Vers une double crise de la pêche aux leurres ?

(c) Jean-Marc Theusseret

Le constat est général, des lacs landais à la Saône et de la Seine au Léman, partout le même son de cloche. La pêche aux leurres devient de plus en plus difficile. Les poissons se sont habitués à une pression de pêche qui n’a cessé d’augmenter. Les changements climatiques avec de longs mois sans pluie, des crues marquées mais très courtes, l’apparition de nouvelles espèces, souvent invasives, sont autant de nouveaux paramètres qu’il faut prendre en compte pour tenter de s’adapter.

Qu’il est loin le temps où avec trois leurres Lucky Craft, on faisait sa pêche. C’était il y a une dizaine d’années seulement. C’était l’époque où, aidés par Franck Rosmann, alias Achille Gan et Alban Choinier, qui tenaient tous deux leur rubrique dans Pêches sportives, nous nous jetions à fond dans l’aventure, dont nous savions qu’elle était plus qu’un simple complément pour tuer le temps quand on ne pêche pas à la mouche. Nous avons connu des moments fantastiques au bord de l’eau, en rivière comme en lac. Cet engouement pour le leurre, qui a d’une certaine façon révolutionné la pêche en France, a créé une demande, matérielle, qui fut naturellement comblée par les fabricants. En une dizaine d’années, ces quelques leurres confidentiels ont fait place à des linéaires toujours plus grands, de produits de toutes sortes dans les magasins, souvent très bons d’ailleurs, qui se renouvellent presque chaque année. La barque en bois a cédé sa place au bass-boat, l’électronique s’est développée en parallèle pour aider le pêcheur à mieux s’en sortir. Et la mayonnaise a bien pris puisque partout, du moindre petit lac aux fleuves et passant par des rivières pas du tout connues, la pêche aux leurres s’est développée de façon exponentielle.

Les poissons, eux, ont tout vu. Ceux qui sautaient sur le premier spinnerbait venu réfléchissent désormais à trois fois avant de se lancer. Même les gros brochets du lac Léman ne se prennent plus aussi facilement qu’il y a seulement cinq ans. Partout le constat est identique. Le leurre prend toujours du poisson, mais c’est de moins en moins facile. Pour le sandre, c’est un peu la même chose. La saison se résume à deux ou trois moments forts qui peuvent être courts. Certains lacs pourtant excellents il y a quelques années deviennent de moins en moins évidents à pêcher alors que les poissons sont toujours bien là. L’échosondeur trouve toujours des poissons, mais hormis lors de rares moments fastes, le premier passage sur le poste génère une touche et souvent une prise, éventuellement une deuxième, puis des touches ratées, puis plus de touches du tout. Sur ce même poste quelques années plus tôt, il était possible de prendre plusieurs poissons à condition de chercher un peu le leurre du moment.

Seules les perches, lunatiques, voire cyclothymiques, semblent toujours aussi affamées dans les phases de frénésie alimentaire qui les caractérisent, sauf en eau très claire, où la première prise au bout de la ligne est observée par le reste du banc. À la troisième, voire la seconde, le reste ne se fait plus berner.

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