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Le cas de la Sarine

La Sarine, affluent de l’Aar, coule en Suisse dans la région de Fribourg. Historiquement, son régime nivoglaciaire était caractérisé par des débits importants en été, en raison de la fonte des neiges, et un débit faible en hiver lié à l’accumulation des précipitations sous forme de neige en montagne. Ses crues dévastatrices étaient redoutées et son débit d’étiage était soutenu, de l’ordre de 15 à 20 m3/s. La rivière était donc difficilement franchissable, à tel point qu’elle a formé une frontière linguistique bien connue.
Le peuplement de poissons décrit par les témoignages historiques des pêcheurs était essentiellement salmonicole : saumon, truite et ombre. Toutefois, du printemps au début de l’été, des migrations de reproduction très abondantes de barbeaux et de hotus étaient observées au niveau de Fribourg et sur les principaux affluents.
De la fin du 19e Siècle jusque dans les années 1970, 6 gros barrages (de 16 à 83 m!) ont été construits pour produire de l’hydroélectricité tout au long de son cours. Son régime hydrologique originel a donc été progressivement modifié : le débit d’étiage a été réduit drastiquement. Pendant de longues années, il était même nul en aval du barrage de Rossens et seuls les affluents assuraient un écoulement minimal en basses eaux… Aujourd’hui, en fonction des secteurs et de la gestion des barrages, un débit minimal variant entre 2.5 et 12 m3/s est observé.
L’occurrence des crues a été chamboulée. Les crues quinquennales morphogènes ont ainsi été réduites de près de 60% et depuis trente ans aucun de ces épisodes qui façonnent les habitats des cours d’eau n’a pu être observé. Seules deux grosses crues d’occurrence cinquantennale et centennale sont survenues en 2005 et 2007, engendrant au final plus de mal que de bien dans une rivière qui n’avait plus l’habitude de déborder… Les impacts morphologiques de cette artificialisation du régime hydrologique peuvent être mis en évidence à l’aide de photographies aériennes. Le lit d’étiage multiple de la Sarine, originellement en tresse, s’est transformée en chenal unique. L’absence de crue morphogène a profité à la végétation qui a progressivement colonisé et fixé les plages de galets ou de graviers. Additionnée au piégeage du charriage dans les barrages, une nette diminution du transport solide est intervenue et a vraisemblablement provoqué un élargissement du lit mouillé à l’étiage. En d’autres termes, la nature des habitats aquatiques de la Sarine a été totalement transformée. Cet exemple de la Sarine n’est pas unique. De nombreux cours d’eau de notre territoire, ayant subi le même type d’artificialisation de leur régime hydrologique par l’édification de barrages régulateurs de crues. Ce type de rivières ont vu leurs lits et les habitats aquatiques associés largement modifiés par ces aménagements : Aude amont, Durance, Verdon, Dordogne, Truyère, etc.
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