Le scandale des marées noires au Nigeria

Erika en Bretagne, Exxon Valdez en Alaska ou plateforme BP dans le golfe du Mexique : lorsqu’une catastrophe pétrolière survient sur les côtes des pays occidentaux, une légitime colère s’empare du grand public, les journalistes s’indignent et les hommes politiques jouent le registre du « plus jamais ça ». Par contre, lorsqu’une de ces catastrophes touche un pays en voie de développement,le silence se fait alors assourdissant. C’est le cas du Nigeria qui voit depuis une cinquantaine d’années une marée noire quasi continue polluer ses eaux et des régions entières de son territoire.

Le pays, huitième exportateur mondial de pétrole, possède des réserves importantes d’or noir au large de ses côtes, dans la région du delta du fleuve Niger. Champs devenus incultivables, puits pollués, le pétrole est partout. Les conséquences pour les populations, déjà fragiles, de la région sont terribles et alimentent la violence armée. Le MEND (Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger) lutte aujourd’hui tout autant contre le gouvernement nigérian que contre les compagnies étrangères attirées par un pétrole de très bonne qualité, notamment la compagnie néerlandaise Shell, très présente dans la région et souvent montrée du doigt par les associations écologistes.

Le gouvernement nigérian et les compagnies pétrolières ne communiquent que très peu d’informations sur le sujet. Mais les autorités locales ont recensé officiellement 7 000 marées noires entre 1970 et 2000. Un bilan bien éloigné de celui des ONG qui estiment à 300 le nombre de marées noires polluant la région tous les ans. Un rapport publié en 2006 par la section britannique du WWF, l’Union internationale pour la protection de la nature (IUCN) et la Nigerian Conservation Foundation (NCF) estime que durant les 50 dernières années, ce serait jusqu’à 1,5 million de tonnes de brut qui se sont déversées dans la nature. Ce qui représente près de 5 fois la catastrophe de l’Exxon Valdez en Alaska. Tous les ans, ce serait bien plus que l’équivalent de l’ensemble des rejets de la plate-forme de BP dans le golfe du Mexique qui souille le Nigeria et la région du delta du Niger. Effrayant, non ?

 

Photo : © Greenpeace / Robert Visser

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