Le bar (bientôt) fermé

La décision n’est pas encore prise, mais il ne fait guère de doute que la Commission européenne décide d’interdire toute pêche du bar au-delà du 48e parallèle. Et bientôt en deça. Sur recommandation de son Conseil pour l’exploitation de la mer. Accusés n°1 les pêcheurs français, au premier rang desquels les ravageurs pélagiques. Explication.

La Commission européenne devrait décider d’interdire en urgence, toute pêche du bar dans la zone nord de l’Europe maritime. Ce moratoire total s’imposera dès 2017 aussi bien aux pêcheurs professionnels qu’aux pêcheurs de loisirs. En revanche il ne concernera vraisemblablement que la Manche, les cotes anglaises et le nord Bretagne, la pêche restant possible en deça du 48° parallèle c’est-à-dire au sud de Brest. L’organisme à l’origine de l’avis, le Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) justifiant sa décision de ne recommander pour le sud qu’une baisse de 20 % des captures par… sa méconnaissance de l’état des stocks sur la façade atlantique du Morbihan au golfe de Gascogne. Or là où on dispose depuis très peu de temps d’ailleurs, d’études sérieuses sur les populations, le constat est simple : la survie même de l’espèce est en jeu. On est sûr aujourd’hui que les stocks de la zone nord (mais il y a de fortes chances pour qu’il en soit de même du sud d’Audierne à l’Espagne) ont non seulement chuté en deça de la Bpa (biomasse de précaution) mais sont en train de franchir la Blim (biomasse limite) en deça de laquelle l’effondrement des stocks ne garantit pas la pérennisation de l’espèce comme il en fut, au siècle dernier des morues de Terre Neuve ou des daurades du Moras. La mission du CIEM est d’être le garant du fameux RMD (pour rendement maximum durable) qui concilie le maintien à un niveau pérenne du stock de reproducteurs et du recrutement en juvéniles.

Car le bar est un poisson à croissance plus ou moins lente selon les régions. Un bar de 42 cm, l’actuelle taille légale (au lieu de 36 pendant des années) est âgé de 5 à 6 ans, un bar de 70 cm peut avoir jusqu’à 20 ans. Cette caractéristique de l’espèce n’aidera pas à la reconstitution des stocks. Le bar dont les scientifiques et autres professionnels de la surveillance des ressources marines nous disaient encore jusqu’en 2013 qu’il n’appartenait pas à la catégorie des espèces menacées, au point de ne pas faire l’objet d’un TAC (total admissible de captures) comme le maquereau, la morue, le merlu ou l’anchois, le bar dont la France est de loin le premier producteur européen (5000 tonnes jusqu’à ces dernières années contre 1000 à chacun de ses voisins anglais, irlandais, hollandais) le bar, Dicentrarchus labrax est peut-être en train des disparaître. Sans que, en France, personne parmi les pouvoirs publics ou les lobbies et syndicats de la pêche professionnelle ne se soit à ce jour mobilisé pour empêcher cette catastrophe écologique dont les principales victimes seraient des centaines d’artisans pêcheurs dont c’était la principale ressource. Sans compter l’effet induit que cette affaire d’État risque d’avoir sur le tourisme halieutique et les milliers d’emplois concernés par le fiasco.

Car il s’agit bien d’une affaire d’État : depuis des années des voix de moins en moins isolées s’élèvent pour dire que le discours officiel sur l’état des stocks est mensonger, pour dénoncer l’inefficacité stupéfiante de l’Ifremer, l’établissement public et commercial dont la principale mission aurait du être d’alerter les autorités. (Comme il le dit lui même, « L’Ifremer contribue, par ses travaux et expertises, à la connaissance des océans et de leurs ressources, à la surveillance du milieu marin et du littoral et au développement durable des activités maritimes. À ces fins, il conçoit et met en oeuvre des outils d’observation, d’expérimentation et de surveillance, et gère des bases de données océanographiques. ») Sauf que là, il n’a rien surveillé du tout : « depuis 20 ans, accusent les membres de la plateforme de la pêche artisanale française, nous alertons les scientifiques sur la diminution de la ressource

Commentaires

4 réponses à “Le bar (bientôt) fermé”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *