Auteur/autrice : admin_lvdr

  • Dopez vos leurres ! 1. Les leurres durs

    Dopez vos leurres ! 1. Les leurres durs

    Si l’on trouve de nos jours d’excellents leurres, rien ne vous empêche de les traficoter un peu pour les rendre plus attractifs ou mieux finis. Cela permet parfois de sauver une journée de pêche ou de rendre un bon leurre vraiment adapté aux préférences des poissons de votre rivière ou de votre plan d’eau favori. Après les leurres souples, voici quelques idées pour les poissons-nageurs.

    Si, comme nous l’avons vu dans notre dernier numéro, les leurres souples offrent un large panel de possibilités pour être modifiés, détournés de leur conception originelle, la marge de manoeuvre est beaucoup plus réduite avec les poissons nageurs. C’est bien normal car il est difficile d’intervenir sur le corps du leurre. En revanche, tout ce qui l’entoure offre un terrain d’expérimentations. Le but étant dans un premier temps de rendre le leurre plus apte à capturer des poissons. Certains leurres, forts recommandables au demeurant sont parfois vendus avec des hameçons qui piquent comme mon genoux. C’est le cas du CWC Buster Jerk. En effet, le célèbre gros leurre suédois mérite beaucoup mieux que ses hameçons d’un autre âge. Idem pour l’excellent lipless Berkley Frenzy ou pour une autre référence suédoise, le fameux Zalt. Allez hop, on change tout ça ! Et pendant qu’on y est, pourquoi ne pas tenter d’ajouter un petit teaser sur l’un des hameçons triples. Sur un jerkbait, on choisira celui de queue car il se place dans l’axe du leurre.

    Avec quelques plumes, un portebobine, on peut facilement ajouter une touche de couleur. Cet hameçon-mouche a aussi pour rôle de maintenir l’hameçon en position horizontale lorsque le leurre évolue à faible vitesse. Les jours, où les brochets sont timides, ils peuvent suivre longuement les leurres et les prendre du bout du bec au ralenti.

     

  • Patagonie : Les plus grosses truites du monde

    Patagonie : Les plus grosses truites du monde

    Logé au bout de la Patagonie argentine, perdu dans une immensité désertique où tous les peuples qui ont tenté d’y vivre ont fini par fuir, le lac Strobel renferme des truites arcs-en-ciel parmi les plus grosses au monde. On pourrait croire ces eaux stériles, pourtant elles grouillent de vie. Ces truites monstrueuses prennent la mouche dans tous les sens du terme, car le challenge n’est pas de les faire mordre (encore que…), mais de gérer leur phénoménale puissance !

    Cela fait quatre heures que nous roulons plein nord sur la célèbre « ruta 40” qui traverse l’Argentine du nord au sud. Partis d’El Calafate, petite ville en expansion qui a été durant des décennies un minuscule hameau où les estancias de la région apportaient par charrette leurs stocks de laine, elle est devenue le point de départ pour la visite du célèbre glacier Perito Moreno et du massif du Fitzroy mais aussi pour quelques célèbres destinations de pêche. Les sommets enneigés défilent à quelques dizaines de kilomètres et offrent durant une grande partie du voyage un panorama grandiose exempt du moindre nuage. Puis, après avoir bifurqué sur une piste, nous grimpons durant une bonne heure jusqu’à un immense plateau à 700 à 800 m d’altitude, semi-désertique, désolé et balayé par les vents et justement appelé la “meseta del viento”. Au milieu de ces champs de pierres, il n’y a pas âme qui vive, seuls sur quelques mamelons des guanacos envoyés en sentinelle sont prêts à donner l’alerte au troupeau.

    Pourtant, depuis longtemps ils n’ont plus à craindre l’homme et plus particulièrement les Amérindiens Tehuelches qui ont déserté ce lieu, qui était leur principal territoire de chasse, depuis 2000 ans, dès le début de la période de sècheresse qui sévit toujours. Depuis, cet endroit inhospitalier est devenu le moins peuplé d’Argentine. Obstacle après obstacle, cahin-caha, le pick-up bringuebalant poursuit durant une heure son chemin à petits pas jusqu’au lodge Laguna Verde, notre destination au milieu de nulle part. Une collation avalée à la va-vite et nous revoilà avec notre guide Christian, toujours au volant en direction du célèbre Lago Strobel que nous apercevons très vite en contrebas de la piste : immense lac gris plomb, sinistre, agité par le vent qui s’est subitement levé. Ceinturé par de noires falaises basaltiques par endroit effondrées en éboulis formant un véritable chaos rocheux lunaire, ce cliché argentique en noir et blanc, oublié du monde et justement surnommé Jurassic lake, n’a vraiment Laguna Verde en contre-bas de magnifiques gobages. Comme si on s’était donné le mot et certainement par pure superstition, personne n’ose parler de cette accalmie qui ne saurait durer… Le petit-déjeuner à peine pris, me voilà dissimulé tant bien que mal derrière un haut rocher qui surplombe les eaux cristallines et d’où j’aperçois à bonne distance une belle truite qui vient vers moi ; je lui offre un met royal, une“prince”, petite nymphe noire aux pattes en fins élastiques noirs qui s’agitent au moindre mouvement ; fine gueule, elle n’en fait qu’une bouchée, mais piquée par je ne sais quelle mouche,

  • Mouches de légendes : 8. La babarotte

    Mouches de légendes : 8. La babarotte

    Cette rubrique se destine au montage des mouches célèbres, aux indémodables modèles qui, aujourd’hui comme hier, font partie des incontournables que tout un chacun doit savoir monter convenablement. Ces mouches de légende font souvent appel à un tour de main très particulier, sans quoi il est impossible d’obtenir un résultat correct.

    Plus connu sous le nom de hanneton des jardins ou hanneton horticole, Phyllopertha horticola n’est étrangement appelé hanneton des fougères que par les pêcheurs à la mouche. Ce petit hanneton de 8,5 à 11 mm de longueur fait partie de ces insectes saisonniers qui, une fois l’an, rendent les truites dingues ! Signalé dans toute l’Europe, dans le Moyen-Orient et jusqu’en Mongolie, Phyllopertha horticola est surtout connu en France des pêcheurs du Massif central. La babarotte, selon le nom que lui ont donné les pêcheurs auvergnats, éclot généralement en juin et en grandes quantités. Comme c’est souvent le cas en raison du cycle de vie des larves, du climat et des maladies éventuelles, certaines années sont plus propices que d’autres. Si vous allez pêcher en Auvergne au printemps, gardez une petite place dans votre boîte à mouches pour quelques babarottes, car si vous n’en avez pas lors d’une retombée, vous n’aurez plus qu’à manger la poignée de votre canne ! Cet insecte bien connu des pêcheurs des lacs de la Landie ou de Malaguet est également très apprécié des truites dans les cours d’eau de montagne de cette belle région.

  • 5 incontournables en poils de chevreuil

    5 incontournables en poils de chevreuil

    Plutôt desservi par un aspect rêche et grossier, le poil de cervidé fut longtemps rejeté par bon nombre pêcheurs à la mouche. Sa manipulation à l’étau n’est pas des plus simples et on en met partout car les morceaux de poils se collent sur tous les supports par électricité statique, obligeant le monteur à sortir l’aspirateur. Avec un tel CV, difficile de se faire sa place, d’autant qu’au départ, le poil des animaux de la famille de Bambi servait principalement à confectionner des grosses mouches sèches pour la pêche du saumon au Québec (les bombers) et des gros streamers à truite pour les rivières du Montana. Mais depuis ces temps désormais éloignés, les choses ont bien changé !

    Les mouches imitant des sedges ou des éphémères en poils de cervidés viennent des Etats-Unis et d’Angleterre. La première à être connue en France il y a maintenant plus de trente ans nous vient justement d’Angleterre. Elle est connue sous le nom de Goddard segde. En réalité son véritable nom est la G and H sedge, ou GH sedge, car cette création étonnante nous vient de John Goddard et de Henry Cliff. Les deux pêcheurs, passionnés d’entomologie, ont passé beaucoup de temps à observer des trichoptères et plus particulièrement leur impact une fois posés sur l’eau, ainsi que la façon dont certaines espèces nagent véritablement à la surface de l’eau pour rejoindre la rive une fois écloses. Le montage de la G et H est directement inspiré des bombers, car les poils sont répartis de la même façon à 360°. Cela donne une mouche quasiment insubmersible, qui flotte très haut sur l’eau et qui crée un sillage sur l’eau très attractif lorsqu’elle est draguée en surface à la tombée de la nuit. Le poil de chevreuil, animal très commun en France comme en Angleterre, convient parfaitement pour monter ce sedge et la plupart des mouches en poils de cervidés pour la pêche de la truite et de l’ombre. Pour être précis, sachez que le chevreuil (roe deer, en anglais) est un animal à part entière. Ce n’est donc pas le petit du cerf (son petit est le faon) comme on l’entend dire parfois. La femelle du chevreuil est la chevrette et non la biche, qui est celle du cerf. Vous me suivez ? Les pêcheurs américains utilisent des poils d’autres cervidés comme ceux du cerf de Virginie et de différentes sous-espèces rassemblées sous l’appellation vernaculaire de “cerf à queue blanche”, car outre-Atlantique, il n’y a pas d’équivalent de notre chevreuil européen.

    Chevreuil d’été ou d’hiver ?

    La teinte du chevreuil change au cours des saisons. En été, son pelage brun tire sur le roux, alors qu’en hiver il fonce et tire sur le brun grisâtre. On pourrait penser que les pêcheurs à la mouche ne disposent que du pelage d’hiver car, c’est bien connu, la chasse est ouverte en hiver. Mais les tirs d’été à “l’approche” sont aussi autorisés. Ils visent à réguler des animaux trop nombreux sur un territoire ou des animaux blessés. Les poils de chevreuil disponibles en fly-tying proviennent des pays de l’Est où les deux modes de chasse sont pratiqués. Dans tous les cas, de grosses différences de teintes existent, même parmi des animaux tués en hiver ou en été dans un même massif forestier. Et tant mieux, car cela permet d’avoir sous la main du chevreuil clair, du plus foncé et du carrément foncé pour va

  • Génération Tourmalet

    Génération Tourmalet

    « Saisissez le leurre, vous serez appâtés ! » (de campagne)
    A la lecture du slogan imaginé par les créatifs de la pub « pêche sur le tour de France », je demande un contrôle anti dopage surprise. EPO, moquette, injection, fumette, pot belge ? Mais que fait la police ! On en saura plus le 18 mai, car on nous donne RDV ce jour là pour nous annoncer sans doute la composition des équipes, en nous demandant de nous « préparer à parler du tour de France autrement !!! ». Amis pêcheurs à bientôt donc dans l’Aubisque (de homard). Coût de l’opération : près d’un million d’euros financé avec l’argent des pêcheurs. Ça fait cher le nouveau pêcheur !

  • Saumon Les filets de l’Adour et des gaves réunis

    Saumon Les filets de l’Adour et des gaves réunis

    Aujourd’hui, partout dans le monde, la gestion des stocks de saumons atlantiques, quand ils sont de retour en eau douce, se fait selon un mode récréatif de pêche sportive à la ligne. Tous les pays riverains de l’Atlantique Nord, y compris la Russie, réservent la gestion de cette espèce aux pêcheurs à la ligne. Tous, sauf la France, ou en Aquitaine (Béarn et Pays Basque plus particulièrement), une petite quarantaine de pêcheurs professionnels (estuariens et fluviaux) s’approprient une ressource unique dans le sud de l’Europe. Alors que la pêche au filet du saumon atlantique est strictement interdite en mer, elle est autorisée, dans le goulet d’étranglement que représente l’estuaire de l’Adour, ainsi que plus en amont, en eau douce, dans ce qu’il est convenu d’appeler les “gaves réunis”.

    Une quinzaine de marins-pêcheurs ”estuariens” et peut-être une vingtaine de pêcheurs professionnels fluviaux, s’approprient ainsi la majeure partie du stock de saumons (et de truites de mer) qui tentent de rejoindre leurs frayères situées en amont sur les gaves d’Oloron, de Pau, de Mauléon, d’Ossau et d’Aspe. D’après l’INRA et l’ONEMA, sur les dix dernières années la moyenne des Saumon Les filets de l’Adour et des gaves réunis captures déclarées au filet se répartissaient ainsi : 163 saumons en zone fluviale contre 1183 en estuaire. Alors que depuis le milieu des années 90, plus de 50 millions d’euros d’argent public ont été affectés à la restauration des stocks de grands salmonidés migrateurs sur ce bassin, ce sont essentiellement une quinzaine de marins pêcheurs “estuariens” qui profitent donc de cette manne. D’après leurs déclarations à la capitainerie de Bayonne, depuis une dizaine d’années, c’est entre 1000 et 1400 saumons (sans parler des truites de mer) qui sont proposés à la vente de la criée de Saint -Jean-de-Luz. En l’absence d’un contrôle efficace ou même de contrôle tout court, les associations de défense du saumon Atlantique, dénoncent des chiffres quatre ou cinq fois supérieurs. La majorité des ventes se ferait en direct, auprès des restaurateurs, des particuliers voire dans les campings de la région, sans passer par la criée. Bizarrement, alors que les déclarations des pêcheurs à la ligne pour la même période des dix dernières années, varient entre 120 et 440 captures, les déclarations de prises aux filets tournent tous les ans autour de 1250 captures. Il semblerait que ce chiffre médian, ait été suggéré aux pêcheurs professionnels par l’IFREMER et le Conseil général des Pyrénées Atlantiques pour faire acte d’une activité économiquement viable, sans pour autant impacter les retours vers les frayères, qui seraient de 2000 à 4000 poissons selon les années et les comptages de l’ONEMA. Rappelons-nous la saison 1987 sur l’axe Adour/gaves. Alors que partout en Europe les rachats de droits de pêche au filet, l’Ifremer recommanda aux pêcheurs estuariens de déclarer, sans trop les minorer pour une fois, leurs captures, afin de pouvoir montrer aux autorités gestionnaires, que cette pêche au filet était une activité économiquement rentable. Cette année là, il fut déclarée la capture d’un peu plus de 8000 saumons à la capitainerie de Bayonne. Combien en avaient-ils été pris réellement, certainement le double, peut-être plus ? Ce que l’on sait, c’est qu’en 1987, environ 400 pêcheurs à la ligne ont pris sur tout le cours du gave d’Oloron, moins de 200 saumons (94 officiellement déclarés au CSP).

    2,5 % des prises pour la pêche à la ligne

    Même en s’en tenant au chiffre « officiel » de déclaration des professionnels et en multipliant par deux celui des déclarations des pêcheurs sportifs, le partage de la ressource, dont les beaux discours de l’Administration et des politiques (Ministères de l’Environnement et Conseil général des Pyrénées-Atlantiques) nous rebattent les oreilles depuis une vingtaine d’années, s’établit comme suit : 97,5 % des captures pour moins de 40 professionnels et 2,5% pour 400 touristes pêcheurs cette année là. Soit si nous ramenons l’équation en nombre de saumons capturés par pêcheur : 200 saumons pour chaque pêcheur au filet contre un demi saumon par pêcheur à la ligne. Et pourtant, il ne reste qu’une dizaine de véritables marins pêcheurs dont la pêche en estuaire est réellement le métier sur l’Adour. Les autres sont des « retraités » de l’administration ou des agriculteurs (pendant la saison du saumon, le maïs ne nécessite pas une trop grande présence dans les champs) à qui la Capitainerie a concédé pour quelques centaines d’euros, un rôle de pêche. En fait les responsables de cette mise en coupe réglée de nos estuaires sont les autorités gestionnaires des ressources marines, à savoir le Ministère de la Mer, dont dépend le quartier des Affaires Maritimes de Bayonne et l’IFREMER dont les pseudo études scientifiques cautionnent la pêche en estuaire en lui inventant une rentabilité économique. Mais comme depuis de nombreuses années, les pêcheurs récréatifs, s’appuyant sur des études écossaise, canadienne, norvégienne, islandaise et même tout récemment une étude de la Fédération de pêche départementale, démontrent, retombées économiques à l’appui, qu’un saumon pris à la ligne rapporte localement entre 100 et 300 fois plus que le même vendu à la criée, voilà que depuis deux ou trois ans, le Conseil général, l’Ifremer et bien entendu les pêcheurs professionnels eux-mêmes, font valoir que leur pêche n’est pas seulement économique, mais a une valeur patrimoniale et même culturelle pour la région.

    Mais ici, au delà de l’outrance et du ridicule du propos, voyons dans cette revendication des traditions régionales et de la culture, une lueur d’espoir : en fait la crainte des pêcheurs professionnels d’être prochainement, comme partout dans le monde du saumon atlantique, dédommagés, rachetés ou tout bonnement interdits d’exercer. S’ils veulent maintenir des traditions remontant à Colbert, qui accorda un privilège de pêche en estuaire aux marins de la Royale qui avaient échappé au scorbut, aux naufrages, aux balles des mousquets ou aux boulets anglais, soit, mais alors sans remonter jusqu’au XVIIème siècle, qu’ils pêchent au moins à l’aviron comme cela se pratiquait encore jusqu’en 1960, avec des filets en chanvre ou en coton et à la senne tournante.

    La tradition ne peut pas tout justifier

    Les filets maillant dérivants en nylon mono filaments invisibles et indétectables par les saumons, employés depuis trente ans sur l’Adour, ne sont pas plus patrimoniaux que culturels. Les traditions, remonteraient-elles à Colbert, ne peuvent aujourd’hui justifier le pillage d’une ressource qui si elle était gérée de façon éco responsable et équitable, permettrait non pas à une vingtaine en fait de marins pêcheurs, de vendre au marché noir le plus souvent (donc sans aucun bénéfice pour l’Etat), quelques tonnes de saumons sauvages (sans parler des truites de mer), mais à des milliers de commerçants, hôteliers, restaurateurs, propriétaires de campings ou de gîtes ruraux, de bénéficier des retombées touristiques d’une manne de salmonidés, dont on sait qu’elle représente une part très importante des revenus touristiques dans tous les pays de l’Atlantique Nord qui ont encore la chance d’avoir des remontées de saumons Atlantiques.

    Pierre Affre (frère), association Salmo Tierra – Salva Tierra

  • La mort du père Hoydrie

    La mort du père Hoydrie

    Il va nous manquer le Rodger… Avec Roger Hoydrie, mort à 91 ans, disparait une légende de la pêche en eau douce. Evocation.

    Rodger ! Si je me souviens bien, c’est sur l’Umpqua, à l’été 1988 que nous avons commencé à l’appeler ainsi, les guides de l’Orégon étant incapables de prononcer Roger sans y rajouter un d entre les deux syllabes… prononciation qui me rappelait quand à l’âge de neuf ou dix ans, nous regardions avec mes frères le jeudi après midi à la télévision, les aventures du célèbre cowboy à chemises pailletées : Roy Rogers. Prononcez là aussi Rodgers… C’est ainsi que Roger, dans l’Orégon est devenu Rodger et l’est resté pour beaucoup d’entre nous… Il fut pourtant beaucoup plus un héros de roman célinien ou de film de Renoir comme dans “la règle du jeu”, qu’un cow-boy d’opérette. Pour revenir à l’Umpqua il aimait partir pour la journée, le long du “trail” (le sentier qui longe la rivière sur la rive gauche et qui relie deux ponts distants de 30 km), là où il n’y a pas d’humains. Car il se méfiait de ce qui est trop humain. Il aimait les “rares” comme il qualifiait ceux qui avaient à ses yeux quelque chose de différent… “Gentil n’a qu’un oeil” avait-il également l’habitude de répéter car il était comme Ferdinand Bardamu revenu de tout. Enfant de l’Assistance Publique, il avait connu et vécu le pire plus que le meilleur auprès des adultes “humains” et c’est auprès des poissons, dans la solitude de la pêche à la ligne puis plus tard, au filet qu’il se ressourçait.

    Champion, avant guerre, de l’Amicale des pêcheurs de Puteaux, qui comptait 2400 membres à l’époque, il passait ses nuits à lancer l’épervier sous les lumières des ponts de Paris, qui attiraient les ablettes et goujons, revendus à partir de cinq heures du matin aux mandataires des Halles ou livrés directement aux guinguettes des bords de Marne et à partir de huit heures, il s’entraînait sur les quais de Puteaux et de Suresnes, à faire plus de 200 ablettes à l’heure à la pâte ou plus de 60 gardons au chènevis, en vue des concours. Comme il avait été sélectionné pour la grande finale Violet-Byrrh, qui avait lieu tous les ans en juin sur le quai de la Tournelle, face à Notre Dame, il était suivi par une petite troupe d’admirateurs, qui l’encourageaient à maintenir la cadence. A huit ou neuf ans, placé chez un fermier de pêche au bord de l’Allier, il faisait l’école buissonnière, pour aller à pied au café du village, à plus de quatre kilomètres acheter un hameçon à palette, qu’il montait ensuite sur un crin de cheval arraché à la queue du hongre de la ferme. Et quand on accrochait la ligne dans le fond, on se déshabillait

  • Pêcher juste, c’est quoi au juste ?

    Pêcher juste, c’est quoi au juste ?

    Il ne suffit pas de connaître toutes les techniques, tous les leurres, toutes les mouches pour pêcher juste. Encore faut-il être capable de faire le lien avec la rivière, les conditions du moment, l’humeur des poissons et la modification de cette humeur que peut provoquer la surfréquentation des parcours. Pour être traité, ce sujet exigerait un livre ! Voici toutefois quelques conseils pour pêcher juste.

    Nous vivons à l’ère des blogs, des vidéos, des magazines et c’est super. Pourtant, au bord de nos cours d’eau, il n’y a jamais eu autant de techniciens. Et à mon sens, peu de vrais pêcheurs. Peut-être l’un est-il une tentative pour compenser l’autre, mais la plus grande maîtrise technique ne remplacera jamais l’expérience et l’écoute de la rivière. On pêche beaucoup sur Internet, mais de moins en moins au bord de l’eau. Dès qu’un nouveau leurre, une mouche, une technique “marche”, même à l’autre bout de la France, tout le monde est au courant et se l’approprie en quelques semaines… à croire qu’on ne pourrait plus vivre sans ! Le résultat est que le pêcheur est de moins en moins curieux, tente de moins en moins de faire ses propres expériences et de découvrir la finesse et les secrets du monde de l’eau par lui-même. La technique devient son passe-partout. Il s’enferme dans sa bulle de “contacts”, comme on dit dans le langage Internet. Au final, le lien entre le pêcheur et la rivière se réduit à peau de chagrin. Aujourd’hui, les pêcheurs sont de toutes les rivières à la fois et partant, j’ai un peu peur qu’ils n’en connaissent plus aucune en particulier. Mais peut-être est-ce qu’ils recherchent. Les pêcheurs savent à l’avance “ce qui marche”, mais ils ne savent pas pourquoi. La compréhension qui se développe en parcourant sans cesse le cercle vertueux qui va de la rivière au pêcheur et du pêcheur à la rivière, ce que nos aînés nommaient de façon un peu mystérieuse et jalouse “le sens de l’eau”, se réduit à un bagage technique fait de petits trucs, de croyances et de superstitions pseudo-scientifiques pour le plus grand bonheur des marchands de camelote…

    Pêcheurs à la mouche, pêcheurs aux leurres : mêmes victimes ! Le pêcheur actuel n’a plus le temps : voilà la maladie de l’époque. On apprend à pêcher la truite à la mouche sans avoir jamais pêché une ablette au coup. On ne va pas à la pêche lorsque les conditions sont favorables, mais quand le Dieu des RTT ouvre les grilles. Dans ces conditions, il n’est pas facile de tomber juste : “ je voudrais une éclosion de baétis samedi à 14 heures, c’est possible ? Non ? Tant pis, je pêcherai quand même en sèche. ” Et vous passerez certainement à côté de la pêche. C’est encore plus vrai en ce qui concerne la pêche en nymphe à vue. L’efficacité de cette technique et la clarté des eaux peuvent faire croire qu’il suffit de bien présenter une nymphe pour réussir et que la maîtrise technique peut avoir raison des saisons et de l’humeur des poissons. Si, en temps normal, certains virtuoses peuvent donner l’impression que c’est vrai, ces mêmes virtuoses savent en revanche que lorsque les conditions de pêche deviennent trop difficiles, la différence ne se fait plus seulement à la technique, mais à la ruse et par l’art de déterminer le moment opportun pour tenter le poisson. Même si cela peut sembler élémentaire, revenons aux fondements de ce qu’il faut savoir pour pêcher juste.

    Connaître le régime alimentaire mais surtout les moeurs des poissons est la première évidence. Il ne suffit pas de connaître les bons coins et savoir ce que mangent les truites, il faut encore savoir à quel moment et comment elles mangent. S’il est vrai que n’importe quelle proie bien présentée peut être saisie par réflexe, il n’en demeure pas moins qu’une truite est bien plus facile à capturer lorsqu’elle se nourrit régulièrement. Ce phénomène est comparable à un amorçage naturel et de plus il fait sortir de leurs repères les poissons invisibles. La truite qui picore des gammares en remontant sa gravière sera plus facile à leurrer que si elle est pendue entre deux eaux. La truite active devant son rocher sera bien plus facile à solliciter que lorsqu’elle est statique sous la berge. Et à ce jeu, la nymphe employée n’y est pas pour grand chose. Je préfère attaquer une truite qui mange régulièrement des gammares, même si c’est avec une vague oreille de lièvre ou une pheasant tail, plutôt que de posséder une merveille de petite imitation nouée à ma pointe, avec sa carapace luisante et ses jolies papattes à présenter à un poisson peu actif. Cela peut sembler évident mais dans les conditions difficiles, bien déterminer le moment pour pêcher et pour lancer est la clé du succès.

     

  • Le Salon des pêches à la mouche de Bretagne n’a pas oublié les rivières !

    Le Salon des pêches à la mouche de Bretagne n’a pas oublié les rivières !

    Les 20 et 21 février derniers s’est tenu à Carhaix-Plouger dans le Finistère, le troisième Salon des pêches à la mouche de Bretagne. Ce salon à taille humaine où l’on peut prendre le temps de discuter avec les exposants est à l’image de la pêche à la mouche dans cette belle région : authentique ! C’est en tous cas l’un des rares salons qui ne soit pas devenu une foire à la vente de matériel où il faut pousser son voisin de l’épaule pour être servi plus rapidement. Et les rivières n’ont pas été oubliées grâce à Denis Caudron et son Réseau Rivières Sauvages, Martin Arnould de European Rivers network, la Maison de la Rivière ou le Parc Naturel Régional d’Armorique.

  • Ces cours d’eau qui chauffent nos foyers…

    Ces cours d’eau qui chauffent nos foyers…

    Alors que la COP21 et ses discussions relatives aux énergies propres viennent de s’achever, il semble intéressant de parler des centrales hydroélectriques fonctionnant par éclusées. En effet, ce mode de production d’énergie renouvelable, en artificialisant drastiquement le régime hydrologique des cours d’eau, n’est pas sans conséquences sur leur intégrité et leurs communautés biologiques. En quoi consiste-t-il et quels impacts génère-t-il ? Et surtout, peut-on les réduire efficacement ?

    La production d’électricité à partir de l’énergie hydraulique des cours d’eau est apparue à la fin du 19e siècle, époque à partir de laquelle les premières turbines ont progressivement remplacé les roues à eau et les meules. Après 1945, l’essor de l’industrie et de la démographie, ainsi que le développement des lignes ferroviaires, ont par la suite favorisé le construction de multiples aménagements hydroélectriques. Aujourd’hui, la part de l’énergie hydraulique représente environ 15% de l’électricité française, avec une capacité de l’ordre de 25 Giga Watts installés. Cela positionne cette énergie renouvelable comme la deuxième source d’énergie en France, toutefois assez loin derrière le nucléaire. En Suisse, elle représente près de 56 % de l’énergie produite. Dans ces deux pays, elle devrait par ailleurs s’accroître dans les prochaines années, puisque leur stratégie énergétique prévoit une augmentation de leurs capacités de production en hydroélectricité.

    Différents types de production hydroélectrique

    L’élément essentiel pour produire de l’électricité à partir de l’énergie hydraulique est ce que l’on appelle la hauteur de chute. Elle correspond à la différence d’altitude entre le prélèvement de l’eau et le lieu où elle est turbinée. Plus l’eau tombe de haut, plus elle prend de la vitesse et acquiert de la puissance, qui peut être transformée en électricité grâce aux turbines et alternateurs. A partir de ce principe relativement simple, différents modes de production d’énergie hydraulique sont distingués. Si tous recherchent la hauteur de chute la plus importante, la quantité de débit disponible dans le cours d’eau va influencer par ailleurs les caractéristiques des aménagements, leur fonctionnement et leur finalité. Pour simplifier un peu les choses, on peut distinguer tout d’abord les aménagements dits “au fil de l’eau”. Ces installations ne disposent pas d’une capacité de stockage de l’eau et leur production est ainsi principale ment liée au débit instantané du cours d’eau. Ils fonctionnent en continu et alimentent ainsi le réseau électrique en permanence, en énergie dite de base. Ces aménagements sont représentés principalement par de petites installations appelées micro-centrales. Elles sont assez nombreuses (environ 2000 recensées) et leur production unitaire reste modeste. Seuls les aménagements les plus importants, implantés sur les plus grands cours d’eau comme le Rhône, le Rhin, la Garonne ou encore la Dordogne, sont en capacité d’assurer un niveau de production réellement significatif et intéressant.