Le âparadoxeâ de la Loue Presque un an aprĂšs le naufrage de la Loue, dĂ©vastĂ©e par les cyanobactĂ©ries toxiques, les services de lâEtat ont publiĂ© plusieurs rapports officiels et concluent Ă un Ă©tat Ă©cologique convenable de la cĂ©lĂšbre riviĂšre. Difficile dâĂ©valuer quelle est la part de mauvaise fois et dâincompĂ©tence dans cette affaire, qui dĂ©montre de façon dramatique quel sort lâadministration rĂ©serve Ă tous les cours dâeau français.
Par Philippe Boisson

Les journaux halieutiques parlaient beaucoup de la Loue avant le drame du printemps 2010, ce qui avait tendance Ă agacer certains lecteurs qui pĂȘchent loin du Doubs. Quâils nous pardonnent de remettre le couvert en cette pĂ©riode de crise, car lâexemple de la cĂ©lĂšbre riviĂšre est une excellente occasion dâobserver la façon de travailler des services de lâEtat, mĂ©thode qui sâapplique au niveau national. Ainsi la Loue, symbole biologique il y a peu, est passĂ©e en quelques mois au statut de dĂ©sert aquatique. Depuis le redoutable Ă©pisode de mortalitĂ© des populations de poissons dont nous avons beaucoup parlĂ© au cours des prĂ©cĂ©dents numĂ©ros, les services de lâEtat ont prĂ©sentĂ© le 4 novembre une synthĂšse de toutes les investigations rĂ©alisĂ©es cette annĂ©e concernant ce qui est prĂ©sentĂ© comme une Ă©nigme, sinon comme un paradoxe. En effet, les services administratifs ne comprennent pas comment, dans cette riviĂšre qui a vu sa biomasse pisciaire sâĂ©crouler en quelques mois, les analyses sont â selon eux â bonnes au point de se laisser aller Ă Ă©crire ceci : âLâensemble des compartiments biologiques permet de conclure Ă un bon voire trĂšs bon Ă©tat de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concernĂ©.â La DCE, parlons-enâŠ
La directive cadreeuropĂ©enne sur lâeau (rĂ©f. : 2000/60/CE) oblige les Etats membres de la CommunautĂ© europĂ©enne Ă atteindre un âbon Ă©tat Ă©cologiqueâ des milieux aquatiques et des bassins versants pour 2015.Cette directive impose des seuils qui relĂšvent de la chimie, de la biologie et de la physique avec trois composantes majeures qui sont la physico-chimie, lâĂ©cologie et lâhydromorphologie. Dans un dĂ©lai maximal de neuf ans suivant la date dâentrĂ©e en vigueur de la directive, chaque district hydrographique (certains Ă©tant internationaux) doit produire un âplan de gestionâ sâappuyant sur lâĂ©tat des lieux (rĂ©sultats des analyses et Ă©tudes de la phase I).

Pour ne pas sâopposer aux agriculteurs, pour Ă©chapper aux amendes et aux astreintes financiĂšres imposĂ©es par la DCE, lâEtat cherche par tous les moyens de faire passer le drame des riviĂšres comtoises sur le dos des conditions climatiques et autres causes naturelles.
Ce plan de gestion doit ĂȘtre en mesure de :
â prĂ©venir la dĂ©tĂ©rioration, amĂ©liorer et restaurer lâĂ©tat des masses dâeau de surface, atteindre un bon Ă©tat chimique et Ă©cologique de celles-ci, ainsi que rĂ©duire la pollution due aux rejets et Ă©missions de substances dangereuses,
â protĂ©ger, amĂ©liorer et restaurer les eaux souterraines, prĂ©venir leur pollution, leur dĂ©tĂ©rioration et assurer un Ă©quilibre entre leurs captages et leur renouvellement,
â prĂ©server (restaurer le cas Ă©chĂ©ant) les zones protĂ©gĂ©es.
Un dĂ©lai de quinze ans (Ă partir de lâentrĂ©e en vigueur de la directive) est prĂ©vu pour atteindre les objectifs de bonne qualitĂ© Ă©cologique, avec des dĂ©rogations possibles dans des conditions prĂ©cisĂ©es par la directive. Une pollution accidentelle temporaire de lâeau ne sera pas retenue comme infraction Ă la directive si elle Ă©tait imprĂ©visible, induite par un accident, une causenaturelle ou un cas de force majeure.Dans le cas oĂč le bon Ă©tat Ă©cologique ne serait pas atteint, les Etats devront payer des pĂ©nalitĂ©s. LâEtat français, cancre au niveau europĂ©en en matiĂšre de protection de lâenvironnement, est dans le collimateur de la Commission europĂ©enne. Le risque dâun contentieux communautaire sur les nitrates existe en Bretagne : suite Ă la saisine de la Cour de justice des CommunautĂ©s europĂ©ennes du 21 mars 2007, la France encourait 28 millions dâeuros de pĂ©nalitĂ©s immĂ©diates et 117 000 euros dâastreinte par jour.En raison de la proposition dâun plan dâaction âNitratesâ, la Commission europĂ©enne a renoncĂ© Ă son recours. Le prix de ce plan est de 86 millions dâeuros, mobilisables sur cinq ans afin de ramener Ă la norme le taux en nitrates des eaux de neuf bassins versants. La France encourt toujours une condamnation qui pourrait tomber avant la fin de cette annĂ©e. Dans lâaffaire de la Loue, le discours du prĂ©fet du Doubs, en parfaite harmonie avec celui du directeur gĂ©nĂ©ral de lâOffice national de lâeau et des milieux aquatiques (Onema), Ă©voque un malheureux concours de circonstances qui implique plusieurs causes naturelles, parmi lesquelles le manque de pluie, la forte chaleur dĂšs le mois dâavril et une forte luminositĂ©, qui seraient Ă lâorigine dâun dĂ©veloppement exceptionnel de cyanobactĂ©ries tueuses, responsable de la disparition de plus de 80 % des poissons adultes de la haute et moyenne Loue.
Il faut prĂȘter une oreille attentive Ă chaque mot des dĂ©clarations officielles en pareil cas. En effet, les pĂ©nalitĂ©s ne sâappliquent pas lorsque les causes dâun mauvais Ă©tat Ă©cologique sont dues Ă des causes naturelles⊠Clairement, lâEtat cherche par cette pirouette Ă se dĂ©douaner de la DCE. Par la mĂȘme occasion, cela leur permet de ne pas sâopposer Ă lâagriculture et ses Ă©pandages qui recouvrent littĂ©ralement la Franche-ComtĂ© Ă la fin de lâhiver, et qui sont en grande partie responsables de ce dĂ©sastre. Ce comportement est tout simplement honteux. Les analyses physico- chimiques officielles sont Ă©tonnement âraisonnablesâ en ce qui concerne la Loue. Pourquoi ? Le dĂ©bat touche le protocole dâanalyse. Selon les agents de lâadministration interrogĂ©s, les avis divergent sur la nature des prĂ©lĂšvements.Dâune part, la prĂ©sence de nitrate fluctue rĂ©guliĂšrement en fonction dâun nombre important de facteurs.Dâautre part, un prĂ©lĂšvement en eau libre ne rĂ©vĂšle pas les mĂȘmes taux quâun Ă©chantillon provenant dâune zone morte asphyxiĂ©e par les algues vertes. Cela soulĂšve une autre question. Les analyses ponctuelles suffisentelles Ă rĂ©vĂ©ler la prĂ©sence ou lâabsence de tel ou tel polluant ? La plupart des spĂ©cialistes indĂ©pendants consultĂ©s (hydrobiologistes notamment et personnel de lâOnema) sont unanimes pour Ă©mettre des rĂ©serves Ă propos de ce protocole. Ces mĂȘmes spĂ©cialistes admettent tous quâun contrĂŽle en continu serait beaucoup adaptĂ©.LâAgence de lâeau de Picardie dispose depuis peu dâun laboratoire mobile qui permet de faire des analyses sur une pĂ©riode de plusieurs semaines. Ce type de matĂ©riel serait trĂšs utile pour comprendre le (faux) paradoxe de la Loue. Cela Ă©viterait Ă lâadministration dâĂ©crire des inepties et Ă cette pauvre riviĂšre de mourir dĂ©finitivement, âprotĂ©gĂ©eâ par ses bourreaux. Le âparadoxeâ de la Loue nâest pas celui que veut nous faire gober lâadministration. Ce serait plutĂŽt celui qui les pousse Ă protĂ©ger lâenvironnement en faisant exactement le contraire.

Cet Ă©tĂ© (ici en aval dâOrnans), les agents de lâOnema ont eu bien du mal Ă trouver des poissons adultes dans la Loue. Le rĂ©sultat de cette pĂȘche Ă©lectrique confirme la rumeur. Environ 90 % des poissons adultes sont morts en quelques mois.
Nous publions ici deux extraits des rapports officiels de lâOnema et de la Mission inter-service de lâeau (Mise) rendus publics dĂ©but novembre.
âą Onema.
Etude de la qualitĂ© piscicole sur quatre stations de la Loue Les inventaires quantitatifs rĂ©alisĂ©s au mois de juillet 2010 sur quatre stations de la Loue avaient pour objet dâĂ©valuer lâĂ©tat des peuplements de poissons de cette riviĂšre. Ces inventaires rĂ©alisĂ©s selon le mĂȘme protocole que lâĂ©tude de 1998-1999 permettent une comparaison des donnĂ©es. Les deux campagnes ne constituent pas et ne remplacent pas une sĂ©rie chronologique de donnĂ©es sur les mĂȘmes stations et ne permettent pas de prendre en compte les variations inter-annuelles naturelles rencontrĂ©es sur ce type de cours dâeau ainsi que les variations dues Ă lâĂ©chantillonnage. Il sâagit de deux âphotographiesâ instantanĂ©es des peuplements Ă dix ans dâintervalle. Outre la rĂ©actualisation de lâĂ©tat de connaissance des peuplements piscicoles sur quatre stations de la Loue, lâobjectif Ă©tait de tenter dâidentifier quantitativement lâimpact des mortalitĂ©s observĂ©es au printemps 2010, indĂ©pendamment de la dynamique naturelle des populations et de la variabilitĂ© instrumentale liĂ©e Ă lâĂ©chantillonnage. Lâanalyse des donnĂ©es et des investigations complĂ©mentaires ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es dâaoĂ»t Ă octobre 2010. Les principales conclusions de lâĂ©tude de la qualitĂ© piscicole sur la haute Loue sont rĂ©sumĂ©es ci-aprĂšs.
Ce que lâanalyse des donnĂ©es permet de dire
âą Truites
De façon gĂ©nĂ©rale, par rapport Ă 1998-1999, la truite a rĂ©gressĂ© sur toutes les stations dâĂ©tude. La rĂ©gression est significative sur la station de Mouthier-Haute-Pierre tant en nombre de poissons quâen poids total. Elle est forte sur les masses de truites Ă Ornans et trĂšs forte sur la station de ClĂ©ron, elle est Ă©galement significative sur la station de Lombard. La prĂ©sence de truites reste loin du potentiel de ce type de cours dâeau tant en masse quâen nombre. On retiendra quâen termes de poids total, sur les stations de ClĂ©ron, dâOrnans et de Lombard, la truite ne prĂ©sente environ que 20 Ă 25 % du potentiel que la riviĂšre peut accueillir sur ces secteurs. De faibles succĂšs de reproduction sont constatĂ©s pour la truite, avec des densitĂ©s dâalevins de lâannĂ©e bien en deçà de ce que pourrait produire ce type de milieu. Ces faibles densitĂ©s pourraient Ă©galement ĂȘtre imputables Ă des mortalitĂ©s anormales de cette classe dâĂąge.
âą Ombres
Par rapport Ă 1998-1999, les populations dâombres communs ont moins rĂ©gressĂ© que celles de truites. Les densitĂ©s dâombres sont comparables sur ClĂ©ron, elles sont en rĂ©gression sur les autres stations. En termes de masses de poissons, la tendance est diffĂ©rente, avec une augmentation Ă Mouthier et ClĂ©ron et un net dĂ©ficit sur Ornans et Lombard (â 80% du potentiel thĂ©orique).
âą Autres espĂšces Concernant les autres espĂšces, notamment les petites espĂšces (chabot, vairon, loche…), lâĂ©tude montre quâil nây a pas de diffĂ©rence significative pour le chabot entre 1998-1999 et 2010 et que cette espĂšce, en dehors de la station de Mouthier-Haute- Pierre, se trouve dans une situation conforme Ă la capacitĂ© thĂ©orique du milieu. Il est Ă noter que les densitĂ©s numĂ©riques ont diminuĂ© depuis les annĂ©es 1970 et que la population des jeunes de lâannĂ©e est faiblement reprĂ©sentĂ©e en 2010. Pour ce qui est des loches franches et des vairons, on notera surtout la baisse sur la station de ClĂ©ron pour les deux espĂšces. Cependant, cette information est Ă prendre avec certaines rĂ©serves, Ă©tant donnĂ© les faibles efficacitĂ©s de pĂȘche. Lâimpact des mortalitĂ©s piscicoles observĂ©es au printemps 2010, notamment sur les secteurs dâOrnans et de ClĂ©ron, met en exergue une dĂ©tĂ©rioration du peuplement piscicole dĂ©jĂ diagnostiquĂ©e en 1999. En effet, des modifications des peuplements sont observĂ©es par rapport au rĂ©fĂ©rentiel, mais aussi par rapport Ă la structuration observĂ©e dix ans auparavant.On observe Ă©galement une Ă©rosion des densitĂ©s de poissons depuis les annĂ©es 1970.
Par rapport Ă lâĂ©tude de 1999, les stations choisies comme tĂ©moins vis-Ă -vis des mortalitĂ©s de 2010 prĂ©sentent des altĂ©rations et des dĂ©ficits (truites, Ă Mouthier notamment). Cela rend difficile lâimputation de la rĂ©gression de certaines espĂšces aux seules mortalitĂ©s observĂ©es au printemps 2010.
âą Rapport officiel de la Mission inter-services de lâeau Les notes concernant lâanalyse dĂ©taillĂ©e des rĂ©sultats physico-chimiques et hydrobiologiques dâoĂč sont extraites ces conclusions seront prochainement disponibles sur le site Internet www.doubs.equipement.gouv.fr
Contexte et problématique
La Loue a fait lâobjet, de sa source jusquâau secteur de Quingey, durant le printemps 2010, de phĂ©nomĂšnes de mortalitĂ© piscicole, accompagnĂ©s de prolifĂ©rations de cyanobactĂ©ries qui ont perdurĂ© jusquâen Ă©tĂ©. Une analyse des donnĂ©es physico-chimiques ainsi quâune Ă©tude des diffĂ©rents compartiments biologiques de la riviĂšre (diatomĂ©es, macrophytes et macroinvertĂ©brĂ©s benthiques) ont Ă©tĂ© menĂ©es afin de suivre lâĂ©volution de la qualitĂ© spatio-temporelle du cours dâeau et ainsi dâapprĂ©hender lâexistence dâun dysfonctionnement Ă©ventuel de lâhydrosystĂšme. Les donnĂ©es physico-chimiques correspondent Ă deux stations de la Loue appartenant au rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance de la DCE : Mouthier-Haute- Pierre et Chamblay (situĂ©e dans le Jura, Ă quelques kilomĂštres de la limite dĂ©partementale).Les donnĂ©es hydrobiologiques concernant les diatomĂ©es, les macrophytes et les macro-invertĂ©brĂ©s, sont issues de deux stations de mesure existant sur le secteur concernĂ© : Mouthier- Haute-Pierre (appartenant au rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance de la DCE) et La Piquette Ă ChĂątillon-sur- Lison (appartenant au rĂ©seau de sites de rĂ©fĂ©rence de la DCE). Cette derniĂšre station nâest plus suivie depuis 2007, date de fin du suivi du rĂ©seau de sites de rĂ©fĂ©rences ; toutefois, des analyses de macro-invertĂ©brĂ©s ont Ă©tĂ© menĂ©es par la DREAL cet Ă©tĂ© 2010 afin de disposer de donnĂ©es comparatives.Des donnĂ©es plus anciennes ont Ă©galement Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es pour le compartiment macro-invertĂ©brĂ©s (donnĂ©es patrimoniales de 1973 Ă 1984 et de 1990 Ă 2006) afin de suivre lâĂ©volution emporelle de la qualitĂ© de la riviĂšre.DonnĂ©es physico-chimiques. Les rĂ©sultats (non validĂ©s) des analyses physico-chimiques rĂ©alisĂ©es au cours de lâannĂ©e 2010 sur la station de Mouthier-Haute- Pierre dans le cadre du RCS(rĂ©seau de contrĂŽle de surveillance) permettent de complĂ©ter le diagnostic rĂ©alisĂ© en juin 2010. En ce qui concerne les macropolluants (frĂ©quence dâanalyse bimensuelle), les rĂ©sultats obtenus au cours des quatre premiĂšres campagnes de lâannĂ©e confirment le trĂšs bon Ă©tat des eaux vis-Ă -vis des paramĂštres ammonium, nitrites, phosphates, phosphore total, DBO, carbone organique. Les teneurs en nitrates, comprises entre 5,3 et 7,9 mg/l, restent du mĂȘme ordre de grandeur que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes.Direction rĂ©gionale de lâenvironnement de lâamĂ©nagement et du logement Franche-ComtĂ© Besançon, le 2 novembre 2010 Sur les 250 Ă 300 molĂ©cules de pesticides dosĂ©es dans lâeau en 2010 (frĂ©quence mensuelle ou trimestrielle), aucune nâa Ă©tĂ© quantifiĂ©e entre janvier et aoĂ»t.
Les mĂ©taux sur eau (frĂ©quence trimestrielle) sont soit non quantifiĂ©s, soit infĂ©rieurs Ă la limite guide de bon Ă©tat.Les 41 substances de lâĂ©tat chimique sont suivies de façon mensuelle en 2010.On observe une quantification uniquement pour cinq molĂ©cules de HAP lors dâune seule campagne, sans dĂ©passement des valeurs maximales admissibles. La concentration moyenne reste Ă Ă©valuer. Pour les autres micropolluants organiques suivis (100 Ă 170 molĂ©cules), on observe une quantification de molĂ©cules seulement pour une campagne sur les huit menĂ©es pour quatre molĂ©cules de HAP, et lâEDTA, mais qui demeurent en bonne qualitĂ©, selon les valeurs guides, pour quatre de ces molĂ©cules et en qualitĂ© moyenne pour une molĂ©cule de HAP. Lâanalyse des donnĂ©es physico-chimiques de lâannĂ©e en cours ne met donc pas en Ă©vidence de dysfonctionnement flagrant sur cette station. Les mĂȘmes analyses sont rĂ©alisĂ©es sur la station de Chamblay sur la Loue dans le Jura. Les rĂ©sultats obtenus donnent la mĂȘme image que celle obtenue Ă Mouthier-Haute-Pierre, Ă savoir un trĂšs bon Ă©tat pour les macropolluants (nitrates compris entre 2,4 et 8,9 mg/l), pas de quantification des pesticides, une absence de contamination par les mĂ©taux sur eau, une quantification pour quatre HAP sur la liste des 41 substances dangereuses, sans dĂ©passement des valeurs maximales admissibles, et pour quatre HAP et deux autres molĂ©cules dans la liste des micropolluants organiques autres. Sur ce secteur de la Loue, situĂ© plus en aval du secteur affectĂ© par les mortalitĂ©s piscicoles du printemps 2010, on ne met donc pas non plus en Ă©vidence de problĂšme liĂ© aux paramĂštres mesurĂ©s lors des campagnes de suivi rĂ©alisĂ©es.
DonnĂ©es hydrobiologiques, rĂ©sultats et conclusions âą DiatomĂ©es Sur la station de Mouthier- Haute-Pierre, les notes IBD attestent dâun milieu en bon Ă©tat (annĂ©e 2005) Ă trĂšs bon Ă©tat (annĂ©e 2006 Ă 2010) au sens de la DCE. Le peuplement est diversifiĂ© et dominĂ© par des espĂšces sensibles Ă la pollution, et ne tĂ©moigne dâaucune perturbation particuliĂšre. La note de 20 et la composition du peuplement obtenues en 2010 (prĂ©lĂšvements rĂ©alisĂ©s en juillet) sont conformes aux rĂ©sultats des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Sur la station de La Piquette, les notes IBD obtenues de 2005 Ă 2007 attestent dâun milieu aquatique en bon Ă©tat au sens de la DCE. Le peuplement prĂ©sentait alors une cohabitation dâespĂšces exigeantes et dâespĂšcesrĂ©sistantes, qui dĂ©montrait la prĂ©sence dâun lĂ©ger excĂšs en matiĂšres organiques.
âą Macrophytes Les notes IBMR obtenues Ă Mouthier-Haute-Pierre de 2008 Ă 2010 correspondent Ă un milieu peu affectĂ© par les pollutions (niveau trophique faible). Le peuplement est stable dans le temps et la prĂ©sence dâespĂšces trĂšs sensibles Ă la pollution dĂ©montre que le milieu est de bonne qualitĂ©. Il faut toutefois noter la prĂ©sence massive de lâalgue verte Vaucheria sp en 2010, qui progresse depuis 2008. A La Piquette, les notes IBMR obtenues de 2007 Ă 2009 reflĂ©taient un milieu enrichi en Ă©lĂ©ments nutritifs (niveau trophique moyen), comme en tĂ©moignait aussi la prĂ©sence dâespĂšces peu exigeantes, voire polluorĂ©sistantes.
âą Macro-invertĂ©brĂ©s benthiques A Mouthier-Haute-Pierre comme Ă La Piquette, les notes IBGN obtenues depuis 1992 attestent dâun trĂšs bon Ă©tat au sens de la DCE. Les notes varient peu dans le temps, la variĂ©tĂ© taxonomique et le groupe faunistique indicateur sont globalement Ă©levĂ©s. Les notes obtenues en 2010 (18 Ă Mouthier-Haute- Pierre et 19 Ă La Piquette) sont conformes Ă celles des annĂ©es antĂ©rieures et ne tĂ©moignent dâaucune Ă©volution notable dans le peuplement. Lâanalyse dĂ©taillĂ©e des peuplements montre que des taxons polluosensibles tels que les grands plĂ©coptĂšres (Perlidae, Perlodidae) sont collectĂ©s rĂ©guliĂšrement.Le peuplement apparaĂźt stable au cours du temps, la quasi-totalitĂ© des genres collectĂ©s en 1973 sont retrouvĂ©s actuellement.
Conclusions La synthĂšse des donnĂ©es rĂ©sultant de lâensemble des compartiments biologiques permet de conclure Ă un bon, voire trĂšs bon, Ă©tat de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concernĂ©.LâĂ©tude des compartiments vĂ©gĂ©taux (macrophytes et diatomĂ©es) met en Ă©vidence un hydrosystĂšme de bonne qualitĂ© avec toutefois un enrichissement en matiĂšre organique soulignĂ© par les macrophytes au niveau de La Piquette.Lâanalyse du peuplement macro-invertĂ©brĂ©s permet Ă©galement de conclure Ă une bonne qualitĂ© de lâeau sur ce secteur de la Loue mais aussi Ă une qualitĂ© habitationnelle Ă©levĂ©e permettant dâabriter une faune diversifiĂ©e. Lâanalyse poussĂ©e met en Ă©vidence un peuplement stable et Ă©quilibrĂ© dans le temps.Suite au rapport de la Mise, lâassociationLoue Vive a lancĂ© une campagne dâinformation destinĂ©e au grand public sur les causes et les remĂšdes qui permettraient de voir la situation sâarranger.
âą Au chevet de la Loue Câest grave docteur ? Oui, en avril et mai 2010, des mortalitĂ©s trĂšs importantes de poissons ont Ă©tĂ© constatĂ©es de Lods Ă Quingey. Pas seulement les truites et les ombres, qui font la rĂ©putation de cette riviĂšre pour les pĂȘcheurs, mais aussi les espĂšces discrĂštes comme la loche, le chabot ou le blageon.Quelle est lâorigine de cette maladie mortelle ? Les analyses de poissons, de lâeau et du substrat ont montrĂ© la prĂ©sence dâalgues bleues, les cyanophycĂ©es, dont certaines espĂšces, comme Oscillatoria, contiennent des toxines du systĂšme nerveux et du foie.Pourquoi cette crise a-t-elle eu lieu au printemps ? Les eaux basses, lâensoleillement, la tempĂ©rature ont favorisĂ© le dĂ©veloppement de ces algues bleues qui prolifĂšrent Ă partir des nitrates et des phosphates prĂ©sents en excĂšs dans lâeau.