Frayères à brochets en lacs de barrages, l’exemple de Vouglans

Généralement construits entre les années 1930 et 1970, les lacs de barrages vieillissent et avec eux leurs substrats. Univers lunaires à la végétation absente, ces grandes étendues deviennent incompatibles avec certaines espèces comme le brochet, dont la reproduction est dépendante de certains végétaux. Dans le Jura, une AAPPMA a retroussé ses manches pour mettre en place des réserves temporaires, des frayères et un habitat artificiels

Depuis sa mise en eau en 1968, le lac de Vouglans a progressivement perdu la quasitotalité des substrats de reproduction des poissons, en particulier ceux indispensables à la fraie du brochet (prairies inondables notamment). Il faut ajouter à ce constat les marnages conséquents et réguliers sur la retenue (quinze mètres au minimum), gênant considérablement la réussite des pontes, notamment celles des brochets dont les zones de fraies généralement peu profondes, se retrouvent très vite exondées. Rappelons que le lac de Vouglans est le troisième plus grand lac artificiel français, avec 1700 ha dans la vallée de l’Ain. Sa vocation est la production d’électricité, d’où son niveau très fluctuant.

Un suivi encadré

Classé en 1ère catégorie “grand lac intérieur”, le lac de Vouglans est au niveau typologique clairement une retenue où les espèces d’eaux mortes se développent beaucoup mieux que les espèces d’eaux vives. Une population de truites lacustres subsiste néanmoins mais avec également des aléas dus aux marnages. Le statut réglementaire du brochet en 1ère catégorie a toutes les chances d’évoluer rapidement au niveau national, en considérant Esox lucius comme une espèce patrimoniale désormais menacée sur le territoire national (figurant sur la liste rouge des espèces menacées). Pour faire face à ces constats, l’AAPPMA de la Gaule Moirantine s’est engagée dans une démarche scientifique et expérimentale de création de réserves temporaires et d’aménagements structurels de zones témoins sur les baux de pêche qu’elle gère. Ces projets s’effectuent en collaboration directe avec la fédération de pêche départementale et un hydrobiologiste professionnel qui assure le suivi et l’efficacité des actions. La mise en réserves temporaires de zones expérimentales concerne des secteurs clairement identifiés comme étant favorables à la reproduction des espèces citées ci-dessus, soit par l’implantation de végétaux et de structures (brochet), soit par la présence d’affluents (truite de lac).

Sur ces zones expérimentales ciblées et aménagées, il s’agit d’améliorer le potentiel reproductif et de grossissement d’espèces phytophiles, notamment le brochet en interdisant temporairement toute forme de pêche durant les périodes de fraie. L’objectif est de protéger les poissons vulnérables (brochet essentiellement) en période de reproduction sur les zones favorables retenues (période allant de l’ouverture en mars jusqu’à l’ouverture de la pêche des carnassiers). L’AAPPMA a donc fait appel à des entreprises spécialisées en génie végétal, pour développer une technique de fascinage qui consiste à immerger des fagots de saules des vanniers de deux mètres de diamètre environ (avec fortes boutures et ramifications) à l’interstice des parties exondée et inondée les plus souvent retrouvées sur la période fin mars/début avril. Les bénévoles de l’association expérimentent également d’autres axes de travail en récupérant et en implantant des épicéas de Noël collectés sur les communes environnantes de Moirans et recyclés pour créer des supports de ponte favorables au brochet. Dans la même logique ont été créés des monticules de pierres et différents empilements pour servir de caches et d’habitats à un écosystème favorable à la présence de brochets.

Résultats des premières plongées

Les premières conclusions de Grégory Tourreau, plongeur et hydrobiologiste professionnel, sont très encourageantes. En effet, de fortes concentrations d’espèces territoriales (brochet notamment) ont été constatées de manière concomitante avec ces aménagements, (habitats et/ou nourriture). Cette AAPPMA a bien compris que l’habitat est une des composantes essentielles d’un milieu autonome et viable, contrairement à l’alevinage qui n’est dans la plupart des cas qu’un pansement sur une jambe de bois.

 

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