Auteur/autrice : admin_lvdr

  • Montana dream

    Montana dream

    Anonyme. Traduit de l’américain par Jessie Michel

    Chez nous, dans le Montana, on aime les filles et la bagarre. On aime aussi les alcools forts, mais moi ce que je préfère, c’est la pêche à la truite. Tenez, l’autre matin, je sais plus pourquoi, je me suis retrouvé à roupiller à l’arrière de la Ford pick-up de mon pote Jimmy. Je dormais profondément quand mon vieux farceur de compagnon a mis un coup de première et que j’ai roulé au torrent avec mon couchage :
    – « C’est malin, Jim, me v’là trempé…»
    – « Pour sûr cow-boy. Avec ton fourreau, tu m’fais penser à ces traîne-bûches qu’aiment à boulotter les truites ! Pendant qu’t’es dans l’eau, regarde donc voir s’il y’a des exuvies accrochées aux pierres… Cela ressemble un peu aux bas qu’une bonne femme aurait laissés sur une chaise, mais sans la bonne femme dedans, tu comprends ? »
    – « J’en ai déjà vu, Jim, je ne suis pas sot… Oh ! en v’là !… Et des belles ! Le coup du soir a dû être terrible ! »
    – « C’est possible… cela nous laisse une douzaine d’heures pour monter quelques mouches et boire de l’alcool fort avant le prochain coup du soir. »
    – « Ow ! Ow !» Que je lui fais.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! » Qu’il me répond.
    Quand j’ai eu fini de ramper le raidillon avec mon couchage, je me suis senti un peu patraque. Jimmy baillait aux mouches depuis longtemps. Il reposait surla banquette, la nuque renversée et les pieds coincés sous le tableau de bord poussiéreux.
    – « Fichu coyote à foie jaune, veux-tu bien te réveiller ! Où se trouve donc l’étau ? J’en ai b’soin, Jim, ne fais pas semblant de dormir… Ce ne serait pas chic de ta part de me laisser dans l’embarras. Je n’ai que mes mouches à permit et les truites n’en voudront pas. »
    – « Il est dans la boite à gants, » répondit-il sans ouvrir les yeux… « Mais avant, prends nous donc une bouteille d’alcool fort, il est grand temps de déj’ner. » Nous avons partagé en bons camarades jusqu’à ce que l’esprit des indiens Sans-Sous envahisse nos têtes. Leur hululement inventait de curieuses vallées entre nos oreilles frémissantes et des milliers de porte-bois nous regardaient entre les galets avec les yeux fraternels de la nature. Nous étions bien fusionnés. Même l’aube violette me semblait à l’envers. En fait, je n’y voyais plus grand chose.
    – « Peux-tu me rappeler le protocole de montage de cette fameuse mouche que tout les bad boys du Montana affectionnent ? » – « Tu veux parler de la Banion numéro six ? »
    – « J’ai déjà entendu ce nom quelque part…»
    – « C’est Red Brown qui m’en a confié le secret alors qu’il était papoose. Il te faut un numéro six… Puis… rrrrrrrrrrr. » J’ai pris un hameçon dont la taille était comprise entre zéro et vingt et j’ai tenté de le glisser dans le mors de l’étau, mais l’appareil refusait obstinément le fer.
    – « Nom de dieu, Jimmy, il ne serre rien du tout ton fichu machin ! »
    – « Actionne donc le levier… cela permet quelque fois d’écarter le mors… Sur un coup de bol, l’hameçon peut entrer…
    – « Ma foi, tu dis des choses vraies… Je crois que ça a marché ! » La Banion numéro six, c’est une grosse sèche qui ressemble à une blatte croisée avec le tu-tu d’un danseur étoile. Ça flotte du tonnerre dans les rapides et ça se voit bien. Ne me demandez pas pourquoi, mais moi, ce jour-là, j’ai voulu y ajouter une bille en laiton.
    Ce n’était pas facile car l’hameçon était bien en place et que je ne me sentais pas d’actionner le levier à nouveau, de peur de ne pas arriver à le remettre. Alors j’ai pris la plus grosse bille que j’ai trouvée dans mon nécessaire de montage et je l’ai enfilée par l’oeillet en la poussant bien au fond de la courbure. Ensuite, j’ai vidé la moitié de mon tube de Cyanolit dessus et j’ai fait ce que j’ai pu pour ligaturer généreusement l’ensemble. Après, je ne me rappelle pas. Je me suis réveillé quelques heures plus tard avec le portebobine dessiné sur la joue et un toupet de poils de renard collé à l’index. Jimmy dormait sur le capot, les bras en croix. J’ai craint un instant qu’il ne s’enflamme tant il était imbibé.
    – « Réveille-toi vieux frère », lui dis-je, « Tu as accumulé beaucoup trop de Farenheit sur ta peau. L’alcool qui coule dans tes veines peut te transformer en torche et ce serait bien triste. Asseyons-nous à l’ombre d’une bouteille et méditons sur la précarité des choses humaines…» Nous sommes restés ainsi adossés à la bagnole en picolant et sans décocher un mot. Le jour est passé par-dessus nous sans qu’on le voie.
    Enfin, le soleil commença lentement à décliner et les truites de la green big black foot sortirent de leurs cachettes à mesure que l’ombre spirituelle s’appropriait la rivière et les êtres. Jimmy avait piqué quelques artificielles sur son stetson et il s’était frayé un chemin jusqu’au milieu de la rivière en jouant des coudes entre les insectes. Un essaim de mouches Banion numéro six labourait la rivière. Jimmy, larve parmi les nymphes, avait trouvé sa place.
    Je me suis alors rendu compte que j’étais resté dans la voiture et qu’il était temps pour moi de participer à la féerie. Mais quelque chose me retenait. Ah seigneur Dieu ! Je m’étais inconsciemment ligaturé le pousse sur l’étau et avec toute la fichue colle par laquelle j’avais arrosé mon montage, plus moyen de s’en défaire. Il n’était pas concevable de fouetter correctement avec cet étau ligaturé à mon poignet. J’ai bien essayé de lancer en faisant la biellette comme me l’avait appris un grand sachem, mais il n’y avait pas moyen.
    – « Regarde ce qui m’arrive, vieux frère, j’ai b’soin de ton aide ! »
    – « Fichu maladroit, en voilà une de jolie gourmette… Pas le temps de t’aider, ça gobe ! »
    – « Tu n’es pas un bon camarade, Jimmy. Les truites mangent comme des folles et toi tu laisses un ami en plein désarroi ! … Coupe-moi ce fichu doigt ! Nom de Dieu, coupe-moi ce fichu doigt que je vienne avec vous ! »
    – « Dis donc, cow-boy, t’es un dur où une chiffe molle ? Ton père ne t’a donc rien appris ? Débrouille-toi et arrête de faire peur aux insectes ! Le couteau est sous le siège. » Une fois la plaie cautérisée à l’allume- cigare, je n’ai plus pensé qu’à la rivière et à ses veines contre mon corps. Dessaisi de moi-même mieux que par l’alcool, les eaux de la rivière oubliée faisaient de moi une partie vivante de la nature.
    Jimmy se tenait sur l’autre rive de ce nirvana halieutique. Je n’aurais pas dû lui tourner le dos, car il choisit le point paroxystique de la contemplation pour me balancer une bouteille d’alcool beaucoup trop fort. Je la reçus en pleine tête.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! – Désolé, vieux frère, je ne voulais pas te blesser ! »
    – « Tu m’as fait un mal de cheval ! » – « Bois donc une rasade pour te remonter. » Je parvins à neutraliser cet objet contondant sans trop de peine, mais après, sensibles à la beauté du soir, nous n’avons plus beaucoup pêché. J’ai bien senti une belle tirée alors que ma mouche draguait plein aval en traversant un rapide. Après une brève bagarre, Jimmy se posta derrière un rocher avec l’épuisette et il parvint à pocher ma capture, mais nous fûmes déçus tous les deux car il s’avera que ce n’était que ma Banion qui avait bouclé sur le bas de ligne.
    Ensuite, nous nous sommes assis sur un rocher à contempler les reflets de la lune qui dansaient sur les courants et j’ai commencé à murmurer quelques vers (de poète) : « Sur l’onde noire et calme où dorment les étoiles, la belle Ophélia flotte comme… »
    – « Ta gueule.» – « N’aimes-tu donc point les belles lettres, Jimmy ? Un pêcheur ne peut pas être insensible à ce genre de choses…»
    – « Tais-toi, j’ai entendu un bruit… Là, derrière les buissons… C’est p’t-être bien une bande de cougars qui tente de nous prendre à revers. On m’a raconté des histoires terrifiantes à propos de ces bêtes. Le vieux Dicky s’est fait attaquer du côté de Soornet Valley. Depuis le pauvre homme est infirme. »
    – « Je suis armé, Jim, j’ai le vieux colt que m’a offert P’pa pour mes six ans…» Jimmy avait raison. Une silhouette sombre et légère apparut à quelques mètres de nous avant de se dévêtir et de rentrer doucement dans le torrent mutin. Il me sembla que son corps effleurait les reflets de la lune avec la douceur des baisers des truites.
    – « Oh la belle bête, ce n’est assurément pas un cougar… Je la r’connais, c’est Miss Harper ! Vois ces cheveux de lune… Elle fut ma maîtresse lorsque j’avais cinq ans. »
    – « Crois-tu ? J’ai un doute. Elle me semble bien charpentée la Miss…»
    – « Non, c’est-elle. On dit qu’elle aime la nature et qu’elle ne se lave qu’à l’eau des rivières…»
    – « Du moment qu’elle se lave…»
    – « N’ayez pas peur, Miss Harper, nous ne sommes que deux cow-boys qui aiment à musarder la nuit au bord des rivières. Ne prenez pas ombrage de notre présence, nous ne sommes pas de ces mal-pensants qui regardent les dames se dévêtir sous la pleine lune… Si l’obscurité ne vous effraie pas et que vous acceptez d’être notre camarade, nous pouvons partager un verre d’alcool fort… « Va donc chercher un verre pour Miss Harper, une dame qui se respecte ne doit pas boire à la bouteille…» Ensuite Miss Harper prit place à nos côtés et ce fut la plus charmante nuit étoilée qu’on ait connue dans le Montana. Un torrent de vie et de douceur courrait et s’enroulait entre les étoiles comme entre les rochers de la green big black foot. Je crois bien que, cette nuit, la rivière se confondait avec la voie lactée… mais dans ma tête tout resta très confus, rapport à ce maudit alcool fort. Un rêve indien habitait ma cervelle : j’étais un hibou perché sur une branche et bercé de ses propres hululements.
    Au matin, Miss Harper avait disparu avec la légèreté d’un songe. Nous fumes tout raides d’effroi lorsque nous tombâmes sur Jo qui campait un peu plus bas(1).
    La morale de cette histoire, car il en faut toujours une, c’est que quand on est un cow-boy du Montana, on a raison d’aimer les filles et la bagarre et qu’on a encore plus raison d’aimer la pêche à la truite. Mais je vous en conjure, jeunes gens, l’ivresse de la pêche se suffit à elle-même… En tout cas, depuis cette histoire, je peux vous dire que je n’ai jamais plus touché une bouteille d’alcool fort. Ouais.

    (1) : cf Mark Twain : Jo Harper, plus connu sous le nom de Jo l’indien.

  • Un moucheur dans la brume

    Un moucheur dans la brume

    Comment pêcher à la mouche lorsqu’on est malvoyant ? Cela peut paraître en effet impossible de manipuler de fins nylons, d’accrocher sa mouche, de percevoir les gobages et de réussir à tromper la méfiance des truites. Ludovic Delacour est un homme de défi, toujours motivé lorsqu’il s’agit de dépasser ses limites. Portrait d’un pêcheur dont le talent ne se mesure pas qu’à la longueur des truites qu’il prend.

    Par Philippe Boisson

    Ludovic Delacour est atteint d’une maladie congénitale qui a touché sa vue, réduite à 2/10ème sans vision binoculaire. Âgé de 37 ans aujourd’hui, Ludovic a construit sa vie autour de son handicap. Sa vie professionnelle bien sûr, mais aussi familiale et même celle de ses loisirs. Lorsqu’il était enfant, l’Éducation Nationale avait prévu des classes communes pour les malvoyants et les déficients mentaux et il lui fallut attendre d’être en CM1 pour suivre enfin le cycle normal. Bac avec mention en poche, il est aujourd’hui cadre B de l’Etat Major des Armées. Son rêve aurait été de devenir ingénieur motoriste, car il a toujours été passionné de sport automobile, mais sa déficience visuelle lui interdit de conduire ou même d’être co-pilote. Son goût pour la pêche remonte à l’enfance, dans les environs de Grenoble, sur les bords de la Romanche où il pratiquait la pêche au toc avec son père. Ludovic tient la ténacité qui l’anime dans tout ce qu’il fait, de l’attitude de son père qui l’a toujours poussé à s’adapter à son handicap et à trouver des solutions à chacun des problèmes qu’il rencontrait.
    Ludovic m’a donné rendez-vous au bord d’une de ses rivières favorites. Son « Paradis » comme il dit. Les truites montent volontiers en surface au printemps sur ce petit cours d’eau peu large qui favorise la pêche à courte distance, mais qui en revanche demande une bonne perception de l’environnement lors des lancers car les arbres sont partout. Il faut un peu de temps pour comprendre comment la pêche à la mouche peut être pratiquée par un malvoyant. Chaque lancer, chaque geste, demandent en effet beaucoup de concentration, d’effort et d’abnégation. “Dans 90 % des situations, je ne vois pas ma mouche sur l’eau. Je me sers de la soie comme repère et ensuite j’observe une zone assez large sur laquelle j’espère déceler un gobage dans le périmètre présumé où dérive ma mouche” explique Ludovic. Tout est complexe pour lui et surtout la manipulation des fins nylons lorsqu’il faut refaire son bas de ligne. “J’utilise surtout les contrastes pour m’aider à faire les noeuds et une soie claire qui, posée sur l’eau, se détache des autres couleurs. En théorie, ma vue ne compte que 2/10ème, mais depuis ma naissance, mon cerveau cherche en permanence à interpréter les choses sous forme de repère/mémoire,comme par exemple les associations forme/silhouette. C’est surtout durant les toutes premières années de son développement que le cerveau s’adapte petit à petit en compensant”.
    Tout comme les autres sens de perception des choses qui chez lui sont décuplées. “Tu as entendu le gobage en aval de nous ? ” me dit-t-il. “Non, mais je te crois sur parole ! ”. Nous marchons sur un sentier improbable jonché de rochers et de racines lisses. Je glisse à deux reprise, lève les yeux, Ludo à pris trente mètres d’avance sur moi en une ou deux minutes… Au début des années 2000, Ludovic pêchait exclusivement la basse rivière d’Ain dans les environs de Priay. Pour un pêcheur à la mouche sèche, cette rivière est assez aléatoire et présente globalement peu d’opportunités.
    Depuis quelques saisons, les cours d’eau de montagne ont sa faveur car les gobages sont infiniment plus nombreux, même si les truites y sont beaucoup plus petites. “Je me fiche de la taille des truites que je prends. Si l’endroit est sympathique et qu’il y a de l’activité en surface, cela suffit grandement à mon bonheur. J’ai du mal à comprendre les pêcheurs qui font la gueule parce qu’ils n’ont pas vu une truite de 60 cm de la journée. Ils ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont d’être en pleine possession de leurs moyens, au point qu’ils n’apprécient plus le simple fait d’être dans un bel endroit avec des amis.” Au cours de cette journée passée ensemble, Ludovic prendra quatre truites, de tailles modestes, mais très honorables pour cette rivière. Je lui ai donné quelques “combines” qui lui simplifieront les choses, tout comme Marcel Formica (l’acteur du DVD de ce magazine) qui l’a incité à utiliser des mouches parachute au toupet blanc et au hackle roux. Ludovic distingue en effet bien mieux les choses contrastées que celles aux couleurs unies, et avec son aile en queue de veau blanche, cette mouche est par conséquent bien plus visible pour lui.
    La pêche à la mouche a changé sa vie. Après plusieurs dépressions, Ludo a trouvé l’activité qui lui convient. Comme à son habitude il n’a pas choisi quelque chose de facile et, depuis peu, il s’est mis au montage des mouches, aidé par ses amis pêcheurs. Autre défi, son blog, “Un moucheur dans la brume”, vise à donner l’espoir à d’autres personnes qui souffrent d’un handicap, de pouvoir se passionner pour une activité d’ordinaire réservée aux “valides”. Ludovic en profite aussi pour faire partager sa passion pour la pêche à son fils Thomas, âgé de 6 ans et qui a n’en pas douter est à très bonne école de la pêche et de la vie.


    Le blog de Ludovic Delacour :
    www.unmoucheurdanslabrume.com

  • Chère Brigitte Bardot

    Chère Brigitte Bardot

    Depuis quelques années, des petits malins s’amusent à faire de la photo de charme avec carpes et silures. Pour des clients dont on ne sait s’ils regardent la nymphette ou le poisson. Un commerce plutôt lucratif qui nous vaut cette lettre à Brigitte Bardot.

    Par Vincent Lalu

    Chère Brigitte Bardot,

    On m’a dit que vous défendiez les animaux. C’est donc à vous que j’adresse cet appel au secours. Vous dont le corps, à une certaine époque, a considérablement fait progresser la lubricité contemporaine, avant que vous ne décidiez de le soustraire aux regards concupiscents pour le mettre au service de la cause animale, entendez le cri d’une carpe – que l’on dit pourtant muette-.
    Je suis, chère Brigitte – vous permettez que je vous appelle Brigitte ?- (On est pas du même bord politique mais cela n’empêchera pas que vous me compreniez). Je suis donc, chère Brigitte victime de harcèlements répétés et divers d’une nature, jusque-là inconnue de nous les poissons. Je m’explique.
    Depuis quelques temps, d’étranges créatures, pâles copies de la sirène que vous fûtes, ont pris l’habitude de venir se frotter contre nos écailles. Ce qui, je dois vous l’avouer, est parfaitement dégouttant et dégradant. Passe encore que l’on nous traque jour et nuit pour nous obliger à manger toutes sortes de nourritures immondes qu’ils appellent des bouillettes. De soi-disant cocktails de fruits, des grains de maïs trafiqués dont ils nous bombardent au point d’obliger certaines d’entre nous à porter des casques et à ravaler nos chères bulles au risque de nous transformer en baudruches aquatiques. Passe encore que leurs soi-disants appâts portent des noms aussi stupides que Demon Hot, Xtasy, Tuna Max, cela ne me gêne pas si, eux, prennent leur pied. Comme ils le prennent sans doute quand la séance de piercing se termine, après qu’ils nous aient obligées à entrer dans une épuisette en résille, par un tripotage en règle sur leur fameux tapis de réception qui doit leur faire penser aux tables à langer de leur enfance.
    Cela fait longtemps qu’on s’est habituées à tout cela. A les entendre la nuit roter leurs bières et faire glousser leurs compagnes de tentes, à démarrer leur 4×4 le pot d’échappement orienté vers l’étang pour qu’on profite à fond du gazoil, à leurs grosses blagues d’éternels potaches, à leurs coups de blues aussi. Bref, on était un peu devenus de la même famille, carpes et carpistes, comme qui dirait cousins, cousines ? Jusqu’à ce que les autres rappliquent.
    Pour moi cela s’est passé un matin de juillet. J’avais terriblement la dalle, au point d’avaler d’un trait une bouillette bizarre, avec des paillettes et une forte odeur d’herbe. Le piercing n’avait pas encore commencé que je suis partie dans les vapes.
    L’étang est devenu tout rose et l’on m’a faite entrer dans un genre de cage mauve toute en résille où j’ai passé un bon moment, bercée par le ressac tranquille du lac. C’est après que cela s’est gâté. D’une grosse voiture, sont descendues plusieurs filles qui ne portaient à peu prés rien sous leur peignoir. Elles étaient jeunes et de rondeurs suspectes. Ces bimbos ont laissé glisser leurs robes d’éponges et sont entrées dans l’eau en gloussant.
    On m’a alors confiée à l’une d’elles, Janis, qui s’est empressée de se coller contre moi, chevauchant ma dorsale avec des petits rires nerveux, emprisonnant ma tête suffocante entre les deux ballons qui lui servaient de seins.
    Sur le moment la surprise m’a laissée sans réaction. Surtout que l’autre n’arrêtait pas de nous photographier en lui donnant des consignes horribles, dignes d’un réalisateur de film porno.
    Une fois la première surprise passée, j’ai constaté que ce qui me dérangeait le plus était l’odeur de cette femme, une odeur de crèmes sucrées et de parfums trop forts. Cette vulgarité cosmétique s’accompagnait d’une viscosité insupportable. Cette Janis était si gluante que nous dérapions l’une sur l’autre et que très vite mon précieux mucus, onguent magique que je tiens de ma mère, se mit à empester l’ambre solaire à bas prix. Je lui balançais alors un grand coup de queue dans le ventre qui l’envoya, les quatre fers en l’air, planter ses horribles fesses dans la vase.
    Tout le monde se mit à rire, les autres carpes et le silure surtout, et le photographe et les pêcheurs et les assistants, mais pas Janis qui se tordait de douleur en se tenant le ventre. Elle me fit de la peine. Aussi avant de profiter de la confusion générale pour regagner mes nénuphars, je lui adressais un petit arrondi de la gueule qui signifiait -mais le comprit-elle ? Sans rancune. Et à la prochaine.

    Photo : © Olivier Boucher

  • L’Australie accueillera bientôt la plus grande réserve marine du monde

    L’Australie accueillera bientôt la plus grande réserve marine du monde

    Le 11 juillet, le ministre de l’Environnement australien,
    Tony Burke a annoncé le lancement d’une consultation publique en vue de la
    création d’une réserve sous-marine qui deviendrait la plus grande au monde.

    L’idée est de former un réseau des parcs existants et d’en
    créer un certain nombre de nouveaux. Ce réseau formera le plus grand parc marin
    au monde, soit 3,1 millions de km2. Le nombre de réserves marines en Australie
    passera donc de 27 à 60. Le but est la préservation des nombreuses espèces qui
    peuplent ces eaux (baleines, dauphins, tortues, requins, etc.), ainsi que de
    ses récifs coralliens uniques. Ces écosystèmes sont fragiles et leur
    vulnérabilité a été démontrée par les marées noires et les échouages de bateaux
    survenus ces dernières années.

    Autre danger : le réchauffement climatique entraîne un
    blanchissement des coraux. Espérons que ce réseau exceptionnel de réserves
    marines parviendra à protéger un espace unique et fragile des dangers qui le
    guettent.

    Andoni Landaburu

    Photo : © SP

  • Nymphe : la pêche à vue au soleil…

    Nymphe : la pêche à vue au soleil…

    Le printemps est derrière nous. Les truites ont appris, comme chaque année, à ne pas se jeter sur la première pheasant tail venue. La pêche estivale pousse le pêcheur à la nymphe à vue à se méfier de tout, y compris de son ombre.
    Reflets d’un fil posé sur l’eau, reflets de la canne, impact de la soie, brillance des hameçons, tout doit être pris en compte si l’on veut espérer prendre autre chose que des poissons juvéniles que le temps n’a pas encore transformés en tour de contrôle. Voici ce qu’il faut savoir pour mieux aborder cette pêche très difficile mais toujours passionnante.

    Par Jean-Christian Michel

    Les pêcheurs en nymphe à vue sont des êtres compliqués. Ils pestent contre le ciel gris et les nuages qui durant tout le printemps les empêchent de discerner correctement le fond de la rivière, ils espèrent un petit rayon de soleil pour les aider à lever partiellement le voile sur les secrets du fond de l’eau et voilà que l’été venu, ils considèrent alors qu’il y a trop de lumière ! Ombres, reflets, silhouette qui se découpe en pleine lumière, les salmonidés nous voient venir de loin. Apprenons à jouer avec l’ombre et la lumière pour que ce ne soit pas les poissons qui se jouent de nous !


    L’ombre et la lumière

    Quand elles ne sont pas dérangées quotidiennement, les truites ne sont pas aussi lucifuges qu’on pourrait le croire. Les truites ne recherchent pas l’ombre pour elle-même mais parce qu’elle constitue un abri. Sous un rocher, sous un arbre, sous l’eau blanche d’un courant, ce qui importe c’est de ne pas être vues des prédateurs, qu’ils soient hérons, pêcheurs ou cormorans.
    Leur mimétisme permet de s’accommoder aussi bien de l’ombre que de la lumière. Blanches en pleine eau ou zébrées au-dessus des fonds de galets ; noires quand elles tiennent l’ombre ou jaunes lorsqu’elles reposent sur un lit de sable, le mimétisme constitue l’habit de bon sens avec lequel s’habillent les truites ! Si les poissons s’accommodent de l’ombre et de la lumière, les pêcheurs, eux, ont plus de problèmes lorsqu’il s’agit de ne pas se faire voir : le soleil qui nous éclaire généreusement nous rend aussi discernable qu’un tableau bien éclairé dans une vitrine. Nos gestes et notre silhouette projettent alors des ombres qui balaient le fond de la rivière sans que l’on ne s’en rende compte.
    Ombre du pêcheur, ombre de la canne, de la soie mais aussi du bas de ligne et des branches que l’on secoue involontairement en se déplaçant sur la berge… auxquels il convient d’ajouter les reflets de tout ce qui brille ! La meilleure nymphe ajoutée à la meilleure présentation effacent rarement les indices qui ont trahi notre présence.

    Le plein soleil

    L’acuité visuelle d’une truite qui regarde à travers la surface est bien meilleure qu’on ne l’imagine : on pense volontiers que la surface de la rivière sépare radicalement le monde de l’air de celui de l’eau, mais c’est une erreur car c’est bien du même monde qu’il s’agit ! Dans de bonnes conditions de luminosité, les truites nous voient aussi bien que ce que nous les voyons. Je crois même que parfois elles en rigolent intérieurement. Une truitelle est capable de s’envoyer en l’air cinquante centimètres au-dessus de la surface pour saisir au vol un éphémère. Imaginez donc comment elles doivent voir un balourd de soixante – dix kilos ou plus qui fouette comme un pauvre diable ! Les poissons nous repèrent plus par nos mouvements que par notre silhouette, mais il ne faudrait pas croire que l’immobilité puisse suffire à nous rendre invisibles.
    Quand après deux ou trois mauvaises dérives leur attention s’est fixée sur vous, il ne sert plus à rien de se changer en statue de cire, ils n’ouvriront plus la gueule ! Un des parcours que je fréquente régulièrement est longé par une promenade très prisée par des joggeurs, promeneurs, jeteurs de pain aux canards et autres jeteurs de jeteurs de pain aux canards. Il ne doit pas se passer cinq minutes sans que quelqu’un ne circule à moins d’une longueur de bas de ligne des truites les plus proches du bord, mais celles-ci restent imperturbables malgré l’affluence.
    Par contre, si vous avez le mauvais réflexe de bloquer net votre progression le long de la rive dans l’attitude du pointer à l’arrêt, alors malheur à vous ! Polarisantes, casquette et fleuret de carbone deviennent autant d’indice que les truites savent interpréter, et quand elles restent stoïques, c’est peut-être pire que si elles avaient pris la fuite ! Nos amies mouchetées voient terriblement clair. Le bon réflexe consiste alors à continuer à marcher naturellement en sifflotant… et de revenir à quatre pattes ! La pleine lumière accentue les contrastes et une tenue de camouflage n’est pas d’un grand secours !

    Les reflets

    Effets direct de la pleine lumière, toute surface lisse peut renvoyer un éclat. J’ai toujours été étonné de constater à quel point tout peut briller ou luire dans un équipement de pêcheur à la mouche. Cela va du coupe fil au bouton enrouleur en passant par la montre, les anneaux, le blank de la canne et même le fil. Selon l’angle du soleil, tout est susceptible de briller et si les meilleures peintures mates réduisent ce défaut, elles ne le suppriment pas totalement ! Regardez un confrère fouetter à cent mètres de vous. Vous ne percevrez pas l’épaisseur de sa canne, mais en revanche vous verrez les reflets renvoyés par les anneaux et le blank. Cela peut devenir pathétique : être vu à cent mètres et croire que la fario qui se tient à un jet de bas de ligne ne nous voit pas ! Nous sommes tellement émerveillés devant l’apparition d’un poisson et entraînés par notre geste que nous en perdons toute retenue. Apprenons à prendre un peu de recul et à nous dédoubler pour nous regarder comme de l’extérieur. Souvent ce petit temps d’arrêt avant l’action peut éviter bien des maladresses.
    Quand on a fait fuir la seule truite de la journée avant d’avoir pu lancer, ce goût pour la réflexion devient une seconde nature ! Le plus surprenant est que même les cannes les plus mates renvoient des reflets, et ne parlons pas des modèles vernis ! Plutôt que de sortir tous les ans des modèles de canne à mouches dotées d’actions révolutionnaires (jusqu’à la collection suivante !) nos fabricants préférés ne pourraient-ils pas commencer par produire des modèles VRAIMENT mats ? En attendant, je vous conseille de fouetter à l’ombre ! Après le plein soleil et les reflets, c’est à l’ombre qu’il faut être particulièrement attentif en été.
    L’ombre est à la fois une alliée et une ennemie selon qu’elle nous aide à nous cacher ou qu’elle trahit notre présence. Bien évidemment, on essaiera de se tenir à l’ombre chaque fois que c’est possible, et pour une fois, en été, confort et efficacité se rejoindront. Quand ce n’est pas le cas et que l’on est contraint de se tenir enplein soleil, il faudra porter une attention toute particulière aux ombres que nous projetons au fond de l’eau en nous déplaçant, qu’il s’agisse de l’ombre de notre silhouette ou bien de celle de notre canne. Une fois de plus, il ne faut pas voir que le poisson au fond de l’eau, mais plutôt tout l’environnement que nous modifions lorsque nous sommes en action de pêche. Pour cela, la lenteur et la patience sont les meilleurs alliés.
    Un détail que l’on soupçonne rarement consiste dans l’ombre qu’une pointe en dix centièmes peut projeter sur les galets d’une gravière. Les longues pointes, les posés détendus et l’emploi de nymphes non-lestées ne permettent pas toujours au nylon de s’immerger rapidement, même si l’on a pris soin de le dégraisser correctement au préalable.
    Pour qu’il disparaisse sous l’eau, il est alors nécessaire que le poids de la nymphe l’entraîne peu à peu, mais il n’est pas rare que la moitié de la pointe reliée au porte-pointe reste comme engluée à la surface sans pouvoir la percer. Ce modeste dix centièmes projette alors une ombre énorme au fond de la rivière. Sous un mètre d’eau le trait d’ombre qui balaie les galets mesure plusieurs centimètres.
    Les truites n’ont qu’à le suivre pour savoir où se trouve la mouche qu’elles doivent refuser ! Si sur un fond de rivière sombre et semé de galets ce n’est pas un drame, en revanche, dans une eau cristalline au fond sableux ou sur ces dalles uniformes mises à nu par le blocage « durable » des galets dans les barrages voués à l’hydroélectricité, l’ombre de la pointe du bas de ligne devient aussi visible que celle de la canne.
    Dans ce cas, il peut être judicieux de changer sa façon d’aborder le poisson en choisissant la rive la plus propice.
    Ainsi, on ne supprime jamais l’ombre mais on parvient à la tenir à l’écart du poisson et à éviter qu’elle ne le couvre.
    Détail qui dans certains cas peut suffire à conserver l’effet de surprise d’une nymphe… au lieu de l’annoncer ! Lorsqu’on réfléchit à la manière d’atténuer l’ombre du bas de ligne, on pourrait s’attendre à ce que les fils en fluorocarbone soient décisifs. Les photos parlent d’elles-mêmes. Les fluorocarbone sont vendus pour être invisibles dans l’eau, en revanche ils ne le sont pas plus que les nylons lorsqu’ils sont englués dans la pellicule de la surface ! Ils coulent effectivement mieux qu’un nylon, mais seulement lorsqu’ils sont parvenus à passer cette première barrière ! L’argument commercial d’un indice de réfraction proche de celui de l’eau n’est d’aucune pertinence lorsque le fil est posé à la surface.
    Bien évidemment il est utile de dégraisser au maximum la pointe,(en ayant soin qu’elle ne s’enroule pas sur la soie qui vient d’être graissée afin d’obtenir une bonne glisse !) mais cela ne suffit pas toujours à la faire couler.
    Une fois de plus la solution viendra de notre façon d’aborder le poisson, de plier notre bas de ligne et de présenter une nymphe légère et qui ne drague pas. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Mais c’est peutêtre justement pour cette raison que la pêche à vue est aussi passionnante.

  • Le cas de la Sarine

    Le cas de la Sarine

    La Sarine, affluent de l’Aar, coule en Suisse dans la région de Fribourg. Historiquement, son régime nivoglaciaire était caractérisé par des débits importants en été, en raison de la fonte des neiges, et un débit faible en hiver lié à l’accumulation des précipitations sous forme de neige en montagne. Ses crues dévastatrices étaient redoutées et son débit d’étiage était soutenu, de l’ordre de 15 à 20 m3/s. La rivière était donc difficilement franchissable, à tel point qu’elle a formé une frontière linguistique bien connue.
    Le peuplement de poissons décrit par les témoignages historiques des pêcheurs était essentiellement salmonicole : saumon, truite et ombre. Toutefois, du printemps au début de l’été, des migrations de reproduction très abondantes de barbeaux et de hotus étaient observées au niveau de Fribourg et sur les principaux affluents.
    De la fin du 19e Siècle jusque dans les années 1970, 6 gros barrages (de 16 à 83 m!) ont été construits pour produire de l’hydroélectricité tout au long de son cours. Son régime hydrologique originel a donc été progressivement modifié : le débit d’étiage a été réduit drastiquement. Pendant de longues années, il était même nul en aval du barrage de Rossens et seuls les affluents assuraient un écoulement minimal en basses eaux… Aujourd’hui, en fonction des secteurs et de la gestion des barrages, un débit minimal variant entre 2.5 et 12 m3/s est observé.
    L’occurrence des crues a été chamboulée. Les crues quinquennales morphogènes ont ainsi été réduites de près de 60% et depuis trente ans aucun de ces épisodes qui façonnent les habitats des cours d’eau n’a pu être observé. Seules deux grosses crues d’occurrence cinquantennale et centennale sont survenues en 2005 et 2007, engendrant au final plus de mal que de bien dans une rivière qui n’avait plus l’habitude de déborder… Les impacts morphologiques de cette artificialisation du régime hydrologique peuvent être mis en évidence à l’aide de photographies aériennes. Le lit d’étiage multiple de la Sarine, originellement en tresse, s’est transformée en chenal unique. L’absence de crue morphogène a profité à la végétation qui a progressivement colonisé et fixé les plages de galets ou de graviers. Additionnée au piégeage du charriage dans les barrages, une nette diminution du transport solide est intervenue et a vraisemblablement provoqué un élargissement du lit mouillé à l’étiage. En d’autres termes, la nature des habitats aquatiques de la Sarine a été totalement transformée. Cet exemple de la Sarine n’est pas unique. De nombreux cours d’eau de notre territoire, ayant subi le même type d’artificialisation de leur régime hydrologique par l’édification de barrages régulateurs de crues. Ce type de rivières ont vu leurs lits et les habitats aquatiques associés largement modifiés par ces aménagements : Aude amont, Durance, Verdon, Dordogne, Truyère, etc.

  • La réglementation et le débit minimal

    La réglementation et le débit minimal

    La loi de 1919 sur l’énergie hydraulique a introduit la notion de débit réservé en aval des prises d’eau pour préserver le milieu aquatique. Mais il faut attendre la loi pêche de 1984 pour voir fixer des valeurs dites « planchers » en dessous desquelles il n’est pas possible de descendre. Ces valeurs normatives se basent sur une proportion du débit moyen interannuel, appelé module, généralement le 1/10ème ou le 1/20ème.

    La loi sur l’eau de 2006 a introduit une notion nouvelle : la possibilité de moduler le débit minimal en fonction des périodes de l’année, de manière à pouvoir ajuster, le cas échéant, ce débit à l’hydrologie naturelle des cours d’eau concernés.
    Cette disposition pour les bas débits ne permet cependant pas de compenser l’absence de crues en aval des grands barrages, qui régulent les écoulements des cours d’eau sur lesquels ils sont implantés.

  • Les crues : la respiration des cours d’eau

    Les crues : la respiration des cours d’eau

    L’importance d’un débit minimal à maintenir dans un cours d’eau, condition nécessaire au maintien de la vie aquatique, est bien comprise de nos jours : sans eau, pas de poissons ! Mais ce n’est pas suffisant. Un cours d’eau a besoin aussi de crues pour son bon fonctionnement. Essayons donc d’y voir un peu plus clair en tentant de répondre à cette question : pourquoi les dévastations récurrentes qu’elles provoquent sont elles utiles ? Et, en prenant pour exemple la Sarine, voyons concrètement ce qui se passe si l’on supprime les crues dans un cours d’eau…

    Par Guy Périat et Sylvain Richard

    Le débit des cours d’eau est depuis toujours un sujet de discorde. Lors des périodes de sécheresses, agriculteurs et pêcheurs sont à l’affût pour le partage des dernières gouttes d’eau, mais en cas de crue, d’autres problèmes surgissent : champs et caves sont inondés, ponts et routes submergés et malheureusement aussi parfois ce sont des drames humains qui s’accomplissent. Tous ces évènements sont fréquemment relatés et commentés dans la presse, mais pas toujours de manière équitable, et très vite, les cours d’eau sont oubliés… jusqu’à la prochaine inondation !

    La notion de régime hydrologique

    La première question que l’on peut se poser en arrivant au bord d’un cours d’eau est tout naturellement celle de l’origine de toute cette eau qui ne cesse de s’écouler. S’il est évident de concevoir que les précipitations sont à l’origine du débit, il n’en est pas moins intéressant de constater queAinsi, si certaines réagissent instantanément par l’apparition de petites crues subites, d’autres exigent plusieurs jours de pluies abondantes pour enfin voir leur débit augmenter. En période de sécheresse, l’eau continue de s’écouler dans les cours d’eau dits permanents alors que les déversoirs occasionnels s’assèchent. En montagne, en raison du manteau neigeux, les débits sont faibles en hiver. En plaine, c’est l’inverse et les dégâts causés par les crues sont souvent différents d’une vallée à l’autre. Les caractéristiques des fluctuations des débits sur une période donnée – autrement dit l’hydrogramme – sont donc propres à chaque cours d’eau. Il s’agit en quelque sorte d’une empreinte digitale hydraulique, appelée par les spécialistes le « régime hydrologique ».
    Si chaque rivière possède son régime hydrologique particulier, des regroupements peuvent cependant être effectués en fonction des saisons d’apparition des différents types de débits :
    – les cours d’eau à régime glaciaire affichent des débits très faibles en hiver, élevés en été, et leurs crues les plus extrêmes interviennent en période de canicule.
    – Les rivières à régime hydrologique nival sont à l’étiage en automne et en hiver. Au printemps et au début de l’été, l’apparition des hautes eaux est la conséquence de la fonte des neiges.
    – Enfin, le régime hydrologique pluvial se caractérise par des fluctuations de débit directement liées à l’occurrence des pluies. Ainsi, en Europe, les hautes eaux apparaissent en principe au printemps et à l’automne. Beaucoup de cours d’eau possèdent cependant des régimes hydrologiques mixtes et il est très fréquent d’observer une succession longitudinale de leur hydrologie.
    Le Rhône par exemple est d’abord à régime glaciaire, puis nival, pour tendre finalement vers le pluvial. Ainsi, chaque région possède une caractéristique hydrologique singulière, définie localement par le climat, la nature géologique des sols et les précipitations.

    Les débits façonnent les lits des cours d’eau

    Les hydrologues différencient les débits de basses eaux et les débits de hautes eaux. Le débit d’étiage est le débit minimum d’un cours d’eau. Il détermine la largeur du lit mouillé, c’est à dire le chenal d’écoulement en permanence en eau. La plupart du temps, une notion de fréquence, journalière ou mensuelle, permet de préciser la récurrence de ce débit. Ainsi, la loi sur l’eau définit le débit d’étiage comme étant le débit mensuel d’étiage qui intervient en moyenne tous les cinq ans.
    Les débits de crues peuvent être classés en plusieurs catégories en fonction de leur période de retour :
    – La crue annuelle, ou débit de plein bord (c’est-à-dire avant débordement), est l’événement hydrologique qui intervient en moyenne tous les ans. Ce débit délimite le lit mineur du cours d’eau, c’est à dire le lit mouillé additionné des bandes latérales de galets et graviers trop fréquemment inondées ou exondées pour que de la végétation dense puisse se développer.
    – La crue quinquennale, qui intervient en moyenne une fois tous les cinq ans, caractérise le lit moyen du cours d’eau. L’énergie déployée par ce débit est suffisante pour mettre en mouvement le matelas fluvial composé de graviers et de galets et pour arracher la végétation.
    Il est donc essentiel au modelage de l’habitat piscicole. C’est pour cette raison que ce débit est couramment appelé « crue morphogène ».
    – La crue centennale, qui intervient en moyenne une fois tous les cent ans, est utile pour délimiter les zones à risques d’inondation, soit le lit majeur du cours d’eau, lit majeur à l’intérieur duquel d’ailleurs toute construction est dangereuse car susceptible de subir les effets dévastateurs d’une très forte crue pouvant arracher et déplacer des arbres centenaires.

    Du régime hydrologique à la notion d’habitat

    Les différents débits observés confèrent donc une énergie au cours d’eau, qui va dépendre de son type de régime hydrologique. En fonction de ce niveau d’énergie, les caractéristiques de la morphologie du lit d’étiage au lit majeur seront différentes. Quatre styles de lits fluviaux sont couramment distingués par les géomorphologues :
    – À chenal unique rectiligne : lit typique d’un cours d’eau à très haute énergie, à forte pente et à granulométrie grossière. Cette forme est celle des hautes vallées encaissées des régions montagneuses glaciaires.
    – À chenaux multiples en tresse : lit caractérisé par des bancs d’alluvions non végétalisés, séparant différents chenaux fréquemment remaniés par les crues. Cette forme est typique des basses vallées glaciaires ou des régions à régime hydrologique tranché, présentant un fort transport solide.
    – À chenal unique méandriforme : lit de forme sinueuseavec des berges partiellement végétalisées, résultant d’une énergie et d’un charriage relativement limité. Cette forme est typique des régions collinéennes et de plaine.
    – À chenaux anastomosés : lit caractérisé par la stabilité des chenaux à direction aléatoire, avec une granulométrie fine et une végétation dense. Cette forme est typique des régions à très faible pente arborant de nombreuses zones humides.

    Un cours d’eau, en fonction de sa position dans la vallée, voit se succéder sur son linéaire plusieurs styles fluviaux différents. Les ruptures de pente ainsi que les passages en gorges ou encore les confluences compliquent quelque peu cet enchaînement. Il n’est donc pas rare de rencontrer des inversions, comme un secteur à méandres précédant un tronçon rectiligne ou en tresse.
    Par extension, le régime hydrologique est donc à l’origine de l’agencement des éléments constitutifs de l’habitat aquatique tels que la vitesse de courant, le transport solide et la végétation ; A chaque niveau d’énergie correspond donc un grand type d’habitat.
    En cas de très forte énergie, le substrat est grossier et fréquemment remanié par de violentes crues qui interdisent un développement végétal conséquent. Le lit mineur est donc étendu et l’habitat aquatique principalement constitué d’éléments minéraux baignés de forts courants.
    En cas d’énergie moins extrême, les sables et les graviers dominent et constituent un terreau idéal au développement de forêts alluviales denses, résistantes à l’occurrence de crues modérées. La largeur du lit mineur reste donc proche de celle du lit mouillé. L’habitat aquatique est ainsi majoritairement structuré par des éléments végétaux (racines, hydrophytes et bois morts).
    Les espèces aquatiques se sont adaptées à ces contraintes naturelles. Ainsi par exemple, pour les poissons, chaque type fluvial possède son cortège d’espèces adaptées aux conditions du milieu. Sur les secteurs d’eaux vives, la forme des poissons est allongée. Si la température reste fraîche l’ombre et la truite dominent. Si en revanche l’eau s’échauffe, c’est le paradis du barbeau et du hotu. Sur les secteurs anastomosés ou à méandres très lents, le gardon, la perche, la brème et le rotengle, poissons de corpulence plus massive, sont majoritaires.
    En conclusion, le régime hydrologique va régir, en fonction de son énergie, la forme du lit mouillé d’étiage et donc la nature des milieux aquatiques associés. Il influe donc directement sur la biodiversité que l’on rencontre dans nos cours d’eau. Dans ce sens, les crues représentent un « outil hydraulique » essentiel. Elles nettoient le matelas fluvial, entretiennent le développement de la végétation des berges et du lit et agencent la mosaïque des substrats. Elles peuvent donc être considérées comme les véritables architectes des rivières.  Leur occurrence est une symphonie propre à chaque cours d’eau qui a mis des milliers d’année à se composer et qui continue à s’accorder. La crue est une forme de respiration morphologique. Il est donc logique d’être inondé en construisant dans le lit majeur des rivières. C’est de cette manière que les cours d’eau bâtissent l’habitat du poisson. Et toute artificialisation des débits de crues a, en conséquence, un impact majeur sur la faune et la flore aquatique

  • Pêches Sportives Vidéo n°28 : Pêche du brochet aux leurres sur le lac du Bourget et à la découverte du Chéran

    Pêches Sportives Vidéo n°28 : Pêche du brochet aux leurres sur le lac du Bourget et à la découverte du Chéran

    1. Pêche du brochet aux leurres sur le lac du Bourget (Savoie) avec Quentin Dumoutier

    Quentin Dumoutier fait partie des meilleurs spécialistes de la pêche du brochet aux leurres sur les grands lacs alpins. Il nous dévoile sa stratégie pour aborder  les grandes étendues d’eau en trouvant de multiples repères afin de pêcher le plus juste possible. Recherche des bancs de poissons fourrage, positionnement du bateau, choix du matériel, techniques d’animations des leurres, tout est passé en revue par Quentin, qui a choisi de nous emmener sur les 4450 ha d’eau du très beau lac du Bourget.

     

    2. A la découverte du Chéran (Haute-savoie) avec Pascal Grillet et Stéphane Jan

    Rivière discrète à l’accès confidentiel dans les gorges, le Chéran est surtout connu des pêcheurs locaux. Ses eaux claires en été sont propices à la pêche à la mouche sèche et à la nymphe à vue. Pascal Grillet et Stéphane Jan, deux membres de l’AAPPMA de l’Albanais nous font découvrir ce magnifique cours d’eau peuplé de truites sauvages. Plus difficile qu’au printemps, la pêche d’été demande une approche très discrète ainsi qu’une longue observation des poissons et de leur mode d’alimentation. Une pêche authentique dans le cadre grandiose des gorges du Chéran

  • Inde, Gaspésie, Norvège : trois bons plans pour l’été !

    Inde, Gaspésie, Norvège : trois bons plans pour l’été !

    Migration annuelle de l’homo touristicus oblige, vous avez des envies de départ bien légitimes. Et comme vous êtes en plus pêcheur, ce sont les rivières, les lacs et les rivages inconnus qui vous attirent. Voici une petite sélection de ces voyages qui font rêver…


    Québec : pêcher le saumon en canot traditionnel

    Nous avons déjà parlé dans nos colonnes de ce petit bout de paradis québécois, dans ce pays sauvage où l’eau est omniprésente et les poissons légion : la Gaspésie. Fondée en 1952 au coeur de la Gaspésie, au Sud-Est du Québec, par M. Mc Whirter, la Pourvoirie des Lacs Robidoux propose aux pêcheurs à la mouche (exclusivement) de venir séduire les imposants saumons atlantiques qui remontent les rivières Cascapédia, Petite Cascapédia ou Bonaventure.
    Salmo salar n’est pas l’unique habitant du lieu et il est possible également de pêcher dans ces rivières et dans le Lac Ribodoux des saumons noirs (à partir du mois de mai), des ombles de fontaine et des truites de mer. Les gérants de la Pourvoirie des Lacs Robidoux proposent un tout nouveau produit : interprétation du saumon en canot sur la Bonaventure. Vous pourrez pêcher le saumon à bord d’un canot traditionnel en cèdre de 26 pieds de long, découvrir les beautés cachées de cette belle rivière et parfaire vos connaissances sur le fameux salmonidé. Un périscope permettant de suivre au plus près les tribulations du poisson. Egalement au programme, la Baie des Chaleurs et ses secrets bien gardés.
    Les prix comprennent le forfait pêche, le logement dans un chalet complètement équipé sur le bord du lac Robidoux, un guide professionnel pour deux pêcheurs et tous les transports terrestres pour accéder aux différents lieux de pêche.

    Renseignements :
    Représentation en France :
    Christian Roulleau 06 18 37 03 86
    Mail : [email protected]


    Himalaya : les truites les plus hautes du monde

    L’Himachal Pradesh, Etat du Nord de l’Inde, dans les contreforts de l’Himalaya, est un territoire d’eau et de poissons. Notamment depuis que le colon britannique, ne sachant que faire entre deux crises de paludisme, s’est évadé dans le frais climat de la montagne et a introduit dans ces rivières quelques truites où il a pu enfin exercer ses talents de moucheur. Ces truites se sont bien acclimatées et peuplent aujourd’hui bon nombre de cours d’eau de la région. Une nouvelle structure propose de vous emmener à la rencontre de ces poissons et de découvrir une culture montagnarde et authentique : Hi&Fly. Créé ce printemps par des passionnés de pêche à la mouche et de voyages, Hi&Fly ambitionne de faire découvrir au plus grand nombre une région du mondeencore méconnue des pêcheurs français. Le voyage de pêche se découpe en expéditions de 3 ou 4 jours autour de campements sur les rivières ou en résidence dans des villages reculés. La pêche s’effectue par groupe de deux pêcheurs accompagnés d’un guide.
    Pour avoir eu la chance de parcourir les rivières d’Himachal Pradesh, je ne saurais que conseiller un voyage fascinant tout autant pour ses parties de pêche que pour la découverte d’une civilisation plurimillénaire qui donne à l’altérité de subtils accents épicés et l’enveloppe d’un épais mystère.
    Hi&Fly pratique le catch & release exclusivement. De toutes façons, occire de la truite, c’est mauvais pour votre karma ! A noter qu’une offre de lancement a été créée pour les 10 premiers pêcheurs à 1800 euros par personne sur une base de 16 jours de prise en charge depuis Delhi jusqu’aux lieux de pêche.

    Expéditions Hi&Fly automne 2012 :
    10 au 27 sept – 1 au 17 octobre (les dates peuvent être sensiblement modulables en fonction du lieu de votre arrivée)

    Renseignements :

    [email protected]
    flyfishinghimalaya.com


    Norvège : Gatti Fishing Tours, une autre façon de concevoir la pêche du saumon en région arctique

    Rien de plus ennuyeux que de passer une semaine sur un seul et même parcours lorsque les saumons sont soit absents, soit non mordeurs.- Les parcours sont en effet rarement bons au même moment et réagissent différemment aux conditions météo -. C’est pourtant ce qui se passe le plus souvent, car les parcours sont loués à la semaine.
    Pour sortir de ce schéma, Gatti Fishing Tours propose une formule novatrice, basée sur la mobilité. Par quel moyen ? En camping-car, à la manière des “steelheaders” purs et durs de Colombie Britannique.
    L’extrême nord de la Norvège à été retenu pour vivre cette expérience unique, avec la longue et majestueuse Tana, qui compte parmi les trois rivières les plus productives de Norvège avec la Gaula et la Namsen. Ce programme a été établi en collaboration avec l’un des meilleurs connaisseurs des rivières du nord du 70ème parallèle, en Laponie norvégienne (et pêcheur averti). D’autres rivières et affluents peuvent aussi être pêchées selon les conditions rencontrées. La formule, un peu sportive et nécessairement conviviale, s’appuie sur le déplacement et l’hébergement en camping-car, permettant de changer de rivière sans contrainte avec un confort d’utilisation hors norme dans cette contrée désertique qu’est la Laponie Norvégienne. Un voyage très original à partager avec un ami ou entre un père et son fils.

    Prix conseillé : 3300 euros par base de 2 pêcheurs pour 7 nuits et 6 jours de pêche.


    Renseignements :
    Gatti Fishing Tours, 36 rue Victor Basch, 94300 Vincennes
    Tél. : 01 41 74 60 10 ou 01 58 64 09 04.
    www.gattifishingtours.com