Une partie de pêche au jig léger avec Eric Despalin

Cette pêche tout en finesse, Eric l’a utilisée avec succès au cours de sa saison de compétition de street fishing 2008 et aussi en pêche de loisir. Elle lui a permis de réussir de belles pêches de perches et d’accéder ainsi aux podiums. C’est une pêche délicate, terriblement efficace sur de nombreux poissons. Les brochets pris lors de notre sortie hivernale avec Eric, dont les photographies illustrent cet article, attestent de son efficacité. Nous allons essayer de vous en faire découvrir toutes les subtilités.

Par Philippe Collet

Un jig léger et un trailer

On entend ici par jig une tête plombée entourée de fines fibres vibratiles de caoutchouc ou de silicone ligaturées pour former une collerette. Ce jig est léger car monté sur une tête en plomb ou en tungstène de 0,45 à 3,5 g (1/64 à 1/8 d’once). Les tailles d’hameçon de ces leurres s’échelonnent du 4 au 1 pour les plus gros. On est loin des rubber jigs traditionnels de 10, 15 grammes ou plus, armés d’hameçons de 2/0 ou 3/0 utilisés avec de gros trailers. Peu de fabricants et d’importateurs proposent pour le moment ce type de produit dans leur gamme. Ces têtes, bien qu’elles puissent pêcher seules, sont prolongées par un trailer (traduction littérale de l’anglais : « remorque »). Le trailer est un leurre souple de petite taille plutôt filiforme qui va ajouter un signal supplémentaire et constituer une bouchée plus conséquente pour le carnassier. Il va aussi contribuer, comme la jupe, à ralentir la chute du leurre et le rendre encore plus planant. Le trailer doit être adapté à la taille de l’hameçon et à celle des poissons recherchés. Les différents exemples photographiés ici doivent vous permettre de vous faire une idée des bonnes proportions. Il existe plus de trailers que de jigs sur le marché, de nombreux petits leurres souples peuvent faire l’affaire. Leur taille s’échelonne entre 2 et 4 pouces, la plus couramment utilisée est 3 pouces ou 8 cm (un pouce = 2,54 cm).


Une technique discrète

L’avantage principal de la technique est sa discrétion. Le leurre ne fait qu’un petit « ploc » lorsqu’il entre en contact avec l’eau. A l’inverse du fracas d’un leurre lourd claquant à la surface, qui alerte voire effraie les poissons convoités, l’impact de ce dernier sur l’eau a plutôt tendance à les attirer. Sur les plans d’eau très pêchés où les poissons sont éduqués, la discrétion de cette technique joue pour une bonne part dans son efficacité.

Des cannes adaptées

Même si les trailers pèsent parfois plus lourd que les têtes jigs, l’ensemble jig plus trailer reste léger. Pour le lancer correctement, il va falloir s’équiper d’un matériel adapté. Les cannes sont des modèles spinning, choisies Medium Light, Light ou Ultra Light selon le type de leurre utilisé et le poisson recherché. Elles doivent posséder une réserve de puissance suffisante pour pouvoir ferrer des poissons à la gueule pavée de dents comme le brochet et surtout combattre des poissons de taille parfois conséquente. Elles doivent aussi être sonores pour transmettre à la main du pêcheur le maximum d’informations lors de l’animation, parfois très lente, du leurre. Une canne à lancer ultra-léger ou léger à truite ne convient généralement pas, car trop souple d’action. Ces dernières sont suffisamment douces de pointe pour lancer et animer correctement les leurres et pour ferrer sans encombre sur une tresse ou un fil fin. Elles ont une grosse réserve de puissance dans le talon pour assurer les ferrages et les combats avec les poissons. Ces cannes sont souvent monobrin, ce qui leur confère une meilleure sonorité et augmente leur solidité. Les adeptes de l’encombrement réduit pourront toutefois en trouver de bonnes en deux brins égaux.


Des moulinets légers et fiables

Pour cette pêche, on privilégie les moulinets spinning (les moulinets à tambour tournant ne permettant pas de propulser efficacement des leurres si légers). Ces moulinets doivent avoir un frein irréprochable pour que les fils fins dont ils sont garnis puissent encaisser des ferrages appuyés et des rushs violents sans casser. Ils doivent être dotés de bobines larges, surtout lorsqu’on les remplit de fluorocarbone, et être légers pour ne pas déséquilibrer les fleurets sur lesquels on les fixe.


Des tresses ou fluorocarbones fins

Pour lancer suffisamment loin et précisément des leurres légers à très légers, il va falloir revoir à la baisse le diamètre de sa ligne. Pour une bonne transmission des informations, des touches notamment, il faut s’équiper soit de tresse fine, soit de fluorocarbone. La tresse sera choisie dans des diamètres allant du 5 au 10 centièmes de millimètres. Le fil, du fluorocarbone, beaucoup moins élastique que le nylon, sera choisi entre 18 et 21 centièmes. Comme pour la pêche à la mouche, le diamètre de la ligne sera adapté à la taille et au poids du leurre. Le fluorocarbone a les faveurs d’Eric pour les pêches à faible distance, notamment en rivière. Celui-ci utilise la tresse pour les pêches en lac ou lorsqu’il doit lancer un peu plus loin, et plus précisément en rivière. Le fluorocarbone est très tactile, notamment lors des phases de relâcher du leurre, lorsque la bannière est moins tendue. Il a, par contre, l’inconvénient de ne pas permettre de longs lancers. Eric n’hésite pas à emporter avec lui une bobine de moulinet supplémentaire, lui permettant d’alterner rapidement tresse ou fluorocarbone, selon le type de poste prospecté et de pêcher ainsi au plus juste. Tous les fluorocarbones ne conviennent pas au remplissage des bobines des moulinets. Ce fil est raide et peut facilement foisonner. Seuls les fils prévus pour cet usage (plus souples et conditionnés dans des longueurs suffisantes) sont intéressants. S’il pêche en tresse, Eric ajoute une pointe d’environ 1,5 mètre de fluorocarbone, de 18 à 21 centièmes, avant son leurre.

Un éventuel shock leader pour les brochets

Dans les eaux abritant une bonne population de brochets et si ces derniers sont actifs, Eric peut ajouter une pointe anti-dents, un shock leader, d’un diamètre s’échelonnant alors entre 38 et 45 centièmes selon la taille du leurre utilisé. S’il utilise de la tresse, Eric passe de cette dernière à un 21 à 25 centièmes fluorocarbone, sur un peu plus d’un mètre, avant la connexion avec le shock leader. La longueur de ce dernier s’élève à 30 ou 40 centimètres. Elle diminue au fur et à mesure des changements de leurre qui sont connectés par un noeud plutôt que par une agrafe trop peu discrète.
Eric peut toutefois faire l’impasse du shock leader en privilégiant une pêche plus productive de perches et chevesnes et en misant sur la chance de ne pas être coupé par les brochets. En effet, les petits leurres et hameçons présentés ici ont tendance à glisser au ferrage dans la gueule pavée de dents du brochet et à venir se ficher dans son bord plus tendre. De plus, le combat, mené sans forcer, sur des cannes certes puissantes mais tout de même douces, permet de minimiser les risques de se faire couper si le fluorocarbone, assez résistant à l’abrasion, passe entre les dents du carnassier. Lors de notre reportage hivernal sur un petit plan d’eau du département de l’Aisne, les brochets étaient très actifs et ont constitué nos seules prises, nous avons donc progressivement placé un shock leader de 38 ou 40 centièmes sur toutes les cannes. Sur six poissons tenus dont deux décrochés nous n’avons pas enregistré une seule coupe. Deux poissons de plus de 75 cm ont étés pris durant notre partie de pêche sur un 21 centièmes fluorocarbone monté en direct.


La technique

La pêche au jig léger est une pêche de prospection lente, que ce soit sur des postes précis ou en pleine eau. On est loin du power fishing avec des leurres à billes, lancés et ramenés rapidement canne basse. Après le lancer, la descente du leurre est accompagnée, canne haute, fil à peine tendu, à la façon des pêcheurs au mort manié, pour ne pas brider la descente mais tout de même permettre la détection fine des touches. On recherche le plus souvent le contact avec le fond avant de commencer l’animation. Cette dernière doit être lente et coulée pour que le leurre ne remonte pas vers la surface. Si l’on n’a pas l’habitude, il convient de reprendre contact de temps en temps avec le fond pour vérifier que l’on pêche bien. Progressivement on acquiert instinctivement les bonnes sensations et on pêche de plus en plus juste. Cette technique nécessite une bonne concentration et une grande dose de patience, car la prospection est lente. Le leurre doit paraître suspendu dans la couche d’eau, sa nage plutôt linéaire est de temps en temps entrecoupée d’animations tremblotantes pour faire gonfler la jupe et se tordre le trailer. La tête plombée ne doit pas être trop lourde pour éviter qu’elle ne se plante directement au fond à chaque relâcher. Pour cela, Eric utilise le plus souvent des têtes de 0,5 à 1,75 g. Il monte à 2 ou 2,5 g lorsqu’il pêche les bords de courants profonds de la Seine. Dans cette version légère et avec des leurres de 3 pouces, Eric trompe de nombreux chevesnes amenés à se méfier des petits leurres durs qui leurs sont présentés régulièrement. Animation canne haute. La canne et la ligne forment un angle de 90°.


Proche de la nymphe au fil

Cette technique s’apparente à la pêche en nymphe au fil du moucheur. Le choix du poids du leurre est primordial. Il est fonction du volume de ce dernier, de la profondeur du poste prospecté, du courant, du vent, etc. En rivière, le courant est un allié précieux pour proposer aux poissons un leurre dérivant naturellement. En plan d’eau, Eric s’appuie sur le vent, à condition qu’il ne soit pas trop fort. Dans ce cas, la ligne forme un ventre qui réduit les sensations. Si Eric ne pêche pas trop loin, il privilégiera une ligne en fluorocarbone pour sa bonne transmission des touches sur un fil à moitié détendu. Eric affectionne particulièrement les leurres aux coloris verdâtres, neutres, de type watermelon ou green pumpkin.

Les poissons touchés

Cette technique est destinée en tout premier lieu aux perches. Elle fonctionne très bien sur les chevesnes à condition d’utiliser des montages légers, car ces poissons sont très méfiants. Elle prend régulière-ment des sandres et des brochets et peut aussi réserver quelques surprises comme la prise d’un barbeau, d’une grosse brème ou d’une carpe. L’aromatisation de la plupart des leurres est probablement un atout pour leurrer ces poissons plus sensibles au goût qu’à l’animation.

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