Auteur/autrice : admin_lvdr

  • Le Complot contre la PĂȘche

    Secrétaire d'état.

    La secrĂ©taire d’État Chantal Jouanno avec Claude Roustan (Ă  droite) au dernier salon de l’agriculture.

    Sous couvert d’uniformiser la gouvernance des pĂȘcheurs de loisirs, les dirigeants de la FNPF, s’apprĂȘtent Ă  imposer, sans la moindre concertation, une rĂ©forme qui dans plusieurs rĂ©gions va ruiner vingt ans de gestion raisonnable des riviĂšres de France. Anatomie d’un complot oĂč autoritarisme et dĂ©magogie font bon mĂ©nage.

    Nous n’avons jamais dĂ©menti, dans ce journal, le jugement sĂ©vĂšre que nous portions sur l’organisation de la pĂȘche de loisirs en France : le rĂ©gime associatif qui est au coeur du systĂšme s’est montrĂ© incapable de promouvoir une gestion responsable de la ressource, pas plus qu’il n’a su dĂ©fendre l’eau, les poissons, les pĂȘcheurs contre tout ce qui les menaçait.
    Nous l’avons dit souvent : la pĂȘche française est l’une des plus mal gĂ©rĂ©es au monde, et l’inefficacitĂ© de ses responsables a sa part dans l’effondrement des populations de pĂȘcheurs.
    Mais nous ne pensions pas que cette incurie puisse un jour dĂ©boucher, sous couvert d’amĂ©liorer les choses, sur ce qu’il faut bien appeler un coup d’Etat des actuels dirigeants de la FĂ©dĂ©ration nationale de la pĂȘche française, un vĂ©ritable complot ourdi contre ceux-lĂ  mĂȘme qui les ont faits rois.

    De quoi s’agit-il ? Le projet de rĂ©forme de M. Roustan, l’actuel prĂ©sident de la FNPF, consiste en une incroyable centralisation des pouvoirs et des rĂšglements, dĂ©finie sur la base du plus dĂ©magogique des dĂ©nominateurs communs pour donner aux pĂȘcheurs l’illusion d’une gestion qui remettrait du poisson dans les riviĂšres par la magie d’une association stratĂ©gique entre pisciculture et mĂ©thode CouĂ©.
    Sans se soucier de gestion patrimoniale, de qualitĂ© des riviĂšres, de maĂźtrise sĂ©rieuse des prĂ©lĂšvements. En rayant d’un trait de crayon les dizaines d’annĂ©es de travail d’AAPPMA et des fĂ©dĂ©rations vertueuses dont le seul tort est d’avoir tentĂ© et souvent rĂ©ussi Ă  gĂ©rer leurs riviĂšres sans dĂ©magogie ni gaspillage de l’argent des pĂȘcheurs.
    Le projet de M. Roustan, son grand oeuvre, est de mettre au pas ces bons Ă©lĂšves de l’écologie des riviĂšres pour que rĂšgne la mĂ©diocritĂ© halieutique, et qu’on laisse les pisciculteurs prospĂ©rer. Et sa rĂ©forme, Monsieur le PrĂ©sident entend l’imposer Ă  la façon des dictateurs, en prenant autant de gants qu’un liquidateur de multinationale fermant son usine au Mozambique.
    Le problÚme est que M. Roustan est un élu.

    Son attitude nous amĂšne Ă  la question suivante : ou la pĂȘche de loisirs est gĂ©rĂ©e par le systĂšme associatif (ce qui n’a pas que des avantages) et, Ă  ce moment-lĂ , il faut jouer le jeu de la dĂ©mocratie associative, ou bien la pĂȘche est une affaire d’Etat, de spĂ©cialistes, ou de promoteurs de tourisme et de loisirs, et on ne voit pas ce que viennent faire Ă  sa tĂȘte une poignĂ©e de hiĂ©rarques assez mal Ă©lus, sans compĂ©tence particuliĂšre pour les diffĂ©rents niveaux de gestion que le sujet requiert.
    En dĂ©cidant seuls dans leur coin de ce que doit ĂȘtre le nouvel ordre de la pĂȘche associative, M. Roustan et les siens ne font que trahir ceux qui les ont Ă©lus. Et ce coup d’Etat qu’ils nous disent vertueux est, nous semblet- il, le meilleur moyen d’aggraver encore la situation dĂ©jĂ  pas terrible d’un loisir autrefois populaire.

    A ce propos, nous avons mis ce journal sous presse la veille de l’ouverture de la truite.
    Pour des milliers de pĂȘcheurs, la saison s’est terminĂ©e le 13 mars au soir. C’est peut-ĂȘtre ça, la rĂ©forme Roustan : qu’il y ait Ă  l’avenir une journĂ©e de la pĂȘche, comme il y a une journĂ©e de la musique ou une journĂ©e des voisins. Ce sera bien suffisant pour faire le plein des congĂ©lateurs.

    La rédaction

  • Ruisseau CĂ©venol

    Ruisseau Cévenol

    BenoĂźt Chancerel est un passionnĂ©, et pour nous faire rĂȘver juste avant l’ouverture, comme pour nous dire que bientĂŽt il fera beau et qu’on l’on pourra arpenter les ruisseaux oĂč dorment les truites voraces des CĂ©vennes, il nous propose cette petite promenade estivale. C’est tellement bon, qu’on sent le souffle du vent et la fraicheur du ruisseau. Allez visiter son site !

  • Les dĂ©rives harmonisĂ©es

    Les dérives harmonisées

    Les dates d’ouverture de la pĂȘche en France, notamment celles concernant le sandre, le black-bass et l’ombre, permettent la pĂȘche de ces espĂšces alors qu’elles sont encore prĂ©occupĂ©es par la reproduction. On assiste alors Ă  une vĂ©ritable dĂ©rive de la part des pĂȘcheurs qui, d’une part, ne respectent plus cette phase essentielle de la vie des poissons et, d’autre part, prennent l’habitude de rĂ©aliser les plus belles pĂȘches de l’annĂ©e durant cette pĂ©riode.
    Inquiétant


     

     

    Par Jean-Marc Theusseret

     

     

     AprĂšs quelques annĂ©es de recul et de nombreux tĂ©moignages au niveau national, le temps est venu de faire le bilan de l’ouverture de la pĂȘche aux carnassiers, fixĂ©e dĂ©sormais au second samedi de mai. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette date unique ne convient pas Ă  toutes les rĂ©gions ni Ă  toutes les espĂšces piscicoles. La seule justification d’une date d’ouverture de la pĂȘche rĂ©side dans le respect de la pĂ©riode de reproduction des poissons concernĂ©s. Cela comprend la ponte, bien entendu, mais Ă©galement la maturitĂ© des oeufs et le temps nĂ©cessaire aux alevins pour qu’ils soient autonomes.

    C’est souvent ce dernier stade qui pose problĂšme. Pour une raison obscure et sous prĂ©texte d’harmonisation des dates d’ouverture de la pĂȘche, la FĂ©dĂ©ration nationale pour la pĂȘche en France (FNPF) et l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) ont choisi d’avancer la date d’ouverture de la pĂȘche aux carnassiers. FixĂ©e donc pour l’essentiel des dĂ©partements au second samedi de mai, cette date est dĂ©calĂ©e d’un mois si on la compare avec l’ancienne date d’ouverture, qui durant des dĂ©cennies avait lieu aux alentours du 15 juin. Venons-en aux faits.
    Dans de nombreux dĂ©partements, notamment sur l’ensemble de la moitiĂ© nord de la France, le sandre et le black-bass soit sont sur les nids, soit dĂ©fendent farouchement leur progĂ©niture dĂ©but mai.
    On voit alors, Ă  l’ouverture et durant les semaines qui suivent, de nombreuses prises de sandres, gĂ©nĂ©ralement des mĂąles trĂšs sombres, qui se font prendre trĂšs facilement parce qu’ils dĂ©fendent leur nid. Les pĂȘcheurs ignorent pour la grande majoritĂ© Ă  quel point il est grave de prendre un mĂąle sur un nid. Le rĂŽle du mĂąle consiste essentiellement Ă  charger sans cesse les prĂ©dateurs des oeufs que sont les chevesnes, rotengles, gardons, brĂšmes, etc. Un mĂąle prĂ©levĂ© sur un nid correspond Ă  des milliers d’alevins qui ne verront jamais le jour.
    Idem pour le black-bass, qui défend farouchement ses alevins.

    Ces deux espĂšces sont les plus vulnĂ©rables Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e. Alors on peut se demander pourquoi les instances de la pĂȘche en France ont choisi cette date d’ouverture si prĂ©coce. La rĂ©ponse en surprendra plus d’un. Il s’agit en effet de deux espĂšces non indigĂšnes introduites dans nos eaux il y a bien longtemps. S’il peut sembler comprĂ©hensible d’ĂȘtre mĂ©fiants vis-Ă -vis des espĂšces exotiques, ces deux-lĂ  n’ont aucunement dĂ©sĂ©quilibrĂ© les milieux.
    Mais aprĂšs le dĂ©veloppement exponentiel qu’à connu le sandre peu aprĂšs les multiples introductions dans nos eaux dans les annĂ©es 70-80, les populations sont actuellement trĂšs fragilisĂ©es sur l’ensemble du pays, Ă  l’exception de quelques cas particuliers.
    Quant au black-bass, introduit en France par les militaires amĂ©ricains durant la Seconde Guerre mondiale, il survit pĂ©niblement et, chaque printemps, les mĂąles sont la proie de pĂȘcheurs peu scrupuleux.

    Sondeur

    De telles concentrations de poissons en début de saison ont de quoi déchaßner les passions.
    Sur certains grands lacs de barrage, une vĂ©ritable migration vers l’amont a lieu au dĂ©but du printemps.
    Sur ces lieux de fraye de multiples espĂšces, on dĂ©plore toutes sortes de comportements irresponsables de la part des pĂȘcheurs.
    En France, la rĂ©glementation permet de prendre des sandres qui dĂ©fendent encore leur nid. En prĂ©levant ce petit mĂąle “charbonnier”, c’est toute la ponte qui sera dĂ©truite, consommĂ©e par les poissons blancs.
    La pĂȘche en no-kill, par des pĂȘcheur soit disant sportifs a donnĂ© lieu Ă  d’autres massacres en pĂȘchant des femelles avant la ponte. Par dĂ©compression, les oeufs ont Ă©tĂ© dĂ©truits.
    Lamentable
 C’est aux pĂȘcheurs de prendre leurs responsabilitĂ©s et de s’auto-limiter.

     

    La premiÚre catégorie 

     Les hasards voire les mystĂšres de la rĂ©glementation font que certains plans d’eau ou portions de cours d’eau sont classĂ©es en premiĂšre catĂ©gorie alors qu’aucun salmonidĂ© n’y vit plus depuis des lustres.
    La rĂ©glementation autorise alors la pĂȘche aux leurres en pĂ©riode d’ouverture de la pĂȘche de la truite. Les prises d’autres carnassiers doivent donc s’effectuer en no-kill jusqu’à l’ouverture gĂ©nĂ©rale. LĂ  encore, on assiste Ă  de vĂ©ritables carnages aux tristes consĂ©quences sur des sandres, des perches et des brochets pleins d’oeufs. Faire monter de plusieurs mĂštres une femelle pleine d’oeufs est un acte d’une grande irresponsabilitĂ©. Par dĂ©compression, les oeufs sont dĂ©truits immanquablement. Certains lacs, dont celui de Vouglans dans le Jura, sont le théùtre de bien tristes spectacles. Sous couvert du sacro-saint no-kill, des pĂȘcheurs “sportifs” Ă©quipĂ©s de bass-boat Ă  X milliers d’euros massacrent ainsi ce qui auraient dĂ» constituer les stocks des annĂ©es Ă  venir. Et comme les nouvelles vont vite, des vidĂ©os circulent sur Internet.
    “On est tombĂ© sur les femelles !” s’exclame une voix qui conseille un pĂȘcheur (nous espĂ©rons qu’il ne s’agit pas d’un guide de pĂȘche !). Et la femelle en question roule dans les graviers du rivage.
    “Bon, essuie-lĂ  et tu vas la remettre Ă  l’eau ! Bravo, joli sandre !” Nous espĂ©rons surtout que toute la partie amont du lac sera mise en rĂ©serve temporaire l’annĂ©e prochaine pour que cessent de tels agissements. La FĂ©dĂ©ration de pĂȘche du Jura est au courant du problĂšme et nul doute que le nĂ©cessaire sera fait pour la nouvelle saison.

    Vers une protection ponctuelle pour le black-bass Certains dĂ©partements ont enfin compris qu’il Ă©tait souhaitable de protĂ©ger les populations de black-bass en France. Ainsi, les dĂ©partements de l’HĂ©rault, du Jura, de la Haute-SaĂŽne ou de la CĂŽte-d’Or ont instaurĂ© une pĂ©riode de fermeture spĂ©cifique concernant cette espĂšce pendant les mois de mai et juin. Nul doute que cette mesure sera couronnĂ©e de succĂšs et espĂ©rons qu’elle sera suivie par d’autres dĂ©partements.

     

    En France, la pĂȘche sur frayĂšre devient la norme Si l’on ajoute Ă  tout cela le cas de la pĂȘche de l’ombre sur les parcours oĂč il est permis de pĂȘcher Ă  la mouche depuis l’ouverture de la pĂȘche de la truite, on obtient un constat effarant : les plus belles pĂȘches de l’annĂ©e se font sur les frayĂšres ! Pour l’ombre comme pour le sandre, le blackbass ou le brochet, c’est devenu la norme, la pĂ©riode propice qu’il ne faut pas manquer sous peine de rater sa saison. Les pĂȘcheurs Ă  la mouche ou aux leurres qui dĂ©couvrent la pĂȘche par ces techniques soit-disant trĂšs recommandables ne sont pas forcĂ©ment conscients que, d’un point de vue biologique, la pĂȘche doit impĂ©rativement ĂȘtre fermĂ©e durant ces pĂ©riodes fastes.

    Le black-bass est Ă©galement trĂšs vulnĂ©rable Ă  l’ouverture de la pĂȘche dĂ©but mai. L’ancienne date, Ă  la mi juin, Ă©tait beaucoup plus respectueuse des espĂšces carnassiĂšres, notamment le sandre et le black-bass.

     

    Black Grenelle

     


     

    Un (gros) problÚme de crédibilité 

     Le no-kill a bon dos, il n’excuse rien. Ne pas respecter la pĂ©riode de reproduction des poissons pose un problĂšme de crĂ©dibilitĂ©, surtout lorsqu’on se prend Ă  considĂ©rer la technique utilisĂ©e comme exempte de tout reproche.
    Les pĂȘcheurs de frayĂšres ne sont pas des pĂȘcheurs. Ils n’apprendront rien en pratiquant ainsi, mĂȘme si le 25esandre ou le 12e ombre ne voulait plus du leurre ou de la mouche rose et a prĂ©fĂ©rĂ© du blanc. SacrĂ©e trouvaille ! La responsabilitĂ© des instances halieutiques est grande sur ce sujet.
    Par le passĂ©, le temps de pĂȘche Ă©tait beaucoup plus respectueux des poissons. Beaucoup de jeunes pĂȘcheurs ignorent Ă  quel point l’automne est la seule vraie saison de la pĂȘche de l’ombre. Les pĂȘcher Ă  la sortie de la fraie est un exercice qui n’a pas d’intĂ©rĂȘt. La FNPF et l’Onema considĂšrent sans doute les pĂȘcheurs aux leurres et Ă  la mouche comme des minoritĂ©s.
    Certes, mais au mĂȘme titre que les pĂȘcheurs de carpes, ce sont ces minoritĂ©s spĂ©cialisĂ©es qui “tiennent” la pĂȘche en France en termes d’économie. Ces pĂȘcheurs se tournent de plus en plus vers la pĂȘche Ă  l’étranger, oĂč les dates d’ouverture sont dĂ©calĂ©es un peu plus tard en saison. Il est tout de mĂȘme dommage d’en arriver lĂ . Ceux qui n’ont pas les moyens de pĂȘcher en SlovĂ©nie, en SuĂšde et encore moins dans le Montana, se trouvent contraints de pratiquer leur loisir dans les eaux closes des rĂ©servoirs
 La FNPF fait des efforts pour arriver Ă  sĂ©duire de nouveaux pĂȘcheurs (et mĂȘme les pĂȘcheuses avec la carte “dĂ©couverte fĂ©minine”), mais de nouveaux pĂȘcheurs doivent trouver de quoi pratiquer leur activitĂ© dans de bonnes conditions. Cette rĂ©flexion sur les dates d’ouverture nous semble donc capitale. A bons entendeurs


  • Descente de Bar.

    Descente de Bar.

    Cette annĂ©e encore du dĂ©but fĂ©vrier Ă  la fin mars, bĂ©nĂ©ficiant souvent de surcroĂźt d’une mĂ©tĂ©o clĂ©mente, les pĂ©lagiques ont pu “taper” dans les frayĂšres de Manche Est et Ouest et capturer des centaines de tonnes de bars, transformĂ©s pour la plupart en farines et granulĂ©s destinĂ©s Ă  nourrir les saumons, les poulets et les cochons des Ă©levages industriels europĂ©ens
 Yann Drenek 

     Dans un article paru dans le quotidien local La Presse de la Manche datĂ© du samedi 28 fĂ©vrier 2009, nous apprenons que deux chalutiers pĂ©lagiques de La Turballe, contrĂŽlĂ©s par la gendarmerie maritime, au large de Cherbourg, avaient Ă  leur bord 22 tonnes de bars
 Soit 12 tonnes excĂ©dentaires, puisque seulement 5 tonnes sont autorisĂ©es par semaine et par bateau.
    La frayĂšre Manche Est, situĂ©e dans le “rail” des Casquets, au large du nez de Jobourg (pointe ouest du Cotentin), a donc cette annĂ©e encore Ă©tĂ© pillĂ©e sans vergogne par des pĂ©lagiques venus de Bayonne, des Sables-d’Olonne ou de La Turballe. Il en fut de mĂȘme, d’ailleurs, de la principale autre zone de frai en Manche, dite Manche Ouest, situĂ©e derriĂšre l’üle de Batz, au large de Roscoff. LĂ  encore, pendant plusieurs semaines en fĂ©vrier et mars, une douzaine de pĂ©lagiques se sont relayĂ©s pour “taper” Ă  tour de rĂŽle dans les frayĂšres. Rappelons que les pĂ©lagiques sont des chalutiers hypermotorisĂ©s, qui travaillent “en boeufs”, par paire, et traĂźnent Ă  la profondeur oĂč les bars ont Ă©tĂ© repĂ©rĂ©s au sondeur un filet dont l’ouverture est grande comme un terrain de football.

    Des traits de chalut de plusieurs dizaines de tonnes sont ainsi possibles, avec un seul bon passage dans la gigantesque masse des bars rassemblĂ©s pour frayer. A moins de 200 mĂštres du dĂ©barcadĂšre de la criĂ©e de Roscoff, sur le quai qui fait face aux ferry-boats, il fallait voir les norias de semiremorques qui faisaient la queue pour embarquer hors criĂ©e des dizaines et des dizaines de tonnes de bars. Un remarquable reportage de TF1 au 20-Heures de Claire Chazal, le dimanche 19 avril, montre les pĂ©lagiques qui dĂ©barquent directement des centaines de caisses de bars dans les semi-remorques qui attendent sur le quai. A la fin de ce court reportage, et pour la premiĂšre fois Ă  notre connaissance dans un grand mĂ©dia gĂ©nĂ©raliste, l’aspect Ă©conomique de la pĂȘche de loisir a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©.

    Comme le fait remarquer Charles- Henri Canto, guide de pĂȘche professionnel, sur le forum de l’excellent site pecheaubar.com, “90 % des pĂ©lagiques observĂ©s ne passent pas par la criĂ©e pour dĂ©barquer leurs prises, les dĂ©barques se font sur un quai destinĂ© normalement aux cargos et situĂ© Ă  moins de 300 mĂštres de la criĂ©e, les prises sont dĂ©barquĂ©es par l’équipage sans aucun contrĂŽle, ni de la criĂ©e ni d’un quelconque personnel fonctionnaire (Affaires maritimes ou gendarmerie), puis chargĂ©es dans des camions dont les indications figurant sur les remorques laissent peu de doute sur leur non-appartenance Ă  la filiĂšre pĂȘche (voir la photo Ă©difiante du semi-remorque de volailles, ndlr).On peut dĂšs lors se poser quelques questions. Quelle est la destination de ces camions ? Quels sont les volumes dĂ©barquĂ©s ? Peut-on parler de respect des quotas quand aucune pesĂ©e n’est rĂ©alisĂ©e au dĂ©barquement ? Est-il normal qu’aucun agent de l’Etat ne soit prĂ©sent lors de ces dĂ©barques ? Vu l’ampleur du phĂ©nomĂšne, estil possible que les agents de l’Etat n’en aient pas connaissance ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous livre mon sentiment personnel : la filiĂšre pĂȘche productiviste profite d’une situation de crise Ă©conomique pour se livrer aux pires exactions sur la ressource halieutique. Les prix s’effondrent… aucune importance puisqu’avec le systĂšme du prix de retrait français la prime est donnĂ©e Ă  la quantitĂ© et non Ă  la qualitĂ©.” 

    Car ce non-sens Ă©cologique de pillage des frayĂšres se double d’une gabegie Ă©conomique. En effet, comme c’est le cas pratiquement de tous les poissons pendant leur pĂ©riode de reproduction, la chair des bars Ă  ce moment- lĂ  de leur cycle est de piĂštre qualitĂ©. La plupart des protĂ©ines nobles et des lipides ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s pour la fabrication des oeufs et de la laitance. Les poissons, quand ils ont frayĂ© (ils sont de toute façon forcĂ©s d’expulser leurs oeufs quand ils sont Ă©crasĂ©s dans la poche du chalut lors de sa relĂšve), sont trĂšs maigres et leur chair sĂšche et filandreuse. La plupart du temps, quand ils passent en criĂ©e (d’aprĂšs de nombreux tĂ©moignages, une infime partie), ils sont refusĂ©s ou achetĂ©s Ă  vil prix par des mareyeurs peu regardants, qui revendent ces bars autour de 3 Ă  4 euros le kilo, que l’on retrouve ensuite sur quelques Ă©tals de supermarchĂ© Ă  moins de 8 euros le kilo. En fait, l’énorme majoritĂ© de ces bars capturĂ©s sur les frayĂšres finit dans les congĂ©lateurs quand ils ne sont pas directement transformĂ©s en farine Ă  poissons, destinĂ©s Ă  nourrir saumons, poulets et cochons de nos Ă©levages industriels.

    Car, compte tenu des tonnages gigantesques qui sont pĂȘchĂ©s en quelques semaines, les prix s’effondrent et la seule rentabilitĂ© de cette pĂȘche tient au fait des tonnages trĂšs importants rĂ©alisĂ©s, du dĂ©passement gĂ©nĂ©ralisĂ© des tonnages autorisĂ©s et des fameux prix de retrait fixĂ©s par Bruxelles.
    Quand on prend dans un coup de pĂ©lagique des tonnes de bars, mĂȘme Ă  moins de 4 euros du kilo, cela reste trĂšs rentable pour les armateurs et l’équipage, surtout que cette pĂȘche se pratique Ă  quelques encablures de nos cĂŽtes et ne nĂ©cessite pas de grandes quantitĂ©s de fuel pour accĂ©der Ă  la ressource.
    Ce pillage de la ressource bar par une vingtaine de paires de pĂ©lagiques seulement, qui ne reprĂ©sentent que moins de 200 emplois, est en outre trĂšs prĂ©judiciable aux “petits mĂ©tiers” artisanaux de la pĂȘche professionnelle, et notamment les ligneurs et petits fileyeurs (des milliers qui tentent de survivre), qui eux pourraient capturer de façon durable des poissons de qualitĂ© Ă  trĂšs forte valeur ajoutĂ©e.
    Pour la premiÚre fois cette année, ces petits métiers se sont désolidarisés de leurs confrÚres pélagiques et bolincheurs (pratiquant non pas au chalut, mais à la senne tournante sur les frayÚres).
    Ainsi peut-on lire dans Le Télégramme de Brestdu 13 mars :
    “AprĂšs les bolincheurs, il y a quelques jours, c’est au tour des chalutiers pĂ©lagiques d’ĂȘtre montrĂ©s du doigt. Les ligneurs du Nord-FinistĂšre les accusent d’aller taper dans les bancs qui se forment durant la pĂ©riode de frai. Cette pĂȘche n’est pas illĂ©gale.
    Chaque chalutier pélagique (ils travaillent en paires pour tirer le chalut) est autorisé à débarquer 5 tonnes par bateau et par semaine.
    Le problĂšme, c’est qu’une paire a dĂ©barquĂ© 10 tonnes samedi dernier, et 10 tonnes le lundi, donnant ainsi l’impression que la rĂšgle des 5 tonnes par bateau et par semaine Ă©tait respectĂ©e.
    Nous sommes persuadĂ©s que ce poisson a Ă©tĂ© pĂȘchĂ© pendant la mĂȘme marĂ©e. Ce qui serait illĂ©gal. La preuve, le lundi, le poisson n’était plus trĂšs beau. Il est parti Ă  un prix trĂšs bas.” Selon les ligneurs, plusieurs chalutiers (de Lorient et de La Turballe) travailleraient en ce moment au large du Nord-FinistĂšre. “En ce qui nous concerne (les ligneurs, ndlr),nous respectons scrupuleusement le repos biologique du bar. Ces derniĂšres semaines, nous l’avons laissĂ© frayer. Nous ne reprendrons la pĂȘche que dĂ©but avril. Dans le mĂȘme temps, de gros bateaux en profitent pour faire du chiffre. Que va-t-il nous rester aprĂšs leur passage ?” Un signalement a Ă©tĂ© effectuĂ© auprĂšs de la direction rĂ©gionale des pĂȘches maritimes, qui a assurĂ© les ligneurs que des contrĂŽles seraient effectuĂ©s. “RĂ©cemment, Ă  Cherbourg, des pĂ©lagiques ont Ă©tĂ© contrĂŽlĂ©s avec 22 tonnes de bar Ă  bord. Des abus sont commis, il faut les sanctionner”, ajoutent les ligneurs.

    Stripped bass

    Aux Etats-Unis le “stripped bass” (bar rayĂ©) est classĂ© “game fish” et, Ă  ce titre, interdit Ă  la pĂȘche industrielle. Seules la pĂȘche artisanale (trĂšs rĂ©glementĂ©e) et la pĂȘche rĂ©crĂ©ative sont autorisĂ©es


    La France est aujourd’hui montrĂ©e du doigt dans toute l’Europe, mĂȘme les pĂ©lagiques espagnols restent Ă  quai deux mois pendant la pĂ©riode de frai. Des subventions europĂ©ennes leur sont versĂ©es mais, au moins, la ressource n’est pas dĂ©truite. Cette solution a Ă©tĂ© proposĂ©e au ComitĂ© national des bolincheurs et pĂ©lagiques français. Leur rĂ©ponse : “Nous ne sommes pas des mendiants, nous voulons vivre de notre travail et ne pas rester Ă  quai.” En dehors de cet excĂšs de fiertĂ© nationale, les observateurs qui ont assistĂ© aux dĂ©chargements “sauvages” hors criĂ©e (apparemment la majoritĂ©, durant cette pĂ©riode) sont persuadĂ©s, compte tenu des tonnages rĂ©alisĂ©s, et surtout de leur dĂ©passement gĂ©nĂ©ralisĂ©, que cette pĂȘche est trĂšs rentable.

    Vingt-deux tonnes (pour les deux chalutiers de La Turballe arraisonnĂ©s), mĂȘme au prix de retrait ou en dessous, pour les excĂ©dents de quotas, cela fait encore beaucoup d’argent pour l’armateur et l’équipage. Remarquons ici que c’est d’ailleurs, Ă  notre connaissance, bien la premiĂšre fois depuis plus de quinze annĂ©es que dure ce pillage systĂ©matique des frayĂšres de bars qu’un arraisonnement par la gendarmerie maritime a Ă©tĂ© effectuĂ©. Il semblerait que ce soit sous la pression de la Commission de pĂȘche europĂ©enne que ce contrĂŽle de Cherbourg a eu lieu. Car, il faut bien le dire ici, le ministĂšre français de l’Agriculture et de la PĂȘche ne veut surtout pas “provoquer” de quelque façon que ce soit une profession dont on connaĂźt les rĂ©actions de violence exacerbĂ©es (incendie du Parlement de Bretagne, saccage du Pavillon de la marĂ©e Ă  Rungis, opĂ©rations musclĂ©es dans les grandes surfaces, invectives et injures Ă  l’encontre du chef de l’Etat, blocage des ports ou du trafic transmanche, etc.). La politique “officieuse” de la France semblerait ĂȘtre de laisser la filiĂšre pĂȘche en Manche et en Atlantique disparaĂźtre progressivement dans les cinq Ă  six annĂ©es Ă  venir (peut-ĂȘtre mĂȘme, avant, disent certains biologistes des pĂȘches), quand il n’y aura plus rien Ă  pĂȘcher. L’Etat versera des primes de reconversion, des aides, des subsides et autres mannes dont il sait saupoudrer, quand nĂ©cessaire, les professions “à risque”. Il faut savoir qu’actuellement l’Etat français prĂ©fĂšre, avec l’argent du contribuable, payer des amendes record Ă  Bruxelles (76 millions d’euros dans l’affaire des merluchons, on ne sait pas encore combien pour la morue..) plutĂŽt que de faire appliquer les directives et rĂšglements communautaires en matiĂšre de pĂȘche. Et que dire des 100 millions d’aide allouĂ©e aux marins-pĂȘcheurs Ă  l’automne dernier pour rĂ©duire leur facture gas-oil, aide d’ailleurs dĂ©clarĂ©e illĂ©gale par Bruxelles, mais qui fut tout de mĂȘme touchĂ©e (alors que le prix du pĂ©trole a connu depuis la chute que l’on sait), sans parler des exemptions de charges sociales accordĂ©es aux patrons pĂȘcheurs
 Pour terminer, nous laisserons la parole au sĂ©nateur Marcel ClĂ©ach qui, dans un rapport trĂšs bien documentĂ©, publiĂ© en dĂ©cembre 2008 (regrettons simplement que n’y soit absolument pas Ă©voquĂ© le potentiel touristico-Ă©conomique et social de la pĂȘche rĂ©crĂ©ative), constate que “dans le cadre europĂ©en, les pĂȘcheries hexagonales paraissent en particuliĂšre difficultĂ©.

    La pĂȘche française ne fournit plus que 15 % de la consommation nationale. Cette situation entraĂźne un haut niveau d’aides publiques qui conduit Ă  s’interroger sur la pertinence de les maintenir : plus de 800 millions en intĂ©grant les soutiens sociaux, plus si l’on intĂšgre les aides conjoncturelles liĂ©es Ă  la hausse du gas-oil Ă  comparer au 1,1 milliard de chiffre d’affaires Ă  la premiĂšre vente en 2004. D’autres pays europĂ©ens ont fait le choix de l’abandon du secteur, d’autant que l’importation est compĂ©titive et pourvoit aux besoins du marchĂ©.” Si c’est un rapport parlementaire qui le dit


  • Quand les « Attila » montent au filet !

    Ainsi donc aujourd’hui, M. Kahoul s’élĂšve de façon vĂ©hĂ©mente contre le droit qu’on accorderait en 2009 aux “nantis” que nous sommes de pĂȘcher le thon sportivement. Rappelons simplement ici que, d’aprĂšs une enquĂȘte rĂ©cente de l’EAA (European Angling Alliance), seulement 1 Ă  3 % des captures de poissons en MĂ©diterranĂ©e seraient le fait des pĂȘcheurs rĂ©crĂ©atifs.
    Quand les senneurs capturent sur les frayĂšres plusieurs centaines de tonnes de thons d’un seul encerclement de filet, pour arriver Ă  des “quotas” allouĂ©s de 4 800 tonnes (pour les pĂȘcheurs français), ce ne sont pas les quelques quintaux de thons capturĂ©s au broumĂ© ou Ă  la traĂźne qui vont plomber la balance.
    D’autant que, d’aprĂšs les enquĂȘtes des ONG, les quotas sont systĂ©matiquement dĂ©passĂ©s frauduleusement par les professionnels et atteindraient le double de ce qui est allouĂ©. Rappelons que l’annĂ©e derniĂšre, ces “quotas” Ă©tant atteints au dĂ©but de juillet, toute pĂȘche au thon rouge, y compris sportive, a Ă©tĂ© fermĂ©e Ă  partir de cette date.

    Seulement 1 Ă  3 % des captures de poissons en MĂ©diterranĂ©e seraient le fait des pĂȘcheurs rĂ©crĂ©atifs.

    Soyons un peu sĂ©rieux, et puisque que M. Kahoul connaĂźt les chiffres et sait s’en servir quand il faut dĂ©fendre auprĂšs du gouvernement, de Bruxelles ou de l’ICCAT, les intĂ©rĂȘts des quelque 40 senneurs français, d’aprĂšs le trĂšs rĂ©cent rapport parlementaire sur la gestion des pĂȘches du sĂ©nateur ClĂ©ach (dĂ©cembre 2008) les senneurs français de SĂšte et de Port-Vendres se tailleraient la part du lion en MĂ©diterranĂ©e avec 20 % des prises totales estimĂ©es Ă  “vraisemblablement” plus de 50 000 tonnes de thons. Toujours d’aprĂšs le rapport sĂ©natorial : “la France a rĂ©cemment fait exception en avouant avoir trĂšs largement dĂ©passĂ© son quota” et il serait de notoriĂ©tĂ© publique que des navires (senneurs) français dĂ©sarmĂ©s et remplacĂ©s par des plus modernes subventionnĂ©s auraient Ă©tĂ© immatriculĂ©s en Lybie, mais seraient restĂ©s la propriĂ©tĂ© des mĂȘmes intĂ©rĂȘts financiers.

    Et ce n’est pas une ONG qui le dit mais un sĂ©nateur de la RĂ©publique
 Rappelons Ă©galement, comme le fait remarquer le rapport ClĂ©ach, que les thonniers-senneurs (qui coĂ»tent plusieurs millions d’euros l’unitĂ©) sont, comme d’ailleurs la plupart des bateaux de pĂȘche modernes, largement subventionnĂ©s par l’argent du contribuable (aides diverses, europĂ©ennes et nationales), de mĂȘme que le gas-oil dont ils sont grands consommateurs, et encore ne connaissonsnous pas tout des fonds locaux et rĂ©gionaux, des remboursements sur les pertes de matĂ©riel, des prĂȘts avantageux et aides financiĂšres diverses, des rĂ©ductions voire suppressions de charges sociales, dont les pĂȘcheurs professionnels bĂ©nĂ©ficient.
    Quand les “nantis” que nous sommes achetons un “sportfisherman” pour pĂȘcher le thon au broumĂ© ou Ă  la traĂźne, de quelle subvention bĂ©nĂ©ficie-t-on ? Et si la construction nautique de plaisance française, avec des centaines de milliers d’emplois Ă  la clef, est une des toutes premiĂšres du monde, c’est en partie Ă  la pĂȘche de plaisance qu’elle le doit. Quand un “nanti” ou un riche retraitĂ© dĂ©pense dans une journĂ©e de pĂȘche Ă  la traĂźne (il faut parfois aller trouver les thons en Ă©tĂ© Ă  plusieurs dizaines de miles de la cĂŽte et traĂźner pendant des heures) plusieurs centaines d’euros en gas-oil, celui-ci n’est pas dĂ©taxĂ© et rapporte Ă©normĂ©ment en taxes Ă  l’Etat, ce qui permet sans doute de subventionner celui des professionnels.
    Sans parler des nuits d’hĂŽtel, des restaurants, du matĂ©riel de pĂȘche sportive achetĂ© localement et des mille et une petites retombĂ©es sur les commerces locaux.
    Mais paradoxalement, dans notre pays, aucun responsable socio-Ă©conomique ou politique ne semble avoir fait la moindre relation entre les retombĂ©es touristico-Ă©conomiques d’une pĂȘche rĂ©crĂ©ative Ă©co-responsable et durable et le pillage subventionnĂ© de la pĂȘche industrielle. 

    Ça ne tourne pas trĂšs rond sous la surface des mers. Le patron pĂȘcheur breton Franck Leverrier (Saint-Quay Portrieux) et ses marins devant leurs prises pour le moins inhabituelles ! Des thons rouges de 450 kg
 (Ouest-France 05-11-2006).

    Savez-vous, monsieur Kahoul, et messieurs les politiques, que les retombĂ©es Ă©conomiques de la pĂȘche rĂ©crĂ©ative pour les seuls Etats-Unis se chiffrent Ă  environ 75 milliards de dollars annuellement (source ministĂšre de l’IntĂ©rieur des Etats- Unis), dont environ 55 milliards pour la pĂȘche sportive en mer. Si l’on y ajoute les quelques rares autres pays anglo-saxons qui ont fait le choix de limiter drastiquement la pĂȘche industrielle dans leurs eaux territoriales pour y privilĂ©gier la pĂȘche rĂ©crĂ©ative, comme l’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande, on arrive Ă  plus de 70 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les retombĂ©es Ă©conomiques liĂ©es Ă  la pĂȘche sportive de pays d’AmĂ©rique latine comme le Costa Rica, le Panama, le Honduras, le Guatemala, le Mexique (clientĂšle touristique amĂ©ricaine et europĂ©enne), nous approchons des 90 milliards de dollars. Rapprochons ce chiffre, maintenant, de celui publiĂ© en 2004 par la Banque mondiale, qui Ă©value Ă  85 milliards de dollars la valeur des captures sauvages de la pĂȘche commerciale (subventionnĂ©e Ă  plus de 50 %) dans le monde.

    Quand, sous la prĂ©sidence de Bill Clinton, l’Etat de Floride, tout d’abord, suivi dans les annĂ©es 90 par la plupart des Etats cĂŽtiers du golfe du Mexique et des cĂŽtes est et ouest ont dĂ©cidĂ© de rĂ©server la majoritĂ© de leurs ressources marines, et surtout les poissons, Ă  la pĂȘche rĂ©crĂ©ative, les pĂȘcheurs professionnels ont fait grise mine, mais ils n’ont pas pour autant bloquĂ© les ports amĂ©ricains, ni brĂ»lĂ© un Parlement, ni saccagĂ© des supermarchĂ©s.
    Plus de 90 % d’entre eux se sont reconvertis comme guides de pĂȘche et aujourd’hui gagnent beaucoup mieux leur vie qu’auparavant. Au lieu de se lever en pleine nuit pour faire un mĂ©tier Ă©puisant et dangereux qui leur rapportait (comme chez nous, exception faite des 40 thonnierssenneurs) de moins en moins, ils se lĂšvent aujourd’hui comme des employĂ©s de bureau. Ils sont trĂšs bien payĂ©s, sans parler des pourboires d’autant plus gĂ©nĂ©reux que la pĂȘche a Ă©tĂ© bonne.
    Chez nous aussi, peut-ĂȘtre pas les 40 capitaines de senneurs, mais les milliers de petits artisanspĂȘcheurs (ligneurs ou fileyeurs) ou patrons de petits chalutiers devraient penser Ă  se reconvertir en guide de pĂȘche pour touristes. Il n’y aurait lĂ  rien de pĂ©joratif, bien au contraire, ils gagneraient bien mieux leur vie, feraient partager l’amour de la mer et leur connaissance des poissons Ă  des millions de personnes.

    Reproduit avec l’aimable autorisation du Big Game Fishing Club de France.

  • Grenelle ?

    Grenelle ?

    Quand les « Attila » du chalut montent au filet.
    Les jours du thon en MĂ©diterranĂ©e sont comptĂ©s. Selon le prĂ©sident du comitĂ© des pĂȘches de Marseille, c’est la faute des pĂȘcheurs sportifs. Ça sonne comme une blague, et pourtant ce monsieur semble sĂ©rieux
 

     Dans le quotidien La Provence datĂ© du 8 fĂ©vrier dernier M. Mourad Kahoul, prĂ©sident du comitĂ© local des pĂȘches de Marseille, s’indigne de la dĂ©cision autorisant les pĂȘcheurs sportifs Ă  pĂȘcher le thon.
    “On accorde Ă  des nantis, Ă  des personnes qui exercent dĂ©jĂ  une profession bien rĂ©munĂ©rĂ©e ou qui vivent aisĂ©ment de rentes ou de bonnes pensions de retraite et qui sont, ou ont Ă©tĂ©, les dĂ©cisionnaires ou Ă  l’initiative des contraintes qui frappent notre profession, le droit de pouvoir s’amuser avec une espĂšce en grand danger d’extinction.“ C’est bien la premiĂšre fois Ă  notre connaissance que M. Mourad Kahoul considĂšre le thon rouge (Thunnus thynnus) comme une espĂšce en “grand danger d’extinction”.
    Le BGFCF, l’IGFA, mais Ă©galement le WWF, Greenpeace et quelques scientifiques de l’Ifremer, qui depuis des annĂ©es tirent la sonnette d’alarme quant au risque de disparition prochaine de cette espĂšce emblĂ©matique, sont ravis de l’apprendre. Jusqu’au 8 fĂ©vrier dernier, M. Kahoul tenait plutĂŽt un discours inverse.

  • Le « paradoxe » de la Loue

    Le « paradoxe » de la Loue

    Le “paradoxe” de la Loue Presque un an aprĂšs le naufrage de la Loue, dĂ©vastĂ©e par les cyanobactĂ©ries toxiques, les services de l’Etat ont publiĂ© plusieurs rapports officiels et concluent Ă  un Ă©tat Ă©cologique convenable de la cĂ©lĂšbre riviĂšre. Difficile d’évaluer quelle est la part de mauvaise fois et d’incompĂ©tence dans cette affaire, qui dĂ©montre de façon dramatique quel sort l’administration rĂ©serve Ă  tous les cours d’eau français.

    Par Philippe Boisson

    Paradoxe Loue

              Les journaux halieutiques parlaient beaucoup de la Loue avant le drame du printemps 2010, ce qui avait tendance Ă  agacer certains lecteurs qui pĂȘchent loin du Doubs. Qu’ils nous pardonnent de remettre le couvert en cette pĂ©riode de crise, car l’exemple de la cĂ©lĂšbre riviĂšre est une excellente occasion d’observer la façon de travailler des services de l’Etat, mĂ©thode qui s’applique au niveau national. Ainsi la Loue, symbole biologique il y a peu, est passĂ©e en quelques mois au statut de dĂ©sert aquatique. Depuis le redoutable Ă©pisode de mortalitĂ© des populations de poissons dont nous avons beaucoup parlĂ© au cours des prĂ©cĂ©dents numĂ©ros, les services de l’Etat ont prĂ©sentĂ© le 4 novembre une synthĂšse de toutes les investigations rĂ©alisĂ©es cette annĂ©e concernant ce qui est prĂ©sentĂ© comme une Ă©nigme, sinon comme un paradoxe. En effet, les services administratifs ne comprennent pas comment, dans cette riviĂšre qui a vu sa biomasse pisciaire s’écrouler en quelques mois, les analyses sont – selon eux – bonnes au point de se laisser aller Ă  Ă©crire ceci : “L’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure Ă  un bon voire trĂšs bon Ă©tat de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concernĂ©.” La DCE, parlons-en


           La directive cadreeuropĂ©enne sur l’eau (rĂ©f. : 2000/60/CE) oblige les Etats membres de la CommunautĂ© europĂ©enne Ă  atteindre un “bon Ă©tat Ă©cologique” des milieux aquatiques et des bassins versants pour 2015.Cette directive impose des seuils qui relĂšvent de la chimie, de la biologie et de la physique avec trois composantes majeures qui sont la physico-chimie, l’écologie et l’hydromorphologie. Dans un dĂ©lai maximal de neuf ans suivant la date d’entrĂ©e en vigueur de la directive, chaque district hydrographique (certains Ă©tant internationaux) doit produire un “plan de gestion” s’appuyant sur l’état des lieux (rĂ©sultats des analyses et Ă©tudes de la phase I). 

    La Loue

    Pour ne pas s’opposer aux agriculteurs, pour Ă©chapper aux amendes et aux astreintes financiĂšres imposĂ©es par la DCE, l’Etat cherche par tous les moyens de faire passer le drame des riviĂšres comtoises sur le dos des conditions climatiques et autres causes naturelles.


    Ce plan de gestion doit ĂȘtre en mesure de : 

    – prĂ©venir la dĂ©tĂ©rioration, amĂ©liorer et restaurer l’état des masses d’eau de surface, atteindre un bon Ă©tat chimique et Ă©cologique de celles-ci, ainsi que rĂ©duire la pollution due aux rejets et Ă©missions de substances dangereuses, 

    – protĂ©ger, amĂ©liorer et restaurer les eaux souterraines, prĂ©venir leur pollution, leur dĂ©tĂ©rioration et assurer un Ă©quilibre entre leurs captages et leur renouvellement, 

    – prĂ©server (restaurer le cas Ă©chĂ©ant) les zones protĂ©gĂ©es.

                   Un dĂ©lai de quinze ans (Ă  partir de l’entrĂ©e en vigueur de la directive) est prĂ©vu pour atteindre les objectifs de bonne qualitĂ© Ă©cologique, avec des dĂ©rogations possibles dans des conditions prĂ©cisĂ©es par la directive. Une pollution accidentelle temporaire de l’eau ne sera pas retenue comme infraction Ă  la directive si elle Ă©tait imprĂ©visible, induite par un accident, une causenaturelle ou un cas de force majeure.Dans le cas oĂč le bon Ă©tat Ă©cologique ne serait pas atteint, les Etats devront payer des pĂ©nalitĂ©s. L’Etat français, cancre au niveau europĂ©en en matiĂšre de protection de l’environnement, est dans le collimateur de la Commission europĂ©enne. Le risque d’un contentieux communautaire sur les nitrates existe en Bretagne : suite Ă  la saisine de la Cour de justice des CommunautĂ©s europĂ©ennes du 21 mars 2007, la France encourait 28 millions d’euros de pĂ©nalitĂ©s immĂ©diates et 117 000 euros d’astreinte par jour.En raison de la proposition d’un plan d’action “Nitrates”, la Commission europĂ©enne a renoncĂ© Ă  son recours. Le prix de ce plan est de 86 millions d’euros, mobilisables sur cinq ans afin de ramener Ă  la norme le taux en nitrates des eaux de neuf bassins versants. La France encourt toujours une condamnation qui pourrait tomber avant la fin de cette annĂ©e. Dans l’affaire de la Loue, le discours du prĂ©fet du Doubs, en parfaite harmonie avec celui du directeur gĂ©nĂ©ral de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), Ă©voque un malheureux concours de circonstances qui implique plusieurs causes naturelles, parmi lesquelles le manque de pluie, la forte chaleur dĂšs le mois d’avril et une forte luminositĂ©, qui seraient Ă  l’origine d’un dĂ©veloppement exceptionnel de cyanobactĂ©ries tueuses, responsable de la disparition de plus de 80 % des poissons adultes de la haute et moyenne Loue.

                   Il faut prĂȘter une oreille attentive Ă  chaque mot des dĂ©clarations officielles en pareil cas. En effet, les pĂ©nalitĂ©s ne s’appliquent pas lorsque les causes d’un mauvais Ă©tat Ă©cologique sont dues Ă  des causes naturelles
 Clairement, l’Etat cherche par cette pirouette Ă  se dĂ©douaner de la DCE. Par la mĂȘme occasion, cela leur permet de ne pas s’opposer Ă  l’agriculture et ses Ă©pandages qui recouvrent littĂ©ralement la Franche-ComtĂ© Ă  la fin de l’hiver, et qui sont en grande partie responsables de ce dĂ©sastre. Ce comportement est tout simplement honteux. Les analyses physico- chimiques officielles sont Ă©tonnement “raisonnables” en ce qui concerne la Loue. Pourquoi ? Le dĂ©bat touche le protocole d’analyse. Selon les agents de l’administration interrogĂ©s, les avis divergent sur la nature des prĂ©lĂšvements.D’une part, la prĂ©sence de nitrate fluctue rĂ©guliĂšrement en fonction d’un nombre important de facteurs.D’autre part, un prĂ©lĂšvement en eau libre ne rĂ©vĂšle pas les mĂȘmes taux qu’un Ă©chantillon provenant d’une zone morte asphyxiĂ©e par les algues vertes. Cela soulĂšve une autre question. Les analyses ponctuelles suffisentelles Ă  rĂ©vĂ©ler la prĂ©sence ou l’absence de tel ou tel polluant ? La plupart des spĂ©cialistes indĂ©pendants consultĂ©s (hydrobiologistes notamment et personnel de l’Onema) sont unanimes pour Ă©mettre des rĂ©serves Ă  propos de ce protocole. Ces mĂȘmes spĂ©cialistes admettent tous qu’un contrĂŽle en continu serait beaucoup adaptĂ©.L’Agence de l’eau de Picardie dispose depuis peu d’un laboratoire mobile qui permet de faire des analyses sur une pĂ©riode de plusieurs semaines. Ce type de matĂ©riel serait trĂšs utile pour comprendre le (faux) paradoxe de la Loue. Cela Ă©viterait Ă  l’administration d’écrire des inepties et Ă  cette pauvre riviĂšre de mourir dĂ©finitivement, “protĂ©gĂ©e” par ses bourreaux. Le “paradoxe” de la Loue n’est pas celui que veut nous faire gober l’administration. Ce serait plutĂŽt celui qui les pousse Ă  protĂ©ger l’environnement en faisant exactement le contraire.

    Loue pĂȘche electrique

    Cet Ă©tĂ© (ici en aval d’Ornans), les agents de l’Onema ont eu bien du mal Ă  trouver des poissons adultes dans la Loue. Le rĂ©sultat de cette pĂȘche Ă©lectrique confirme la rumeur. Environ 90 % des poissons adultes sont morts en quelques mois.

    Nous publions ici deux extraits des rapports officiels de l’Onema et de la Mission inter-service de l’eau (Mise) rendus publics dĂ©but novembre.

    ‱ Onema.

     Etude de la qualitĂ© piscicole sur quatre stations de la Loue Les inventaires quantitatifs rĂ©alisĂ©s au mois de juillet 2010 sur quatre stations de la Loue avaient pour objet d’évaluer l’état des peuplements de poissons de cette riviĂšre. Ces inventaires rĂ©alisĂ©s selon le mĂȘme protocole que l’étude de 1998-1999 permettent une comparaison des donnĂ©es. Les deux campagnes ne constituent pas et ne remplacent pas une sĂ©rie chronologique de donnĂ©es sur les mĂȘmes stations et ne permettent pas de prendre en compte les variations inter-annuelles naturelles rencontrĂ©es sur ce type de cours d’eau ainsi que les variations dues Ă  l’échantillonnage. Il s’agit de deux “photographies” instantanĂ©es des peuplements Ă  dix ans d’intervalle. Outre la rĂ©actualisation de l’état de connaissance des peuplements piscicoles sur quatre stations de la Loue, l’objectif Ă©tait de tenter d’identifier quantitativement l’impact des mortalitĂ©s observĂ©es au printemps 2010, indĂ©pendamment de la dynamique naturelle des populations et de la variabilitĂ© instrumentale liĂ©e Ă  l’échantillonnage. L’analyse des donnĂ©es et des investigations complĂ©mentaires ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es d’aoĂ»t Ă  octobre 2010. Les principales conclusions de l’étude de la qualitĂ© piscicole sur la haute Loue sont rĂ©sumĂ©es ci-aprĂšs. 

    Ce que l’analyse des donnĂ©es permet de dire 

    ‱ Truites 

    De façon gĂ©nĂ©rale, par rapport Ă  1998-1999, la truite a rĂ©gressĂ© sur toutes les stations d’étude. La rĂ©gression est significative sur la station de Mouthier-Haute-Pierre tant en nombre de poissons qu’en poids total. Elle est forte sur les masses de truites Ă  Ornans et trĂšs forte sur la station de ClĂ©ron, elle est Ă©galement significative sur la station de Lombard. La prĂ©sence de truites reste loin du potentiel de ce type de cours d’eau tant en masse qu’en nombre. On retiendra qu’en termes de poids total, sur les stations de ClĂ©ron, d’Ornans et de Lombard, la truite ne prĂ©sente environ que 20 Ă  25 % du potentiel que la riviĂšre peut accueillir sur ces secteurs. De faibles succĂšs de reproduction sont constatĂ©s pour la truite, avec des densitĂ©s d’alevins de l’annĂ©e bien en deçà de ce que pourrait produire ce type de milieu. Ces faibles densitĂ©s pourraient Ă©galement ĂȘtre imputables Ă  des mortalitĂ©s anormales de cette classe d’ñge.

    ‱ Ombres 

    Par rapport Ă  1998-1999, les populations d’ombres communs ont moins rĂ©gressĂ© que celles de truites. Les densitĂ©s d’ombres sont comparables sur ClĂ©ron, elles sont en rĂ©gression sur les autres stations. En termes de masses de poissons, la tendance est diffĂ©rente, avec une augmentation Ă  Mouthier et ClĂ©ron et un net dĂ©ficit sur Ornans et Lombard (– 80% du potentiel thĂ©orique).

    ‱ Autres espĂšces Concernant les autres espĂšces, notamment les petites espĂšces (chabot, vairon, loche…), l’étude montre qu’il n’y a pas de diffĂ©rence significative pour le chabot entre 1998-1999 et 2010 et que cette espĂšce, en dehors de la station de Mouthier-Haute- Pierre, se trouve dans une situation conforme Ă  la capacitĂ© thĂ©orique du milieu. Il est Ă  noter que les densitĂ©s numĂ©riques ont diminuĂ© depuis les annĂ©es 1970 et que la population des jeunes de l’annĂ©e est faiblement reprĂ©sentĂ©e en 2010. Pour ce qui est des loches franches et des vairons, on notera surtout la baisse sur la station de ClĂ©ron pour les deux espĂšces. Cependant, cette information est Ă  prendre avec certaines rĂ©serves, Ă©tant donnĂ© les faibles efficacitĂ©s de pĂȘche. L’impact des mortalitĂ©s piscicoles observĂ©es au printemps 2010, notamment sur les secteurs d’Ornans et de ClĂ©ron, met en exergue une dĂ©tĂ©rioration du peuplement piscicole dĂ©jĂ  diagnostiquĂ©e en 1999. En effet, des modifications des peuplements sont observĂ©es par rapport au rĂ©fĂ©rentiel, mais aussi par rapport Ă  la structuration observĂ©e dix ans auparavant.On observe Ă©galement une Ă©rosion des densitĂ©s de poissons depuis les annĂ©es 1970.
    Par rapport Ă  l’étude de 1999, les stations choisies comme tĂ©moins vis-Ă -vis des mortalitĂ©s de 2010 prĂ©sentent des altĂ©rations et des dĂ©ficits (truites, Ă  Mouthier notamment). Cela rend difficile l’imputation de la rĂ©gression de certaines espĂšces aux seules mortalitĂ©s observĂ©es au printemps 2010.

    ‱ Rapport officiel de la Mission inter-services de l’eau Les notes concernant l’analyse dĂ©taillĂ©e des rĂ©sultats physico-chimiques et hydrobiologiques d’oĂč sont extraites ces conclusions seront prochainement disponibles sur le site Internet www.doubs.equipement.gouv.fr 

    Contexte et problématique

     La Loue a fait l’objet, de sa source jusqu’au secteur de Quingey, durant le printemps 2010, de phĂ©nomĂšnes de mortalitĂ© piscicole, accompagnĂ©s de prolifĂ©rations de cyanobactĂ©ries qui ont perdurĂ© jusqu’en Ă©tĂ©. Une analyse des donnĂ©es physico-chimiques ainsi qu’une Ă©tude des diffĂ©rents compartiments biologiques de la riviĂšre (diatomĂ©es, macrophytes et macroinvertĂ©brĂ©s benthiques) ont Ă©tĂ© menĂ©es afin de suivre l’évolution de la qualitĂ© spatio-temporelle du cours d’eau et ainsi d’apprĂ©hender l’existence d’un dysfonctionnement Ă©ventuel de l’hydrosystĂšme. Les donnĂ©es physico-chimiques correspondent Ă  deux stations de la Loue appartenant au rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance de la DCE : Mouthier-Haute- Pierre et Chamblay (situĂ©e dans le Jura, Ă  quelques kilomĂštres de la limite dĂ©partementale).Les donnĂ©es hydrobiologiques concernant les diatomĂ©es, les macrophytes et les macro-invertĂ©brĂ©s, sont issues de deux stations de mesure existant sur le secteur concernĂ© : Mouthier- Haute-Pierre (appartenant au rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance de la DCE) et La Piquette Ă  ChĂątillon-sur- Lison (appartenant au rĂ©seau de sites de rĂ©fĂ©rence de la DCE). Cette derniĂšre station n’est plus suivie depuis 2007, date de fin du suivi du rĂ©seau de sites de rĂ©fĂ©rences ; toutefois, des analyses de macro-invertĂ©brĂ©s ont Ă©tĂ© menĂ©es par la DREAL cet Ă©tĂ© 2010 afin de disposer de donnĂ©es comparatives.Des donnĂ©es plus anciennes ont Ă©galement Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es pour le compartiment macro-invertĂ©brĂ©s (donnĂ©es patrimoniales de 1973 Ă  1984 et de 1990 Ă  2006) afin de suivre l’évolution emporelle de la qualitĂ© de la riviĂšre.DonnĂ©es physico-chimiques. Les rĂ©sultats (non validĂ©s) des analyses physico-chimiques rĂ©alisĂ©es au cours de l’annĂ©e 2010 sur la station de Mouthier-Haute- Pierre dans le cadre du RCS(rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance) permettent de complĂ©ter le diagnostic rĂ©alisĂ© en juin 2010. En ce qui concerne les macropolluants (frĂ©quence d’analyse bimensuelle), les rĂ©sultats obtenus au cours des quatre premiĂšres campagnes de l’annĂ©e confirment le trĂšs bon Ă©tat des eaux vis-Ă -vis des paramĂštres ammonium, nitrites, phosphates, phosphore total, DBO, carbone organique. Les teneurs en nitrates, comprises entre 5,3 et 7,9 mg/l, restent du mĂȘme ordre de grandeur que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes.Direction rĂ©gionale de l’environnement de l’amĂ©nagement et du logement Franche-ComtĂ© Besançon, le 2 novembre 2010 Sur les 250 Ă  300 molĂ©cules de pesticides dosĂ©es dans l’eau en 2010 (frĂ©quence mensuelle ou trimestrielle), aucune n’a Ă©tĂ© quantifiĂ©e entre janvier et aoĂ»t.
    Les mĂ©taux sur eau (frĂ©quence trimestrielle) sont soit non quantifiĂ©s, soit infĂ©rieurs Ă  la limite guide de bon Ă©tat.Les 41 substances de l’état chimique sont suivies de façon mensuelle en 2010.On observe une quantification uniquement pour cinq molĂ©cules de HAP lors d’une seule campagne, sans dĂ©passement des valeurs maximales admissibles. La concentration moyenne reste Ă  Ă©valuer. Pour les autres micropolluants organiques suivis (100 Ă  170 molĂ©cules), on observe une quantification de molĂ©cules seulement pour une campagne sur les huit menĂ©es pour quatre molĂ©cules de HAP, et l’EDTA, mais qui demeurent en bonne qualitĂ©, selon les valeurs guides, pour quatre de ces molĂ©cules et en qualitĂ© moyenne pour une molĂ©cule de HAP. L’analyse des donnĂ©es physico-chimiques de l’annĂ©e en cours ne met donc pas en Ă©vidence de dysfonctionnement flagrant sur cette station. Les mĂȘmes analyses sont rĂ©alisĂ©es sur la station de Chamblay sur la Loue dans le Jura. Les rĂ©sultats obtenus donnent la mĂȘme image que celle obtenue Ă  Mouthier-Haute-Pierre, Ă  savoir un trĂšs bon Ă©tat pour les macropolluants (nitrates compris entre 2,4 et 8,9 mg/l), pas de quantification des pesticides, une absence de contamination par les mĂ©taux sur eau, une quantification pour quatre HAP sur la liste des 41 substances dangereuses, sans dĂ©passement des valeurs maximales admissibles, et pour quatre HAP et deux autres molĂ©cules dans la liste des micropolluants organiques autres. Sur ce secteur de la Loue, situĂ© plus en aval du secteur affectĂ© par les mortalitĂ©s piscicoles du printemps 2010, on ne met donc pas non plus en Ă©vidence de problĂšme liĂ© aux paramĂštres mesurĂ©s lors des campagnes de suivi rĂ©alisĂ©es. 

    DonnĂ©es hydrobiologiques, rĂ©sultats et conclusions ‱ DiatomĂ©es Sur la station de Mouthier- Haute-Pierre, les notes IBD attestent d’un milieu en bon Ă©tat (annĂ©e 2005) Ă  trĂšs bon Ă©tat (annĂ©e 2006 Ă  2010) au sens de la DCE. Le peuplement est diversifiĂ© et dominĂ© par des espĂšces sensibles Ă  la pollution, et ne tĂ©moigne d’aucune perturbation particuliĂšre. La note de 20 et la composition du peuplement obtenues en 2010 (prĂ©lĂšvements rĂ©alisĂ©s en juillet) sont conformes aux rĂ©sultats des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Sur la station de La Piquette, les notes IBD obtenues de 2005 Ă  2007 attestent d’un milieu aquatique en bon Ă©tat au sens de la DCE. Le peuplement prĂ©sentait alors une cohabitation d’espĂšces exigeantes et d’espĂšcesrĂ©sistantes, qui dĂ©montrait la prĂ©sence d’un lĂ©ger excĂšs en matiĂšres organiques.
    ‱ Macrophytes Les notes IBMR obtenues Ă  Mouthier-Haute-Pierre de 2008 Ă  2010 correspondent Ă  un milieu peu affectĂ© par les pollutions (niveau trophique faible). Le peuplement est stable dans le temps et la prĂ©sence d’espĂšces trĂšs sensibles Ă  la pollution dĂ©montre que le milieu est de bonne qualitĂ©. Il faut toutefois noter la prĂ©sence massive de l’algue verte Vaucheria sp en 2010, qui progresse depuis 2008. A La Piquette, les notes IBMR obtenues de 2007 Ă  2009 reflĂ©taient un milieu enrichi en Ă©lĂ©ments nutritifs (niveau trophique moyen), comme en tĂ©moignait aussi la prĂ©sence d’espĂšces peu exigeantes, voire polluorĂ©sistantes.
    ‱ Macro-invertĂ©brĂ©s benthiques A Mouthier-Haute-Pierre comme Ă  La Piquette, les notes IBGN obtenues depuis 1992 attestent d’un trĂšs bon Ă©tat au sens de la DCE. Les notes varient peu dans le temps, la variĂ©tĂ© taxonomique et le groupe faunistique indicateur sont globalement Ă©levĂ©s. Les notes obtenues en 2010 (18 Ă  Mouthier-Haute- Pierre et 19 Ă  La Piquette) sont conformes Ă  celles des annĂ©es antĂ©rieures et ne tĂ©moignent d’aucune Ă©volution notable dans le peuplement. L’analyse dĂ©taillĂ©e des peuplements montre que des taxons polluosensibles tels que les grands plĂ©coptĂšres (Perlidae, Perlodidae) sont collectĂ©s rĂ©guliĂšrement.Le peuplement apparaĂźt stable au cours du temps, la quasi-totalitĂ© des genres collectĂ©s en 1973 sont retrouvĂ©s actuellement.
    Conclusions La synthĂšse des donnĂ©es rĂ©sultant de l’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure Ă  un bon, voire trĂšs bon, Ă©tat de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concernĂ©.L’étude des compartiments vĂ©gĂ©taux (macrophytes et diatomĂ©es) met en Ă©vidence un hydrosystĂšme de bonne qualitĂ© avec toutefois un enrichissement en matiĂšre organique soulignĂ© par les macrophytes au niveau de La Piquette.L’analyse du peuplement macro-invertĂ©brĂ©s permet Ă©galement de conclure Ă  une bonne qualitĂ© de l’eau sur ce secteur de la Loue mais aussi Ă  une qualitĂ© habitationnelle Ă©levĂ©e permettant d’abriter une faune diversifiĂ©e. L’analyse poussĂ©e met en Ă©vidence un peuplement stable et Ă©quilibrĂ© dans le temps.Suite au rapport de la Mise, l’associationLoue Vive a lancĂ© une campagne d’information destinĂ©e au grand public sur les causes et les remĂšdes qui permettraient de voir la situation s’arranger.
    ‱ Au chevet de la Loue C’est grave docteur ? Oui, en avril et mai 2010, des mortalitĂ©s trĂšs importantes de poissons ont Ă©tĂ© constatĂ©es de Lods Ă  Quingey. Pas seulement les truites et les ombres, qui font la rĂ©putation de cette riviĂšre pour les pĂȘcheurs, mais aussi les espĂšces discrĂštes comme la loche, le chabot ou le blageon.Quelle est l’origine de cette maladie mortelle ? Les analyses de poissons, de l’eau et du substrat ont montrĂ© la prĂ©sence d’algues bleues, les cyanophycĂ©es, dont certaines espĂšces, comme Oscillatoria, contiennent des toxines du systĂšme nerveux et du foie.Pourquoi cette crise a-t-elle eu lieu au printemps ? Les eaux basses, l’ensoleillement, la tempĂ©rature ont favorisĂ© le dĂ©veloppement de ces algues bleues qui prolifĂšrent Ă  partir des nitrates et des phosphates prĂ©sents en excĂšs dans l’eau.

  • PĂȘche associative, rĂ©forme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    PĂȘche associative, rĂ©forme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    PĂȘche associative, rĂ©forme ou complot ? Histoire d’un naufrage.
    Il fallait s’en douter, la pĂȘche associative montre ses limites
 Parent pauvre de la chasse, la pĂȘche est gĂ©rĂ©e par des amateurs qui par dĂ©finition manquent cruellement de compĂ©tence (ce n’est pas pĂ©joratif).

    Il s’agit pourtant de gĂ©rer des milieux naturels, avec la Direction de l’Eau et l’Onema comme garde-fou. L’actualitĂ© nous prouve une nouvelle fois les limites de ce systĂšme Ă  travers une rĂ©forme qui n’a pas fini de faire des vagues ! La FĂ©dĂ©ration nationale pour la pĂȘche en France s’est rĂ©unie pour un sĂ©minaire qui s’est dĂ©roulĂ© du 16 au 18 septembre 2009 Ă  Sainte-Eulalie en ArdĂšche, intitulĂ© « l’Avenir de la pĂȘche amateur en France », dans une Ă©trange confidentialitĂ©. Lors de ces trois journĂ©es, la FNPF a prĂ©sentĂ© une rĂ©forme de la pĂȘche de loisir en France.
    Une rĂ©forme dĂ©cidĂ©e en petit comitĂ©, qui fait beaucoup parler d’elle. Cette façon de faire n’a pas plu Ă  tous ceux qui n’ont eu d’autre choix que de rĂ©cupĂ©rer tardivement (visiblement il y a eu des fuites) le compte-rendu dudit sĂ©minaire.

    Il nous semble important de souligner l’importance du principe de transparence dans le monde associatif. Celui des pĂȘcheurs y Ă©tait habituĂ©, mais les temps ont visiblement changĂ© ! Sur le fond, l’idĂ©e d’une rĂ©forme de la pĂȘche de loisir en France est une excellente nouvelle, car dans de nombreuses rĂ©gions françaises chacun fait ce qu’il veut – gĂ©nĂ©ralement pas grandchose – dans son coin, dans la plus grande incompĂ©tence et sans avoir de comptes Ă  rendre Ă  personne.
    N’oublions pas que la FNPF, ex-Union nationale pour la pĂȘche en France, n’a jamais Ă©tĂ© en mesure de contrer la perte de prĂšs de deux millions de taxes piscicoles en trente ans ! Alors, une rĂ©forme n’était pas seulement nĂ©cessaire mais obligatoire, avec pour objectif une simplification de la rĂ©glementation (souhait du ministĂšre). Dans les faits, la rĂ©forme proposĂ©e par cette belle institution, qui existe grĂące Ă  l’argent de tous les pĂȘcheurs, appelle de notre part plusieurs critiques, autant sur la forme que sur le fond.

    On pourrait nous dire que tout cela relĂšve du procĂšs d’intention si, au moment mĂȘme oĂč se met en place la rĂ©forme, on ne nous donnait des exemples des dĂ©gĂąts annoncĂ©s :

    ‱La rĂ©forme en elle-mĂȘme et la façon dont la FNPF l’impose au monde associatif avec menace de retrait d’agrĂ©ment pour les AAPPMA dissidentes, absence de transparence, appropriation « sauvage » de compĂ©tences techniques, etc.

    ‱L’ouverture de la pĂȘche du brochet anticipĂ©e au 1er mai, qui a fait l’objet d’une consultation publique de la part du ministĂšre tant elle a Ă©tĂ© mal acceptĂ©e dans les rĂ©gions, ne peut que fragiliser encore les populations de sandres et de black-bass, sans par ailleurs ĂȘtre particuliĂšrement profitable au brochet.

    ‱Le projet GENESALM remet, quant Ă  lui au goĂ»t, du jour la mode des Ă©closeries de truites sauvages, aprĂšs qu’il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© scientifiquement, Ă  grands coups d’études coĂ»teuses (CSP, Inra, Onema), les dangers de ce principe trompeur et dangereux.
    Par dĂ©finition, un animal sauvage ne peut s’élever.

    ‱La rĂ©action d’un prĂ©sident d’AAPPMA, Jean-Christian Michel (AAPPMA de GrĂ©oux-les-Bains sur le Verdon), Ă  travers un commentaire dĂ©sabusĂ© par la tournure que prend la pĂȘche associative.
    12 ‱Formaliser une procĂ©dure rĂ©glementaire de retrait d’agrĂ©ment Ă  l’encontre des AAPPMA et/ou de leurs responsables.

    ‱CrĂ©er une commission de conciliation nationale chargĂ©e de rĂ©gler les conflits entre fĂ©dĂ©rations et AAPPMA.

    ‱InsĂ©rer l’halieutisme comme un des fondements de la rĂ©glementation de la pĂȘche. » Cela paraĂźt surrĂ©aliste, mais telles sont les propositions de la FNPF. Que faut-il comprendre dans cette dĂ©claration, hormis son cĂŽtĂ© dictatorial ? « InsĂ©rer l’halieutisme comme un des fondements de la rĂ©glementation de la pĂȘche » : voici une phrase maladroite, certes, mais qui est trĂšs lourde de sens. Si l’on pardonne l’emploi d’un mot qui n’existe pas, l’halieutisme, et si l’on considĂšre que son sens dĂ©signe ce qui touche Ă  la pĂȘche, alors tout devient clair. La FNPF entend gĂ©rer la pĂȘche, les pĂȘcheurs, et non s’embĂȘter avec les milieux aquatiques, les particularitĂ©s biologiques, les humeurs de telle ou telle espĂšce de poisson. D’oĂč la rĂ©action envers les arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux citĂ©e ci-dessus
 Or, l’aspect halieutique est indissociable de l’aspect biologique. Nous ne jouons pas au tennis, monsieur Roustan, notre activitĂ© implique une Ă©troite relation avec des ĂȘtres vivants ! Dans sa vision globale, simple, des choses, la FNPF oublie la rĂ©alitĂ© de terrain des AAPPMA. Ces associations sont trĂšs diffĂ©rentes les unes par rapport aux autres.

    Il y a celles qui gĂšrent des parcours appartenant au domaine public, alors que d’autres doivent composer avec les contraintes du domaine privĂ©. Pour ce second cas, l’existence de ces associations est souvent complexe, impliquant des rapports avec des dizaines de propriĂ©taires riverains Ă  qui il faut payer les baux. L’existence de certaines AAPPMA ne tient qu’aux bonnes relations entre le prĂ©sident et quelques propriĂ©taires.

    Ce sont des situations prĂ©caires oĂč tout peut s’arrĂȘter sur un simple malentendu. Les personnes qui gĂšrent bĂ©nĂ©volement ces associations ont un rĂŽle ingrat, difficile, quimĂ©rite plus de respect qu’une volontĂ© imposĂ©e par la force.

    La FNPF est en passe non seulement de mettre le feu aux poudres, mais s’affaire surtout Ă  scier la branche sur laquelle elle est assise, d’une part en retirant des agrĂ©ments, mais plus encore en dĂ©courageant les bonnes volontĂ©s. L’ensemble des mesures proposĂ©es par la FNPF ne serviront pas Ă  freiner la chute des ventes de permis, au contraire, tout concorde pour une nouvelle baisse. C’est ce que nous dĂ©montrons dans ce dossier. Certes, il serait plus simple de dĂ©verser en masse des poissons d’élevage dans les riviĂšres pour contenter les pĂȘcheurs.
    C’est sans doute l’un des plans imaginĂ©s par la FNPF.

    Le projet GENESALM est d’ailleurs une façon dĂ©guisĂ©e de dĂ©verser des truites, qu’on nous prĂ©sente comme sauvages pour contenter les pĂȘcheurs. La FNPF est une sorte de rĂ©publique bananniĂšre, oĂč l’on ignore les lois, oĂč l’on impose ce que l’on veut et oĂč l’on prend la nature pour un terrain de sport collectif sans vie. A travers cette rĂ©forme, la FNPF se fait immanquablement l’ennemi de l’Onema, des Diren, bref de l’Etat.

    C’est une honte pour le monde de la pĂȘche, pour tous ceux qui se sentaient impliquĂ©s, responsables, dans la sauvegarde des milieux aquatiques, dans la dĂ©tection des pollutions, des agressions en tout genre que subit l’environnement aquatique.
    Les naturalistes pĂȘcheurs, sensibles Ă  la qualitĂ© des milieux, ne peuvent qu’ĂȘtre dĂ©shonorĂ©s par ce que met en place la FNPF en ce dĂ©but d’annĂ©e. Quelle image donnerons-nous aux autres acteurs du bord des cours d’eau et des lacs ? Jean-Marc Theusseret

  • Effet du rĂ©chauffement climatique sur la tempĂ©rature des eaux et la vie aquatique.

    Effet du réchauffement climatique sur la température des eaux et la vie aquatique.

    Il est maintenant clairement établi que le réchauffement récent de notre planÚte péjore le maintien de notre biodiversité. Les milieux aquatiques souffrent fortement de toute modification de leur température.
    En d’autres termes, nos truites transpirent ! A tel point qu’elles risquent souvent l’insolation.
    Avant d’expliquer l’impact de ces modifications environnementales sur les Ă©quilibres Ă©cologiques, dĂ©taillons tout d’abord le fonctionnement et les caractĂ©ristiques thermiques de nos hydrosystĂšmes.
    Par Sylvain Richard et Guy Periat

    Qui ne s’est jamais baignĂ© dans un cours d’eau ? Quel pĂȘcheur n’a-t-il jamais rempli ses bottes ? S’il est Ă©vident qu’il est moins dĂ©sagrĂ©able de prendre l’eau en Ă©tĂ© qu’en hiver, vous aurez remarquĂ© que la tempĂ©rature de certains cours d’eau devient toujours plus supportable avec l’avancement de la saison.
    En lac ou en mer, les zones littorales sont toujours plus tempĂ©rĂ©es. En revanche, le plongeon en pleine eau rappelle Ă  son auteur que les couches profondes deviennent trĂšs vite glaciales ! A prioribanale, la tempĂ©rature de l’eau est pourtant le premier paramĂštre Ă©voquĂ© au contact du milieu liquide : Ouah ! C’est froid ! Bof ! C’est de la soupe ! Voyons donc de plus prĂšs les facteurs qui la conditionnent et l’influencent.

    L’eau, une molĂ©cule exceptionnelle ! 

    S’il est aisĂ© de comprendre que le soleil rĂ©chauffe progressivement des plans d’eau immobiles, il est utile de rappeler, pour bien dĂ©crire le fonctionnement thermique des lacs, que l’eau possĂšde des propriĂ©tĂ©s physiques exceptionnelles.
    En effet, sa densitĂ© ne suit pas les rĂšgles universelles de la matiĂšre sur Terre ! La densitĂ© d’un Ă©lĂ©ment dĂ©signe le nombre de molĂ©cules contenues dans un volume donnĂ©. Plus l’espace entre les molĂ©cules est faible, plus elles sont nombreuses et donc plus le poids de l’élĂ©ment qu’elles composent dans ce volume est Ă©levĂ©. Cet espace est proportionnel Ă  la tempĂ©rature.
    Une matiùre froide est ainsi toujours plus lourde qu’une matiùre chaude. En d’autres termes, en se refroidissant, un liquide sera toujours plus froid en profondeur qu’en surface.
    Et s’il fait encore plus froid, les molĂ©cules seront tellement serrĂ©es qu’elles ne pourront plus ĂȘtre dĂ©placĂ©es : c’est la solidification.

    Les bras des forgerons sont  lĂ  pour en tĂ©moigner ! On  obtient alors un Ă©lĂ©ment  solide trĂšs dense, qui va  donc couler s’il est plongĂ©  dans ce mĂȘme Ă©lĂ©ment  liquide.
    Eh bien, ce n’est pas le cas  de l’eau ! GrĂące Ă  la forme  particuliĂšre de sa molĂ©cule,  la solidification provoque  un arrangement prĂ©cis qui  procure Ă  l’eau solide une  densitĂ© plus faible qu’à  l’état liquide. En consĂ©quence,  la glace flotte dans  nos verres ! La densitĂ© la  plus importante de l’eau se  trouve en rĂ©alitĂ© Ă  + 4 °C.
    Ce qui explique pourquoi  les masses d’eau trĂšs profondes  ont une tempĂ©rature  constante de + 4 °C  dans leurs abysses. En revanche, en surface, la tempĂ©rature varie en fonction de l’excitation des molĂ©cules que leur confĂšre la chaleur du soleil. A l’échelle d’une journĂ©e ensoleillĂ©e, la tempĂ©rature maximale apparaĂźt ainsi en fin d’aprĂšs-midi, lorsque la masse d’eau a accumulĂ© un maximum d’énergie.

    AprÚs stratification, on mélange tout.

    En fonction de la saison, le rĂ©chauffement des masses d’eau par le soleil atteint plus ou moins de profondeur, jusqu’à une zone de transition que l’on appelle thermocline. En Ă©tĂ©, la couche la plus chaude est donc toujours en surface.
    La tempĂ©rature de la masse d’eau Ă©voluant verticalement selon la profondeur, les couches profondes sont froides et lourdes. En cas de stratification thermique, il n’y a donc aucun brassage, car chaque couche possĂšde sa propre densitĂ© et reste dans sa gamme de profondeur.
    Sous nos latitudes, les variations saisonniĂšres vont permettre un mĂ©lange des tranches d’eau. En effet, dĂšs que l’eau de surface atteint + 4 °C, en dĂ©but ou en fin d’hiver gĂ©nĂ©ralement, elle s’enfonce et provoque ainsi le brassage des eaux du lacs, qui va permettre le renouvellement des couches profondes. On appelle ce phĂ©nomĂšne la “tourne” des lacs. Il intervient plusieurs fois par hiver sur les petits plans d’eau et seulement tous les dix Ă  vingt ans sur les plus grands, en fonction des conditions climatiques.
    Evidemment, la situation n’est pas si simple en rĂ©alitĂ©.
    En fonction de la forme du lac, de sa profondeur, de ses affluents, du vent, etc., des courants se forment et participent Ă©galement au mĂ©lange des eaux. En mer, ce phĂ©nomĂšne est bien connu et rĂ©pond, Ă  l’échelle du littoral, aux forces des marĂ©es et, Ă  l’échelle de l’hĂ©misphĂšre, aux forces de Coriolis.

    Tout se complique en cours d’eau
 

    La tempĂ©rature d’un cours d’eau n’est pas un paramĂštre stable. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, elle va Ă©voluer et se rĂ©chauffer de l’amont vers l’aval. Plus on s’éloigne des sources, plus la riviĂšre s’élargit et s’assagit. En consĂ©quence, plus on s’approche de l’embouchure, plus le cours d’eau reçoit de la chaleur solaire. Comme en plan d’eau, les tempĂ©ratures varient d’une maniĂšre journaliĂšre et les maxima sont atteints en fin de journĂ©e.

    De lĂ©gĂšres diffĂ©rences thermiques peuvent ĂȘtre observĂ©es entre les courants rapides et les calmes. Ici, la densitĂ© de  l’eau joue un rĂŽle moindre,  exceptĂ© dans les trĂšs  grandes fosses. Ces principes  gĂ©nĂ©raux ne sont  cependant pas les seuls Ă   conditionner la tempĂ©rature  des cours d’eau et un  certain nombre de phĂ©nomĂšnes,  aux mĂ©canismes  complexes, entrent en jeu.
    Tout d’abord, il est important  de rappeler qu’un  cours d’eau n’est que la  face visible des rĂ©seaux  hydrographiques. En effet,  la grande Ă©ponge Ă  prĂ©cipitations  que constitue le sol  est Ă  l’origine du courant  permanent de chaque  fleuve, riviĂšre ou autre petit  ru. Ainsi, en fonction de l’altitude,  de la latitude et de  l’impluvium des bassins versants,  le sol n’a pas la  mĂȘme tempĂ©rature. Les  sources qui en jaillissent  sont de moins en moins  froides plus on s’approche  de la mer ou des tropiques.
    En milieu calcaire, cela se  complique grandement.

    Les rĂ©seaux d’écoulement  souterrain peuvent en effet  fournir tout au long des  cours d’eau des rĂ©surgences  Ă  tempĂ©ratures  fraĂźches et constantes toute  l’annĂ©e.
    Enfin la nature, la couverture  et la couleur des sols  des bassins versants  influent logiquement sur  l’eau qui ruisselle. Un orage  sur une zone urbaine en  plein mois d’aoĂ»t aura tendance  Ă  amener de l’eau  chaude, tandis qu’une crue  estivale rĂ©sultant d’une  dĂ©gradation mĂ©tĂ©orologique  classique refroidira  les eaux de surface d’une  rĂ©gion. Et un Ă©pisode de  grĂȘle pourra faire perdre  plus de 10 °C Ă  un cours  d’eau en quelques dizaines  de minutes seulement !  

     La tempĂ©rature  de l’eau et les processus  chimiques.
    La solubilitĂ© des gaz et  autres Ă©lĂ©ments est dĂ©pendante  du nombre de molĂ©cules  auxquelles ils peuvent  s’associer. La tempĂ©rature,  qui rĂ©git la densitĂ© de la  matiĂšre, joue donc un rĂŽle  essentiel dans leur concentration.
    L’exemple le plus  connu est celui de l’oxygĂšne :
    Ă  pression identique, plus  une eau est froide, plus elle  aura une concentration Ă©levĂ©e  en oxygĂšne. Comme la  pression dans la bouteille  d’eau minĂ©rale, la tempĂ©rature  est donc fondamentale  Ă  la dissolution des gaz.
    Il est donc logique de voir  “piper” des poissons maintenus  dans un vivier trop  petit et qui a Ă©tĂ© exposĂ© Ă   un air ambiant chaud. Ils  cherchent Ă  avaler de l’air,  afin que l’oxygĂšne, qu’ils ne  trouvent plus sous forme  dissoute, diffuse au travers  de leur tube digestif. En  effet, certaines espĂšces  (loche, tanche…) sont capables  de compenser, jusqu’à  un certain point Ă©videmment,  le manque d’oxygĂšne  dissout par “respiration” stomacale.
    Les rassemblements  anormaux de poissons aux  embouchures des petits  affluents frais des grands  cours d’eau en pĂ©riode de  canicule s’expliquent donc :
    ils cherchent des bouffĂ©es  d’oxygĂšne !  Enfin, il est important de  noter que certains polluants  (cyanures, nitrites…)  voient leur concentration et  leur toxicitĂ© augmenter  avec la tempĂ©rature de  l’eau.


    Une activitĂ© des  organismes aquatiques  dĂ©pendante de  la tempĂ©rature de l’eau.
    Animaux Ă  sang froid, l’activitĂ©  physiologique des  organismes aquatiques  dĂ©pend directement de la  thermie de leur environnement.
    La digestion, la respiration,  la production et la  maturation des gonades, la  croissance, mais Ă©galement  la nutrition, la reproduction  ou encore les dĂ©placements,  sont rĂ©gis en grande  partie par la tempĂ©rature  de l’eau.
    Les diffĂ©rentes espĂšces  aquatiques se sont progressivement  adaptĂ©es Ă  leur  milieu de vie et certaines  montrent des prĂ©fĂ©rences  pour les eaux froides, alors  que d’autres ne vivent  qu’en eaux chaudes.
    Si l’on prend l’exemple des  poissons, l’omble chevalier  a besoin d’une tempĂ©rature  de l’ordre de 4 Ă  5 °C pour  se reproduire. A ces thermies,  la carpe ou la tanche  sont totalement inactives,  enfouies dans les sĂ©diments,  et doivent attendre  18 Ă  22 °C pour frayer. En  hiver, il n’est pas rare d’observer  des milliers de cyprinidĂ©s,  agglutinĂ©s en bancs  immobiles lĂ  oĂč la riviĂšre  est la moins froide, tamponnĂ©e  par une rĂ©surgence  de nappe ou particuliĂšrement  bien exposĂ©e au  timide soleil d’hiver
 En  revanche, les truites, qui  attendent une tempĂ©rature  de 6 °C en automne pour  lancer les hostilitĂ©s de la  reproduction, seront en  pleine activitĂ©.
    Chaque espĂšce possĂšde  ainsi une gamme de tempĂ©ratures  optimales pour  son dĂ©veloppement. On  parle alors de “tempĂ©rature  de confort” pour indiquer la  valeur au-dessus ou en dessous  de laquelle l’individu  commence Ă  “souffrir “.
    Pour les CyprinidĂ©s (gardons,  carpes, barbeau
),  on peut retenir comme  tempĂ©rature de confort  maximale environ 25 °C.
    Les SalmonidĂ©s (truite,  ombre…), en revanche, sont  soumis Ă  un Ă©tat de stress  physiologique lorsque l’eau  dĂ©passe 20 °C. Au-delĂ  de  ces seuils, les organismes  subissent une diminution  de leurs fonctions vitales et  rĂ©duisent leur activitĂ© alimentaire.
    Lorsque la tempĂ©rature  augmente encore,  elle peut entraĂźner Ă  plus  ou moins court terme la  mort de l’individu : il s’agit  de la “tempĂ©rature lĂ©tale”.
    Elle peut ĂȘtre estimĂ©e Ă   27 °C pour les SalmonidĂ©s  et 30 °C pour la plupart des  CyprinidĂ©s.
    Certaines espĂšces sont  cependant plus rĂ©sistantes :
    le poisson-chat (34 °C) ou  la perche (32 °C).


    Une prĂ©sence ou  une absence expliquĂ©e  par la tempĂ©rature. 

     Ces prĂ©fĂ©rences pour des  gammes de tempĂ©ratures  bien prĂ©cises expliquent  pour une grande part la succession  longitudinale des  espĂšces au sein des cours  d’eau. Logiquement, celles  d’eau froide comme les  SalmonidĂ©s, le chabot ou la  lamproie de Planer, se rencontrent  dans la partie  amont des riviĂšres et, au fur et Ă  mesure du rĂ©chauffement  des eaux, elles sont  progressivement remplacĂ©es  par des espĂšces plus tolĂ©rantes,  comme la vandoise,  le barbeau, ou encore le brochet  et la brĂšme.
    Certes, la tempĂ©rature n’est  Ă©videmment pas le seul facteur  qui explique cette succession  biologique. En outre,  les inversions thermiques  provoquĂ©es par l’embouchure  d’affluents froids ou la  prĂ©sence d’importantes  rĂ©surgences karstiques compliquent  leur logique d’apparition.
    Si bien qu’il est  parfois difficile de comprendre  l’assemblage des biocĂ©noses  en place. Les travaux  de l’universitĂ© de Franche-  ComtĂ©, dans les annĂ©es  1970, ont par chance permis  d’y voir plus clair sur la structuration  des peuplements  aquatiques de nos cours  d’eau et ont montrĂ© que la  tempĂ©rature de l’eau  explique Ă  elle seule plus de  50 % de la variabilitĂ© longitudinale  des peuplements !  Dans les plans d’eau Ă©galement,  les espĂšces s’organisent  en fonction de la  tempĂ©rature, mĂȘme si lĂ   aussi d’autres paramĂštres  comme la qualitĂ© des  caches et des abris, ou  encore la quantitĂ© de nourriture,  influencent grandement  leur distribution  spatiale. Ainsi, les petits gardons  vont se dĂ©placer en  suivant les couches d’eau les  plus chaudes de surface,  sans rechercher un type  d’habitat particulier. De  mĂȘme, en Ă©tĂ©, les truites de  lac vont rechercher les  couches les plus fraĂźches en  profondeur, alors qu’en hiver  ces mĂȘmes truites iront  chasser en surface, juste  avant ou aprĂšs leur migration  de reproduction. Enfin,  les corĂ©gones surferont  sur la thermocline, Ă  la  recherche de plancton.

    La notion de mĂ©tabolisme  thermique.

      Les processus Ă©volutifs qui  conditionnent le contexte  thermique des milieux aquatiques  sont trĂšs complexes.
    Ils interagissent les uns par  rapport aux autres, Ă  diffĂ©rentes  Ă©chelles d’espace et  de temps. Les hydrosystĂšmes  prĂ©sentent donc un  vĂ©ritable mĂ©tabolisme thermique.
    Celui-ci influence les  grands Ă©quilibres chimiques  de l’eau. Il dĂ©termine les  caractĂ©ristiques biologiques  des milieux aquatiques. Il  rĂ©git la distribution des  espĂšces. La tempĂ©rature est  donc vĂ©ritablement l’épĂ©e  de DamoclĂšs de nos lacs et  cours d’eau. Il apparaĂźt ainsi  fondamental de prĂ©server  leur intĂ©gritĂ© thermique si  l’on veut protĂ©ger ou restaurer  leurs fonctionnalitĂ©s. Le  rĂ©chauf- fement climatique  semble donc ĂȘtre un flĂ©au  pour la sauvegarde de nos  poissons. Mais est-il le seul  responsable de l’état fiĂ©vreux  de nos hydrosystĂšmes ?  Existe-il des solutions pour  prĂ©venir cette tendance inĂ©luctable  ? Tant de questions  auxquelles nous nous  devrons de rĂ©pondre dans  un prochain article.

  • Le corbicule : un mollusque invasif mĂ©connu

    Le corbicule : un mollusque invasif méconnu

    Le mollusque Corbicula a envahi trÚs rapidement notre territoire depuis le début des années 1980.
    Aujourd’hui, il colonise les principaux cours d’eau et plans d’eau de nos bassins. Mais d’oĂč vient cette espĂšce et comment a-t-elle pu coloniser aussi facilement les milieux aquatiques ? Quels sont les risques liĂ©s Ă  sa prĂ©sence pour les Ă©cosystĂšmes ? Faisons le point sur les rĂ©cents travaux scientifiques concernant cette espĂšce invasive
 Par Sylvain Richard et Guy PĂ©riat 

     Le corbicule est un mollusque bivalve qui ressemble Ă  une petite palourde. Il appartient Ă  la famille des Corbiculidae et au genre Corbicula, qui regroupe des espĂšces d’eau douce et d’eau saumĂątre qui filtrent l’eau pour se nourrir de phytoplancton. Il est facilement identifiable, en raison des stries de croissance concentriques et rĂ©guliĂšrement espacĂ©es de sa coquille. Sa taille dĂ©passe rarement les 3 cm de longueur bien que, dans certains cas, des individus puissent atteindre, voire dĂ©passer les 5 cm.

    Actuellement, son aire de rĂ©partition naturelle recouvre l’Asie, l’Afrique ainsi que l’Australie.

    Toutefois, des fossiles de corbicule ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans des dĂ©pĂŽts du Tertiaire et du Quaternaire en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne ainsi qu’en Italie, prouvant que ce bivalve Ă©tait largement rĂ©pandu en Europe occidentale avant la derniĂšre glaciation. Mais cette pĂ©riode de long refroidissement climatique lui a Ă©tĂ© fatale et il a ainsi totalement disparu de la faune europĂ©enne depuis cette Ă©poque glaciaire.

    Les premiĂšres informations de la prĂ©sence de corbicules en dehors de leur aire de rĂ©partition d’origine datent des annĂ©es 1920. Elles concernent la Colombie- Britannique, oĂč l’espĂšce aurait Ă©tĂ© introduite accidentellement en 1924. Depuis, elle s’est largement rĂ©pandue dans la plupart des lacs et des cours d’eau du continent nord-amĂ©ricain. Elle a par la suite gagnĂ© les eaux d’AmĂ©rique centrale puis d’AmĂ©rique du Sud, en particulier en Argentine et au Venezuela dans les annĂ©es 1980. En Europe, le corbicule est rencontrĂ© pour la premiĂšre fois en 1980 dans la basse Dordogne en France ainsi que dans l’estuaire du Tage au Portugal. 

    Depuis, il est signalé en 1984 en Allemagne, en 1987 aux Pays-Bas, en 1989 en

    Espagne, en 1992 en Belgique et vers la fin des années 1990 en Angleterre.

    Aux Etats-Unis, la lutte contre les corbicules est Ă©valuĂ©e Ă  un milliard de dollars par an ! Le mollusque obstrue notamment les conduites d’alimentation en eau des centrales nuclĂ©aires ! Dans beaucoup de cours d’eau colonisĂ©s, on observe des densitĂ©s de l’ordre de 100 Ă  200 individus/m2. Dans les canaux, elles peuvent aller de 200 Ă  400 individus/m2et, aux Etats-Unis, certains lacs montrent des densitĂ©s de plus de 3 000 individus/m2!

    bivalve

    Une ou deux espĂšces de Corbicula seraient prĂ©sentes en France 

    Le genre Corbicula comprend des espĂšces prĂ©sentant d’importantes variations de coloration, du brun noirĂątre jusqu’au jaune pĂąle en fonction des espĂšces et de leurs milieux de vie. En France, il est gĂ©nĂ©ralement admis que la famille des Corbiculidae est essentiellement reprĂ©sentĂ©e par l’espĂšce Corbicula fluminea, de coloration brune. Mais la prĂ©sence d’individus de coloration jaune, notamment dans le RhĂŽne en amont de Lyon et dans le cours infĂ©rieur du Doubs, ainsi que d’individus de petite taille dans la Moselle et la SaĂŽne au niveau de Chalon-sur-SaĂŽne, a amenĂ© certains spĂ©cialistes Ă  considĂ©rer qu’une autre espĂšce de corbicule, Corbicula fluminalis, est prĂ©sente sur notre territoire. La position systĂ©matique, c’est-Ă -dire son rattachement Ă  l’espĂšce

    Corbicula fluminalis, de cette forme particuliÚre de corbicule est toutefois toujours discutée.

    En effet, si les individus de cette forme présentent une stratégie de r

    eproduction diffĂ©rente de l’espĂšce C. Fluminea, certains scientifiques considĂšrent que c’est lĂ  plus le fait d’une adaptation au milieu qu’un rĂ©el caractĂšre spĂ©cifique. En outre, en AmĂ©rique du Nord, les populations de Corbicula flumineapeuvent montrer de grandes variations d’aspect, que ce soit dans le ratio hauteur/longueur ou encore dans le nombre de stries d’accroissement.

    Une expansion trùs rapide à travers le territoire


    La diffusion de Corbiculaen France a Ă©tĂ© extrĂȘmement rapide. Elle s’est faite Ă  partir d’au moins sept axes diffĂ©rents et, en une vingtaine

     d’annĂ©es, la quasi-totalitĂ© des bassins hydrographiques français a Ă©tĂ© colonisĂ©e.

    ‱ Le premier axe de pĂ©nĂ©tration est le bassin de la basse Dordogne, oĂč l’espĂšce a Ă©tĂ© observĂ©e pour la premiĂšre fois en 1980. Son introduction serait due Ă  des bateaux en provenance d’Asie ou

     d’AmĂ©rique, sur la coque desquels Corbiculase serait fixĂ©. A la fin des annĂ©es 1990, l’espĂšce a progressivement colonisĂ© la plupart des bassins versants de la Garonne et de la Dordogne. Les plans d’eau ne sont pas

    Ă©pargnĂ©s et Corbiculaest prĂ©sente notamment dans les lacs aquitains de Cazaux, de Sanguinet et de Biscarosse. A partir de cet axe, l’espĂšce s’est propagĂ©e vers l’est et elle est recensĂ©e en 1989 dans le canal du Midi et en 1997 dans l’HĂ©rault Ă  Agde.

    ‱ Le second axe de pĂ©nĂ©tration est celui du bassin de l’Adour, oĂč C

    orbicula est recensĂ©e en 1989 dans un petit ruisseau prĂšs de Dax, puis dans l’Adour en 1991. Son apparition serait due aux pĂȘcheurs, qui l’auraient utilisĂ© comme appĂąt
 Le bassin de l’Adour Ă©tant isolĂ©, l’expansion de

    l’espĂšce vers le reste du territoire n’a pas Ă©tĂ© possible.

    ‱ Le troisiĂšme axe est l’estuaire de la Charente oĂč l’espĂšce est signalĂ©e en 1996. Sa prĂ©sence

    pourrait ĂȘtre due lĂ  aussi Ă  des bateaux en provenance de l’Asie ou d’AmĂ©rique.

    ‱ Le quatriĂšme axe correspond au Rhin et aux canaux de l’Est, oĂč Corbiculaest signalĂ©e pour la premiĂšre fois en 1990 dans le Rhin et en 1994 dans la Moselle. A partir des canaux qui relient ce bassin Ă  celui de la Seine, l’espĂšce a colonisĂ© la Seine oĂč elle est observĂ©e en 1997 Ă  Paris puis Ă  partir de 2000 sur les secteurs aval du fleuve. Elle a ensuite Ă©tendu sa progression vers l’Aisne et l’Oise, ainsi que l’Yonne et le Loing. Via le canal du RhĂŽne au Rhin, l’espĂšce se retrouve dans la SaĂŽne et le RhĂŽne Ă©galement. Elle va progressivement coloniser les principaux affluents de ces deux cours d’eau.‱ Le cinquiĂšme axe est la Moselle française, et ses populations, apparues en 1994, pourraient provenir du Rhin alĂ©manique dont elle est un affluent. En 2000, l’espĂšce est observĂ©e Ă  Metz.

    ‱ L’estuaire de la Loire constitue le sixiĂšme axe de pĂ©nĂ©tration de Corbicula sur notre territoire, oĂč l’espĂšce est observĂ©e en 1990. LĂ  aussi, des bateaux en provenance d’Asie ou d’AmĂ©rique pourraient expliquer l’apparition du mollusque. En 1997, il est observĂ© Ă  Saumur, puis en Loire moyenne Ă  partir des annĂ©es 2000. Actuellement, l’espĂšce est recensĂ©e jusqu’aux environs de Digoin et les principaux affluents que sont la Vienne, le Cher, la Maine, la Sarthe, la Mayenne sont Ă©galement colonisĂ©s.

    ‱ Enfin, le septiĂšme axe de pĂ©nĂ©tration est celui de l’estuaire du RhĂŽne, oĂč Corbiculaest observĂ©e, en 1997 Ă  Salin-de-Giraud. En 1998, on la retrouve dans le Gardon et l’ArdĂšche et en 1999 dans la basse Durance. Les individus du RhĂŽne deltaĂŻque prĂ©sentent des caractĂšres gĂ©nĂ©tiques diffĂ©rents de ceux du RhĂŽne en amont de Lyon. Cette observation pourrait montrer que la colonisation du fleuve ne s’est pas rĂ©alisĂ©e uniquement par la dĂ©valaison de Corbiculaissues de l’axe Rhin et qu’une population implantĂ©e plus rĂ©cemment dans le delta remonterait le fleuve actuellement. Les seuls bassins Ă©pargnĂ©s par l’invasion de l’espĂšce sont ceux des zones de montagne et des fleuves cĂŽtiers de la CĂŽte d’Azur, de Corse, de Bretagne, de Haute-Normandie et du Pas-de-Calais. Mais pour combien de temps encore ?

    Silure

    Avec la carpe, le silure est un grand consommateur de corbicules, mais leur prĂ©lĂšvement ne suffira pas Ă  ralentir l’invasion du mollusque !

     â€Š reflets des profondes modifications des milieux 

    aquatiques

     Les canaux de navigation ont eu un rĂŽle essentiel dans la dispersion de Corbiculasur notre territoire, en reliant entre eux les principaux bassins hydrographiques. L’espĂšce trouve en effet dans ces milieux une source abondante de nourriture, des courants lents et des substrats meubles qui lui conviennent, ainsi qu’une faible compĂ©tition interspĂ©cifique et une relative tranquillitĂ© vis-Ă -vis des prĂ©dateurs. Elle peut ainsi prolifĂ©rer, augmentant de fait les possibilitĂ©s de diffusion vers l’aval. Mais la dĂ©gradation de la qualitĂ© des Ă©cosystĂšmes aquatiques a Ă©galement participĂ© directement Ă  l’expansion de ce mollusque invasif. En effet, les importantes modifications morphologiques (recalibrage, chenalisation, Ă©dification de seuils et de barrages
) subies depuis plus de cinquante ans ont profondĂ©ment modifiĂ© les habitats de la plupart des grands cours d’eau de notre territoire : en ralentissant les Ă©coulements et en modifiant la qualitĂ© des substrats, ces interventions ont ainsi grandement favorisĂ© l’installation de ce bivalve dans des secteurs qui ne lui Ă©taient pas favorables 

    auparavant
 

    Pike

    De prime abord, les corbicules sont un miracle qui rend l’eau claire comme du gin, limite le rĂ©chauffement excessif en Ă©tĂ© et par la mĂȘme occasion la prolifĂ©ration des algues filamenteuses. Toutefois, les grandes colonies entraĂźnent un rejet de nitrate, d’azote ammoniacal ainsi que de phosphore.

     Une stratĂ©gie de dĂ©veloppement adaptĂ©e Ă  la diffusion 

     Corbicula est en gĂ©nĂ©ral assez tolĂ©rante vis-Ă -vis de la pollution organique, pour peu que la teneur en oxygĂšne reste assez importante.
    Une tempĂ©rature de l’eau supĂ©rieure Ă  30 °C perturbe son mĂ©tabolisme et ses fonctions reproductives, alors que des valeurs thermiques infĂ©rieures Ă  2 °C sont considĂ©rĂ©es comme lĂ©tales pour les individus.
    Ce mollusque bivalve est hermaphrodite et montre une trÚs forte fécondité :
    aprĂšs l’incubation des larves au niveau des branchies jusqu’à ce qu’elles atteignent une taille d’environ 250 ÎŒm, de 30 000 Ă  50 000 juvĂ©niles sont libĂ©rĂ©s en moyenne par adulte et par saison de reproduction.
    AprĂšs une phase planctonique, oĂč les juvĂ©niles dĂ©rivent en pleine eau, les individus vont alors se fixer sur le fond.
    Si la mortalitĂ© des juvĂ©niles lors de la phase planctonique est trĂšs importante, pouvant aller jusqu’à 99 % selon certains spĂ©cialistes, ceux-ci sont capables de secrĂ©ter un filament muqueux qui leur permet de dĂ©river en pleine eau et d’ĂȘtre entraĂźnĂ©s par le courant.
    Ils peuvent ainsi coloniser par dévalaison des linéaires trÚs importants.
    Les adultes peuvent également secréter un pseudo byssus leur permettant de se fixer sur la coque des bateaux ou à des particules en suspension de grande taille, favorisant ainsi leur expansion.

    La concurrence des corbicules avec les mollusques indigĂšnes tourne le plus souvent Ă  l’avantage de l’envahisseur. Il s’ensuit de profonds bouleversements de nos Ă©cosystĂšmes.


    Des impacts Ă©conomiques et Ă©cologiques 

     Non seulement Corbiculaest invasive, mais elle est trĂšs prolifique
 Dans beaucoup de cours d’eau colonisĂ©s, on observe des densitĂ©s de l’ordre de 100 Ă  200 individus/m2. Dans les canaux, elles peuvent aller de 200 Ă  400 individus/m2 et, aux Etats-Unis, certains lacs montrent des densitĂ©s de plus de 3 000 individus/ m2! Ce sont ainsi de vĂ©ritables tapis de coquilles qui peuvent recouvrir les fonds des milieux colonisĂ©s et cela ne va pas sans poser quelques problĂšmes
 En effet, les coquilles mais Ă©galement les juvĂ©niles Ă  la dĂ©rive peuvent ĂȘtre aspirĂ©s par les systĂšmes complexes de refroidissement de certaines industries ou des centrales de production Ă©lectrique, thermiques ou nuclĂ©aires. En obstruant les canalisations, elles peuvent engendrer des dysfonctionnements plus ou moins importants, mettant en jeux directement la sĂ©curitĂ© de ces installations. Aux Etats- Unis, le coĂ»t liĂ© aux dommages engendrĂ©s par Corbicula est estimĂ© Ă  prĂšs d’un milliard de dollars par an
 D’un point de vue Ă©cologique, Corbicula peut entrer directement en compĂ©tition, en termes d’habitat et de ressources trophiques, avec d’autres mollusques indigĂšnes.
    C’est ce qui a Ă©tĂ© constatĂ© au Japon, oĂč l’introduction de C. Flumineaa provoquĂ© la disparition d’une espĂšce indigĂšne de corbicule, C. leana, dans la riviĂšre Yodo. Peu de retours d’expĂ©rience similaires existent actuellement en France et en Europe.
    De maniĂšre plus insidieuse, la prolifĂ©ration de l’espĂšce est susceptible d’engendrer un certain nombre de modifications sur l’écosystĂšme aquatique rĂ©cepteur. Le dĂ©veloppement d’importantes colonies modifie drastiquement le type et la qualitĂ© des substrats, qui deviennent alors moins biogĂšnes, voire non colonisables pour les espĂšces benthiques indigĂšnes.
    L’activitĂ© physiologique des individus entraĂźne Ă©galement une forte consommation en oxygĂšne dissous et un relargage significatif de dioxyde de carbone dans l’eau. Les fĂšces de l’animal prĂ©sentent Ă©galement la particularitĂ© d’ĂȘtre trĂšs concentrĂ©es en nitrate, en azote ammoniacal ainsi qu’en phosphore.
    Les caractĂ©ristiques physico- chimiques de l’eau et des sĂ©diments peuvent ainsi ĂȘtre perturbĂ©es par les communautĂ©s de C. Fluminea, avec de potentielles incidences sur la production primaire du milieu.
    C’est ce qu’a pu montrer une Ă©quipe de chercheurs amĂ©ricains sur le lac Tahoe, grand lac naturel situĂ© Ă  cheval entre la Californie et le Nevada, qui ont fait le lien entre de fortes prolifĂ©rations d’algues filamenteuses du genre Spirogyra et un excĂšs de nutriments azotĂ©s et phosphorĂ©s issus de l’activitĂ© des populations de Corbicula.
    Ainsi, si d’aucuns pouvaient imaginer que le corbicule pouvait constituer un filtre efficace pour la qualitĂ© de l’eau de nos riviĂšres et de nos lacs, eh bien, il n’en est rien : les dĂ©sordres engendrĂ©s, tant sur le plan chimique qu’habitationnels, sont bien supĂ©rieurs aux hypothĂ©tiques services que pourrait rendre cet indĂ©sirable mollusque. L’incroyable rapiditĂ© de l’expansion de Corbiculaest le triste reflet de la qualitĂ© gĂ©nĂ©rale de nos grands systĂšmes aquatiques.
    S’il semble illusoire de faire disparaĂźtre l’espĂšce lĂ  oĂč elle est actuellement bien implantĂ©e, c’est tout de mĂȘme une raison de plus en faveur de la prĂ©servation et de la restauration des conditions thermiques et morphologiques des milieux, si l’on veut les Ă©pargner de l’invasion de Corbicula.