La fantastique aventure de la pĂȘche aux leurres

L’équipe de PĂȘches sportives a pris un “virage” important il y a quelques annĂ©es en prenant la dĂ©cision d’ouvrir ses pages Ă  la pĂȘche aux leurres. On ne s’y Ă©tait pas trompĂ©, car cette pĂȘche est aujourd’hui en plein essor. Pour vous permettre de mieux la comprendre, nous avons rĂ©alisĂ© un dossier retraçant l’historique de cette pĂȘche, prĂ©sentant sa situation actuelle, ses orientations et son Ă©volution.

Dossier réalisé par la rédaction

A PĂȘches sportives, nous avons toujours eu plaisir Ă  pratiquer diffĂ©rentes techniques de pĂȘche, de la pĂȘche au coup, Ă  la pĂȘche en mer, en passant par la mouche et la recherche des carnassiers d’oĂč le nom initial du journal créé en 1996. Si la pĂȘche Ă  la mouche occupe toujours une place de choix dans notre magazine, il nous semblait Ă©vident qu’une technique aussi proche dans l’esprit que la pĂȘche aux leurres devait Ă©galement y figurer. La pĂȘche aux leurres a le vent en poupe pour diverses raisons. PremiĂšrement, elle est facile Ă  mettre en oeuvre. Une boĂźte Ă  leurres dans un petit sac Ă  dos, une bobine de fluorocarbone pour les bas de lignes, quelques petits accessoires, une canne, un moulinet et c’est parti ! GrĂące Ă  elle, certains pĂȘcheurs ont redĂ©couvert une pĂȘche citadine, pratiquĂ©e durant une paire d’heures, autant pour “prendre l’air” que pour prendre de magnifiques poissons. DeuxiĂšmement, la dĂ©gradation des cours d’eau Ă  truites dans nombres de rĂ©gions françaises, a naturellement poussĂ© les pĂȘcheurs Ă  la mouche Ă  se tourner vers une autre technique. C’est le cas par exemple de bien des pĂȘcheurs bretons, qui ont su profiter du dĂ©veloppement de la pĂȘche du bar aux leurres. Idem en Alsace, suite Ă  l’expansion rĂ©cente des populations d’aspes.

Le leurre dans l’histoire

Si depuis une dizaine d’annĂ©es, il existe dans notre pays comme un peu partout en Europe d’ailleurs, un formidable engouement pour la pĂȘche aux leurres, l’utilisation d’appĂąts artificiels pour capturer des poissons remonte Ă  l’aube de l’humanitĂ©. Des leurres en ivoire de morse vieux de plus de 4000 ans (datation au carbone 14) Ă©taient utilisĂ©s par les ancĂȘtres des inuits de la Baie d’Hudson pour prendre sous la glace saumon et ombles arctiques. Depuis bien avant la dĂ©couverte des civilisations polynĂ©siennes par le capitaine Cook, celles-ci utilisaient des leurres en nacre ou en os de baleine pour capturer Ă  la traĂźne thons, thazards, coryphĂšnes et autres grands prĂ©dateurs marins… Et si nos ancĂȘtres prĂ©historiques dont la survie du clan dĂ©pendait bien souvent du succĂšs de la pĂȘche, vouaient aux leurres de pĂȘche en os, nacre ou ivoire, un vĂ©ritable culte de l’objet qui ne devait pas seulement ĂȘtre efficace mais beau, de nombreux pĂȘcheurs modernes fĂ©tichisent sur le leurre en tant qu’objet Ă  collectionner. Il faut attendre le dĂ©but du XIXe siĂšcle pour voir apparaĂźtre les premiers leurres de pĂȘche sportive ou rĂ©crĂ©ative. Leurre universel s’il en est, la cuiller mĂ©tallique, ou du moins son utilisation pour la pĂȘche, nous viendrait d’Angleterre. L’histoire raconte que l’épouse d’un lord qui accompagnait son Ă©poux sur la barque alors qu’il pĂȘchait dans un des lacs de son domaine, laissa tomber par inadvertance, une cuiller de pique-nique en argent par dessus bord, et la voyant tournoyer en coulant vers le fond, un brochet s’en saisit
 En France, ce mode de pĂȘche est mentionnĂ© pour la premiĂšre fois par Charles de Massas dans son cĂ©lĂšbre ouvrage “le pĂȘcheur Ă  la mouche artificielle et Ă  toutes lignes » paru en 1859 Ă  Paris. « Nous venions de dĂ©jeuner et le gloria normand flambait dans nos tasses. Vous voyez cette petite cuillĂšre me dit mon ami en me prĂ©sentant celle dont il venait de se servir pour remuer son cafĂ©. HĂ© bien, avec elle je vous ferai prendre des perches et des brochets. Seulement il faudra lui enlever son manche et percer deux trous, l’un en haut, l’autre en bas, Ă  ses deux extrĂ©mitĂ©s. Je n’avais jamais entendu parler d’un semblable instrument, et l’incrĂ©dulitĂ© plus encore sur l’Ă©tonnement se peignait sur ma figure. Je ne plaisante pas, reprit mon ami, et pour vous en convaincre voici une cuillĂšre toute disposĂ©e et qui m’a Ă©tĂ© envoyĂ©e d’Angleterre, pays oĂč ce genre de pĂȘche est pratiquĂ© partout. Mon ami monta sa ligne Ă  moulinet et y adapta le bas de ligne qui portait la cuillĂšre. GrĂące Ă  sa forme et Ă  la rĂ©sistance qu’elle opposait Ă  l’eau, la petite cuillĂšre tournait avec une vitesse extrĂȘme, mĂȘme en eau morte. AprĂšs quelques coups lancĂ©s surtout pour mouiller la ligne, il continua et prit onze perches, plus un brocheton de trois livres”.
En France, la sociĂ©tĂ© Mepps, premier fabricant mondial de cuillers a Ă©tĂ© créée en 1937 et malgrĂ© un nom Ă  consonance anglo-saxonne, Ă©tait tout ce qu’il y a de plus française, mĂȘme si elle a Ă©tĂ© rĂ©cemment, compte tenu du succĂšs de ses productions, rachetĂ©e par des capitaux amĂ©ricains. Mepps signifie en effet Manufacture d’Engins de PrĂ©cision pour la PĂȘche Sportive. Mais les leurres les plus connus dans le monde sont certainement les Rapalas, fabriquĂ©s Ă  l’origine en Finlande et dont le nom de marque tout comme frigidaire est passĂ© dans le langage courant comme synonyme de leurre. Aux Etats-Unis, on estime Ă  plus de 30 millions le nombre de pĂȘcheurs aux leurres, et les chiffres d’affaires gĂ©nĂ©rĂ©s par cette industrie Ă  plus de 50 milliards de dollars
 En eau douce, le poisson le plus recherchĂ© dans le monde par les pĂȘcheurs aux leurres est de loin le black-bass. En France, la truite vient certainement en tĂȘte suivie par le brochet, la perche et le sandre. En eau salĂ©e, sur nos cĂŽtes c’est le bar ou loup mĂ©diterranĂ©en qui est l’espĂšce la plus recherchĂ©e par les pĂȘcheurs plaisanciers. Les plus grands poissons marins comme les thons ou les marlins peuvent se pĂȘcher aux leurres. Pour les Inuits, les poissons comme tous les ĂȘtres vivants ont une Ăąme et cette «inua» apprĂ©cie d’ĂȘtre tuĂ©e Ă  condition que ce soit par un bel objet, d’oĂč la beautĂ© des leurres eskimo.


La belle histoire de Lauri Rapala

Un des Ă©vĂ©nements les plus marquants de l’histoire de la pĂȘche aux leurres concerne le crĂ©ateur d’un leurre devenu une vĂ©ritable lĂ©gende. Il s’agit du Finlandais Lauri Rapala, nĂ© en 1905 dans le centre de la Finlande. Cette rĂ©gion plate trĂšs boisĂ©e regorge de centaines de lacs, Ă  la limite du cercle arctique. Les lacs sont ici trĂšs froids et les poissons comme les brochets, truites, perches et corĂ©gones ont une croissance lente. A l’ñge de sept ans, Lauri et sa mĂšre Mari se sont installĂ©s dans la paroisse de Asikkala Ă  soixante kilomĂštres de Helsinki. En s’inscrivant dans le registre de la paroisse le prĂȘtre oublia le nom (Saarinen) de Mari et y inscrit Ă  la place le nom de leur village d’origine Rapala. En finlandais Rapala signifie « boue ». Au dĂ©but des annĂ©es 20, Lauri rencontra Elma Leppanen qui travaillait aussi comme bonne pour la maison Tommola. Le couple se maria en 1928 et emmĂ©nagea chez les parents de Elma dans le village voisin de Riihilahti. Ils y restĂšrent jusqu’en 1933. Dans ces annĂ©es de pĂ©nurie et de crise Ă©conomique, Lauri travailla comme bĂ»cheron l’hiver et comme pĂȘcheur professionnel ou ouvrier agricole l’étĂ©. A la pĂȘche, Lauri posait des filets pour le corĂ©gone et des lignes de fond pour le brochet et la perche, les captures Ă©tant vendues au marchĂ© local. Lauri pĂȘchait aussi la truite Ă  la traĂźne avec un appĂąt, trois truites pour plus de 4 kg rapportait au marchĂ© l’équivalent de deux semaines de travail Ă  l’usine. Le travail de pĂȘcheur Ă©tait rude et solitaire, cela Ă©prouvait constamment Lauri, mais comme il le dit plus tard Ă  ses enfants, au moins il Ă©tait “libre”. Lauri utilisait une ligne de traĂźne Ă©quipĂ©e d’un millier d’hameçons, celle-ci Ă©tait destinĂ©e aux perches et brochets. La ligne Ă©tait traĂźnĂ©e derriĂšre une barque Ă  rames appelĂ©e Soutuvene. Les hameçons Ă©taient eschĂ©s de vairons que Lauri capturait dans un lac de la forĂȘt avoisinante. AprĂšs de nombreuses annĂ©es, Lauri constata que quelque chose distinguait le vairon se faisant attaquer parmi un banc entier. Cette observation d’une nage ondulĂ©e lĂ©gĂšrement dĂ©centrĂ©e d’un poisson blessĂ© ou malade allait changer la vie de Lauri. « Notre pĂšre comprenait vraiment la pĂȘche », dit Risto. Il reconnaissait les relations entre la topographie des fonds et la localisation des poissons. Il apprit comment les poissons se nourrissaient et comment ils se dĂ©plaçaient d’une zone Ă  une autre. Il pensait qu’un leurre pourrait l’aider Ă  capturer plus de poissons et gagner plus d’argent. Un leurre bien fait Ă©viterait aussi de constamment escher les lignes avec des vairons. Les vairons meurent, un leurre ne meurt pas. Alors Lauri tailla, coupa et forma du bois jusqu’Ă  ce qu’éventuellement un leurre commence Ă  prendre forme. Lauri travailla dur, mais son dĂ©sir initial de simuler un poisson malade Ă©choua. Il observa que son leurre n’avait pas la nage dĂ©sirĂ©e d’un poisson blessĂ©. Il continua d’expĂ©rimenter avec divers montages d’hameçons et de bavettes en tĂŽle de gouttiĂšre. Finalement, en 1936 avec un couteau de cordonnier, une lime et du papier de verre, il forma dans du bouchon son premier leurre adĂ©quat. L’extĂ©rieur du leurre Ă©tait recouvert de papier aluminium de barre chocolatĂ©e et de fromage empruntĂ© chez le voisin. Le vernis n’étant pas disponible Lauri fondit du film nĂ©gatif photographique afin de protĂ©ger la surface du leurre. Ce premier leurre existe encore de nos jours, il est noir de dos, dorĂ© sur les flancs et blanc dessous, tout comme les vairons du Lac Paijanne. Une fois terminĂ© le leurre fĂ»t traĂźnĂ© avec une ligne attachĂ©e au bout de son pouce afin d’éviter la perte du leurre. Il imitait si bien un vairon que les truites et brochets ne tardĂšrent pas Ă  se jeter dessus. La petite entreprise familiale qui fabriquait Ă  la main environ 1000 leurres par an connu le succĂšs que l’on sait et devint dĂšs les annĂ©es 1970 le premier fabricant de poissons nageurs au monde.


Des leurres à récupération irréguliÚre

Les leurres Rapala comptent des modĂšles lĂ©gendaires comme le Countdown (une rĂ©fĂ©rence pour la pĂȘche de la truite), le Magnum qui a permis de prendre des milliers de poissons dans les eaux tropicales ou le Shad Rap avec sa longue bavette qui offrait Ă  l’époque de sa sortie la possibilitĂ© de pĂȘcher plus en profondeur. Les leurres Rapala ont connu le succĂšs sur tous les tableaux, de la pĂȘche de la truite en ruisseau jusqu’à la pĂȘche Ă  la traĂźne en mer. Mais les leurres Rapala sont conçus sur un principe qui n’autorise pas une rĂ©cupĂ©ration trĂšs variĂ©e. On peut agrĂ©menter leur rĂ©cupĂ©ration d’arrĂȘt (stop and go) mais dans l’ensemble, leur nage est bien rectiligne.  ParallĂšlement la marque amĂ©ricaine Creek Chub s’était spĂ©cialisĂ© depuis longtemps dans la mise au point et la fabrication de leurres en bois Ă  hĂ©lices (plugs) ou du genre popper, avec Ă©galement un grand succĂšs. En Europe, Hardy occupait Ă©galement le secteur des leurres en bois dĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle. Tous ces leurres fonctionnaient sur le principe quasi identique d’une nage rectiligne. C’est ce qui a poussĂ© les pĂȘcheurs amĂ©ricains et japonais, grands amateurs de pĂȘche au black-bass Ă  dĂ©velopper des gammes de poissons nageurs pouvant ĂȘtre animĂ©s par le pĂȘcheur. Cela c’est fait naturellement, face Ă  des populations de black-bass de plus en plus difficiles Ă  leurrer au pays du no-kill et des grands tournois mĂ©diatisĂ©s. Ainsi sont apparus des poissons nageurs de toutes sortes, aux qualitĂ©s vraiment nouvelles. L’élaboration des premiers modĂšles a pris des mois, voire des annĂ©es. Les formes, les densitĂ©s, les matiĂšres utilisĂ©es ont fait l’effet d’une bombe dans le monde de la pĂȘche aux leurres. En France, il aura fallu attendre le dĂ©but des annĂ©es 1990 pour commencer vraiment Ă  profiter des premiers modĂšles importĂ©s du Japon ou d’AmĂ©rique du Nord. Le leurre de surface Lucky Craft Sammy 100 ainsi que le Heddon Super Spook se sont arrachĂ©s dĂšs leur arrivĂ© sur l’ensemble du littoral français. Leur nage en zig-zag, leurs corps Ă©quipĂ©s de billes sonores ont surpris les bars, qui ne s’attendaient sans doute pas Ă  un tel effet ! Les importateurs se sont vite retrouvĂ©s dĂ©bordĂ©s par ces deux leurres qui se sont vendus comme des petits pains. Avec le dĂ©veloppement d’Internet, le marchĂ© de l’occasion s’emballe entre les pĂ©riodes d’approvisionnement pour ces deux modĂšles et les prix atteignent cinq Ă  huit fois celui du neuf ! Vers le milieu des annĂ©es 1990, les choses s’accĂ©lĂšrent et l’on voit apparaĂźtre en France comme dans tous les pays oĂč la pĂȘche sportive est dĂ©veloppĂ©e, de larges collections de poissons nageurs nouvelle gĂ©nĂ©ration. Certains pĂȘcheurs français se sont intĂ©ressĂ©s de prĂšs Ă  cette Ă©volution bien avant le dĂ©veloppement que l’on connaĂźt dĂ©sormais.
C’est le cas de Franck Rosmann, prĂ©sident de l’association Black Bass France (BBF), ou de Hiroshi Takahashi, venu du pays du leurre s’installer en France au dĂ©part pour ces Ă©tudes et qui aujourd’hui dĂ©veloppe le dĂ©partement leurre chez Illex (Sensas). Tous deux ont largement contribuĂ© Ă  travers leurs articles, leurs rencontres et leurs animations la faire connaĂźtre cette technique auprĂšs des pĂȘcheurs français.
AprĂšs les leurres de surface, ce sont les modĂšles Ă  bavettes, (jerk bait, que l’on peut traduire par “appĂąt Ă  faire danser ”) qui font leur apparition dans l’Hexagone. Et lĂ  non plus, nous ne serons pas déçus ! Toujours pour la pĂȘche du bar Lucky Craft, propose un leurre best seller, qui ne laisse personne indiffĂ©rent, le Flash Minnow. Vincent Debris, le cĂ©lĂšbre dĂ©taillant parisien (Des Poissons Si Grands), nous confiait il y a peu : “sur dix leurres pour la pĂȘche du bar nous vendons six ou sept Flash Minnow
”. Si ce leurre est devenu un classique dans de nombreux pays, son succĂšs en France s’explique par le fait qu’il n’avait Ă  l’époque quasiment aucun concurrent. Le principe du Flash Minnow, surtout avec la version suspending (qui reste Ă  la mĂȘme profondeur lorsqu’on arrĂȘte sa rĂ©cupĂ©ration) est le fruit d’une longue recherche. S’il peut ĂȘtre utilisĂ© en traĂźne lente, le Flash Minnow prend une tout autre allure lorsqu’on l’anime. C’est purement un leurre pour la pĂȘche au lancer. Scion au ras de l’eau, les mouvements imprimĂ©s Ă  la canne animent le leurre. Le rĂŽle du moulinet Ă©tant rĂ©duit Ă  avaler le “mou”.
Selon la variĂ©tĂ© des animations (twitching ou jerking), le leurre se dĂ©cale tantĂŽt Ă  droite, tantĂŽt Ă  gauche, plonge brusquement, ou au contraire remonte pour marsouiner en surface ! Le succĂšs du Flash Minnow tient en un Ă©quilibre subtil, dont dĂ©pend la rĂ©partition des diffĂ©rents lests qui le composent. On y trouve, un lest fixe en cuivre au centre (en bas), deux billes mĂ©talliques dont une qui circule dans le canal et qui a deux fonctions. PremiĂšrement pouvoir se placer Ă  l’arriĂšre du leurre afin de le stabiliser lors du lancer et deuxiĂšmement revenir Ă  l’avant lors de la rĂ©cupĂ©ration pour donner la bonne inclinaison au leurre tout en battant le rappel en tapant contre les parois. Dans la tĂȘte du Flash Minnow sont logĂ©es deux billes en verre et une bille mĂ©tallique, les trois de petites tailles. Le son produit et cette fois trĂšs clair. Dans l’eau, on parle de sons Ă  hautes frĂ©quences pour les sons aigus, et de basses frĂ©quences pour les sons graves. Le mĂ©lange des frĂ©quences qui s’échappent du Flash Minnow contribue sans doute beaucoup Ă  son efficacitĂ©.
Toutes les marques japonaises proposent des jerk baits souvent trĂšs performants. Citons chez Illex le Jason S, le Squad Minnow 95 SP, la sĂ©rie des Arnaud (flottant, coulants et suspending), ou encore la sĂ©rie des Squirrell, tous excellents dans leurs domaines. Le Vision de Megabass est un incontournable tant en eau douce qu’en mer. Chez Smith, le Saruna, flottant ou suspending est un concurrent du Flash Minnow, tout comme le Smith Wavy. Les jerk baits donnants de bons rĂ©sultats sur le bar sont aussi trĂšs efficaces sur les brochets, mĂȘme si les fabricants ont dĂ©veloppĂ© des modĂšles spĂ©cifiques pour cette espĂšce, comme l’incontournable Lucky Craft (encore eux nous direz-vous
) B’Freeze, un jerk bait plus haut en section que les modĂšles pour le bar, ce qui gĂ©nĂšre des dĂ©hanchements plus lents et plus marquĂ©s, ainsi qu’un effet de rolling, rĂ©volutionaire Ă  l’époque. Les modĂšles Ă  longues bavettes (longbill minnows et crankbaits) ont permis d’explorer des couches d’eau plus profondes, jusqu’à 4 mĂštres environ et lĂ  encore le choix est large, avec parfois des produits qui sortent de l’ordinaire par leur conception (Zenith Bullet, Staysee Lucky Craft, DUO Cranck Minnow, Megabass Deep X 200 T, Hi-Dep Crank River2Sea, Deep Little N et DD22 de Bill Norman) sur lesquels on peut compter. L’ancĂȘtre des crankbaits est le Helin Flatfish, tout droit sorti de l’imagination de l’AmĂ©ricain Charles Helin dans les annĂ©es 30. Les poissons nageurs Ă  bavettes Ă©tant toutefois limitĂ©s en profondeur, il fallait bien trouver un moyen de continuer “l’exploration”.
La solution fut trouvĂ©e avec les lipless, des leurres sans bavettes, coulants, et qui peuvent s’utiliser jusqu’à environ 10 mĂštres. Les lipless sont dĂ©clinĂ©s en diffĂ©rentes tailles pour la pĂȘche de la perche, du brochet ou du bar. Ces leurres Ă©tant particuliĂšrement dense, leur taille est limitĂ©e Ă  environ 90 mm pour une trentaine de grammes. Ils sont dans la plupart des cas gĂ©nĂ©reusement Ă©quipĂ©s de billes sonores qui font merveille notamment sur les brochets. Ici s’arrĂȘte (pour le moment car les recherches sont permanentes) le domaine des poissons nageurs. Il est possible de pĂȘcher beaucoup plus en profondeur avec des leurres durs, mais cette fois avec des jigs, dont l’ancĂȘtre n’est autre que le poisson d’étain. Encore peu exploitĂ©e par les français, et pour finir en beautĂ©, il est bon de promouvoir la pĂȘche aux crankbaits trĂšs peu plongeants (dont les fameux Fat Rap et autres Plucky et Floppy furent parmi les premiers Ă  nager dans nos eaux) et aux plugs de sub-surface (Lucky13 de Heddon) Cette pĂȘche, riche en Ă©motions, se distingue un peu de la pĂȘche au topwater purs car ces leurres remuants aux formes farfelues (comme aimait Ă  les crĂ©er Fred Arbogast dĂšs les annĂ©es 30 outre Atlantique mais apparus dĂšs la fin des annĂ©es 1800 sous les marques Pflueger, Oreno, Shakespeare qui perdurent encore aujourd’hui) se rĂ©cupĂšrent au moulinet, sans trop d’animations. Sur un leurre en mouvement, les attaques sont d’autant plus violentes que celui-ci perturbe, par son action, le territoire d’un prĂ©dateur ! DĂ©charges d’adrĂ©naline garanties. (Illex Bunny, Kazzla Imakatsu, Cicada Pop et Kranky S43 River2Sea).


L’avenir de la pĂȘche aux leurres souples

La pĂȘche aux leurres souples est historiquement moins ancienne que la pĂȘche aux poissons nageurs, mais pour les pĂȘcheurs français, elle s’est pratiquĂ©e intensivement avec le dĂ©veloppement du sandre dans les annĂ©es 1980. Les produits Mister Twister, dĂ©veloppĂ©s par la sociĂ©tĂ© Mepps, sont donc bien connus, tout comme les leurres souples de la sociĂ©tĂ© française Delalande. Mais lĂ  encore, les Japonais et les AmĂ©ricains ont dĂ©veloppĂ© intensivement le monde des leurres souples en variant les formes, les matĂ©riaux et surtout en incorporant des attractants dans les leurres. Aujourd’hui, plus aucune marque ne propose de leurres souples sans variantes avec attractant (sel, extraits de crustacĂ©s
), qu’il s’agisse de Gary Yamamoto, Berkley, AMS, Storm, Mann’s, Illex, River2Sea, ou Megabass. Les attractants ont pour but de rendre les leurres souples moins artificiels lorsque les poissons s’en emparent, et Ă©vitent ainsi des ratĂ©s Ă  la touche, mais aussi d’en modifier la densitĂ© (sel). Avec le sandre toujours tatillon, c’est un plus indĂ©niable, surtout s’il s’agit de montages Ă  plombĂ©e coulissante. Le montage texan est sur ce point parfait, le plomb en forme de balle coulisse librement devant le leurre, et son hameçon simple spĂ©cial reste des plus discret car sa pointe immerge Ă  peine du corps du leurre. Ce montage transposĂ© Ă  la pĂȘche du sandre a Ă©tĂ© imaginĂ© pour permettre de pĂȘcher les black-bass sur des postes trĂšs encombrĂ©s d’obstacles. Cela dĂ©montre une fois de plus que le dĂ©veloppement et la conception des leurres souples ou durs est Ă©troitement liĂ© Ă  la pĂȘche du blackbass.
Depuis une vingtaine d’annĂ©es, les principales Ă©volutions techniques apportĂ©es aux leurres proviennent de cette pĂȘche en raison d’une part de l’extraordinaire facultĂ© d’adaptation du black-bass Ă  se mĂ©fier des leurres qu’il connaĂźt et d’autre part en raison des enjeux que reprĂ©sente la pĂȘche sportive de ce poisson aux Etats-Unis et au japon. Certains tournois sont dotĂ©s de primes colossales qui peuvent atteindre un million de dollars ! Cela incite Ă  bien pĂȘcher ! La pĂȘche aux leurres souples c’est la libertĂ©. La libertĂ© des formes, des montages, des profondeurs de pĂȘches, etc. Tout est donc possible aussi bien en mer qu’en eaux douces. A tout cela vient s’ajouter des prix moins Ă©levĂ©s que ceux des poissons nageurs. Cela explique que la pĂȘche aux leurres souples se dĂ©veloppe fortement en France et ailleurs. Que ce soit pour le brochet, le sandre, la perche, le blackbass ou le bar, jamais nous n’avons disposĂ© d’un tel choix de modĂšles et d’une aussi grande variĂ©tĂ© de montages. Et comme en matiĂšre de matĂ©riel de pĂȘche, tout n’est qu’un Ă©ternel recommencement, nous voyons arriver sur le marchĂ© des leurres “hybrides” mi poissons nageurs, mi leurre souple. Illex, Storm ou Megabait ont dĂ©veloppĂ© ce marchĂ© relativement nouveau pour les pĂȘcheurs français et qui a l’air de mieux percer sous la forme de big baits que sous celle des crankbaits et des minnows.


Le cas de la pĂȘche du bar

L’époque faste de la pĂȘche du bar aux poissons nageurs citĂ©e ci-dessus fut de courte durĂ©e. Devant l’engouement qu’a suscitĂ© l’arrivĂ©e des premiers leurres de surface nouvelle gĂ©nĂ©ration (Sammy, Super Spook, Z-Claw, Bonnie
) il y a une quinzaine d’annĂ©es, nos bars ont trĂšs vite appris Ă  se mĂ©fier de ces drĂŽles de proies sonores, comme ils l’avait fait auparavant avec les poissons Ă  hĂ©lices (le fameux Big-Big ou les MirrOlure par exemple). Il faut savoir qu’un bar grandit trĂšs lentement. Un poisson de cinq kilos peut avoir plus de vingt ans. Autrement dit, les juvĂ©niles d’il y a quinze ans ont par fougue, agressivitĂ© ou nĂ©cessitĂ© alimentaire, pour la plupart connu la dĂ©sagrĂ©able surprise de se retrouver clavĂ© sur les deux, voire trois hameçons triples que comportent ces leurres. Ils ont eu le temps d’apprendre (pour ceux qui ont Ă©chappĂ© aux pĂȘcheurs professionnels ou de loisirs). Depuis trois ou quatre ans, le constat est gĂ©nĂ©ral sur les zones les plus pĂȘchĂ©es, les poissons nageurs engendrent de nombreux refus, et les poissons qui suivaient les leurres jusqu’au bateau font dĂ©sormais demi-tour beaucoup plus tĂŽt ! Premier enseignement, les billes sonores qui attiraient tant les bars par le passĂ© sont un inconvĂ©nient par mer calme. Les pĂȘcheurs en sont venus pour certains Ă  percer leurs Sammy ou leur Super Spook pour coller les billes Ă  l’intĂ©rieur de façon Ă  ce qu’elles ne bougent plus ! Un leurre de surface non bruiteur comme le Smith Zip Sea Pen a trouvĂ© d’un coup de nombreux preneurs. Nous avons vĂ©cu cette expĂ©rience avec le guide de pĂȘche Thierry Patin-de-Saulcourt dans la rĂ©gion de Morlaix, par une mer d’huile. La diffĂ©rence Ă©tait flagrante entre les leurres bruiteurs et les autres. Second enseignement, aprĂšs les leurres de surface, les jerkbaits, long-bills, et autres lipless, les bars ont Ă©tĂ© trĂšs (trop ?) sollicitĂ©s avec des poissons nageurs dans toutes les couches d’eau jusqu’à environ 8 ou 10 mĂštres. Certes, les poissons nageurs continuent de prendre des bars, mais l’époque des pĂȘches faciles semble rĂ©volu surtout par “petit temps”. Lorsque la mer est formĂ©e et que la houle vient se briser sur les rochers, un poisson nageur sera pris plus facilement s’il Ă©volue dans l’écume qu’au milieu d’une eau cristalline non agitĂ©e. Alors, la nouvelle tendance est de les pĂȘcher aux leurres souples, surtout en dessous de cette profondeur, c’est-Ă -dire lĂ  oĂč ils sont plus tranquilles, jusqu’à une profondeur qui peut dĂ©passer les trente mĂštres
 La qualitĂ© du sport y perd beaucoup, fini les belles attaques en surfaces, car c’est avant tout une recherche Ă  l’écho sondeur. En revanche la pĂȘche du bar aux leurres souples reste trĂšs agrĂ©able Ă  pratiquer dans peu d’eau. Moins “artificiels” que les poissons nageurs, silencieux, les leurres souples sont des armes redoutables pour prendre des bars mĂ©fiants. Les modĂšles qui conviennent pour la pĂȘche du bar sont fort nombreux. Ils imitent des petits poissons ou des civelles, avec plus ou moins de rĂ©alisme au niveau des formes et des couleurs. AssociĂ©s Ă  des tĂȘtes plombĂ©es de diffĂ©rentes formes, leur nage est des plus excitantes.


Un nouveau venu, l’aspe !

Peut-ĂȘtre ne connaissez-vous pas ce cyprinidĂ© trĂšs particulier originaire du bassin du Danube et de l’Elbe. L’aspe (Aspius aspius), est donc un cyprinidĂ© principalement carnassier. Sa prĂ©sence dans le Rhin est signalĂ©e depuis au moins vingt Ă  trente ans, mais jusqu’Ă  la fin des annĂ©es 1990, elle Ă©tait plutĂŽt anecdotique. L’aspe est arrivĂ© dans les eaux du Rhin par les canaux et son dĂ©veloppement soudain est sans doute imputable aux plusieurs annĂ©es de canicule qui ont marquĂ© les premiĂšres annĂ©es 2000. Toujours est-il qu’en quelques annĂ©es, les populations d’aspes ont vĂ©ritablement explosĂ© sur le Rhin et ses affluents, notamment sur l’Ill. Comme tous les cyprinidĂ©s, l’aspe se satisfait d’exigences biologiques faibles. C’est pourtant un cyprinidĂ© d’eaux courantes, mais on le trouve aussi dans les ports ou les canaux. Au niveau de Strasbourg, on le trouve sur le cours originel du Rhin (Vieux Rhin), sur le cours navigable, sur l’Ill, ou dans les eaux mortes du Port autonome. Sa pĂȘche aux leurres fut expĂ©rimentĂ©e par de jeunes pĂȘcheurs strasbourgeois, qui trĂšs vite se sont rendu compte des possibilitĂ©s intĂ©ressantes que reprĂ©sentait ce poisson pour la pĂȘche aux leurres. Leur expĂ©rience est relatĂ©e dans un superbe documentaire intitulĂ©, L’Aspe, le seigneur du Rhin, signĂ© Nicolas Dupuis, diffusĂ© actuellement sur Seasons. Tout d’abord, l’aspe, qui chasse volontiers dans les bancs d’ablettes, prend trĂšs bien les poissons nageurs d’une taille de 80 Ă  100 mm, notamment en surface ! La surprise fut de taille d’autant que l’aspe atteint couramment une taille de 60 Ă  70 cm. Les plus gros sujets peuvent atteindre le mĂštre et peser jusqu’à 8 ou 9 kilos. Toujours par les canaux, et par le Rhin, l’aspe continue son expansion. Il est prĂ©sent sur la basse Moselle, l’Yonne et sans doute a t-il dĂ©jĂ  passĂ© la ligne de partage des eaux pour gagner le bassin du RhĂŽne via le canal du RhĂŽne au Rhin qui relie MontbĂ©liard Ă  Mulhouse. Il va falloir songer Ă  aller promener un stick bait dans les eaux du Doubs du cotĂ© de MontbĂ©liard dĂšs les prochains beaux jours
 L’aspe est rĂ©ellement un poisson de sport, d’une part parce qu’il attaque volontiers les leurres de surface avec fougue durant la belle saison et d’autre part en raison du faible intĂ©rĂȘt de sa chair pour la consommation. Contrairement au sandre, l’aspe n’intĂ©ressera ni les pĂȘcheurs professionnels, ni les pĂȘcheurs amateurs voulant tirĂ© profit de leur pĂȘche. Et ça, c’est plutĂŽt une bonne nouvelle !

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