancs de montagne semblent s’enflammer comme pour essayer de repousser l’hiver qui s’annonce et le silence blanc qui chemine en sa compagnie. Il y a plein de choses à faire dans la ville d’Aspen mais tout ce que nous avons pu lire sur la rivière Frying Pan (littéralement poêle à frire !) nous rend si impatients de la découvrir que nous nous jetons immédiatement dans son lit. Il est 10 heures, nous venons de remonter toute la rivière jusqu’au dernier parking à proximité du barrage (Ruedi Reservoir). Avant même de nous équiper nous avons déjà repéré quelques beaux gobages faciles à voir sur la large étendue d’eau calme grand comme un terrain de football qui nous fait face.
My Taylor is rich
La piste qui nous mène au col de Cottonwood situé à plus de 4000 mètres d’altitude traverse une somptueuse forêt de feuillus et de résineux qui finit par laisser la place à une steppe d’une immémoriale beauté sauvage. Il faut environs trois heures de route pour atteindre – sous le barrage – les sept cents premiers mètres de no-kill de la Taylor réputés pour ses grosses truites. A peine arrivés, nous sommes époustouflés par le nombre et la taille des truites que nous repérons depuis le pont qui chevauche la rivière. Nous savions que sur ce bout de cours d’eau, les truites gavées de gammares qui s’échappent du lac ont des difficultés pour se glisser dans leurs robes XXL ! Ici, comme sur de nombreux “tailwaters”, la plupart des pêcheurs utilisent tant bien que mal des nymphes qui semblent être la meilleure façon de décider les poissons. Mais, bonne surprise, avant même d’avoir mis nos waders, nous repérons des truites qui nous tendent les bras en nous aguichant par de discrets gobages. Ne voyant rien sur l’eau, je présente une minuscule oreille de lièvre à peine fournie à cette belle truite qui finit par succomber à mes avances. Mais quand je passe aux suivantes, de plus belles tailles, elles restent le bec cloué devant ma mouche mais ne semblent nullement dérangées et continuent de grignoter leur slow food. Heureusement la situation se clarifie dès l’apparition de “pale morning dun” qui ouvre l’appétit de pas mal de truites. Nous montons une peute n° 18 au corps clair et après quelques lancers pour ajuster le tir, c’est la récompense avec une truite fario d’une exceptionelle beauté. Mais le bal vient juste de commencer et nous constatons que ces truites sont toutes plus belles les unes que les autres avec parfois une arcen- ciel bien ronde qui, après quelques pas de danse à la surface de l’eau, finit par nous fausser compagnie par une jolie pirouette. De huit heures du matin à la tombée de la nuit avec très peu de pauses pour reprendre des forces, de gobage en gobage, d’éclosion en éclosion, de combat en combat durant trois jours nous allons, comme des morts de faim jusqu’à presque l’épuisement découvrir tout ce qu’il y a de plus beau sur ce bout de rivière Taylor.
Stoneflies
La journée commençait à peine et nous avions la preuve que ces truites ne prennent pas que des nymphes, comme c’est écrit dans tous les guides qui tentent de renseigner les pêcheurs dans la région. Kathleen de son côté fit mieux : ayant réussi à attraper une énorme perle qui s’échappait vers la berge, elle la lança (cruellement !) dans le courant et elle vit immédiatement une très grosse truite s’en emparer. Au premier lancer d’une imitation de “stonefly” cette même truite lui explosa le bas de ligne de 12/100 qu’elle avait oublié de changer pour un plus gros !
Conseils santé
Ne pas oublier que la plupart du temps au Colorado, on se trouve autour de 2500 à 3000 m d’altitude voir plus et compte tenu de cela et des fortes températures durant la journée, il est impératif de très bien s’hydrater. Pour les personnes présentant une pathologie telle que de l’hypertension, des antécédents cardiaques… la baisse de l’oxygène liée à l’altitude peut poser problème. En parler à son médecin me semble être une sage décision. Attention enfin à la conduite de nuit après le coup du soir : si dans certains tronçons de route la limitation de vitesse parait exagérément basse, il est impératif de la respecter car les cervidés que l’on croise sont très nombreux et les radars à l’affut… Pour vous mettre dans l’ambiance, nous vous conseillons la lecture du dernier livre de John Gierach, Sexe, mort et pêche à la mouche. Poète et écrivain, John Gierach vit et pêche dans le Colorado. Visiblement les superbes paysages du coin l’inspirent beaucoup !

15 milliards : la facture des agences de l’eau
Dans son rapport annuel rendu public le mercredi 11 janvier 2014, la Cour des comptes met sous les feux de la rampe le fonctionnement scandaleux des six agences de l’eau des différents bassins hydrographiques du territoire national.
Ces établissements sont chargés de collecter, puis de redistribuer la redevance sur l’eau. Une bonne part de cette manne (13,6 milliards pour la période 2007-2012) concerne l’assainissement alors qu’une part minime va à la restauration et à l’entretien des cours d’eau et des milieux humides. Au passage, le rapport indique que les agences ont claqué quelques 14,9 milliards, soit un tantinet plus que prévu… « Conflits d’intérêts, manque de représentativité, manque de transparence, absence de contrôle », telles sont quelques unes des formules employées par les magistrats de la Cour des Comptes pour qualifier la politique de l’eau conduite en France par l’établissement public chargé de sa gestion. Dès 2010, la Cour européenne avait déjà pointé le manque d’efficacité de l’Agence de l’Eau, son laxisme dans la lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricoles ainsi que son absence de politique volontariste en faveur de la restauration hydromorphologique des cours d’eau. Le 4 septembre 2014, la Cours de justice européenne a condamné la France pour manquement à la directive de 1991 sur la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole.
Le principe pollueur/payé
Les juges notent que ce fameux principe pollueur/ payeur, issu du Grenelle 1 de l’environnement est bafoué chaque année un peu plus car “ceux dont l’activité est à l’origine des pollutions graves ne sont pas sanctionnés en proportion des dégâts qu’ils provoquent”. Ce serait donc plutôt un principe de pollueur/ payé, qui lui est en place depuis trop longtemps. Le rapport met clairement en évidence un immense déséquilibre puisque les ménages acquittent 87 % du montant total de la redevance, contre 7% pour les industries (passée de 15 à 7%…) et seulement 6 % pour le monde agricole. Il ressort de l’expertise des juges de la Cour que les agences subissent les pressions des lobbies agricoles et industriels. Ainsi, notent-ils, le bassin rhodanien, champion de l’irrigation avec celui d’Adour/ Garonne ne paie que 3 % des redevances alors qu’il capte 70 % des eaux de surface ! L’Agence de Seine/Normandie avait quant à elle décidée de faire payer aux ménages 92 % de la redevance. La ministre de l’environnement a dû intervenir pour les inciter à larguer quelques points. Dans ces « parlements de l’eau » que sont censés être les comités de bassin, l’Etat est représenté à hauteur de 20%, les usagers domestiques et professionnels à 40% et les collectivités locales à 40% également. L’Etat étant minoritaire, il en résulte que les programmes d’intervention des Agences peuvent être découplés des objectifs de la politique nationale de l’eau. Le collège des usagers est trusté par les usagers professionnels (agricoles et industriels). Dans les régions où ces activités prédominent, leurs représentants sont toujours majoritaires. Les conditions sont ainsi réunies pour orienter la politique nationale de l’eau à l’avantage des intérêts particuliers des catégories d’usagers citées précédemment. Les magistrats soulignent que le syndicat agricole majoritaire (FNSEA) bénéficie « d’un quasi-monopole de représentation ». Plus on avance dans ce rapport, plus il y a de quoi tomber à la renverse. Surtout quand on apprend que l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ne demande que 0,6% de la redevance aux éleveurs ! Cela n’a pas échappé aux magistrats qui précisent que “cela n’a rapporté que 3millions d’euros alors que le seul nettoyage des plages du littoral est estimé au minimum à 30 millions”. Dans le grand ouest, cette contribution a chuté de 58 % en quelques années et même de 84 % dans le bassin rhodanien! Il n’a pas échappé à la Cour que ce sont les chambres d’agriculture qui siègent aux comités de bassin, et que la FNSEA y est chez elle. Les conflits d’intérêts sont donc légions et seraient à l’origine d’un certain nombre d’infractions.
Depuis la publication de ce rapport, Ségolène Royal demande plus de transparence et a fait savoir qu’elle demanderait à l’avenir la publication des aides attribuées, ainsi qu’un décret mettant en place, a-t-elle précisé, “de nouvelles règles avant l’été” afin de prévenir les conflits d’intérêt. Autre gros sujet de dysfonctionnement selon les magistrats, le Suivi Régulier de Rejets (ou SRR) que les sites industriels ont obligation de mettre en place depuis 2008. Dans certains bassins, prés de la moitié des sites pollueurs ne font aucun suivi de rejets… et aucune mesure n’est prévue pour les sanctionner ! Les magistrats proposent que ces agissements soient assimilés à un défaut de déclaration et que l’on majore de 40% la redevance de ces sites contrevenants. Malgré ces constats accablants mais totalement en phase avec les réalités de terrain et l’état de délabrement écologique de nos cours d’eaux, il ne faudrait pas passer sous silence quelques actions efficaces accomplies par les Agences de l’eau durant leur 9ème programme (2007- 2012) en termes de soutien à l’équipement des stations d’épuration dont les faibles performances étaient dans le collimateur de la Cour européenne depuis longtemps. La situation s’est significativement améliorée même si beaucoup reste à faire en ce qui concerne l’assainissement des petites communes. Le 10 ème programme (2012 -2018) est tourné vers l’atteinte du bon état des eaux. Bon état chimique et écologique pour les eaux de surface, bon état chimique et quantitatif pour les eaux souterraines. Dans ce dernier programme, les magistrats déplorent que la priorité soit encore et toujours donnée à l’assainissement au détriment d’une « réorientation vers le grand cycle de l’eau » Une fois de plus, les milieux aquatiques et le développement durable restent les parents pauvres de la politique de l’eau française. Dépolluer, c’est bien mais ne pas polluer et ne pas gaspiller ce serait quand même mieux… Enfin vous noterez qu’il faut un rapport de la Cour des comptes, pour que soient montrés du doigt quelquesuns des plus grands crimes écologiques de notre époque. On parle donc de problèmes environnementaux parce qu’il coûte très cher de ne pas les respecter ! Voici donc ce qu’il reste de la défense de la ressource en eau en France. Ce qui veut dire que si des efforts sont faits, se sera bien évidemment par peur du gendarme et non par bonne conscience. Nos amis les “jardiniers de la nature” nous empoisonnent, mais en plus, ils nous ruinent…
Les perles
Le rapport prend quelques exemples concrets de subventions effarantes. Ainsi, L’Agence Seine-Normandie a accordé un prêt de 13,5 M d’euros à… Eurodisney afin de réaliser une station d’épuration jugée par cette même Agence comme « nonprioritaire » ! Les Magistrats notent que ce type d’aide a pour effet de « déresponsabiliser ses bénéficiaires », l’Agence se permettant au passage de déroger à ses propres règles de plafond ou d’éligibilité !
Le cas de l’usine Altéo de Gardanne qui rejette des boues rouges toxiques en méditerranée, au large de Cassis a également retenu l’attention des magistrats… Et pour cause, la redevance pour « toxicité aigüe » de cette usine a baissé de 13 à 2,5 M d’euros pour la seule année 2014 ! La cause ? Des efforts pour respecter l’environnement ? Non, juste la création d’une catégorie spécifique par un amendement parlementaire (« toxicité aigüe rejeté en mer au-delà de 5 km du littoral et à plus de 250 mètres de profondeur ») dont cette usine est désormais la seule à bénéficier en France !
Les Agences de l’Eau n’échappent pas au chant des sirènes de la communication. Ainsi les Magistrats de la Cours des Comptes épinglent l’organisation « d’événements dispendieux » comme le Sixième forum de l’eau organisé à Marseille. (Avec un budget de 2 M d’euros, on peut effectivement faire un joli forum!). Elle pointe également ce même travers en d’autres lieux et à une autre échelle, comme ce fut le cas avec l’Agence Seine Normandie pour la distribution d’une modeste plaquette d’information : pour la seule joie de la voir distribuée par Véolia, La Saur et Suez Environnement, il en a coûté plus de 160 000 euros à cette agence ! Les Magistrats résument leur jugement par un laconique : « la Cour n’est pas convaincue de la pertinence de ces actions. » On appréciera l’euphémisme…

Bonnes feuilles : Saint-Pierre était belge, pêche amour et jalousie.
C’est un petit village franco suisse à forte population belge. Au milieu coule le Doubs, ses truites, ses mouches et ses « pêchoux ». Dans le roman de Georges Quinot il est surtout question d’amour, de pêche et de jalousie. Où quand francophonie et francofolie font bon ménage… Morceaux choisis.
Le soleil avait quitté la rivière. J’avais abandonné le restaurant avant le dessert. Jacky, aurait bien fait de même, mais son regard de chien battu ne rencontrait pas, dans celui de son épouse, l’acceptation qu’il espérait. Le repas se faisait en famille et ce, jusqu’au bout. Et cette fameuse glace vanille qui n’arrivait pas. 20 h 45. Jacky ouvre le coffre de sa voiture et se précipite sur son matériel de pêche. « À ton avis, Jojo, je monte ma neuf pieds carbone ou ma huit et demi en bambou refendu ? À moins que… La neuf pieds et demi… Ou alors ? Une vraie femme devant sa garde-robe un soir de sortie ! – À titre documentaire, je te signale que la pêche ferme à 22 h 30. – Oui, je sais, mais… J’hésite. Peut-être la dix pieds avec laquelle j’ai piqué une truite de neuf cents grammes, l’été dernier. – Tu ne dois pas souvent le prendre, de cette façon-là. – Quoi ? – Ben ton pied ! – Imbécile ! Allons, je me décide, va pour l’action de pointe. Où va-t-on ? – Au pré À Émile. » Cet endroit de pêche se trouvait, pour qui désirait faire un coup du soir sans histoire, à dix encablures de canne à mouche de l’hôtel. Tous s’y rendaient en flânant, la ceinture défaite pour la digestion et une larme de vin dans l’oeil. Certains devisaient sur la dureté de l’existence, d’autres sur la valeur de leur matériel, la plupart sur leurs exploits… passés. La canne à mouche sur l’épaule, nous longeons la rivière. Vu la chaleur torride de la journée, les choses sérieuses ne commenceraient pas avant une heure. Au début du pré, nous croisons un couple de pêcheurs absorbé par la comparaison de leur mouche. Pourquoi pas, les gamins comparent bien leur zizi ! « Et cette année, Jacky, où as-tu fait l’ouverture ? – Sur la haute Lesse, près de Daverdisse. C’est mon fief et on y trouve encore quelques truites sauvages. – Tu as pris quelque chose ? – Oh tu sais, à la mouche, à l’ouverture ! Parfois quand même, sur le coup de midi… – Pourquoi ne pêches-tu pas au vairon ? – Ça ne m’amuse pas. – C’est net et précis et puis, il est vrai que si tu devais t’équiper au vairon comme tu l’es pour la mouche… – Jaloux ! » Au loin j’aperçois un retardataire. Il marche lourdement en louvoyant. Une fois à gauche, une fois à droite de la route, sans doute pour équilibrer les deux litres de vin ingurgités durant le repas du soir. Il n’arrivera pas à la rivière. Le couple français divorce et prend possession de l’eau. Ils y entrent jusqu’aux mamelons, allument leur lampe de poche pour ne pas s’étaler dans un herbier, qui n’a rien à faire dans leur rivière, et fouettent sur un gobage produit par la cueillette d’une hirondelle.
« T’as vu Jacky, les canards du Relais du pêcheur ! – C’est bien, c’est bien. – Tu trouves ? – Ben oui, c’est ça qu’on appelle protéger une rivière. Partis comme ils sont là, ils ne risquent pas de prendre du poisson. C’est pour ça que le pré À Émile est renommé pour ses grosses truites imprenables. Et encore, tu n’as rien vu, attends qu’une truitelle gobe sur la rive d’en face, ils vont courir, peut-être prendre le bouillon, dévaler et être recueillis en héros dans la chute de l’hôtel.
– Tu exagères. – Oui, un peu… Mais si peu ! » La valse des truitelles commence. « Les sedges sortiront trop tard, dit Jacky. Je vais mettre un spent. Tiens. Regarde cette petite merveille à corps rouge. Non, plutôt ce corps violet. – Pour moi, c’est chou vert et vert chou. – Pour toi, peut-être, mais pour le poisson… – À cette heure, je n’y crois pas. Rouge foncé, rouge violet, violet presque rouge ou rouge quasiment violet, elles doivent s’en foutre. Enfin, si tu y crois, c’est le principal. – Jojo, tu me fais hésiter. – On peut retourner à l’hôtel. Tu changeras de canne, de veste de pêche, de cuissardes. Tu feras ton petit pipi en te demandant s’il est préférable de le faire droit, vers la gauche, la droite, plongeant, minuscule ou énorme, goutte à goutte ou continu et pourquoi pas, pour changer, en éventail… – Ce que tu peux être con, Jojo ! Je ne sais vraiment pas pourquoi je t’accompagne. – Peut-être pour te dire que quelque chose de sérieux vient de gober à gauche de l’herbier. – Lequel ? – Le quatrième après le rocher. » La truite se manifeste à nouveaux. Jacky se lisse la moustache en plissant les paupières. « Jojo, tu deviens vieux, c’est une crevure. – Essaye tout de même, elle fait peut-être la maille. – Une crevure je te dis. » Il déploie sa soie, pose et laisse dériver. J’admire sa façon de poser, tout en légèreté et précision. Au premier passage, le poisson monte, il ferre. « Waouh ! C’est une belle ! Si elle va dans l’herbier, c’est foutu… Avec mon quatorze centièmes… Elle y va ! CASSÉ ! – Bah, ne t’en fais pas, ce n’était jamais qu’une crevure que mes yeux de vieillard avaient prise pour un beau poisson !Au moins tu sais où elle se trouve. »
Soudain, un énorme juron crève le calme de la rivière. Cent mètres plus bas, l’un des scaphandriers essaye difficilement de nager sans perdre son chapeau et sa canne. « Et un canard, UN ! » Je me précipite, Jacky m’arrête. « Calme-toi. Son copain est là et puis, il peut nager. Tu penses, ce ne doit pas être la première fois ! Tu irais, toi, au milieu du Doubs, de l’eau jusqu’aux bretelles, sans pouvoir nager ? – Moi ? Non ! Mais je suis Belge, intelligent et réfléchi. – Tiens, je n’avais pas pensé à ça, dit Jacky remplaçant sa mine déconfite par un regard vengeur, sa mouche perdue par une nouvelle semblable à la première. – Comment peux-tu faire, si vite, dans le noir ? – Moi, Monsieur, j’ai un oeil de lynx, des réflexes de panthère et la patience d’un héron aux aguets. – Tu oublies la quête d’ours. – Pourquoi d’ours ? – Une quête d’ours ne travaille que deux fois par an et, comme ta femme nous l’a laissé entendre… – Arrête ! Mais c’est pas vrai, tu veux me déconcentrer. Pêche plutôt. Va prendre la place des canards, imite les, prend le bouillon. Au moins je pourrai pêcher à l’aise. – Tiens, encore là, près du caillou. Pas le gros, le tout plat en bordure de courant. Montre-moi comment on jure… Et comment tu casses. » Jacky hésite pour me laisser tenter le poisson. Voyant mon apathie, il remet ça. La truite refuse. Deuxième passage, nouveau refus. « Elle n’en veut pas, chuchote-t-il. – Inutile de parler si bas, elle ne t’entend pas. Et puis, je pense, qu’elle n’a pas envie de se balader avec une mouche dans la gueule, pendant huit jours. Je crois, sans vouloir te vexer, qu’elle s’est aperçue que la canne était tenue par une brute jurant et inamicale. » Jacky appuie son troisième lancer : « Elle ne peut pas me faire ça. Cette mouche est parfaite et mon lancer… » La truite gobe, nous gratifie d’une superbe chandelle, se tord plusieurs fois, dévale quelques mètres et se rend, la gueule ouverte, étouffée par l’air qui s’y engouffre. « Si tu ne te décides pas à l’épuiser, elle va te passer la langue et ficher le camp. » Il saisit le poisson derrière les ouïes et la dépose sur le pré : »Elle fait ses quatre cent. » Il est 22 h 27. Le coup du soir est terminé, pour nous du moins. De gros sedges bruns courent, de plus en plus nombreux sur la surface de l’eau. À ras des roseaux, une toute belle se met à table. chassant goulûment les sedges qui essayent de rejoindre le bord.
Saint-Pierre était belge est disponible dans la partie boutique de ce site.