Colorado, la ruée vers l’eau

Huit heures : quelques rayons de soleil viennent juste de se frayer un passage entre les arbres jaunissant qui ont pris quartier en amont de “eleven mile canyon” où coule la rivière South Platte. Malgré le froid et l’heure matinale déjà un pêcheur est en train de présenter délicatement sa mouche à quelques truites qui semblent l’ignorer et viennent prendre leur petit déjeuner à portée de canne en faisant de lents ronds dans l’eau. La signature de s beaux poissons.

South Platte river

Nous devons nous rendre à Aspen et pour cela encore une fois nous traversons des paysages à couper le souffle et notamment une immense forêt de trembles au tronc blanc en partie dénudés qui à l’approche de l’automne se vêtissent d’or et de cuivre. Les flancs de montagne semblent s’enflammer comme pour essayer de repousser l’hiver qui s’annonce et le silence blanc qui chemine en sa compagnie. Il y a plein de choses à faire dans la ville d’Aspen mais tout ce que nous avons pu lire sur la rivière Frying Pan (littéralement poêle à frire !) nous rend si impatients de la découvrir que nous nous jetons immédiatement dans son lit. Il est 10 heures, nous venons de remonter toute la rivière jusqu’au dernier parking à proximité du barrage (Ruedi Reservoir). Avant même de nous équiper nous avons déjà repéré quelques beaux gobages faciles à voir sur la large étendue d’eau calme grand comme un terrain de football qui nous fait face.

My Taylor is rich

La piste qui nous mène au col de Cottonwood situé à plus de 4000 mètres d’altitude traverse une somptueuse forêt de feuillus et de résineux qui finit par laisser la place à une steppe d’une immémoriale beauté sauvage. Il faut environs trois heures de route pour atteindre – sous le barrage – les sept cents premiers mètres de no-kill de la Taylor réputés pour ses grosses truites. A peine arrivés, nous sommes époustouflés par le nombre et la taille des truites que nous repérons depuis le pont qui chevauche la rivière. Nous savions que sur ce bout de cours d’eau, les truites gavées de gammares qui s’échappent du lac ont des difficultés pour se glisser dans leurs robes XXL ! Ici, comme sur de nombreux “tailwaters”, la plupart des pêcheurs utilisent tant bien que mal des nymphes qui semblent être la meilleure façon de décider les poissons. Mais, bonne surprise, avant même d’avoir mis nos waders, nous repérons des truites qui nous tendent les bras en nous aguichant par de discrets gobages. Ne voyant rien sur l’eau, je présente une minuscule oreille de lièvre à peine fournie à cette belle truite qui finit par succomber à mes avances. Mais quand je passe aux suivantes, de plus belles tailles, elles restent le bec cloué devant ma mouche mais ne semblent nullement dérangées et continuent de grignoter leur slow food. Heureusement la situation se clarifie dès l’apparition de “pale morning dun” qui ouvre l’appétit de pas mal de truites. Nous montons une peute n° 18 au corps clair et après quelques lancers pour ajuster le tir, c’est la récompense avec une truite fario d’une exceptionelle beauté. Mais le bal vient juste de commencer et nous constatons que ces truites sont toutes plus belles les unes que les autres avec parfois une arcen- ciel bien ronde qui, après quelques pas de danse à la surface de l’eau, finit par nous fausser compagnie par une jolie pirouette. De huit heures du matin à la tombée de la nuit avec très peu de pauses pour reprendre des forces, de gobage en gobage, d’éclosion en éclosion, de combat en combat durant trois jours nous allons, comme des morts de faim jusqu’à presque l’épuisement découvrir tout ce qu’il y a de plus beau sur ce bout de rivière Taylor.

Stoneflies

La journée commençait à peine et nous avions la preuve que ces truites ne prennent pas que des nymphes, comme c’est écrit dans tous les guides qui tentent de renseigner les pêcheurs dans la région. Kathleen de son côté fit mieux : ayant réussi à attraper une énorme perle qui s’échappait vers la berge, elle la lança (cruellement !) dans le courant et elle vit immédiatement une très grosse truite s’en emparer. Au premier lancer d’une imitation de “stonefly” cette même truite lui explosa le bas de ligne de 12/100 qu’elle avait oublié de changer pour un plus gros !

Conseils santé 

Ne pas oublier que la plupart du temps au Colorado, on se trouve autour de 2500 à 3000 m d’altitude voir plus et compte tenu de cela et des fortes températures durant la journée, il est impératif de très bien s’hydrater. Pour les personnes présentant une pathologie telle que de l’hypertension, des antécédents cardiaques… la baisse de l’oxygène liée à l’altitude peut poser problème. En parler à son médecin me semble être une sage décision. Attention enfin à la conduite de nuit après le coup du soir : si dans certains tronçons de route la limitation de vitesse parait exagérément basse, il est impératif de la respecter car les cervidés que l’on croise sont très nombreux et les radars à l’affut… Pour vous mettre dans l’ambiance, nous vous conseillons la lecture du dernier livre de John Gierach, Sexe, mort et pêche à la mouche. Poète et écrivain, John Gierach vit et pêche dans le Colorado. Visiblement les superbes paysages du coin l’inspirent beaucoup !

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