Ces dames de Malaguet

L’un des meilleurs réservoirs de pêche français est né d’une rencontre inhabituelle entre une femme et des truites. Au pays des volcans et des eaux ferrugineuses chères à Bourvil, le lac de Malaguet conjugue avec bonheur plaisir de la pêche et repos du pêcheur… et de sa famille.

Il y a deux sortes de réservoirs pour pêcher la truite : les lacs et les bassines. J’ai compris cela au retour de Malaguet qui relève sans discussion possible de la première catégorie, au firmament de laquelle il trône depuis pas mal d’années. Je ne veux pas seulement parler de ce décor magique à 1 025 m d’altitude où la Borne occidentale fait escale avant de repartir comme une amante délaissée se jeter dans la Loire en sa bonne ville du Puy, ni de ces 22 ha d’eau pure et tourbée qui ne demanderait qu’à faire du bon whisky, ni du miroir profond qu’elle tend au pêcheur depuis son écrin d’herbiers aquatiques et de gazons amphibies. Non, ce qui fait de Malaguet un exceptionnel terrain de jeu pour pêcheur à la mouche, qui le classe parmi les tous meilleurs sites (spot diraient ceux qui ont connu Dujardin) c’est l’extrême qualité de ses pensionnaires. Une arc de Malaguet, même si elle n’est pas là depuis très longtemps, vous en donnera toujours mille fois plus qu’une de ces pauvres mémères épuisées par la promiscuité, la suralimentation et la fréquentation des mares et fossés où on les a bassinées. Ces madones des fast food aquatiques ont toujours l’air de vous reprocher de les avoir dérangé dans leur sieste, alors qu’une débutante de Malaguet tentera de vous prouver par ses rushes et ses cabrioles qu’elle est fière d’avoir été choisie par vous ; un peu comme ces espoirs sortis du tableau de qualification qui se retrouvent sur le central de Roland Garros pour le match de leur vie. Certes, les truites du cru ne sont pas nées sur place. Il en est des jaunes, des argentées, des bleues et des brunes. Des longues (plus de 80 cm), des lourdes (10 kg), des fines, des trapues, des bonnes filles, des malines, toutes font de leur mieux pour vous convaincre qu’elles ont toujours vécu là. « Le lac de Malaguet, dit la note qui demande son classement en réserve naturelle régionale, est un plan d’eau artificiel dont l’origine remonterait au Moyen-âge. » Il devrait son existence, attestée depuis le XIVe siècle, aux barons d’Allègre qui déjà se nourrissaient de son poisson, comme d’ailleurs leurs voisins, les moines de la Chaise-Dieu au sud du Livradois. La pêche n’y a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Longtemps, le lac a été une pêcherie dont les poissons, des truites pour l’essentiel, étaient acheminés dans de jolies caissettes de bois jusqu’aux cuisines des bonnes tables de la région. Avant que Joelle Le Jean n’en reprenne les commandes en 2002, les carpistes et autres pêcheurs au coup avaient droit de cité. La cohabitation avec les moucheurs a duré jusqu’en 2006. Puis Joelle, encouragée par Christian Rollet, son jazzman percussionniste de mari, a décidé d’en faire un haut lieu de

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