La déconstruction d’une mouche

Un jour ou l’autre, vous vous êtes sans doute trouvé confronté à un phénomène aussi étonnant que bien connu : une mouche qui a été mâchée, remâchée et re-remâchée par les truites est souvent beaucoup plus prenante qu’un modèle neuf et impeccablement proportionné. Sur cette mouche que l’on devrait rationnellement ôter de la pointe du bas de ligne, sans parvenir à s’y résoudre (« encore une petite dernière truite avant d’en mettre une neuve ! »), les trois quarts des fibres, (cerques ou hackles) ont été arrachés, le corps commence à se défaire tandis que deux demi-clés sur trois ont pris la clé des champs… Et en dépit de toute vraisemblance, la mouche est plus prenante que lorsqu’elle tombait de l’étaux juste après le noeud final et la goutte de vernis ! Comment comprendre cet affront à l’esthétique ? 

Le souci de bien faire est parfois desservi par quelques maladresses fréquentes chez le débutant. Partons d’une évidence : une mouche artificielle est relativement petite et, devant l’étaux, nous avons souvent tendance à mettre trop de matériaux (dubbing, poils, plumes) que pas assez. Cet excès a plusieurs effets néfastes : proportions pas respectées, courbure ou anneau obstrué etc. Mais l’abondance de matériaux sur une mouche peut aussi s’expliquer par le souci d’imiter l’invertébré au plus près et cela, sans tomber dans l’hyperréalisme, les bons monteurs y sont souvent sujets. Il faut bien comprendre que nos mouches artificielles ne sont pas des machines à imiter la nature mais des machines à déclencher un comportement, que celui-ci soit alimentaire, de simple curiosité ou d’agressivité.

Quand nous capturons une truite nous devrions toujours nous demander jusqu’où nous aurions pu aller dans l’épuration de la forme et dans la simplification des parties qui composent l’artificielle. Parmi les 5 ou 6 éléments qui font que l’artificielle est plaisante à nos yeux, combien de ces éléments sont-ils décisifs et combien ne font que participer à la silhouette d’ensemble ? Et en étant encore plus radical on peut se demander si ces éléments (silhouette) sont vraiment nécessaire.

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