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Salmo

Salmo est un pêcheur, un vrai, de ceux qui savent faire la distinction entre une eau favorable à la pêche de la truite au vairon et une autre presque identique, mais bonne à rien. Novice dans la pêche du saumon, il s’est laissé tenter par une brochure qui vantait les charmes d’un magnifique fleuve écossais.
Salmo a passé sa vie à faire de la pêche une science exacte, où la chance a toujours sa place – parce que ça ne se refuse pas – mais où la défaite s’explique, se décortique, s’analyse calmement, à froid. Il sait quand fraient les carpes, pourquoi elles ne mordent pas durant cette période, ce que veut dire une montée d’orage lorsqu’il pêche le sandre et attend patiemment les premières mouches de mai pour sortir – à coup sûr – sa canne à mouche. Mais les pêcheurs de saumons représentent une catégorie à part, en raison du caractère particulier du poisson recherché, qui ne se nourrit pas en rivière, mais attaque les leurres et les mouches – en théorie – par défense de son territoire, mais en pratique, plutôt en fonction de ce que fait la femme du pêcheur au moment où le grand poisson fait hurler le frein du moulinet. Pourquoi Salmo s’est-il soudain passionné pour un poisson qui, le plus souvent, choisit la mouche d’un débutant plutôt que celle d’un pêcheur chevronné ? Il n’y a rien de pire que les saumoniers cartésiens, qui pensent pouvoir prévoir les caprices du grand poisson. Ce sont souvent des gens qui confient à une pratique acharnée le soin de faire du chiffre, ce qu’ils maquillent ensuite en une prétendue compréhension les choses. La plupart fréquentent des parcours où les prix sont tout bonnement indécents, en Islande, en Russie, ou en Norvège. Cela dit, même à 2 000 euros la journée de pêche, un saumon reste un saumon. Il peut bouder à sa guise, mais généralement, la quantité fait qu’il y a toujours un moment où ça “tire la ficelle”.
Mais Salmo, n’a pas les moyens financiers suffisants pour promener sa mouche sur ces pools de milliardaires. Alors, il a choisi l’Écosse. Comme pour résister à l’aube et l’empêcher de céder sa place au matin, la vallée de la Spey a creusé son intimité au coeur des Highlands. L’Ecosse représente le Graal pour Salmo, le dépaysement le plus complet pour ce pêcheur venu des plaines brûlées au glyphosate de la Beauce. Mais souvent, la majestueuse Spey ne vaut pas les petits fleuves côtiers d’Islande ou de la péninsule de Kola. Le saumon se mérite et hormis lors de quelques journées de folies, le beau fleuve aux eaux sombres devient le théâtre d’un désespoir qui finit par toucher les pêcheurs, les guides et les accompagnant(e)s. Que serait la pêche du saumon Atlantique si elle ressemblait à celle des “saumons” Pacifique (du genre Onchorynchus comme la truite arc-en-ciel et non Salmo) où les pêcheurs en rangs d’oignons remplissent des pleines glacières de cette manne boostée à la crevette qui remonte les estuaires par centaines de milliers d’individus ? L’esprit ne serait pas du tout le même. Pêcher le saumon de l’Atlantique dans des eaux chaudes est un acte inutile. Il ne le dit pas et peut-être même n’a pas compris lui-même pourquoi il vient lancer sa mouche dans les courants déjà chauds de la Spey au mois de juillet. En bon pêcheur, Salmo sait que ce sera très dur. Il a pris cette semaine car elle
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